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16/12/2011

Chute de l'URSS: le quai d'Orsay avait-il senti le vent tourner ?

nouvelles du progrès,gorbatchev,urssVingt ans après la chute de l'URSS, le Ministère des affaires étrangères français a mis à la disposition du public, sur son site internet, une petite partie de ses archives concernant la désagrégation de l'URSS. Des premiers symptômes de l'affaiblissement du pouvoir au Putsch de Moscou en passant par les analyses délicates sur l'après-URSS: télégrammes diplomatiques, notes confidentielles, et quelques perles...ainsi la lettre de soutien de Kadhafi aux durs du régime, récupérée par les diplomates français.


La une de l'hebdomadaire Ogoniok, marque d'un journalisme de contre-pouvoir

A l’heure où l’opposition russe conteste les fraudes et la victoire du parti de Vladimir Poutine aux élections législatives -le score réel du parti au pouvoir serait de 20 points inférieur à celui annoncé  selon Une ONG et ne devrait pas obtenir plus de 200 députés à la Douma contrairement aux 238 selon un diplomate- il y a tout juste 20 ans, le 8 décembre 1991, disparaissait l’URSS*.

L’histoire est malicieuse : 20 ans jour pour jour après la chute de l’URSS, les communistes doublent quasiment leur nombre de députés qui flirte avec les 20% à la chambre basse du parlement, et la « Perestroïka », rangée aux oubliettes est quasiment devenue un gros mot, démonstration d’un apprentissage long et difficile de la démocratie.

Nous sommes en 1991. Lancée dans une course aux armements exténuante avec les Etats-Unis,  l’URSS est à bout de souffle. Les chancelleries occidentales observent la désintégration de l'empire sociétique. 

Récemment, le Ministère des affaires étrangères a mis en « lecture publique » un échantillon de documents diplomatiques conservés dans ses archives:  notes du Centre d’analyse et de prévision du Ministère des affaires (CAP), télégrammes d’ambassadeurs, fiches de la direction Europe (sous-direction URSS). Suffisant pour se faire une idée de ce que les analystes comprenaient de l’histoire en marche, même si la totalité des archives ne sera consultable en 2016.

Un état fort au bord de la rupture
 
Dès février 1991, une note du CAP en « diffusion restreinte » évoque un Gorbatchev « malheureux, mal à l’aise, irascible, isolé, même sur le plan personnel », résultat « d’un sentiment croissant de peur face à une crise généralisée de moins en moins maîtrisable ».  Suit une description de la peur qui gagne les dirigeants de l’URSS : « tous les sondages montrent que le fossé se creuse entre le pays « légal », encore dominé par le Parti Communiste, seule force politique cohérente, et le pays « réel », partagé entre l’indifférence et l’exaspération ».

« Un état fort n’est jamais aussi faible qu’au moment où il commence à se libérer » poursuit l'auteur de la note qui anticipe une déstabilisation profonde de l’URSS, « l’aggravation de la crise économique et l’impatience croissante des républiques désireuses d’assumer pleinement leur autonomie présentent pour les dirigeants soviétiques un risque réel de marginalisation progressive ».   

En juillet la situation paraît encore plus claire aux diplomates français en poste à Moscou. Dans une note transmise à Paris intitulée « M. Gorbatchev et le Parti Communiste », il est écrit que le « Parti communiste est profondément déstructuré, sans leader, sans ligne, sans organisation, sans prestige ni popularité et va d’échec en échec au plan électoral. L’équation que doit résoudre M. Gorbatchev est en fait assez simple. Si la situation reste en l’état, le PC va à une perte certaine. (…) Une solution consisterait pour M Gorbatchev à prendre lui-même l’initiative d’une refonte du PC, avec éventuellement une modification du nom du parti, qui pousserait les conservateurs à la scission et permettrait de sauver par la reconversion la fraction gorbatchevienne de l’appareil communiste ».

Le coup d'état des durs du Parti
 
C’est bien ce que tentera de faire Gorbatchev, sans rencontrer le succès escompté. Le ver est déjà dans le fruit.  Si l’avenir de Gorbatchev, détenteur d’un « pouvoir théorique » paraît scellé, le 11 juillet 1991, la « sous direction URSS  » du quai d’Orsay se refuse encore à envisager le pire, anticipant néanmoins une séquence de troubles : « les scénarii les plus catastrophiques ne sont pas les plus probables. En revanche le scénario d’une évolution maîtrisée et « douce » vers le pluralisme politique, vers une règle du jeu acceptée par les composantes de l’Union et vers l’économie de marché est tout aussi improbable ».

Au moment du putsch des durs du Parti, l’ambassade de France à Moscou informe en « live » le Ministère des Affaires étrangères et l’Elysée, les mémos sont transmis à un certain M. Védrine, alors secrétaire général de l’Elysée: « Il me revient de l’entourage de M. Chevernadze (NDLR: Ministre des affaires étrangères de l'URSS, futur président géorgien) que le mouvement pour les réformes démocratiques (…) a conclu à l’imminence d’un coup d’état lors de sa dernière réunion qui s’est tenue le samedi 17 août » écrit Michel Peissik, ministre conseiller à l’ambassade de France à Moscou. Les réformateurs craignent un coup d’état de la part d’un groupe des tenants de la ligne dure du PC.

Il aura lieu le 19 août 1991, un jour avant que Gorbatchev et un groupe de dirigeants des Républiques signent le nouveau traité d'union, un groupe se faisant appeler le Comité d'État pour l'état d'urgence annonce que Gorbatchev est malade et qu'il a été soulagé de son poste de président.

Extrait de Marianne 2

10:33 Écrit par nouvelles dans histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nouvelles du progrès, gorbatchev, urss |  Facebook |

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