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08/09/2011

BERLIN, UNE RÉÉCRITURE DE L'HISTOIRE

checkpoint.jpgVoici bientôt quinze ans que je me rends chaque année à Berlin ou plus exactement à Brandebourg-sur-la-Havel. C'est là que vit mon vieil oncle Rudolf retraité depuis l'effondrement du mur de Berlin. En République Démocratique d'Allemagne (RDA), mon oncle était à la tête d'une ferme collective où il élevait des cochons. Victime de la réunification de l'Allemagne, il a été relégué à la périphérie de la ville dans une ancienne caserne transformée en logements sociaux. Il perçoit une maigre pension avec laquelle il se débrouille tant bien que mal !


Je ne rate jamais l'occasion de visiter Berlin, ville en perpétuelle mutation. Capitale arrogante qui expose son consumérisme bling-bling dans les grandes avenues tel qu'à Unter den Linden comme pour effacer son passé communiste.

En Allemagne de l'Est, depuis la chute du mur, la réécriture de l'histoire poursuit insensiblement son chemin. Quand on débarque à la gare centrale de la Friedrichstrasse, la où se trouvait le Checkpoint Charlie, on tombe sur une place de Washington ! Quelle ne fut pas notre surprise, mon épouse et moi, lorsque en prenant la sortie donnant sur cette nouvelle place nous sommes tombés nez à nez sur une réplique de la statue de la Liberté ! Cette place fut créée et baptisée de la sorte pour commémorer les attentats du 11 septembre 2001. D'ailleurs, le monde entier en fait des tonnes pour en célébrer le dixième anniversaire (un supplément de 10 pages dans le Soir du 05-09-11)...

A la Postdamerplatz, là où se trouvait le bunker d'Hitler, on a édifié ou plutôt étalé un mémorial de la Shoah dédié aux juifs d'Europe, victimes du nazisme... coût de ce rappel éternel de la faute : 25 millions d'euros. Nous nous sommes promenés dans ce dédale où un gardien distribue des dépliants. Mon tee-shirt, boycott Israël agaçait visiblement ce gardien propagandiste. Nous ne nous sommes pas attardés, préférant la visite du tout nouveau musée « Topographie de la terreur » où de nombreux documents inédits sont exposés face aux cellules de la SS mises à jour par les habitants du quartier...

Entre Brandebourg-sur-la-Havel et Berlin, la Havel étend paresseusement son lit sur une soixantaine de kilomètres et forme des grands lacs bordés de villages endormis. Ces vastes étendues sont propices aux balades à vélo. Adeptes du vélo, nous avons traversé ces paisibles villages. C'est à la sortie de l'un d'eux que nous avons découvert un des nombreux cimetières soviétiques de la région, laissés à l'abandon, livrés aux ronces et à la folle avoine. Entre février et mai 1945, ces villages ont été au coeur d'une bataille qui faisait rage entre une Armée rouge triomphante et une Wehrmacht agonisante... L'Armée rouge, dans son avancée vers l'Ouest a perdu 8.000.000 de soldats. Ils gisent ici, dans l'indifférence de ces petits cimetières abandonnés. Dans celui que nous avons visité, le plus jeune avait 17 ans et son lieutenant en avait 24.

Dans nos campagnes où d'autres batailles ont eu lieu durant la seconde guerre mondiale, les cimetières militaires où gisent les soldats alliés sont signalés à l'entrée des villages et dans les guides touristiques. Les tombes et les croix sont soigneusement bichonnées et les gazons régulièrement tondus.

Ici, en Allemagne de l'Est, on veut oublier ces libérateurs encombrants. Même morts, ceux qui ont abattu la bête immonde, entachent le triomphe de l'ultra libéralisme et de la pensée unique...

Libres propos de Freddy Guidé

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