robert1943 robert1943 robert1943

Camping de Binche-plage : « Je ne comprends pas pourquoi les pauvres n’ont pas les mêmes droits que les riches »

art_87074.jpgLe lundi 12 avril, un jeune couple s'installe dans le camping de Binche-plage. Comme beaucoup de jeunes, ils vivent d'un revenu de remplacement. Et comme beaucoup de jeunes, ils veulent vivre ensemble. Propriétaires d'une caravane, la location du terrain leur coûte 75 euros par mois. Cela leur permet de vivre quelque mois en couple et de faire des économies pour éventuellement louer une maison dans le futur.

Quelques heures après leur arrivée dans l'après-midi, des policiers de Binche arrivent. Sans ménagement, ils disent qu’ils doivent partir. Si la caravane n'est pas partie pour le mardi 13 avril à 9 heures du matin, la police s'en chargera. Ils feront enlever la caravane par remorque, et à leurs frais.

Mardi matin, vers dix heures, six voitures et camionnettes avec quinze policiers en tenue d'intervention, débarquent sur le camping où vivent une trentaine d'habitants. Craignant que la police ne fasse ce qu’elle a dit - venir prendre de force leur caravane-, le jeune habitant se place devant  la voiture du commissaire Degueldre. Qui le pousse en arrière avec sa voiture de police. Le jeune est blessé à la jambe.

De nouveau, sans ménagement, les forces de l'ordre montent dans le camping. Sous l'oeil désabusé d'une dizaine d’habitants, le commissaire Degueldre, appuyé par huit policiers en tenue d'intervention commence... à prendre des photos : d'abord des caravanes appartenant à la commune de Binche, ensuite de celles marquées d'une croix jaune. Il menace un des propriétaires de faire enlever sa caravane à ses propres frais.

Il continue à prendre des photos des caravanes vides tandis qu’un hélicoptère de la police survole le camping pour surveiller cette opération. "Je ne crois pas ce que je vois", disent des habitants, choqués.

Les forces de l'ordre de Binche arrivent au but de leur intervention: la caravane du jeune couple. Après encore une photo, le commissaire dit que le jeune doit se présenter au bureaux de police, ce qu’il refuse.

Sur ce, toujours sous la surveillance de l'hélicoptère, et encadré par huit policiers en tenue d'intervention, le commissaire se tourne vers une autre caravane pour prendre à nouveau des photos et enfin, les voilà tous partis.

Harcèlement policier et abus du pouvoir

La police n'a aucun droit de faire enlever une caravane du jour au lendemain ni de menacer son propriétaire de venir la chercher de force. Elle n’a pas le droit de pousser un habitant en arrière avec sa voiture. Marquer les caravanes d'une croix jaune est un acte illégal qui s'appelle « dégradation  du mobilier ». Menacer de faire enlever aux frais de propriétaire une caravane marquée d’une croix jaune est un abus de pouvoir. Le déploiement des forces de l'ordre pour prendre une vingtaine de photos de caravanes est totalement démesuré. C'est en 2008 que le bourgmestre de Binche, chef de la police, a annoncé aux habitants qu’il fermera le camping. Harcèlement policier, l'abus du pouvoir sert à stigmatiser les habitants devant l'opinion publique. Il a comme objectif  concret que l’habitant prenne peur et quitte le camping.

En marquant d’une croix jaune des caravanes, le bourgmestre Devin, chef de la police, a porté atteinte à la dignité des habitants de Binche-plage et du même coup à la dignité des 4300 personnes qui habitent les campings en Wallonie.

Les habitants des caravanes ne sont pas des sous-hommes.
Face à la crise du logement, ces personnes ont, elles,
trouvé une solution pour se loger de sorte à pouvoir vivre dignement. Aujourd'hui elles méritent le soutien de la population pour obtenir le droit d'être considérées comme habitants à part entière.

Binche-plage mérite et a besoin du soutien de toutes les organisations sociales et démocratiques parce que cela fait deux ans qu’ils se battent pour pouvoir rester dans leur caravane et ne pas se retrouver à la rue. Et parce qu’ils ne sont que trente. Et enfin parce que leurs droits démocratiques sont de plus en plus menacés.

(Jeannine Tips, travailleuse sociale à Solidarités Nouvelles)

Les commentaires sont fermés.