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19/10/2011

Le terrorisme financier aura-t-il raison de la démocratie ?

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La Libre - 06/10/2011

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/689950/le-t...

Les dernières mesures prises par et dans l’UE pour sortir de la crise économique nous inquiètent sur l’avenir de notre démocratie. Après l’Allemagne, c’est l’Espagne qui a inscrit dans sa constitution le principe de la "règle d’or", soit l’interdiction pour l’Etat d’avoir un budget en déficit.


Sous couvert de "bonne gouvernance" purement économique, le parti socialiste espagnol, aidé par la droite, a pris une décision hautement politique : se mettre sous la coupe des financiers. Car après avoir imposé les critères de Maastricht, et déclenché la crise des dettes privées à l’origine de la crise actuelle des dettes publiques, les financiers, dictant leur loi à l’Europe, accentuent encore la pression sur les Etats dont la marge de manœuvre économique se réduit sans cesse.

Pour rappel, Maastricht fut critiqué et ses critères souvent dénoncés, limitant les déficits à 3% du PIB. Aujourd’hui, on parle de 0,3 à 0,4% maximum. Soit, comme pour l’augmentation des salaires en Belgique, un chiffre surtout symbolique, et concrètement un blocage total.

Nous aimerions ici aborder deux points.

1) Les banques auraient-elles pu être sauvées en 2008 (ou à présent, dans le cas de Dexia) si de telles mesures avaient existé ? Comment le "miracle irlandais", tant vanté par tous les économistes avant son effondrement complet, aurait-il pu limiter la casse ? Le discours poujadiste sur la Grèce détourne le regard de l’Irlande et de ses 30% de déficit (soit 10 fois la norme de Maastricht et 100 fois la règle d’or instaurée en Espagne !).

Même sur le plan économique, on peut douter de la pertinence d’une telle mesure. Notre pays en fait la preuve par l’absurde. En l’absence de gouvernement, il a pris peu de mesures d’austérité (mis à part le non négligeable blocage des salaires), ce qui lui permet jusqu’à présent de moins mal traverser la crise. Mais l’épisode actuel de Dexia risque d’accroître la dette de l’Etat dont on nous dira dans quelque temps qu’elle est démesurée et qu’il faut imposer en retour des sacrifices - sociaux, ceux-là.

2) Les recettes prônées aujourd’hui sont identiques aux plans d’ajustement structurel imposées par le FMI aux pays du Sud ces dernières décennies. Les conséquences en sont aujourd’hui visibles : la pauvreté ne cesse de s’y étendre. Mais l’objectif réel est atteint : ces pays sont passés totalement sous la coupe des multinationales, essentiellement occidentales.

La colonisation n’a donc pas cessé ; le capitalisme a juste modifié l’habillage de sa domination. Or ce sont ces recettes que l’on veut imposer en Europe, comme l’illustre la pression énorme pesant sur la Grèce pour privatiser ses services publics et même son territoire.

Mais si ces recettes sont inefficaces, pourquoi vouloir les imposer à tout prix ? Comme des terroristes, les financiers profitent-ils de la peur, qu’ils ont créée, pour faire passer ce que la démocratie a pu empêcher jusqu’à présent ? Le but réel n’est-il pas de casser l’opposition démocratique et d’accélérer un processus qui leur permet de s’enrichir ? Car, rappelons-le, la richesse mondiale ne cesse de grandir.

Il apparaît clairement, pour qui ne veut pas jouer à l’autruche, que le système capitaliste est passé à la vitesse supérieure. Ce qui est remis en question aujourd’hui - avec la complicité des partis sociaux-démocrates portant une énorme responsabilité dans ce processus - c’est le pacte social, socialisant en partie la richesse créée, conclu à la fin de la Deuxième Guerre et fondement même de notre Etat démocratique moderne.

Nous sommes effectivement en crise, mais pas économique, plutôt dans un moment faisant appel à la racine grecque "crisis", désignant le moment du choix, de la décision. Un moment central de notre histoire : le choix entre une société démocratique au service de ses citoyens ou une société totalitaire faite par et pour les plus riches.

A contrario, l’Islande a profité de la débâcle de son système bancaire pour rendre la voix à la politique (et non aux politiques, nuance importante) en lançant un grand débat citoyen autour de la révision de sa constitution, examiné par le parlement début octobre.

Et en Belgique ? Les règles de "bonne gouvernance" européenne décidées dans le cadre du "Pacte Euro+" imposent déjà non seulement aux Etats, mais aussi aux entités fédérées, de respecter des règles budgétaires strictes. Et la négociation du semestre européen permettra de s’immiscer jusque dans le budget des communes !

Les syndicats (toutes tendances confondues) s’opposent déjà aux plans d’austérité qui se dessinent. 51 ans après, on n’est pas loin d’une nouvelle "Loi unique", semblable à celle qui a provoqué la "grève du siècle". Avec un PS, comme à l’époque, prêt à "prendre ses responsabilités". Non envers les travailleurs, mais envers les actionnaires !

Outre les aspects politiques se pose la question de la démocratie. Les choix économiques semblent de moins en moins ouverts au débat et de plus en plus présentés comme des actes de pure gestion. Cela constitue un désaveu total du politique. Les parlements, démocratiquement issus du vote des citoyens, seront bientôt réduits à ratifier les budgets sous la stricte contrainte de la Commission européenne.

En Belgique se pose en outre une question juridique de taille : instaurer une règle d’or nécessiterait une modification de la Constitution, ce qui nécessite d’avertir au préalable l’électeur par une déclaration de révision de la Constitution. Or les élections de 2010 ne concernaient pas cette instauration d’une règle d’or. Donc, nouveau gouvernement ou pas, le Parlement fédéral ne pourrait imiter l’Espagne sans avant avoir été préalablement renouvelé. La crise politique belge n’est donc pas finie.

Indépendamment de cette péripétie constitutionnelle, assisterons-nous les bras ballants et bouche cousue à une nouvelle victoire du "capital" et au démantèlement de l’Etat social ou mettrons-nous en œuvre notre puissance collective d’agir ? Les Indignés, qui convergent sur Bruxelles en ce début octobre et dénoncent eux aussi la "règle d’or", ont déjà apporté une réponse à cette question.

Pour le Collectif Le Ressort, Didier BRISSA, Maximilien LEBUR, Sylvain POULENC, Olivier STARQUIT et Karin WALRAVENS.

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