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Les collabos belges vont-ils être amnistiés ?

images2.jpgL'amnistie des collaborateurs belges des nazis durant la Guerre 40-45 est un sujet tabou. Elle est également une vieille revendication du mouvement national-flamand dans son ensemble, de l'extrême droite (Vlaams Belang, Voorpost...) à la droite catholique conservatrice (CD&V, N-VA...).

Le mois dernier, la présidente d'un petit mouvement chrétien flamand a revendiqué, à l'occasion des négociations pour la formation du futur gouvernement fédéral belge, une «réconciliation nationale» par l'amnistie de ceux qui s'engagèrent jadis avec les nazis, sous le drapeau de l'Ordre nouveau. L'occasion pour RésistanceS.be, l'Observatoire belge de l'extrême droite, de revenir avec un dossier complet sur ce thème lézardant depuis belle lurette l'État belge...

Lors d'un meeting à Gand, Staf De Clercq, dirigeant des nazis flamands du VNV, l'un des piliers de la collaboration pro-allemande durant la Deuxième Guerre mondiale est toujours l'un des modèles politiques du Vlaams Belang. Ce parti d'extrême droite veut le réhabiliter, comme d'autres en Flandre, y compris dans des organisations liées à la N-VA de Bart De Wever, le leader du premier parti politique en Belgique depuis les élections du 13 juin dernier... .

A la fin du mois dernier, à l'occasion d'une interview accordée à l'hebdomadaire néerlandophone «Knack», la baronne Hilde Kieboom, présidente de la Communauté San’Egidio, un petit mouvement catholique flamand, a revendiqué auprès des vainqueurs des élections législatives du 13 juin, Bart De Wever (N-VA, fort désormais de 27 députés au Parlement fédéral) et Elio Di Rupo (PS francophone, 26 députés), une «réconciliation nationale» (sic) pour la Belgique. Pour Hilde Kieboom, cette réconciliation à la belge doit impérativement passer par l'amnistie des Belges qui collaborèrent avec l'occupant nazi durant la Deuxième Guerre mondiale.

Cette proposition faite aux deux leaders du futur gouvernement fédéral a donné lieu à de vives réactions, entre autres de la part d'associations d'anciens combattants belges. Il faut savoir que l'amnistie des inciviques (dont une partie est restée fidèle à ses engagements idéologiques de jadis) est un dossier qui fait partie des polémiques – parfois tabouisées - de notre pays. Il a également été l'un des enjeux du conflit linguistique légendaire entre francophones et flamands.

Des milliers de collabos en prison et en exil

Après la fin du joug nazi, en 1945, des milliers de citoyens (flamands comme wallons et bruxellois) furent poursuivis par les autorités militaires et judiciaires belges pour faits de collaboration avec l'ennemi. Leur trahison fut multiple: militaire (en partant sous l'uniforme allemand sur le front de l'Est), répressive contre les résistants, les réfractaires et les Juifs (dans le cadre d'organisations nazies engagées pour faire la police), économique (une partie du patronat belge continua ses affaires sous le nazisme, en commerçant directement avec lui), administrative (des membres et des responsables de services publics se mirent à la disposition des nazis avec un engagement sympathisant), politique (du Palais royal aux mouvements d'extrême droite, des alliances opportunistes se firent pour cogérer le pays sous l'autorité allemande)...

A la Libération, plus de deux cents collaborateurs furent fusillés. D'autres resteront en prison plusieurs années et perdront leurs droits sociaux, civils et politiques. Pour éviter la justice belge, des milliers de pro-nazis s'en iront aussi sur les chemins de l'exil. Ils s'installeront en Espagne, en France, en Allemagne, en Argentine, en Afrique du sud... Ainsi, jamais, ils ne répondront de leurs crimes.

Extrême droite et droite catholique pro-amnistie !

L'amnistie des anciens «collabos» sera l'un des thèmes porteurs du mouvement nationaliste flamand dans son ensemble. Bien entendu, c'est l'extrême droite historique néerlandophone, dont le Vlaams Belang est aujourd'hui encore l'incarnation, qui porte haut et fort cette revendication. Mais pas seulement...

La Volksunie, parti nationaliste flamand apparu au début des années 1950 et dont est issue la N-VA de Bart De Wever, fut l'un des principaux meneurs de ce «combat». Ce fut aussi le cas du parti populaire chrétien de l'époque, le CVP. Ce dernier est l'«ancêtre» du CD&V d'Yves Leterme, toujours premier ministre du gouvernement fédéral actuel.

Dossier de RésistanceS.be

A l'occasion de la réouverture de la question de l'amnistie des inciviques par la présidente de la Communauté San’Egidio, RésistanceS.be vous propose un dossier complet pour encore mieux comprendre ce sujet au cœur des polémiques du monde politique.

Le dossier de RésistanceS.be vous présente l'histoire de la collaboration pro-nazie, le sort des inciviques à la Libération, la réintégration et la réhabilitation rapides de nombre d'entre eux, les multiples manœuvres orchestrées par la droite catholique et nationaliste pour imposer une «réconciliation nationale», ainsi que ses complicités avec l'extrême droite séparatiste pour y arriver.

Manuel Abramowicz
Extrait de www.resistances.be

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