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Nouvelles n° 135

Vers un nouveau crack ?
Rêves dorés et misère sociale
MAURICE MAGIS

Fin novembre. Dubaï, la richissime ville-Etat sans impôts et sans élections, avec ses tours gigantesques, ses îles de rêve artificielles pour milliardaires hyper-friqués ; avec ses parcs à thèmes, ses pistes  de Formule 1 et ses luxueux centres commerciaux ; ce fantasme idéalisé du capitalisme arrogant croule sous les dettes et se retrouve en cessation de paiements. En quasi-banqueroute. Et ses princes voyaient imposer un coup d’arrêt à leurs délires qui sont autant de gifles aux miséreux du monde. Du coup, ce fut l’affolement dans les places boursières. Et parmi les établissements financiers européens mouillées au prix fort dans cet Eldorado de carton-pâte (comme BNP-Paribas  qui, par la grâce du gouvernement belge, a mis la main sur Fortis, annonce des milliers de suppressions d’emploi et  une explosion de ses bénéfices).

L’affaire n’est donc pas circonscrite aux sables chauds d’une Arabie fantasmée. « La folie des grandeurs des dirigeants de Dubaï a été entretenue pour partie par les grandes banques occidentales qui leur ont avancé de l’argent à guichet ouvert. Ainsi, l’exposition des banques européennes – notamment des françaises comme BNP Paribas – est évaluée entre 11 et 26 milliards d’euros. La Banque des règlements internationaux (la banque des banques centrales) évalue à 93 milliards de dollars l’exposition des banques européennes aux Émirats arabes unis, la confédération à laquelle Dubaï appartient au côté notamment du richissime Abu Dhabi, dont 11 milliards pour les établissements français (0,1 % de leurs engagements). Toujours selon la BRI, le pays le plus exposé est de loin le Royaume-Uni, avec 51 milliards de dollars (0,5 % des engagements) (1). » Des dizaines de milliers de banquiers d'affaires, traders, juristes et consultants sont allés se remplir les poches dans ce  pays-confetti sans se soucier – ou en profitant - de l’envers du décor : trafic de travailleurs sous-payés, immigration clandestine, blanchiment d'argent, plaque tournante pour les produit de contrefaçon. Mais le rêve dubaïrote s'est transformé en cauchemar. Un tsunami qui a englouti des montagnes d’argent.

Alors, cela ne nous concernerait pas ? Mais ce qui se passe dans la région des mille et une nuits, cette folie spéculative peut se lire comme un symptôme de plus de la crise systémique du capitalisme. Depuis des mois, des oracles – ceux-là même qui se sont si souvent trompés mais tiennent toujours le haut du pavé - prédisent les prémisses du début de la fin de la crise. Oh, certes bien fragiles. Mais suffisants pour que les bonus en or massif reviennent récompenser les apprentis-sorciers de la haute finance globalisée. A grands renforts de fonds publics, on en revenait à l’essentiel, la reconstitution des profits et des rentes. A quel prix : des trains de licenciements massifs et des fermetures en série d’entreprises. Et une reprise forcenée de jeux financiers pourtant bien risqués.

