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04/12/2011

La fin du punching ball

nouvelles du progrès,nico cue,mélallos,fgtb,punching ballIl y a, dans les salles de sport, un objet remarquable. On l’appelle le punching ball. Outre ses fonctions de base, accroître la force et la vitesse de frappe du boxeur, il permet aussi de se défouler quand l’adrénaline est trop élevée. L’objet a une dernière caractéristique très intéressante: quelle que soit la force avec laquelle on l’a frappé, il revient exactement à la même place...


Le monde de la finance, c’est une sorte de punching ball. Quoi qu’il lui soit arrivé au fil des jours, il finit toujours par reprendre sa place, exactement sa place. On le voit bien ces jours-ci en Grèce et en Italie: quelle que soit la colère populaire, on voit plus ou moins les mêmes reprendre place dans les palaces du pouvoir. Mario Monti, le nouveau président du conseil italien, vient des milieux de la finance et est même passé par Goldman Sachs, qui n’est pas pour rien dans la déglingue internationale. Peut-être vaut-il mieux un Monti qu’un Berlusconi, mais il ne faut pas oublier que les fondamentaux de la pensée économique de l’éjecté sont fort proches de ceux du nouvel arrivant…

En Grèce, c’est encore plus frappant, presque caricatural: le nouveau premier ministre a occupé de hautes responsabilités chez le même Goldman Sachs, et on retrouve donc à la tête du pays un type qui a travaillé dans la boîte qui a torpillé le pays en l’enfonçant financièrement. Un peu comme si, chez nous, on rappelait Dehaene pour le mettre aux Finances et lui demander de renflouer Dexia qu’il vient juste de finir de couler… Lucas Papademos va mettre en place une politique dictée par l’Europe et le FMI. Une politique qui devrait faire regretter aux Grecs d’être nés.

Voici quelques jours, nous nous sommes rendus là-bas avec quelques camarades pour soutenir nos amis du POEM, le syndicat de la métallurgie. C’est l’enfer qui les attend. La «rigueur indispensable pour sauver la pays» a, par exemple, conduit le gouvernement à décider d’un nouvel impôt de 350 euros par ménage (le salaire grec moyen est de l’ordre de 750 euros). Cette somme devra être payée aux compagnies d’électricité en même temps que la facture de consommation mensuelle, la compagnie reversant ensuite à l’État. Et si le contribuable ne paie pas les 350 euros, c’est simple, on lui coupera le courant… A ce rythme-là, la Grèce sera peut-être sauvée. Mais pas les Grecs…

En fait, pour sortir de la crise que le monde de la finance a créée, le monde politique invente des stratégies de plumage des citoyens qui permettront au monde de la finance de relever la tête et de recommencer à plumer les gens… Et cela avec une absence totale de remords. D’ailleurs, ces gens-là sont parfaitement capables d’affirmer que les banques ne sont pour rien dans le drame actuel. Bruno Colmant, qui est tout de même l’un des big boss d’Ageas (ex-Fortis Assurances) et aussi ancien chef de cabinet de Reynders, était l’autre jour à Liège dans un séminaire sur l’image des banques (il s’agissait entre gens du beau monde de se demander pourquoi les banques avaient une mauvaise image de marque…). Un peu chahuté par des «gauchistes» (qui n’étaient «heureusement pas des métallos», comme l’a noté l’animatrice (!), Colmant a quand même trouvé le moyen de dire ceci: «Le problème n’est pas un problème de banques, ça c’est une fiction politique. Le problème est un problème de dette étatique. Ce ne sont pas les banques en tant que telles qui sont en souffrance, mais le fait qu’elles doivent porter les dettes d’États trop endettés».

Colmant est intelligent. On ne peut donc pas se dire que c’est la bêtise qui lui fait dire cela. Non, ce qui lui fait proférer ce genre d’énormités, c’est l’arrogance, le mépris total dans lequel ces gens-là tiennent les citoyens. Avec de graves conséquences au loin.

Mikis Théodorakis est un musicien grec, mais aussi un homme politique dans son pays, célébré pour sa résistance farouche à la dictature des colonels. Dans une récente interview au quotidien français L’Humanité, il voit revenir le fascisme: «Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la finance. Si les États ne s’imposent pas face aux marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en Tiers-Monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent en suscitant le retour du fascisme.»

Résister… Nous devons le faire, chez nous et partout. Nous devons montrer que nous sommes prêts à le faire, et nous avons pour cela deux prochains rendez-vous, deux mobilisations importantes que nous devons réussir, le 2 décembre à Bruxelles et le 7 à Liège, derrière les travailleurs d’ArcelorMittal.

Le punching ball revient toujours à sa place ? Éclatons-le. Il sera toujours pendu, mais flasque et vidé de sa substance.

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-

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