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30/12/2011

Au royaume des Kim, la dictature est reine

nouvelles du progrès,corée du nord,dictature,him jong ilLe dirigeant nord-coréen Kim Jong-il, érigé en demi-dieu dans son pays par un culte de la personnalité exacerbé, est mort samedi dernier. L’un de ses fils, Kim Jong-un, devrait prendre le relais à l’occasion des funérailles du 28 décembre.

Le numéro deux de la dynastie des Kim est mort, samedi, à l’âge de soixante-neuf ans. Kim Jong-il, héritier du fondateur de la République populaire et démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-sung, de santé chancelante, a succombé à un arrêt cardiaque, dans un train. Sa mort a été annoncée à la télévision par une présentatrice en larmes, vêtue de noir, avec, en arrière-plan, un paysage de forêts et de montagnes blanches, un décor de légendes millénaires d’une Corée quasiment à l’arrêt. Les médias nord-coréens faisaient état hier de « la tristesse indescriptible » de tout un peuple éploré après la disparition de leur « cher leader », surnom officiel de Kim Jong-il, dont il connaissait pourtant à peine la voix car celui-ci ne s’exprimait que très rarement en public.


Et, durant ses dix-sept années au pouvoir, la Corée du Nord a pourtant sombré dans la pénurie alimentaire chronique, rendant le pays dépendant de l’aide internationale. Petit joufflu au costume gris-vert et aux chaussures compensées, Kim Jong-il l’autocrate a développé le secret à l’extrême. Il a été le chef d’un régime communiste poststalinien, éloigné du marxisme-léninisme, fonctionnant en vase clos et donnant la priorité à l’armée dans la construction du socialisme à la sauce nord-coréenne. Lui-même présidait la Commission de défense nationale, le cœur du pouvoir, avec le grade de commandant suprême de l’Armée populaire de Corée, sa plus haute distinction.

Mais le dictateur était aussi amateur de femmes, de bons vins et de cinéma. Si Hollywood l’a dépeint en bouffon comique dans certains films, George W. Bush l’a au contraire qualifié de chef d’un « avant-poste de la “tyrannie” » avant de considérer la Corée du Nord comme un « état voyou » et de l’intégrer dans « l’axe du mal ». Selon sa biographie officielle, Kim est né en 1942, dans une forêt recouvrant le mont Paektu, lieu mythique de la fondation de la Corée et devenu le foyer de la guérilla coréenne contre les Japonais. Il aurait fait ses classes de révolutionnaire à l’école primaire, et le temps d’aller au collège. Il aurait été un ouvrier modèle avant d’étudier le marxisme à l’université. En réalité, il serait né dans l’Extrême-Orient soviétique, se trouvait en Chine au moment de la guerre de Corée (1950-1953) et a plutôt vécu une vie de privilégié à Pyongyang.

 l’une des plus importantes armées au monde

Arrivé au pouvoir à la mort de son père, en 1994, il dut attendre trois ans pour être nommé officiellement secrétaire général du Parti des travailleurs de Corée. Orphelin de l’URSS, il doit affronter la faillite économique tandis que le nucléaire était le seul épouvantail que Pyongyang pouvait brandir afin d’espérer obtenir une assistance financière internationale. Entre menaces et dialogue, Kim Jong-il a joué, à plusieurs reprises, sur les deux tableaux. Asphyxiée économiquement, la Corée du Nord a besoin d’argent pour maintenir l’une des plus importantes armées au monde, avec un million de soldats (sur 25 millions d’habitants), deux millions de cadres et un budget de la défense représentant 25 % du PIB. Le pays signe toutefois un accord de paix avec son voisin du Sud. Kim Jong-il étonne en accueillant le président sud-coréen Kim Dae-jung. Un sommet historique, mais, au fil du temps, les relations entre les deux pays connaîtront des hauts et des bas, les craintes d’une guerre surgissant parfois comme en novembre 2010.

La Corée du Nord ne semble pas prête à s’ouvrir pour son peuple exsangue et opprimé. Pour l’heure, il est difficile de connaître l’impact de la succession. Malgré les incertitudes, le régime va rester sous la férule de la dynastie Kim. Depuis deux ans, le fils cadet préféré de Kim Jong-il est préparé à prendre les rênes de la dictature. L’intronisation du « petit prince rouge », Kim Jong-un, élevé au lait suisse où il a étudié, propulsé général quatre étoiles il y a un an (il a moins de trente ans) a été officiellement confirmée hier. Kim numéro 3 présidera les funérailles grandioses de son père le 28 décembre.

Samedi dernier, jour officiel de la mort de Kim, la presse sud-coréenne rapportait que la Corée du Nord avait accepté de suspendre son programme nucléaire d’enrichissement d’uranium à des fins militaires, un préalable fixé par Washington à la reprise des négociations sur le désarmement et l’aide alimentaire. Cette annonce faisait écho à l’intensification de contacts diplomatiques entre Pyongyang et les Six (les deux Corées, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Japon) sur le nucléaire nord-coréen…

Prudentes réactions dans le monde

Dès l’annonce de la mort de Kim Jong-il, la Corée du Sud a placé son armée en état d’alerte, tandis que le président Lee Myung-bak convoquait un conseil de sécurité national. « Nous devons faire en sorte que cette mort soudaine n’ait pas de conséquences négatives sur la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne », a pour sa part souligné le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda. Washington a réagi avec prudence, insistant sur la « stabilité » de la région. La Chine, un des alliés de Pyongyang, a transmis ses « profondes condoléances » au peuple nord-coréen. En France, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a exprimé l’espoir « qu’un jour le peuple de la Corée du Nord puisse retrouver sa liberté ». Le président de l’Union européenne, Herman Van Rompuy, a appelé le futur dirigeant du pays à s’engager pour « la paix et la stabilité », tandis que pour William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, la disparition de Kim Jong-il « pourrait être un tournant pour la Corée du Nord ».

Bernard Duraud (Extrait de Marianne 2)

 

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