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Silences...

nouvelles du progrès,paul hermant,liège,amrani,fusilladePeut-être qu’il nous faudrait plusieurs minutes de silence pour couvrir tous les bruits que l’on a entendus. Ceux des détonations, ceux de l’information, ceux des ambulances, ceux de la vengeance, enfin tous ceux-là.

Et des minutes de silence aussi pour les bruits que la vie ne fera plus. On devrait sans doute se limiter à cela, n’est-ce pas : aux silences. Mais puisque nous en sommes incapables et que nous ne pouvons nous empêcher de parler, il nous faudra bien parler aussi de ce dont on parle.

Et dire qu’au choc et à l’émotion de ce fait divers survenant succéda la honte des commentaires tout venant, des torrents tapis jusque là et surgissant comme après l’orage, l’on aurait dit que l’on attendait dans l’ombre que cela se passe : qu’un meurtrier ne s’appelât pas Hans Van Themsche ou Kim De Gelder et qu’on ne puisse le renvoyer ni à la folie ni aux jeux vidéos — on le fit, rappelez-vous — mais à son origine et à son patronyme.

Dans le « Forum de midi », tout à l’heure, un Marocain s’excusa. De tous ces commentaires lus et entendus, ce fut sans doute le pire. D’endosser cela. De communautariser le meurtre. D’ethniciser ce fusil FAL. Tandis que d’autres, pendant ce temps-là, allaient gaiement dans les courriers et les forums, s’ébattre dans la boue de la conjecture toute-puissante et du préjugé salissant. Dénonçant le laxisme et célébrant le racisme d’un seul élan. Ah ça, à les entendre, il faudrait bientôt prendre les armes.

Mais c’est cela, précisément, n’est-ce pas : c’est de prendre les armes dont il s’agit, c’est de les avoir prises. La question du pourquoi, celle que tout le monde se pose aujourd’hui, s’efface alors devant le comment. Comment vivre avec des gens qui aiment tellement les armes et qui se détestent assez pour s’en servir ? Et à qui plus rien n’offre de barrières, quand on fait de l’immédiateté et de sa satisfaction la valeur cardinale ?


A Florence non plus, hier, ces barrières n’ont pas tenu. Deux vendeurs sénagalais abattus par un type d’extrême droite : l’obsession du nettoyage gagne, ça doit briller tout de suite. Le temps long de la Justice et du social ne peuvent pas grand-chose contre l’urgence de ces pulsions et de ces purifications, ultime refuge de cette notoriété instantanée après quoi on nous apprend partout et tout le temps à courir.


C’est pour cela qu’il nous faudrait prendre le temps du silence. Ou alors, peut-être, entendre ce que l’on appellera « une parole norvégienne ». Celle d’un Premier ministre rappelant crânement qu’on ne laissera pas gagner ce qui exclut et ce qui salit. Car salir le malheur c’est abîmer encore plus la mort des gens.

Paul Hermant

 

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