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26/11/2010

Suite de notre dossier: "Comment le patriarcat et le capitalisme renforcent-ils conjointement l’oppression des femmes ?"

FMINIS~1.JPGPar COMANNE Denise

Le capitalisme intervient

Autrefois, quand on interrogeait les enfants à l’école sur la profession de leurs parents respectifs, on leur apprenait que si leur maman était femme au foyer, il fallait inscrire « néant ». Ce « néant »-là témoigne mieux que tout autre de « l’invisibilité » du travail domestique des femmes dans les sociétés capitalistes avant le renouveau du féminisme à la fin des années 1960. Ce sont les féministes qui, en effet, ont mis en évidence l’importance et la diversité des activités réalisées par les femmes « gratuitement » dans la famille.


Si on essayait de chiffrer la contribution invisible des femmes, non traduite en valeur monétaire (parce qu’elle ne fait pas l’objet d’une vente ou d’un achat), le PNUD estimait dans son rapport 1995 qu’elle aurait représenté l’équivalent de 11 000 milliards de dollars. Il faut mettre ce chiffre en rapport avec celui de la production mondiale, estimée à l’époque à 23 000 milliards de dollars, pour avoir une idée de ce que représente l’apport des femmes à l’entièreté de l’humanité (PNUD, 1995, p. 6).

A ces 11 000 milliards de dollars, il faudrait ajouter la contribution des femmes qui fait l’objet de rapports marchands (travail salarié, par exemple). Il faudrait enfin prendre en considération que, à travail égal, le montant des salaires payés aux femmes est en général inférieur à celui payé aux hommes.

Les tâches domestiques sont les tâches de reproduction de la force de travail ; elles sont effectuées au sein du cadre familial et l’immense majorité de ce travail est assuré GRATUITEMENT par les femmes (80% des tâches domestiques sont assumées par les femmes). Le système capitaliste n’a jamais voulu jusqu’ici transformer entièrement les tâches domestiques en professions rémunérées par un salaire et/ou en produits à vendre sur le marché. Pour réussir ce tour de force, il a fallu que, via le patriarcat, les femmes comme les hommes intériorisent et développent l’idée selon laquelle il y aurait une prédisposition des femmes à l’accomplissement des tâches domestiques.

La question du travail domestique des femmes (sphère privée) est donc centrale dans l’analyse de leur situation.

La tendance du système capitaliste à réorganiser à son profit l’économie à l’échelle mondiale a des répercussions directes sur les rapports entre les sexes. L’analyse des méthodes employées montre, d’une part, que le système capitaliste se nourrit d’un système d’oppression préexistant, le patriarcat, et d’autre part, qu’il en accuse les traits. En effet, l’oppression des femmes est un outil permettant aux capitalistes de gérer l’ensemble de la force de travail à leur profit. Elle leur permet aussi de justifier leurs politiques quand il leur est plus profitable de déplacer la responsabilité du bien-être social de l’Etat et des institutions collectives vers “ l’intimité ” de la famille. Autrement dit, quand les capitalistes ont besoin de main d’œuvre, ils vont chercher les femmes et les paient moins que les hommes (ce qui, par voie de conséquence, tire tous les salaires vers le bas). Dans ce cas, l’Etat est poussé à réaliser des services qui facilitent un peu la tâche des femmes ou leur permettent de se dégager de certaines responsabilités. Mais s’ils n’ont plus besoin de main d’œuvre féminine, ils renvoient les femmes à leurs foyers où se trouve leur « véritable place » selon le patriarcat.

Il n’existe encore aucun pays au monde, même parmi les plus avancés en ce domaine, où les revenus des femmes soient égaux aux revenus des hommes. Certains pays industrialisés reculent même sérieusement dans la liste du développement humain si l’on considère cette donnée : le Canada recule de la 1re place à la 9e, le Luxembourg recule de douze places, les Pays-Bas de seize, l’Espagne de vingt-six (PNUD, 1995). Les carrières majoritairement occupées par des femmes sont dévalorisées (travail de la santé, enseignement).

Lorsque que le capitalisme traverse des crises et qu’il met en place des plans d’austérité, les femmes sont les premières exclues des allocations sociales (indemnités de chômage par exemple) quand celles-ci existent. Ailleurs, on les poussera vers des emplois où le salaire est très inférieur, comme le travail en zones franches (au Mexique, dans ce secteur, les salaires des femmes se sont effondrés de 80% à seulement 57% de ceux des hommes) ou on les glorifiera de travailler avec un salaire dérisoire dans la multitude de travaux du secteur informel, hors des réglementations “ paralysantes ” des Etats.

Le droit des femmes au travail est remis en cause par mille astuces gouvernementales. Il y a évidemment le “ choix ” du temps partiel qui va du mi-temps au contrat “ zéro ” où la travailleuse reste à disposition du patron de zéro heure à n’importe quel nombre d’heures selon
les besoins, et cela alors que pratiquement tous les sondages prouvent que la majorité des travailleuses est demandeuse d’un temps complet. La réduction croissante de services comme les crèches, les garderies, ou la privatisation d’autres comme les maisons de repos pour personnes âgées qui multiplient les embûches rencontrées par la femme au travail. “ L’égalité du travail ” introduit le travail de nuit pour les femmes en négatif. Il est clair que pour les services de sécurité, de soins, etc., il est correct d’avoir établi l’égalité de travail des femmes. Mais ce qui était en jeu dans ce soi-disant progrès égalitaire, c’était de permettre aux femmes de travailler de nuit à la chaîne, par exemple. Or, il n’est absolument pas vital de construire une voiture pendant la nuit. La mesure d’égalité de travail de nuit entre les hommes et les femmes aurait donc dû être - selon un féminisme bien pensé – de supprimer le travail de nuit pour les hommes. De plus, ce travail de nuit à la chaîne, inacceptable par principe, n’est pas vivable la plupart du temps, vu travail des femmes encore actuellement dans la sphère familiale.

La question du travail des femmes dans la production (sphère publique) est donc tout aussi centrale.
Pour gérer cette question, le capitalisme va s’appuyer sur le patriarcat, s’en servir comme levier pour ses objectifs et, parallèlement, le renforcer.

Le fait que les femmes soient reléguées – par le patriarcat – aux tâches domestiques, va permettre aux capitalistes de justifier la surexploitation salariale des femmes par l’argument que leur travail serait moins productif que celui des hommes (faiblesse, règles, absentéisme pour grossesse, allaitement, garde des enfants et des parents malades…). C’est la question du salaire d’appoint. Encore aujourd’hui, à compétences égales et à travail égal, les femmes sont payées environ 20% de moins que les hommes. Double intérêt pour les capitalistes : d’une part, ils disposent d’une main d’œuvre meilleur marché et plus flexible (c’est une main d’œuvre de réserve employable en fonction des fluctuations du marché) et, d’autre part, cela leur permet de tirer l’ensemble des salaires vers le bas.

Cette question générale du travail des femmes dans la sphère privée et dans la sphère publique reflète donc soit leur oppression (quand par exemple, des politiques d’extrême droite ou d’intégrisme religieux les forcent à rester à l’intérieur de la maison), soit leur libération (politiques progressistes d’égalité de salaire, de création d’emplois, de services publics gratuits,…).

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