Saigneurs de la finance

D’une part, on nous annonce une croissance tristounette et des plans d’austérité d’autant plus rudes pour éponger les déficits publics. Un bel avenir, donc, avec ces chômeurs qui s’additionnent par dizaines de milliers, avec ces exclus du banquet nauséabond des « saigneurs » de la finance.  D’autre part, à Dubaï, ceux-ci ont investi sans broncher. Dans cette « caverne cossue des fonds souverains », comme ils disaient, qui venait justement d’annoncer le lancement triomphal d’une tranche de 5 milliards de dollars en bons du trésor. Cela valait bien quelques risques, surtout quand les Etats jouent plus que jamais les béquilles du capital. Et d’ailleurs, tout le monde ne s’en fait pas. Au plus fort de la tourmente, « Les avions de la compagnie Emirates, fleuron de Dubaï, ont drainé les touristes attirés par les forfaits promotionnels proposés par les groupes hôteliers. Dimanche, ces foules mondialisées se pressaient dans les gigantesques centres commerciaux de la cité. Il y avait la queue au télésiège de la piste de ski qui fait la gloire du Mall of the Emirates (2). »  « Business as usual » au pied du Burj Dubaï, le plus haut gratte-ciel du monde ?  Pour tenter de rassurer les marchés et les clients paniqués des banques locales, les Emirats voisins sont intervenus à coups de milliards de dollars. Mais l'onde de choc de Dubaï se fera longtemps ressentir, dissipant une série d'illusions. « Premier micro-Etat engagé par nécessité dans l'après-pétrole, Dubaï avait su se montrer précurseur à la fin du XXe siècle en imaginant la mondialisation à venir dont l'émirat, à la jonction de l'Asie, de l'Afrique, du Moyen-Orient et, au-delà, de l'Occident serait l'un des carrefours… Le nouvel eldorado a perdu de sa capacité d'attraction et de son éclat (3). »  Comment ne pas voir dans cette débandade, comme en une parabole, les excès, l’inefficacité et  l’iniquité du grand marché capitaliste ?

Drames humains

A des milliers de kilomètres de là et de ces coûteux délires dorés, se vivent des drames d’une banale humanité. Le 27 novembre, par exemple, la presse belge tirait : « Journée noire pour l’emploi ».  DHL Express (788 travailleurs) venait d’annoncer le transfert de son quartier général de Diegem vers Bonn, Leipzig ou Prague – une « consolidation de fonction » précisait cyniquement la direction-, le sort de 2000 travailleurs d’Opel Anvers apparaissait de plus en plus noir, 43 personnes perdaient leur emploi chez Sanofi (Diegem) et 89 autres étaient menacées par un plan Renault chez le verrier Vidrala de Ghlin. Quatre sociétés sur dix (43 %) se disaient pessimistes pour l’emploi au cours des six prochains mois, selon une enquête de la FEB. Une journée terriblement banale par les temps qui courent, en Belgique comme ailleurs.

Le même jour, le Soir éditorialisait sur la politique économique de notre royaume si libéral : « Il ne s'est pas trouvé grand monde pour s'inquiéter du départ des grands centres de décision économique de notre pays, ni pour exiger, au minimum, le maintien à long terme des implantations belges. Le pays, aliéné par ses conflits communautaires et pétri d'un sentiment européen confinant parfois à la naïveté, a toléré la vente de ses bijoux de famille. » Juste constat. Mais si tardif.

Assommés par les vagues de licenciements de ces derniers mois, les syndicats ont interpellé le gouvernement. Qui leur a conseillé d’aller voir ailleurs. « Nous avons fait connaître nos griefs au Premier ministre, mais il n’est pas revenu vers nous avec des solutions concrètes », a indiqué le président de la CSC Luc Cortebeeck. Le président de la FGTB Rudy De Leeuw a dénoncé le jeu des entreprises qui profitent de la crise pour « dégraisser ».  C’est vrai en Belgique. C’est vrai dans toute l’Europe ou le chômage ne cesse d’augmenter : en octobre, il s’établissait à 10,1% en France (contre 10% en septembre), 8% en Italie (contre 7,8%) et à 19,3% en Espagne (contre 19,1%), qui continue à enregistrer le plus fort taux de la zone euro. « L'ajustement du marché de l'emploi dans la zone euro est encore loin d'être terminé », jugent les économistes. Le nombre total de chômeurs dans l'UE a atteint 22,510 millions en octobre, 258.000 personnes de plus qu'en septembre, soit  9,3% en octobre 2009, contre 9,2% en septembre. Il était de 7,3% en octobre 2008. Alors, où est la reprise promise et à qui profite-t-elle ? « Le retour à une croissance positive n'empêche pas la poursuite de la montée du chômage, qui atteint 10,2 % aux Etats-Unis et touchera plus de 10 % de la population active des pays développés en 2010 - soit 57 millions de sans-emploi -, contre 5,6 % en 2007 » rappelait récemment Le Monde. « Ce retour d'un chômage de masse permanent dans le monde développé comporte des risques majeurs. Au plan économique, la sortie de crise viendrait buter sur une consommation insuffisante. Au plan social, la pauvreté et l'exclusion croîtraient fortement. Au plan politique, la déstabilisation des classes moyennes renouvellerait l'extrémisme politique, porté par les pulsions nationalistes et xénophobes. Au plan international, les pressions protectionnistes seraient plus fortes. »

