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Retour d'une mission d'observation en TUNISIE.

ennahdha,élections,tunisieRéflexions d'un laïc de gauche, suite aux résultats électoraux.
 
Inutile d'insister sur l'immense succès qu'ont remporté les premières élections démocratiques de puis l'Indépendance de la Tunisie.

Au lendemain de cette fête de la Démocratie, j'ai décidé d'aller dans la rue, prendre le pouls de la population. J'ai rencontré de nombreuses personnes représentatives de tous les milieux sociaux avec qui j'ai discuté longuement et analysé les résultats du scrutin et notamment, la spectaculaire victoire du parti islamiste Ennahdha.

Je n'ai ressenti ni peur, ni crainte, ni déception....La population, dans son immense majorité, a reconnu, enregistré et respecté les résultats sortis des urnes: Hennadhda 90 sièges, le PCR (laïque de gauche)30 sièges, Ettakattol(laïque centre-gauche) 21 sièges. Les Tunisiens ont donné la preuve, malgré les nombreuses années de dictature, de leur maturité politique. "De toute façon, nous n'accepterons jamais une nouvelle dictature, fut-elle religieuse", entendait-on dans la foule.
 
A plus de 90%, les Tunisiens ont voté avec la volonté de donner un sens à leur engagement citoyen. Ils l'ont fait avec conviction, discipline et retenue. Bravo! Il s'agit de respecter leur choix. Ce dernier est parfaitement justifié. Il est motivé, en grande partie, par la politique de répression de Ben Ali qui a fait des Islamistes, des martyrs. Après l'ère bourguibienne et ben alienne, il était nécessaire de restaurer l'identité arabo-musulmane.
 
Il est à souligner également et ce n'est pas le moindre paradoxe, que l'électorat islamique est très éclectique: des femmes non voilées, des hommes qui ne refusent pas, à l'occasion, un bon verre d'alcool, de nombreux membres de la classe moyenne et des intellectuels qui pratiquent un Islam modéré.
 
Dans son programme, Ennadhda ratissait large, il représentait la solution au chômage, il incarnait la Démocratie, la liberté et l'antidote contre la corruption.
 
Vingt-trois ans de dictature ont laissé des traces et des blessures difficiles à cicatriser. La population est devenue méfiante vis-à-vis des partis politiques. Un parti islamiste modéré qui a souffert de la répression, donne confiance.
 
GHANNOUCHI, futur premier Ministre, après sa victoire écrasante a tenu à rassurer: "Chacun vivra selon ses convictions, dans le cadre de la loi". "Le mode de vie des Tunisiens ne sera pas influencé par la Charia"."Pas de remise en cause du statut de la femme".
 
Réaction générale de la population: "On va essayer un ou deux ans et si cela ne nous convient pas, nous crierons à nouveau: DEGAGE! ".
 
Réserve: Ennadhda n'a pas obtenu la majorité absolue. Il va donc devoir s'allier avec les deux partis qui le suivent et qui sont des partis laïques de Gauche et de Centre-Gauche. Ensemble, avec la participation d'autres peut-être (j'ai prié les jeunes de faire connaître leurs revendications), ils vont devoir rédiger la CONSTITUTION. C'est le contenu de celle-ci qui sera PRIMORDIAL et qui nous donnera plus de précisions sur l'orientation de l'après BEN ALI.
 
Lucien Belvaux
Observateur civil international
Internationaliste - libertaire.

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