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10/11/2012

Barbara de Christian Petzold (Allemagne 2012)

barbara.jpgÉté 1980. Barbara est chirurgien-pédiatre dans un hôpital de Berlin-Est. Soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, elle est mutée par les autorités dans une clinique de province, au milieu de nulle part. Tandis que son amant Jörg, qui vit à l’Ouest, prépare son évasion, Barbara est troublée par l’attention que lui porte André, le médecin-chef de l’hôpital. La confiance professionnelle qu’il lui accorde, ses attentions, son sourire... Est-il amoureux d’elle ? Est-il chargé de l’espionner ?


Avec son dernier film, "Barbara" Christian Petzold  semble beaucoup moins inspiré ici que dans ses précédentes fictions, dont "La Vie des autres", qui a eu un succès d'estime. Il  cède plus d'une fois aux péchés des jeunes cinéastes allemands qui se revendiquent de l'école berlinoise, partageant avec eux une volonté de ne pas trop sentimentaliser, de réduire au maximum la psychologie et la dramatisation. Du moins, pendant un temps. Lorsque le film essaye d'insuffler un peu d'empathie et d'émotion, il échoue pour la simple et bonne raison qu'il devient asphyxiant à force de ne laisser aucune alternative, d'instiller une tension paranoïaque ténue (euphémisme) et en même temps d'avoir la main lourde sur la dimension claustro. En fait, tout est lourd de sens (tout connaître des corps, ne rien connaître de l'esprit), et la mise en scène retranscrit le joug de la Stasi partout, tout le temps, avec un personnage principal de bougie éteinte "mystérieusement mystérieux" et un entourage uniformément inquiétant au cas où l'on n'aurait pas compris que le film se déroule en RDA dans les années 80. A l'arrivée, trop de démonstration, trop de caricature, trop de sur signification et pas de réel emballement : Petzold force trop le trait et instaure une distance qui menace de perdre le spectateur pour peu qu'il n'accroche ni à la reconstitution d'époque ni au rythme lent.
 
Les dialogues sont  excessifs et frôlent parfois la propagande ultra libérale. Quand Barbara (la comédienne Nina Hoss) rencontre Jörg qui vient la rejoindre clandestinement et prétend "s'installer en RDA pour vivre heureux avec elle". Barbara rétorque: "c'est impossible ! Ici, personne n'est heureux !" Ou encore quand elle affirme : "les camps de travail, ce sont des camps d'extermination".

Je me suis rendu à plusieurs reprises en RDA avant l'effondrement du mur pour rencontrer ma famille. Jamais personne ne s'est plaint en me disant "être malheureux".

A propos des camps de travail, une petite anecdote. A l'époque, mon  frère Hans qui avait "un poil dans la main!" habitait à Hagen en RFA. Il   vivait de bric et de broc. Il  lui prit soudain l'envie de changer d'air et partit s'installer chez notre oncle en RDA. Là il mena de nouveau une vie de patachon et courait les rues tandis que tout le monde travaillait. Un jour, la Stasi  vint le cueillir et il fut interné durant un mois dans un camp de travail. Il revint dare dare en  RFA où il pouvait glander à loisirs... Aujourd'hui, Hans s'est établi  aux Philippines avec sa compagne. Il n'a jamais évoqué de tortures ni quoi que soit dans le genre mais on lui fit comprendre que la collectivté ne pouvait supporter financièrement son oisiveté.

Ce film montre combien ce type de message peut-être distillée auprès d'une jeunesse qui au travers de tout un arsenal artistique finit par prendre de tels bobards pour des vérités historiques.


Arnold Schneider

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