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29/07/2011

La démocratie ne se trouve pas dans la poche des actionnaires!

Un incident de parcours? Un grain de sable? Le battement d'ailes d'un papillon? Quelque chose s'est produit. Un rouage s'est enrayé dans la mécanique de la démocratie libérale… «Indignados!»

«Indignados!» Comme une rupture qui empêche d'imaginer que demain sera à l'image d'hier. Tout simplement parce qu'aujourd'hui, l'imprévu s'est imposé. Le printemps arabe aurait-t-il traversé la Méditerranée et les frontières de l'Union?

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Des indignés, insoumis issus d'une couche jusque là invisible de la société, se sont mis en tête de partir à la reconquête d'un espace public au nom d'une «démocratie réelle».

«Vous ne nous représentez plus!»

La force du message craché à la face de la classe dirigeante était jusqu'ici improbable. Il est surtout d'une rare violence symbolique: «Vous ne nous représentez plus!» Dans les démocraties représentatives, la sentence résonne plus que comme un simple affront ou un désaveu. Elle traduit la rupture d'un contrat social.

Bien sûr, elle n'est pas, en l'occurrence, prononcée au nom du Peuple. Ceux qui la portent parlent à titre personnel. Ils laissent à l'avenir le soin de dévoiler la profondeur et l'enracinement d'un mouvement aux allures spontanées. Ce phénomène ressemble néanmoins à un processus révolutionnaire dans la mesure où ses acteurs entendent reprendre un pouvoir qu'ils ne veulent plus déléguer. À l'évidence, ils ont cessé de croire que l'élite politique et économique gère - encore? - la crise financière et ses conséquences dans... l'intérêt général. Cette prise de conscience - curieusement subite – leur rend inaudible le discours politique habituel.

Paul Jorion et les banques qui nous font la morale


Paul Jorion est un anthropologue belge qui pratique en France. Il a fait une partie de ses classes aux États-Unis, dans le cœur même de la mondialisation financière. Il compte parmi les rares à avoir vu venir la crise des «subprimes» comme le cataclysme qui l'a suivie. Il tient un blog très fréquenté (http://www.pauljorion.com/blog/) où il souligne à intervalles réguliers qu'aucune mesure n'a été prise pour éviter que de mêmes causes produisent de semblables effets. Il publie également ses réflexions dans des livres à succès (le dernier en date: «Le capitalisme à l'agonie», Fayard, mars 2011). Récemment invité sur les ondes ertébéennes de «Matin Première», il usait d'une image lumineuse. Pour lui, la crise financière a jeté les institutions bancaires dans un trou. Impossible d'en sortir seules. Les États ont donc plongé à leur secours. Ils les ont hissées sur leurs épaules. Et aujourd'hui, ces banques assises au bord du puits, narguent leurs bienfaiteurs coincés au fond en leur faisant la morale.

Mais ce sont les peuples qui trinquent sous des plans d'ajustement qu'imposent le FMI et l'Union européenne. L'austérité se conjugue en privatisation de services publics et/ou de sécurité sociale, en blocage de salaires, en réformes fiscales... Ces politiques, inefficaces comme le prédisent des économistes aussi sérieux que Paul Krugman (http://www.rtbf.be/info/chroniques/chronique_quand-l-aust...), sont consenties par les droites et imposées à la gauche.

«Où est passé l’argent »


On le voit bien dans la zone euro où les aides aux États à finances obérées sont conditionnées par des engagements, pré-électoraux!, assurant aux bailleurs de fonds – publics! - qu'il n'y aura aucune alternative possible à... l'austérité. Ce qui réduit le suffrage universel à une formalité administrative que refusent un nombre grandissant de citoyens.

La «gouvernance économique» et ses «normes» s'y substituent. Les travailleurs connaissent bien la chanson : pour fixer les salaires, la libre négociation fondée sur un équilibre des rapports de force (entre le travail et le capital) est remplacée (à l'avantage des détenteurs de capitaux) par une norme salariale réglementaire. Ainsi, le capitalisme vide-t-il progressivement, à la faveur de la crise, la démocratie politique, comme son pendant «socioéconomique», la concertation sociale, de toute substance.

D'autres politiques sont évidemment possibles! Pour les démocrates, elles sont même devenues urgentes. Pour les populariser, la FGTB wallonne lance une grande campagne intitulée «Où est passé l'argent ?». La réponse se trouve ici: www.danslapochedesactionnaires.be

Nico Cué, Secrétaire général de la MWB-FGTB

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