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17/02/2012

Leur hargne

nouvelles,nico cue,hargne,antisyndicalismeLe combat que nous menons, c’est le combat pour préserver les fondements de nos démocraties. Parce que c’est un combat contre le capitalisme d’aujourd’hui et que le capitalisme d’aujourd’hui, générateur d’inégalités de plus en plus fortes, c'est la pire menace qui pèse sur nos démocraties.

 

A quoi sert une grève ? Dans la semaine qui a précédé l’action nationale du 30 janvier dernier, il ne fallait pas chercher trop loin ni trop longtemps pour trouver à cette question un ensemble de réponses définitives du style «ça ne sert à rien» ou même «ça fait du tort au pays». Notez, ce n’est pas nouveau. On n’a jamais vu un patron se réjouir d’une grève contre lui, ni un gouvernement se féliciter que le pays se mette à l’arrêt contre un ensemble de décisions qu’il se prépare à appliquer. 


 

Les médias, que les conditions économiques rendent de plus en plus fragiles, ont de moins en moins les moyens d’aller vérifier sur le terrain les raisons véritables qui poussent des gens à s’arrêter de travailler pour protester ; ils tombent donc trop souvent dans le piège de la soumission au discours le plus propagé – ce n’est jamais celui des travailleurs. Enfin, il y a  toujours eu de «simples citoyens» pour donner leur opinion sur tous les sujets, dont celui de la grève. Ces «simples citoyens» ont de plus en plus de canaux pour propager leurs «pensées», sous le couvert du plus rigoureux anonymat. Tous les sociologues savent combien il y a de Dupont-Lajoie derrière ces «simples citoyens».

 

Pas nouveau donc mais, m’a-t-il semblé, plus fort et plus hargneux cette fois-ci. Cela montre, a contrario, l’ampleur des défis qui sont devant nous. Si le patronat et le pouvoir politique ont mobilisé à ce point tous leurs relais pour tenter (en vain) de décrédibiliser notre action, cela prouve à quel point la partie qui s’annonce est essentielle. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est bien plus qu’un train de mesures gouvernementales. Certes, c’est d’abord ce paquet de décisions qu’il faut mettre en cause.

 

Les mesures Di Rupo touchent tout le monde, répétons-le. Dans le monde du travail, il n’y a pas de catégorie qui sortira indemne, contrairement à ce que certains (les mêmes que ceux dont je parlais voici quelques lignes) cherchent à nous faire croire. On peut avoir l’impression que les plus fragiles sont les plus touchés, mais tout le monde y passe.

 

Toutefois, au-delà de cet ensemble ponctuel se pose la question du maintien de notre actuel contrat social. Nous sommes manifestement face à une vaste entreprise de déconstruction des fondements du lien entre le monde du travail et le pouvoir. La façon dont les décisions ont été prises, en force et sans aucune concertation sociale, montre que la prochaine étape sera la mise en cause de l’ensemble des rapports sociaux. Il s’agit rien moins que de réduire la capacité des travailleurs et de leurs représentants à intervenir sur la scène politique pour y faire entendre leur voix, en court-circuitant tous les processus, ce qui permettra de remettre en cause, ensuite, les mécanismes fondamentaux que sont l’index, le droit à une pension décente, le droit aux soins de santé, le droit à l’allocation de chômage.

 

Nous n’y sommes peut-être pas encore, mais la machine est en route : il suffit de voir l’exemple de la Grèce pour le comprendre. Ce qui est en cause aussi, c’est la possibilité pour les travailleurs d’être représentés au plan politique. Que les mesures actuelles soient prises sous l’égide d’un Premier ministre socialiste ne peut que donner froid dans le dos. Certes, le PS peut se prévaloir d’une légitimité parlementaire. Mais de quelle légitimité morale ? Qui a voté pour les socialistes pour qu’ils mènent cette politique ? Enjeux à court, moyen et long termes se superposent donc. Ce qui est perdu cette année le sera pour longtemps.

 

Faire grève ne servirait donc à rien ?

 

C’est bien le brouillon de notre société pour les dix prochaines années qui s’esquisse dans les luttes de ce printemps. Cela explique leur hargne contre nous : eux aussi veulent gagner, et eux aussi, pour cela, devront mettre la barre très haut. Et c’est pour cela que, ce 30 janvier, ce n’était dans mon esprit qu’un début.

 

Le combat que nous menons, c’est le combat pour préserver les fondements de nos démocraties. Parce que c’est un combat contre le capitalisme d’aujourd’hui et que le capitalisme d’aujourd’hui, générateur d’inégalités de plus en plus fortes, est la pire menace qui pèse sur nos démocraties.

 

Il n’y a pas qu’à la MWB ou dans nos manifs qu’on dit cela. Le Financial Times, organe officiel du système libéral, vient de l’écrire tel quel au bout d’une longue enquête sur le capitalisme en crise. Alors, faire grève contre ce qui menace la démocratie, cela ne servirait donc à rien ?

 

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB

Commentaires

nous sommes tous concernés, automobiliste ou piéton, pauvres présent ou à venir, quelle différence?
ce n'est qu'une question de chiffres;
qui controle la valeur de ces chiffres?
l'état, nos représentants ou la bourse?
pour l'état et les élus, nous avons une certaine influence hypothétique mais pour la bourse
(tample du capitalisme) que pouvons nous faire?

Écrit par : qio effiq | 18/02/2012

Quelle serait l'incidence d'un boycott à la consommation des biens ou des services qui ne sont pas essentiels; je veux dire, si volontairement plus personne n'achetait ce qu'on nous pousse à consommer sans cesse, en dehors des produits et services concernés par notre entretien (se loger, se chauffer, se laver, s'éclairer, se nourrir) et par l'accès à l'information (un téléphone, une radio et une télévision). Que se passerait-il? Quelles seraient les réactions en cascade?

Écrit par : DELAUNOIS Xavier | 18/02/2012

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