robert1943 robert1943 robert1943

Comment EDF sous-traite ses centrales nucléaires

Tefy Andriamanana - Marianne  

énergie nucléaire,centrale,edf,tchernobylLe drame de Fukushima a réveillé le débat sur la sûreté des centrales nucléaires. Si la France n’est pas touchée par le risque sismique, elle pourrait faire les frais de la politique à bas coûts d’EDF.

Nicolas Sarkozy l’assure : le nucléaire français est sûr. C’est le discours tenu alors que le Japon est au bord d’une catastrophe nucléaire avec sa centrale de Fukushima. Pourtant, la France a aussi ses propres failles. Certes, l’Hexagone est à l’abri d’un grand tremblement de terre mais d’autres catastrophes pourraient menacer nos centrales. Dans son livre « Vers un Tchernobyl français ? » (sorti en 2008), le journaliste Eric Ouzounian, se base sur le témoignage de « Monsieur X », un « responsable haut placé » d’EDF. Trois ans après, son livre prend soudain un nouveau sens.

Car ce qui menace nos centrales n’a pas une cause naturelle mais financière. Car une société EDF privatisée doit être aussi rentable même à court terme. L’auteur évoque par exemple la protection face aux incendies. Eric Ouzounian note une chose : aucun pompier n’est présent à temps plein dans les centrales pour assurer la première ligne de défense contre les incendies, EDF forme ses propres troupes à travers un stage.  « La présence d’un officier appartenant au corps des pompiers est souhaité depuis longtemps par les salariés. Certains d’entre eux ont été habilités à prendre en charge ce risque en participant au stage incendie qui leur permet de recevoir une habilitation qui est définitive. La formation continue à la gestion de ce risque spécifique n’est pas vraiment efficace », écrit l’auteur (page 27).

Sur le terrorisme, l’enquête est aussi alarmante. Il avait été prouvé que l’EPR ne résisterait pas au crash d’un avion de ligne. Mais pour les terroristes plus acharnés, nul besoin de jouer les kamikazes, il suffit d’attaquer un convoi de déchets nucléaires. « La protection des centrales et des convois de transports de matériaux irradiés est pratiquement impossible, pour des raisons de logistiques et de coûts. Mais l’opacité est de rigueur et les recherches d’information se voient toujours opposer la même fin de non-recevoir », écrit Eric Ouzounian (page 60).

Course au profit

Au final, c’est cette recherche de la rentabilité à tout prix qui mine la sûreté du nucléaire français. « Cette sécurité a un coût incompatible avec la rentabilité maximale. Lorsqu’il s’est agi pour EDF de devenir une machine à gagner de l’argent pour son actionnaire, l’Etat, il est devenu impératif de changer les pratiques et les mentalités. Les choses se sont délitées progressivement » selon l’auteur (page 85. Monsieur X confirme ce « tournant financier » : « Les critères financiers sont devenus les seuls à être retenus. La rentabilité des capitaux engagés est devenue l’alpha et l’oméga de la politique gouvernementale » (page 86).

La politique de sous-traitance d’EDF en est l’exemple. Notamment pour la maintenance des centrales. Quelques entreprises comme Suez ou Areva se partagent ce créneau. Pour Eric Ouzounian, cette sous-traitance «  représente entre 80 et 85% de l’activité nucléaire, ce qui comprend l’entretien, le rechargement et les réparations réglementaires ou fortuites ».

L’objectif est double : réduire les coûts et externaliser les risques.  Et les pressions ont également fortes sur les prestataires. « Il y a un écart important entre le règlement et les possibilités sur le terrain, ce qui devient progressivement ingérable par les sous-traitants. » écrit l’auteur.

Cette pression a évidemment des effets sur la sécurité. « Quand l’activité est trop forte, la procédure de sécurité est purement et simplement négligée. (…) On ne prête même plus attention à ce qui est considéré comme une habitude, et c’est un état d’esprit au travail qui se généralise, qui devient presque banal. Un grand nombre de petites activités de sécurité sont ainsi écourtées, et lorsque ces négligences se multiplient, elles sont susceptibles de provoquer un jour un incident dans la zone classique, c’est-à-dire hors du bâtiment du réacteur », selon Eric Ouzounian. Bref, si un communisme en déclin est responsable de Tchernobyl, quelle sera la responsabilité d’un libéralisme triomphant ?

Commentaires

  • une seule solution:sortir du nucléaire,et vite,avant que tout saute

Les commentaires sont fermés.