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Un avis sur la crise

nouvelles dexia,fortisUne opinion de Mikael Petitjean, Professeur à l’Université catholique de Louvain (Louvain School of Management – UCL Mons).

Quel est le constat le plus grave que nous pouvons tirer de la crise financière qui nous secoue encore aujourd’hui ? Nous avons, en vérité, assisté au mécanisme inacceptable de privatisation des gains et de socialisation des pertes.

D’un côté, les perspectives de profit bénéficient aux propriétaires d’ entreprises privées ; de l’autre, le risque lié à leur faillite est supporté par le contribuable. Autrement dit, si je devais jouer à pile ou face avec vous, cela reviendrait au résultat suivant : pile je gagne, face vous perdez. Les deux exemples suivants vous feront comprendre l’ampleur du problème. Parlons tout d’abord de la banque Fortis que l’Etat a été contraint de sauver en y investissant plus de 8 milliards d’euros. Aujourd’ hui, la perte non-réalisée pour l’Etat est d’environ 5 milliards d’euros.

Pour la Banque Dexia, la perte non-réalisée pour l’Etat est d’environ 85% de l’investissement initial, soit presque 2 milliards d’euros. Pour vous donner un point de repère, la somme des moins-values non-réalisées pour ces deux seules institutions financières représente environ la totalité du budget de l’enseignement, de la recherche et de la formation pour la Communauté française. Cela représente également la quasi-totalité de l’effort budgétaire que le gouvernement belge devra réaliser en 2012.

La grande question à laquelle nous devons absolument répondre est donc la suivante : comment s’assurer que, demain, une justice sociale élémentaire soit respectée au sein du secteur bancaire et financier ? Les réactions les plus courantes sont soit purement économiques, soit purement morales. Les réponses de nature purement économique relèvent du fondamentalisme économique, que l’on appelle souvent l’économisme : la recherche de l’ intérêt personnel mènerait naturellement à un résultat moral. Les réponses de nature purement morale relèvent du fondamentalisme moral, que l’on appelle souvent le moralisme : la recherche de l’intérêt personnel serait en soi immorale car sa visée n’est pas le bien, qu’il s’agisse du bien tel qu’ un dieu le définirait ou du bien collectif tel que le peuple le définirait.

Comment éviter de tomber dans le piège des fondamentalismes qui justifient ou condamnent systématiquement la recherche de l’intérêt personnel ? Une condition nécessaire est d’apprendre à adopter une démarche éthique dont je parlerai lors de la leçon inaugurale donnée ce lundi 3 octobre à la nouvelle « UCL Mons ». Qu’il soit banquier, politicien, chômeur ou professeur d’ université, chaque individu a une responsabilité morale envers les autres.

Chacun d’entre nous doit apprendre à assumer cette responsabilité car, sans individu moral, il n’y aura jamais de système moral. L’économie, c’est chacun d’entre nous. Nous préférerions tous que l’économie soit naturellement morale et que la morale soit naturellement rentable mais c’est précisément parce que l’économie n’est pas plus morale que la morale n’est créatrice de richesse matérielle que nous avons besoin des deux.

C’est également parce qu’elles ne sont suffisantes ni l’une ni l’autre que nous avons besoin de Politique, non pour faire le bonheur des hommes à leur place ou leur faire croire à un système providentiel, mais pour assurer une réelle justice sociale. Il s’agit non seulement de garantir nos libertés et droits individuels mais aussi (et surtout) de nous placer devant nos devoirs et responsabilités envers ceux qui nous entourent aujourd’hui et ceux qui nous remplaceront demain. La route est encore longue.

 

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