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Un goût de trop plein

nouvelles,paul hermant,sans abris,pauvreté,hiverNous vivons décidément dans un monde trop plein de gens. Il y a trop de gens partout. Il y a trop de gens dans la rue : on veut dire qui y dorment. Il y a trop de gens aussi en prison : on veut dire qui pourraient dormir ailleurs.

On lisait cela ce matin dans les pages d’un journal, ce n’était pas les mêmes pages, mais c’était le même journal.

Et l‘on se disait que ces surpeuplements devaient forcément avoir partie liée car, évidemment, quand on a fini de dormir avec trop de gens en prison, il n’est pas exclu non plus qu’on aille dormir avec trop de gens dans la rue.

Mais que fais-je là à mélanger les paillasses et les cartons ? Je démarre ma chronique en étant hors sujet : ce n’est pas qu’il y ait trop de gens, c’est simplement qu’il fait trop froid. Et on voit plus les gens en trop quand il y a moins de température, c’est comme ça. Le froid a cette vertu subtile de rendre l’invisible visible comme on observe mieux les pas laissés dans la neige.

Ce matin donc, Peter De Roo, le délégué gouvernemental aux places d’accueil — c’est son titre et c’est aussi désormais un métier — annonçait par voie de presse à sa ministre de tutelle, Maggie De Block, que, je cite, le droit d’asile était piétiné dans notre pays. C’est ce que je disais : on voit beaucoup mieux le piétinement quand l’hiver vient.

Et Peter De Roo — qui a un titre mais qui ne parvient pas à faire son métier — de contester la tempérance ministérielle en matière d’urgence. On n’a pas fait ce qu’il fallait faire, on a même décidé du contraire : comme une sorte de mise en abyme des décisions crâneuses qui nous parlent par exemple des régulations bancaires ou de l’emploi qui si on veut on peut.

Nous en sommes donc rendus, dans ce pays de bonne humeur, à de l’humanitaire : le Samu bruxellois lance aussi un appel général à la solidarité et à l’accueil, chez soi, d’un sans abri. A la fin des fins, on en revient toujours aux citoyens. Pourquoi on ne commence pas par eux, c’est une juste question, mais l’urgence est de ne pas laisser mourir des gens dans la rue.

Pas de chance pour Monsieur Nunes, lui il est déjà mort dans une rue : dans la rue Gambier à Uccle, une jolie chose tout en pente. C’est là que l’on a jeté sons corps alors que sur le chantier où il travaillait, tout à côté, il avait fait une crise cardiaque.

Le patron avait donné l’ordre aux autres ouvriers de ne pas appeler l’ambulance, d’aller se débarrasser du corps et puis de passer chez la veuve pour lui offrir 10.000 euros en échange de son silence.

Il faut dire que Monsieur Nunes travaillait au noir. Il n’avait pas retrouvé d’embauche légale après son licenciement d’une firme du bâtiment. Par un effet de coïncidence dont le malheur a le secret, cette firme vient d’être condamnée pour licenciement abusif : Monsieur Nunes n’aurait jamais dû perdre son travail en clair chez des aigrefins pour devoir en trouver un autre au noir chez un salaud qui l’a laissé mourir pour ne pas avoir d’ennuis.

Ça se passait en novembre dernier, on l’apprend aujourd’hui. En novembre dernier, il ne faisait pas froid. On ne voyait pas encore les gens en trop, ceux pour qui la société est décidément socialement inadaptée. Maggie De Block devrait peut-être en toucher un mot à Monica De Conninck. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

Commentaires

  • Où sont nos "assistants" sociaux? Je ne parle pas de ceux qui se tiennent à disposition dans une permanence pour que notre société se donne bonne conscience mais de ceux qui vont ré-apprendre aux habitants des trottoirs, à retrouver de la combattivité sur leur sort, à reprendre leur existence en main, à redécouvrir qu'ils sont capables du meilleurs.

    "Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour; apprend-lui à pêcher, il mangera toute sa vie" - Moïse MAÏMONIDE.

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