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09/12/2011

Sur les prisonniers de guerre 1940-1945 de Forchies.

nouvelles du progrès,prisonniers de guerre,guerre 40-45,forchiesFin mai 1940, quelques dizaines de soldats originaires de Forchies-la-Marche ont été faits prisonniers par l'armée allemande. Ils ont été envoyés en Allemagne dans des stalags ("stammlager").(1)

 La plupart ont été affectés dans des "arbeitskommando" dans des usines, des fermes, des commerces, où ils ont été obligés de travailler sans salaire ou presque, devenant ainsi des serfs au service du 3e Reich. Ils y remplacèrent les hommes allemands, pour la plupart mobilisés sur les divers fronts de la 2e Guerre mondiale.


A noter que les patrons bénéficiaires de la main d'oeuvre des prisonniers devaient, eux, verser un Deutsche Mark par mois et par homme (du moins dans les fermes), pour contribuer à l'effort de guerre des Nazis. Sauf évasions, relativement rares, ou en cas de maladie, par exemple, tous ces prisonniers restèrent 5 ans en Allemagne, jusqu'à la fin de la guerre en mai 1945. (2) (3)

Ce fut le cas de mon père, Georges Arille ROVILLARD, (né à Forchies, le 14 novembre 1918), simple soldat du régiment 1er Chasseurs à pied de Mons. Fait prisonnier sur la Lys, il fut envoyé au stalag XB à Sandbostel (50 km à l'ouest d'Hambourg) et de là dans l'arbeitskommando du village de Harsefeld. Il y demeura 5 ans, au service de la famille ZUM FELDE, propriétaire d'une des plus grosses fermes du village. (4)

Son patron, Richard, avait fait Verdun en 14-18. Il y avait reçu la Croix de guerre de 1 ère classe, une des plus hautes distinctions militaires allemandes. Sans être véritablement nazi, il était néanmoins membre du NSDAP, le parti hitlérien (Parti national socialiste des travailleurs allemands) (5)

Dès la fin de 1940, en Belgique, la Résistance s'organisait, menée en particulier par les Communistes après l'agression allemande contre l'URSS (opération "Barbarossa" en juin 1941). Une des formes les plus actives de la Résistance fut la presse clandestine, fort répandue dans les villes mais aussi dans nos villages.

Ainsi, grâce à notre ami Michel MAIRIAUX, j'ai pu retrouver un poème écrit en juillet 1943 par Rodolphe LEMPEREUR (instituteur, membre du cercle dramatique PRO ARTE, Bourgmestre socialiste de Forchies de 1965 à 1970). Il est consacré à nos prisonniers de guerre.

Le voici:

TU REVIENDRAS

Air: Tu renaîtras.

Tu reviendras, brave fils de Belgique,
Le coeur vaillant, pétri dans la douleur.
Tu reviendras, ennobli, magnifique,
Car la souffrance engendre la grandeur.
Ton sacrifice vit dans notre mémoire.
A ton exemple, tous nous avons appris
Qu'auprès de lui, tout n'est que vaine gloire.
De l'héroïsme, nous connaissons le prix.
Tu reviendras, Fils de Belgique,
Fils de Belgique, Tu reviendras.
Tu reviendras, fier enfant de Belgique,
Car le destin entraînant les vaillants,
De nos soldats, symbole magnifique,
Vers le foyer ramène nos enfants.
Dans le passé, témoin de ta souffrance,
Tu puiseras une nouvelle foi
Et dès ce jour, doux gage d'espérance,
L'aurore luit, l'espoir est notre loi.
 Tu reviendras, Fils de Belgique,
 Fils de Belgique, Tu reviendras.

 Ce poème a été écrit à Forchies-la-Marche et sans doute récité par son auteur lors d'une fête organisée en faveur des prisonniers de guerre le 4 juillet 1943, dans le cadre du Cercle dramatique local PRO ARTE dont LEMPEREUR était membre

Ce genre de fête, selon M. MAIRIAUX, était toléré par l'occupant allemand; le but était de constituer des colis destinés aux prisonniers de guerre en Allemagne. Ceux-ci en reçurent dès le 2 ème semestre 1940 et pendant presque toute la guerre, grâce en particulier à la Croix-Rouge internationale.

