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10/10/2011

La pauvreté en Europe: quelques exemples

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Royaume-Uni

Forte croissance : la pauvreté menace un quart de la population.

Au Royaume-Uni, la pauvreté a augmenté pendant deux décennies de façon presque ininterrompue. Elle reste à un niveau élevé. La crise internationale n’arrange rien : on attend plus de 3 millions de chômeurs pour la fin de l’année. Du jamais vu depuis 1970. La pauvreté concerne, selon une étude de l’Insee, 20 à 25% de la population, quelle que soit la façon dont on la définit : en termes strictement monétaires, de conditions de vie matérielles difficiles ou encore de pauvreté subjective.


Les inégalités sociales se creusent fortement depuis la révolution libérale de Margareth Thatcher en 1979. Le fameux big bang a réduit les droits des salariés, flexibilisé le marché du travail  et développé une activité financière foisonnante. «  Cela légitimait du même coup les pratiques qui, plus tard, allaient conduire plusieurs grandes banques britanniques au bord du gouffre », souligne Keith Dixon, professeur  de civilisation britannique à l’université de Lyon-II. Pour lui, le fameux modèle britannique a surtout consisté à ériger «  la précarité comme mode de gestion économique et sociale et à légitimer les inégalités sociales ». Selon la dernière étude publiée par le très sérieux Institute of fiscal studies de Londres, les inégalités se sont aggravées depuis 2005- année de la troisième victoire aux législatives du parti de Tony Blair – et la Grande-Bretagne néo-travailliste est encore plus inégalitaire que celle des années de Thatcher.

7,6% de la population active est au chômage au Royaume-Uni (chiffre de juin 2009).Avant la crise, lorsque le taux de chômage britannique était au minimum – autour de 5% - le taux de pauvreté avoisinait les 20%. En 2005, en France, le chômage était à 9,6%, mais le taux de pauvreté était deux fois moindre.

Espagne

La maison Europe est toujours  mal équipée pour les petits revenus.

En 2007, l’Espagne construisait encore 700 000 logements par an. Crise et retournement de tendance au pays du « tous propriétaires » et de l’endettement maximum : à San Sebastian, par exemple, des logements sociaux étaient répartis par tirage au sort en avril 2009. Près de 7000 candidats se disputaient 488 appartements en locations ou en accession à la propriété.


Avec un secteur social quasiment inexistant, les Espagnols doivent se loger au gré du marché. Les retraités sont depuis longtemps parmi les petits revenus. Près de 2,2 millions de plus de 65 ans perçoivent un peu plus de 500 euros, le minimum légal. Près de 5 millions de retraités doivent boucler leurs fins de mois avec un peu plus de 800 euros. Pas de quoi résister à la spéculation immobilière de ces dernières années : les prix ont été multipliés par six et les banques accordaient des emprunts sur 50 ans maximum, un record en Europe. Aujourd’hui, les appartements sont invendables, mais il faut continuer à payer les dettes à la banque. Pourtant, pour les conditions de vie, les Espagnols ne sont pas les plus mal lotis : 96% ont l’eau chaude et 98% des WC à la maison. Selon une étude Insee publiée en 2005, 30% des Polonais et 47% des Roumains se lavaient à l’eau froide. Mais ils n’appartenaient pas encore à l’Union européenne à l’époque. La France n’est pas exemplaire : le conseil de l’Europe lui a reproché en 2008 «  l’insuffisance manifeste » de l’offre de logements sociaux accessibles aux personnes les plus pauvres et des discriminations dans les attributions. À qui se fier ??

780000 c’est le nombre de logement neufs et invendus en Espagne en septembre 2008. La chute du bâtiment qui représentait 17% du produit intérieur brut, alimente le chômage.

Allemagne

Le  travail mal payé se répand mais pour le salaire minimum, c’est toujours « nein ».

Il y a une exception allemande. Le pays fait partie des 7 membres sur les 27 de l’Union qui n’ont pas de salaire minimum. Les organisations professionnelles représentatives, donc les syndicats, ont le soin de négocier les salaires dans chaque branche et chaque région. C’est inscrit dans la constitution du pays. Mais, le nombre d’entreprises qui ont conclu une convention collective diminue. Les secteurs avec une politique de bas salaires se développent; les pressions exercées sur les standards sociaux aussi. Le système de négociation collective fixe de moins en moins des minimums standards. Du point de vue des Allemands, il apparaît normal que les négociations salariales s’adaptent au marché de l’emploi et au niveau de vie local. Mais les salariés des branches et des régions sans syndicats influants en pâtissent. Dans certaines professions comme la coiffure ou le gardiennage, le salaire horaire est souvent inférieur à 5 euros de l’heure (en France, le Smic est à 8,82 euros). Le nombre de travailleurs à bas salaire est passé de 15 à 22% entre 1995 et 2006, selon l’Institut für Arbeit und Qualifikation. Ils sont les plus fortement touchés par l’évolution actuelle du marché du travail.


Finlande

Un toit, c’est un droit.

Rien n’est parfait, même en Finlande. La libéralisation de l’économie a réduit à la fois les impôts et les allocations de chômage. Les banques alimentaires sont une nouveauté des années 2000. Les sans-domicile fixe sont entre 8000 et 10000. Bonne nouvelle : leur nombre a diminué de moitié dans les années 1990. Pour lutter contre l’exclusion, les Finlandais ont construit 18000 logements sociaux mis à la disposition des sans-abri, élaboré des programmes politiques de réduction du nombre de SDF, laissé les services publics accessibles… Cette réussite repose sur une vision humaniste majoritaire dans la société : personne n’a choisi de se retrouver à la rue, donc aider un SDF ne signifie jamais encourager la paresse. Pour les personnes qui travaillent avec les gens à la rue, la priorité est d’avoir un toit. Le travail vient ensuite. Les SDF sont associés à des projets dans les structures qu’ils fréquentent : un concours d’architecture pour des logements adaptés est ouvert à tous par exemple. Les associations offrent aussi la possibilité de se reconstruire loin de la ville : des vacances dans de petites îles permettent de se réinventer une vie. Certains SDF restent critiques : « Les accueils de jour sont comme des prisons ouvertes, il faut en finir avec ce système, il faut des logements durables », peste Ripa, ancien bûcheron en Laponie. Mais c’est le seul pays  d’Europe qui s’est engagé à réduire le nombre de SDF… et qui est parvenu.

Italie

Le contrôle des citoyens commence par l’immigration.

« L’immigration de masse crée un climat dans lequel on expérimente des politiques de contrôle policier qui pourraient être étendues à tous », analyse le sociologue Fabio Quassoli. Il est vrai que le « paquet sécurité » inspiré par la Ligue du Nord et approuvé par le Sénat italien en juillet 2009 a de quoi inquiéter. L’immigration clandestine est désormais un délit passible de 5000 à 10000 euros d’amende et d’une expulsion immédiate. Le séjour en centre de rétention des clandestins sera prolongé jusqu’à 180 jours contre 60 actuellement (c’est en deçà des 18 mois prévus par la « directive retour » du Parlement européen). La présentation d’un passeport ou d’un permis de séjour est obligatoire pour déclarer son enfant. Ajoutons le fichage des SDF et un petit cadeau aux électeurs : les rondes de surveillances citoyennes en vue de signaler aux forces de l’ordre « toute atteinte à la sécurité ou à la tranquillité sociale ». Phénomène aux origines locales et autonomistes, revendiquant une identité du Nord contre un Mezzogiorno jugé arriéré.

Extrait de Convergences, revue du Secours populaire français 

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