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12/12/2010

Suite de notre dossier du mois dernier: " Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?"

 
hu008977.jpg3. Les sociétés précapitalistes. Les sociétés féodales.:

Au fil du temps, la situation des femmes fluctue.

Dans les sociétés rurales, il existe toujours une division sexuelle du travail.

On peut constater que les femmes :

- gardent leur fonction de reproduction de la force de travail. L’autorité du père sur la famille correspond aussi à ce contrôle sur la fonction de reproduction ;

- connaissent une spécialisation dans les tâches domestiques tout en étant associées aux activités de production. En effet, la famille reste une unité de production et de consommation, les deux étant liés, certains biens étant destinés à la famille, d’autres à être échangés.


Au cours de cette période, la situation des femmes est en fait fluctuante et contradictoire : enfermement à la maison et exclusion de la sphère publique mais la famille est une réalité mouvante ; par exemple, les veuvages et remariages sont fréquents ; les familles élargies ou regroupements familiaux sont nécessaires pour survivre, produire ; des solidarités existent. A certains moments, la pression est donc moins forte sur les femmes : ex. éducation collective des enfants. Dans certains cas, leur travail productif est reconnu ; par exemple, des femmes peuvent faire partie des corporations d’artisans.4. A l’époque du capitalisme marchand et du développement des manufactures

Au fur et à mesure de la mise en place du capitalisme marchand, puis de la mécanisation, la situation des femmes va se dégrader. Et le rôle de la famille va se transformer avec la mise en place de l’Etat bourgeois.

Avec l’essor des manufactures, le travailleur-producteur est séparé de ses moyens de production, l’artisan loue sa force de travail et ne possède plus son outil.

Ce processus avait été amorcé par « l’industrie à domicile » : les marchands louent un outil de production (ex. métier à tisser) à la famille, apportent la matière première et viennent rechercher le produit fini en échange d’un salaire.

Une autre conséquence de l’essor des manufactures est la transformation de la famille - unité de production en famille – en une unité de consommation.

Auparavant, les familles paysannes produisaient ce qui leur était nécessaire. Au fur et à mesure du développement du capitalisme, les produits autrefois confectionnés dans les familles seront fabriqués à l’extérieur.

Dès lors, il y a dévalorisation du travail domestique, considéré comme non-productif de biens susceptibles d’être échangés et n’étant plus reconnu comme socialement nécessaire.

Beaucoup plus tard, cette dévalorisation touchera d’ailleurs toutes les professions liées aux tâches assignées aux femmes dans les familles : nettoyer - soigner - éduquer...

Une fois que le travail féminin est dévalorisé, dans cette période de transition, la bourgeoisie commence à utiliser les femmes comme une main-d’œuvre d’appoint, supplémentaire et moins bien payée, pour faire pression sur les salaires masculins et diviser la future classe ouvrière, soit dans l’industrie à domicile qui existe encore, soit dans les manufactures.

Pour faire admettre cette transformation de la main-d’œuvre féminine en main-d’œuvre de réserve (donner définitivement au travail et au salaire féminins, un statut d’appoint), il fallait assigner clairement aux femmes la responsabilité familiale comme tâche principale.

Dès le 18e siècle, pour que la société bourgeoise se mette en place, il y a donc « recentrage sur la famille ».

En fait, il s’agit d’une nouvelle conception de la famille et du rôle des femmes : l’ambition de la bourgeoisie qui devient la classe dominante, suscite une nouvelle attention pour l’enfant, puisque c’est lui qui portera les projets d’ascension sociale. Cela se traduit concrètement par une limitation du nombre des naissances « pour mieux s’en occuper », par une vie plus intense au foyer. Dans cette optique, les mariages bourgeois sont avant tout des mariages d’affaires et la famille devient aussi le lien de transmission des normes sociales.

A cette époque (18e siècle), ce modèle de famille bourgeoise n’existe que dans les classes dominantes. Cela va changer.

5. Révolution industrielle et prolétarisation des femmes

Au moment de la mécanisation des manufactures de la révolution industrielle, la bourgeoisie préconise le modèle de la famille bourgeoise pour la classe ouvrière :

- famille nucléaire (les parents et les enfants)
- la femme doit assurer la reproduction de la force de travail : les hommes doivent être frais et dispos pour assurer la production ; les enfants, en tant que futurs producteurs, ne peuvent plus courir les rues et les champs : on doit les préparer à descendre à leur tour dans la mine...

Cette famille est de plus en plus définie comme sphère privée, unité de consommation ; elle a une fonction éducative qui est la reproduction des normes de l’idéologie dominante : respect de l’ordre établi, de la propriété privée.

Dans la famille ouvrière, le père peut régner en maître et laisser l’autorité politique à l’extérieur à d’autres...

Cependant ce projet est contradictoire avec la réalité de la révolution industrielle qui va prolétariser les femmes.

En effet, au moment de l’expansion industrielle du 19e siècle, tous seront mobilisés dans les mines, le textile..., y compris les femmes et les enfants.

Ces dernières et ces derniers seront confinés dans des tâches d’exécution souvent dangereuses, à des salaires moindres.

La famille ouvrière éclate :

- mobilité des travailleurs
- célibataires voyageurs logeant dans des familles
- cités ouvrières dans lesquelles une vie collective se crée
- les heures de travail différentes font que, dans une famille, on ne se rencontre plus ou très peu.

Tout cela présente une série de dangers pour la bourgeoisie qui ne contrôle plus la situation et qui va, dès lors, mettre sur pied une entreprise de moralisation afin de récupérer son emprise sur les travailleurs :ntentative de réforme de la famille : la bourgeoise remet en valeur l’image de la femme au foyer, garante de la morale, c’est-à-dire que chaque femme - qu’elle travaille ou non - doit considérer le foyer comme sa responsabilité principale.

Mise en place de l’école publique qui aura une fonction idéologique (Jules FERRY et l’enseignement de la morale) et une fonction économique (former des travailleurs qualifiés) à la fin du 19e siècle et surtout au début du 20e siècle.

Cela implique :

Que les femmes sont aussi chargées de contrôler « moralement » les hommes (par exemple, les patrons s’adressent à elles pour qu’elles fassent pression sur leurs maris pour qu’ils renoncent à faire grève, au nom de la « survie » de la famille) ;

que leur travail correspond à un appoint : leur responsabilité principale n’étant pas la production, il donne lieu à un salaire d’appoint au salaire masculin ; la notion de main-d’œuvre d’appoint implique aussi qu’on l’utilise au gré de la conjoncture ;

que l’emploi des femmes va évoluer de plus en plus vers des métiers dits « féminins » qui prolongent leurs fonctions familiales et seront également sous-payés puisqu’ils correspondent à des activités non-productives, dévalorisées parce qu’elles dérivent des tâches familiales.

L’entrée massive des femmes dans les usines pouvait amener leur émancipation.

Pour freiner cette émancipation, on n’aura pas seulement recours à l’« enfermement » des femmes dans les familles, mais on utilisera la main-d’œuvre féminine sous-payée pour diviser les travailleurs. Ex. : licenciement des hommes pour faire travailler des femmes et des enfants de nuit, dans les pires conditions...

 

12:31 Écrit par nouvelles dans Actualité, Général, histoire, société | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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