robert1943 robert1943 robert1943

15/01/2011

Les 7 salopards de la crise : Lloyd Blankfein, la canaille de Wall Street

images.jpgLe patron de Goldmann Sachs est l'auteur de montages financiers où il est, quoiqu'il arrive, le gagnant, en centaines de milliards de dollars. De l'autre côté, il y a les pigeons ruinés...
par Guy Sitbon


J'ai fait un rêve. Trente mille euros d'économies s'étaient entassés sur mon compte courant. Mon banquier, habituellement prévenant, me laisse sur le répondeur un message tout de ronds de jambe au lieu des aboiements d'usage. Passez à la banque à votre convenance, j'ai une proposition intéressante pour vous, avec l'inflation à nos trousses, il ne faut pas laisser dormir «ces sommes considérables», il convient de procéder à un placement de père de famille, nous avons conçu un produit parfaitement adapté à votre cas : aucun risque, rendement assuré.

J'ai suivi le sage conseil, comme les millions d'épargnants de par le monde (50 % de le population aux Etats-Unis). C'est là que la magouille s'enclenche. A l'insu de tous, y compris de votre banquier, vos économies vont glisser dans un enchevêtrement de tuyauteries indémêlables pour tomber tout droit dans l'escarcelle du dénommé Lloyd Blankfein, 55 ans, PDG de Goldman Sachs. Pour faire court, à New York, on l'appelle la canaille. Il n'est pas le seul à se goinfrer. Wall Street, la City et le CAC grouillent de Blankfein, mais il représente le modèle par excellence de l'espèce.

En 2008, les méga établissements financiers de la planète succombent sous la crise. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. Les plus vernis s'en sortent en sifflotant et enflent leurs bénéfices. Les clients de Goldman Sachs, vous, moi, les pigeons, y laissent leur chemise; la banque, elle, compte ses milliards. Où est l'erreur ?

La banque vendait un « produit financier » infecté de subprimes (emprunts pourris) jusqu'à la gorge. Goldman Sachs est un établissement sérieux, tout le monde achète. Au même moment, la banque, bien consciente que sa marchandise est « merdique », comme on le dit en interne, joue à la baisse ce même produit. Autrement dit, elle sait que vous allez perdre vos économies et se positionne pour empocher tout l'argent que que vous aurez perdu par sa faute. A Washington, le président de la commission d'enquête sur la crise financière, Philip Angelides, a comparé Lloyd Blankfein à un « vendeur de voitures aux freins détraqués, qui prendrait une assurance vie sur ses clients ». Il gagne en vous vendant un tacot tombeau, et il double la mise à votre mort programmée.

En Grèce, la Canaille a appliqué la même méthode. Elle a trafiqué la comptabilité de l'Etat pour sous-évaluer la dette et inspirer confiance à l'Europe et aux prêteurs. Pour le récompenser de ses tripatouillages, les Grecs lui ont filé 300 millions de dollars. Honoraires corrects. Il était clair qu'un jour ou l'autre la manipulation serait éventée et que la bulle grecque éclaterait. Goldman Sachs, bien informé en sa qualité d'auteur de la supercherie, « prend des positions », parie sur la chute du château de cartes qu'il a lui-même échafaudé, et empoche les milliards quand survient le cataclysme annoncé. Fort, n'est-il pas ?

Impossible réforme

Lloyd Blankfein n'a pas réalisé toutes ses prouesses en ne donnant que de sa personne. Ses 30.000 employés pédalent sans compter pour épauler leur patron, qui les récompense des fameux bonus. Parmi eux, un petit génie: Fabrice Tourre, Français, 33 ans, centralien, traîné aujourd'hui en justice pour ses malversations. Il a inventé une mécanique financière baptisée « Abacus », proposée au client comme le meilleur placement sur le marché. Sa banque les vend à tire-larigot. Au final, vous avez investi (sans le savoir) 100 € en Abacus, vous perdez votre argent intégralement, et le vendeur touche 100 €. Dans une des opérations, les choses se sont passées exactement ainsi: les pigeons ont perdu un milliard, la Canaille a gagné 1 milliard. Au passage, les Enrico Macias y ont laissé leur patrimoine.

Dans l'intimité, Fabrice Tourre appelle son enfant Abacus «un monstre», «un pur produit de masturbation intellectuelle, le genre de truc que tu inventes en te disant : et si on créait un machin qui ne sert absolument à rien, qui est complètement conceptuel et hautement théorique, et que personne ne saura « pricer » (évaluer en dollars). La justice a retrouvé les mails où il se confiait à sa copine : «Ce marché est totalement mort et les pauvres petits emprunteurs ne vont pas faire de vieux os». Autre mail : «Je viens d'arriver en Belgique, j'ai vendu des Abacus à des veuves et orphelins que j'ai croisés dans l'aéroport. Décidément, ces Belges adorent les CDO2 ABS synthétiques . Quand tu penses qu'on achète et qu'on vend ce truc sur des montants de plusieurs milliards, ça commence à faire beaucoup de sous. C'est comme Frankenstein qui se retourne contre son inventeur. Aujourd'hui, mon 28 ème anniversaire, encore deux ans de boulot et, c'est décidé, je prends ma retraite ».

Bien injustement, Fabrice Tourre répond seul de ses méfaits pendant que son patron savoure le trésor que lui a apporté la crise. Au premier trimestre 2010, ses profits ont doublé: 3,2 milliards. Pas trop inquiet de « l'enquête officielle» que les autorités ont ouverte contre sa banque. Que risque-t-il ? Un système de vases communicants a toujours fonctionné entre Goldman Sachs, la Maison Blanche et le Ministère des Finances. Avant d'être secrétaire au Trésor de Georges Bush, Henry Paulson dirigeait la banque. Sous Obama, on retrouve les mêmes accouplements incestueux qui produisent les mêmes effets. La réforme financière votée la semaine dernière à Washington est une caricature du projet présidentiel. Les sénateurs, qui se font élire  avec l'argent de Wall Street, ont si bien démantelé le projet qu'il en reste «tout sauf une réforme », se désespère Lynn Turner, ancien responsable de la commission des opérations en Bourse.  «Les règles du jeu resteront les mêmes». D'un côté, les canailles; de l'autre, les pigeons.

Goldman Sachs et son PDG, Lloyd Blankfein, ont reconnu leur responsabilité dans l'effondrement financier qui a jeté sur le carreau des masses d'Américains et d'Européens. Ils n'ont pas pu s'en défendre quand on leur a mis le nez dans des preuves irréfutables. Et Après ?  Après, les chômeurs restent au chômage, Lloyd Blankfein reste président de Goldman Sachs.

Extrait de Marianne août 2010

 

Les commentaires sont fermés.