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Quand le racisme se nourrit de l’émotion

nouvelles,liège,amrani,racismeLe mardi 13 décembre 2011 a été un jour à marquer d’une pierre noire.

Le massacre perpétré par Nordine Amrani est – nous nous avançons peut-être – le plus meurtrier du genre que la Belgique ait connu. La Ville de Liège, ses habitants mais aussi tous les Belges et beaucoup d’autres personnes de par le monde auront été marquées par ce nouveau massacre aveugle. Car ce qui est arrivé, survient malheureusement de plus en plus souvent dans nos pays occidentaux. Pourquoi ? Ce n’est pas à nous de le dire, mais il est un fait que ces dernières décennies regorgent de ce genre de faits divers horribles. Aux États-Unis, personne n’aura oublié les massacres de Columbine ou de Virginia Tech. Plus près de nous, la Norvège est encore dans tous les esprits. Cela ne date que de juillet dernier.

Cette fois-ci, c’est arrivé chez nous. En Belgique. Pays visiblement à l’abri d’attentats divers depuis la disparition des CCC. Et là, stupeur ! Un malade fait un carton à Liège. Une catastrophe nationale. Un tueur fou a tiré dans la foule sans viser quelqu’un en particulier. Il est venu tuer des gens puis s’est donné la mort.

Mais voilà, comme il s’appelle Nordine, un prénom arabe, il fallait s’attendre à ce que des intellectuels de haut vol – pas des racistes, non, des gens qui ouvrent les yeux simplement – prennent la balle au bond, histoire de bien rappeler que c’était un Arabe, peut-être (sûrement ?) un musulman. Un Arabe. Et visiblement la diatribe anti-arabe cela plaît. Florian Henin pourra en attester. Dans un blogpost très lu hier soir, il a fait le pari de surfer sur l’émotion en exacerbant quelques sentiments nauséabonds en faisant de stupides amalgames.

Il n’est pas raciste, écrit-il, mais… C’est un chouette concept que celui du non-racisme-mais. Vous savez, quand on dit “Je ne suis pas raciste mais…” Il y a ce mais qui ouvre tant de portes putrides. Cependant après avoir parcouru son texte, nul doute qu’il est bel et bien raciste, bien qu’il tente de manière hasardeuse de brouiller les pistes alors qu’au fond, l’événement d’hier lui a juste permis d’extérioriser sa passion des discours simplistes mais acérés de Marine Le Pen.

Cher Florian, tu écris que l’essentiel pour toi, ce sont les victimes de la fusillade et tu prétends «ne vouloir aller nulle part » en soulignant le fait que Nordine était arabe. Et pourtant, c’est là que se trouve le nœud de ton argumentation ! Puisque tu ajoutes à cela le fait que deux Arabes t’aient traité de “petit belge de merde” – peut-être à raison d’ailleurs – et tu t’embarques dans des futilités. Oui des futilités. Pas des détails mais des futilités.

Le cas qui nous concerne n’a rien à voir. Ce ne sont pas des insultes. Ce ne sont pas comme tu l’écris une histoire d’Arabes qui bloquent des rues en France pour installer une mosquée. Non, c’est l’histoire d’un mec seul qui a décidé, seul, de tuer des gens. Beaucoup de gens. Peu importe qui. Tirer. Tuer. Tirer. Tuer. Sans distinction.

Un peu comme l’avait fait Kim De Gelder, ce Belge qui a tué le 23 janvier 2009 deux bébés et une puéricultrice de 54 ans dans la crèche Fabeltjesland à Termonde. Comme cela, au hasard. Les faits sont similaires. Avais-tu écrit un blogpost à l’époque ? ou l’écrirais-tu de ce genre :

C’est un Flamand, peut-être (sûrement ?) catholique.
Où est-ce que je veux en venir ? Nulle part, je constate.
Je constate que c’est un Flamand qui a tué une femme et des enfants innocents. Je constate qu’il y a une semaine, sur la VRT, c’est un politique flamand qui traitait tous les francophones de profiteurs. Je constate qu’il y a trois heures, ce sont deux Flamands qui m’ont traité de “petit Wallon de merde” en plein Bruxelles. Je constate que ce sont des Flamands qui ont bloqué certaines rues autour de Bruxelles, trouvant qu’il y a trop de francophones…

Ce texte n’a évidemment aucun sens. Il est complètement absurde. Comme l’est celui de Florian Henin, bel exemple de produit qu’aurait pu nous fournir un membre actif du Front national.

En fait, s’il avait pris un peu de recul – comme il eut pu le faire si vraiment il n’avait rien contre les Arabes, il se serait demandé pourquoi, depuis les dernières décennies, nos sociétés occidentales arrivent à créer de tels phénomènes. Des hommes souvent seuls – pas toujours – décident de tuer de gens innocents au hasard, de perpétrer de véritables massacres. Comment se fait-il que nos sociétés occidentales, qui se voient souvent comme des exemples pour la planète entière, arrivent à engendrer des monstres pareils ?

Autre chose, ce jeune garçon de 21 ans écrit qu’il est facile de crier à la tolérance, au multiculturalisme… Ah bon ? N’est-il pas plus facile de dire : “Regardez ce sont les Arabes ! Ils sont le mal. Ils m’ont insulté, j’ai eu peur. Ils construisent des mosquées. Ils sont différents de moi et je refuse leur différence”. Aujourd’hui il sera beaucoup plus difficile de cracher sur les Arabes que d’aller voir la famille de ce monstre. Dans ces cas-là, la tolérance est le truc le plus difficile à crier.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque le Japon a attaqué les États-Unis à Pearl Harbor, les Américains ont eu un choc énorme. En réaction, des milliers d’Américains se sont retrouvés dans des camps. Aux États-Unis. Oui, aux Etats-Unis. Leur tort était d’être né au Japon et d’y avoir de la famille. La plupart d’entre eux avaient fui le régime japonais et peu d’entre eux soutenaient le totalitarisme de leur pays d’origine. Mais ils ont été stigmatisés, ostracisés. À l’instar de ce que fait ce jeune homme qui, si difficilement, montre les Arabes du doigt.

Mais voilà, un drame était arrivé, la tolérance, si facile selon Florian, est finalement la capacité humaine qui peut s’envoler en premier. Tout son texte en est la preuve. Même s’il semble que bien avant ce massacre il avait déjà son idée toute faite sur les Arabes, ce groupe ethnique qu’il voit si homogène – fait de voleurs et de terroristes – mais qui, au fond, sont surtout de gens qui ne sont pas comme lui.

Article écrit à quatre mains avec Jennifer Flavegèce @Jennifik étudiante en Master d’Infocom rencontrée sur Twitter et qui, comme moi, avait envie de répondre à Florian Henin.

 

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