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Discours de Robert Tangre au cimetière de Trazegnies

 

 

13-5-2010 - Les sépultures des mineurs.jpg

Pour débuter, je vais paraphraser Jacques Viesvil en adaptant un poème qu’il a écrit sur le Bois du Cazier :

 

Ils étaient trente-neuf

À 1000 m de profondeur

Dans les bouveaux de la douleur,

 

13-5-2010 - Les sépultures des mineurs.jpg

Pour débuter, je vais paraphraser Jacques Viesvil en adaptant un poème qu’il a écrit sur le Bois du Cazier :

 

 

Ils étaient trente-neuf

 

À 1000 m de profondeur

Dans les bouveaux de la douleur,

 

Trente-neuf, trente-neuf,

 

Trente-neuf de notre sang

Trente-neuf de notre chair,

 

Homme venus d’ici

Au regard d’avril,

 

Homme de partout

Aux yeux cernés d’usure,

 

Homme aux veines de charbon

Incrusté sous la peau,

 

Hommes à la gueule noire

À la voie rocailleuse,

 

Je les entends marcher

Dans l’épaisseur du temps »

 

En effet, 39 morts à Trazegnies en 1950, une des plus importantes catastrophes que le Pays noir a connue.

 

Oui, la mine a tué beaucoup de monde. Si nous sommes réunis aujourd’hui c’est parce que les catastrophes minières sont très ancrées dans la mémoire collective.

 

Voici quelques chiffres : la mine a tué 3640 personnes. durant le 19 ème siècle en Belgique, hommes, femmes et enfants confondus.

 

La mine a tué 1129 personnes durant le 20 éme siècle.

 

La diminution du nombre de décès entre les 2 siècles est liée aux progrès techniques qui sont intervenus dans l’art d’exploiter les mines de houille.

 

C’est le souvenir de la catastrophe de Marcinelle, avec ses 262 morts qui  témoigne aujourd’hui de cette dure réalité. Cependant, le Hainaut, plus particulièrement, va connaître le plus grand nombre de catastrophes, Frameries, Quaregnon, Anderlues connaîtront avant l’an 1900 des catastrophes coûtant la vie à plus de 100 victimes.

 

Trazegnies et ses 39 morts arrive toutefois en second pour le nombre de victimes directement après Marcinelle durant le 20émé siècle car un grand nombre de nos houillères contiennent un tueur invisible: le grisou ! Ennemi sournois, quasi inodore, que seule la lampe pouvait détecter.

 

L’histoire de la tragédie de Trazegnies est connue, racontée dans l’exposition que nous avons élaborée et qui est encore visible à la Posterie, jusque demain soir.

 

Peu de mineurs échapperont aux coups de grisou. De ces explosions, la mémoire retient ces images horribles d’hommes blessés, tués, remontés des entrailles de la terre. Parfois, un miracle permet à l’un ou l’autre d’entre eux d’échapper au carnage, carnage qui décime des familles, les réduisant bien souvent à la misère la plus totale.

 

Nous étions en 1950, lorsque le grisou frappa à Trazegnies, 5 ans après la fin de la guerre, la Belgique était occupée à reconquérir l’importante place économique qui était la sienne avant le conflit.

 

Comme l’appareil économique avait peu souffert entre 40 et 45 dans notre pays, c’est aux mineurs que le gouvernement belge demanda de faire l’effort nécessaire pour relancer la machine économique. On avait besoin de combustible pour faire marcher la sidérurgie, la chimie ou les verreries. C’est ainsi que notre Gouvernement présidé par Achille Van Acker décréta la bataille du charbon. Il fallait produire, produire et produire encore.

 

Le courage des mineurs permit de multiplier cette production. Ils furent encouragés par un patronat qui, voyant ses gains monter ne flèche, pensa principalement à cette production, oubliant, bien souvent, les gros problèmes de sécurité.

 

Des fautes ont été commises par les responsables des charbonnages, par ces dirigeants avides de gains. C’est ainsi qu’après la catastrophe, des procès eurent lieu, comme à Marcinelle. Dans un cas comme dans l’autre, il n’y eut d’autre coupable que le hasard. Peut-on croire que les choses ont réellement changé en 2010 lorsqu’on pense à la terrible catastrophe de Ghislenghien.

 

Le seul coupable est ainsi toujours le lampiste.

 

Avant de conclure, j’aimerais remercier toutes les organisations et toutes celles et ceux qui ont uni leurs efforts pour la réussite de cette manifestation. Merci à l’administration pour l’aide apportée et le Centre culturel de la Posterie et son président pour la mise à disposition de l’importante logistique de ce centre culturel.

 

Merci aussi aux enseignants qui ont amené plus de 10 classes visiter l’exposition et regarder le petit film projeté. Une société a un message à transmettre aux jeunes générations : l’exercice de mémoire.

 

N’oublions pas que c’est le travail de ces hommes courageux, leur combat pour améliorer leurs conditions de travail et de vie pour plus de dignité qui a été le levain indispensable pour nous permettre de connaître la sécurité sociale qui nous protège encore en ce jour.

 

Pour les remercier des énormes sacrifices qu’ils ont consentis, au nom de leur mémoire, à notre tour, luttons pour conserver les acquis sociaux qu’ils nous ont légués et afin que nous sachions toutes et tous que d’autres droits sont toujours à conquérir.

 

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