A souligner toutefois que les colis envoyés par les familles étaient particulièrement maigres, nos concitoyens manquant eux-mêmes à peu près de tout pendant la guerre (pas de chocolat, cigarettes, tabac, café, sucre, etc...). Avec les courriers, rares et évidemment censurés, les colis constituèrent le seul lien des prisonniers avec leurs proches et bien que pauvres, ils leur furent souvent d'un grand réconfort, tant matériel que moral.


Georges ROVILLARD,
Forchies-la-Marche, le 22 août 2011.

 (1). Les stalags étaient destinés aux simples soldats. Les officiers étaient eux "logés" dans des oflags (offizier-lager) dont ils ne sortaient pas car en vertu de la Convention de Genève sur les prisonniers de guerre, que les Allemands respectaient, ils n'étaient pas obligés de travailler. Quant aux sous-officiers, ils étaient généralement affectés dans des stalags et obligés de travailler, alors que la Convention de Genève ne prévoyait pour eux que des "travaux de surveillance"; d'où de vifs reproches à la Wehrmacht (armée allemande) de la part de la Croix-Rouge internationale qui régulièrement faisait des tournées d'inspection des camps de prisonniers. Ce n'est que fin 1941 que la situation des sous-officiers fut enfin "normalisée" par rapport à la Convention.

 (2) Il y eut évidemment plusieurs décès en Allemagne de prisonniers de guerre belges. J'ignore si ce fut le cas pour des soldats originaires de Forchies. Si un lecteur détient des renseignements sur ce point, je les recevrais bien volontiers au 0475.54.01.80 ou par courriel: g.rovillard@brutele.be. Merci.

(3) L'on sait que dans le cadre de sa politique du "pangermanisme", HITLER fit libérer après quelques mois tous les prisonniers belges d'expression néerlandaise. Seuls les Francophones et les Wallons (ainsi que les officiers flamands d'active) sont restés en Allemagne. J'ai connu un ex-officier originaire de Gand dont la famille était francophone et qui refusa de se faire reconnaître comme Flamand. Il lui suffisait pourtant de prononcer quelques mots en cette langue devant une commission créée par les Allemands avec l'assistance de collaborateurs flamands. Par amour du français, sa langue maternelle, il refusa et le paya de 5 ans de captivité dans un oflag. Installé à Bruxelles après la guerre, il devint, dans les années 1970/1980: un ardent militant du Front des Francophones (F.D.F.).

 (4) Mon père, puis moi-même après sa mort, sommes restés en contact avec cette famille, par des visites quasi annuelles depuis 1964. J'y reviendrai dans un autre texte.

 (5) La fille aînée de Richard ZUM FELDE, Annegret, 79 ans aujourd'hui, m'a récemment montré l'insigne à la croix gammée que portait son père.

Commentaires

Bonjour,
Mon grand-père a aussi été fait prisonnier dès le 28 mai 1940 et est resté au Stalag XB jusqu'à la fin de la guerre.
Il était milicien auprès du 5° Régiment de chasseurs à pied, 3°Compagnie, 1°Bataillon.
Sa carte de prisonnier portait le n°52745.
J'aimerais retrouver des traces de son passage, des personnes qui l'auraient peut-être connu, qui auraient peut-être travailler avec lui. J'aimerais savoir ce qu'il a vécu durant ces années de captivité.
Mon papa m'a dit que mon grand-père n'aimait pas parler de cette période de sa vie, ce que je peux comprendre, et qu'il avait changé du tout au tout à son retour. Mon papa avait 6 ans quand il est revenu du camp de prisonnier.
Pourriez-vous m'aider dans mes recherches? Me mettre en contact éventuellement avec des personnes qui ont elles aussi été prisonnières dans le Stalag XB?
D'avance un grand merci
Karine Piret

Écrit par : Piret Karine | 27/11/2014

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