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La Hongrie face à ses milices d'extrême-droite

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Les milices d'extrême droite hongroises patrouillent dans des villages rom et font régner la terreur. Le Parlement hongrois vient de voter une loi pour criminaliser cette "délinquance en uniforme". Le parti nationaliste utra-conservateur du Premier ministre Viktor Orban n'est pourtant pas étranger à cette stigmatisation des Roms.

Le Parlement Hongrois, largement dominé par le Fidesz, parti de droite conservateur, a finalement été contraint de voter, début mai, une loi pour tenter d'enrayer les violences anti-Roms. Cette loi criminalise les milices d'extrême-droite qualifiées de "délinquants en uniforme".

Montée de l'extrême-droite

La question des milices a brusquement resurgi début mars quand la "Magyar Nemzeti Garda" (Garde Nationale Hongroise) a investi le village de Gyöngyöspata dans le Nord Est de la Hongrie. Le 26 avril, une rixe entre les miliciens et les villageois a eu lieu, faisant 4 blessés dont 1 grave.

Cette région près des frontières slovaque et ukrainienne est depuis longtemps rongée par la pauvreté qui touche de plein fouet la communauté rom, plus nombreuse ici qu'ailleurs dans le pays. Or, cette extrême pauvreté à laquelle une partie de la population hongroise est confrontée est du pain béni pour le parti xénophobe Jobbik pour les Roms sont, bien évidemment, des voleurs et des fainéants .

En avril 2010, il avait fait une entrée spectaculaire au Parlement hongrois, devenant la troisième force du pays, juste derrière le MSZP (Parti Socialiste Hongrois au pouvoir de 2002 à 2008).

Un racisme décomplexé

Depuis le début des années 2000, l'extrême-droite se renforce lentement mais régulièrement en Hongrie. Le Fidesz, parti du Premier ministre Viktor Orban, qui dans les années 1990 était un parti de centre-droit considéré comme libéral, a effectué un revirement radical, devenant un parti nationaliste ultra-conservateur flirtant avec l'extrême-droite. Le Fidesz insuffle dans la société hongroise des idées nationalistes et ultra conservatrices tout en profitant politiquement du glissement à droite du pays.

En 2006, la Hongrie plongeait dans une longue crise politique et économique. La révélation d'un discours interne au MSZP de Ferenc Gyurcsàny, Premier ministre socialiste de 2004 à 2009, dans lequel il admettait avoir menti à la nation et reconnaissait l'état catastrophique des finances du pays provoqua une longue série de manifestations et d'émeutes d'extrême-droite.

Antisémite, raciste, homophobe, cléricaliste, le tout jeune parti Jobbik a profité de ces tensions et est rapidement devenu un parti très en vue en Hongrie.

La Magyar Garda

Alors que Budapest était régulièrement en proie à des émeutes d'extrême-droite, les Jobbik ont créé en août 2007 une milice, la Magyar Garda, la Garde Hongroise. Offciellement, cette milice n'était nullement le bras armé des Jobbik, mais était présentée comme une association dont le but aurait été purement civique, pour aider les autorités en cas de catastrophe naturelle par exemple. Bien sûr, personne n'a été dupe, ni les sympathisants, ni les détracteurs de cette milice.

Rapidement la Magyar Garda a commencé à organiser des défilés, à Budapest mais aussi dans les campagnes, en vue d'effrayer la population rome. Paralèllement à ces agissements, le racisme contre les Roms s'affiche de plus en plus ouvertement. Entre 2008 et 2009 un commando d'extrême-droite a assassiné dans une série d'attaques six Roms dont un enfant, instaurant un vrai climat de terreur dans la communauté. Les responsables de ces meurtres, actuellement en procès, ne font ni partie des Jobbik ni de la Magyar Garda, mais partagent leur haine viscérale envers les Roms.

En juillet 2009, malgré la dissolution de la milice, des militants d'extrême-droite s'étaient présentés en public avec son uniforme, et ce, sans que l'Etat n' intervienne.

Multiplication des milices


Les législatives d'avril 2010 vont changer la donne pour l'extrême-droite. Le Parti Socialiste Hongrois, principal ennemi de la droite est laminé. Le Fidesz et les Jobbik se retrouvent donc face à face.

La politique très conservatrice et nationaliste que le Fidesz met en oeuvre au gouvernement (loi permettant aux minorités hongroises hors de Hongrie d'obtenir la nationalité hongroise, loi liberticide contre les médias, nouvelle Constitution ultra conservatrice...) laisse peu de marge de manoeuvre au Jobbik.

Le Jobbik attend son heure

Condamnés à attendre un éventuel échec du gouvernement actuel et un désenchantement de l'électorat de droite, les Jobbik essaient de se placer comme "vraie alternative patriotique". Leur discours raciste envers les Roms est particulièrement bien perçu dans l'opinion publique et ils espèrent bientôt profiter de l'exaspération provoquée par la politique violemment anti-sociale du Fidesz.

En attendant, la nébuleuse d'extrême-droite, derrière laquelle tout le monde reconnaît la main des Jobbik, multiplie les provocations contre les Roms. Pour contourner l'interdiction de la Magyar Garda, elle a créé de toutes pièces de nouvelles milices avec de nouveaux noms. Fin avril la situation a dégénéré en rixe entre les miliciens et la population rom. La police, quant à elle, se contente d'observer, laissant la population rom seule et vulnérable face à des personnes qui, maintenant, proclament ouvertement vouloir créer un "klu-klux-klan hongrois" avec pour cible les Roms.

De beaux jours pour la xénophobie

Entre un gouvernement qui ne veut pas donner l'impression de défendre les Roms, une police plus que complaisante envers les milices et souvent accusée d'être elle-même très fortement xénophobe, l'interdiction votée par le Parlement suffira-t-elle à assurer la sécurité des Roms? En Hongrie, beaucoup en doutent.

 

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