On spécule

Parallèlement, la dette des Etats augmente de manière inquiétante : les interventions auprès du secteur financier et les plans de relance crèvent tous les plafonds, y compris aux Etats-Unis ou la dette publique vient de franchir le cap de $ 12,000 milliards. Les profits privés se nourrissent  d’un climat économique où nombre d’entreprises vivent aux crochets d’Etats qui ont multiplié des programmes de stimulation de l’économie, des soutiens spécifiques à certains secteur comme la financier ou l’automobile, et bien d’autres interventions encore.

Résultats : bourses en hausse, boom des matières premières… Disposant d’importantes liquidités grâce à la générosité des États, banques et fonds spéculent plutôt que de financer la reprise. Les facilités de crédit offertes par les banques centrales afin de sauver le système financier international et les aides octroyées par les États sans critères d’utilité sociale ont fourni une masse considérable de liquidités aux banques et aux intervenants financiers. Selon le FMI, le gonflement des budgets publics des principales puissances devrait être de l’ordre de 5 000 milliards de dollars (3 400 milliards d’euros) d’ici à la fin de 2010. Mais banquiers et investisseurs n’ont pas utilisé toutes ces ressources pour relancer leurs crédits à l’activité réelle. Beaucoup jonglent avec les différences de taux d’intérêts et de cours monétaires entre zones à l’échelle planétaire ; les opérations de concentration entre les grands groupes ont redémarré, gonflant ainsi le soufflé boursier ; les grandes firmes tranchent dans les effectifs pour relancer leurs profits. Au risque de relancer la crise encore plus gravement alors que l’activité économique reste indécise.

Le retour des libéraux

La responsabilité des États les plus puissants et des grandes banques centrales est écrasante. Il est possible que cette situation contribue à relancer la crise de manière encore plus grave : le krach des finances privées risque de se prolonger sous la forme d’un krach de la dette publique, l’excès d’endettement des États devenant insupportable dans un contexte de croissance poussive de l’activité et d’explosion du chômage. A ce propos, Le Monde diplomatique évoque avec justesse « Une dette providentielle » : « Grâce à des injections plantureuses d’argent public, les banques ont retrouvé leurs couleurs... donc plus susceptibles encore de prendre les Etats  ‘en otage’ lors de la prochaine tempête. C’est le moment que les gouvernements occidentaux et les banques centrales ont choisi pour sonner à nouveau le tocsin contre la dette. Astucieusement mis entre parenthèses tant qu’il fallait débourser des montants dépassant l’entendement pour sauver Goldman Sachs, la Deutsche Bank ou BNP Paribas, le spectre de la faillite resurgit… Alourdi par la panne économique, le poids de l’endettement sert une fois de plus de prétexte au démantèlement de la protection sociale et des services publics. On prédisait, il y a un an, le coma des libéraux ; ils trouvent dans l’annonce répétée que ‘ les caisses sont vides’ l’instrument de leur résurrection politique. Ils ne vont pas ralentir l’allure (4). » Le monde risque un tsunami social à côté duquel la tempête qui souffle sur Dubaï passerait pour une aimable péripétie.

1. « L’oasis dorée de Dubaï sur le sable : les marchés plongent ». L’Humanité du 28 novembre 2009
2. « Dubaï se résout à tourner la page de la démesure ». Le Monde du 30 novembre 2009.
3. « Après le séisme financier qui a frappé Dubaï ». Idem.
4. « Une dette providentielle ». Editorial du Monde diplomatique, décembre 2009.


Bolkestein : le retour

Le 1er décembre, les dirigeants européens ont fêté l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. Dans l’indifférence générale. Et pourtant. On y retrouve le principe de "libre prestation de services", déjà inscrit dans les traités antérieurs et transcrit dans la fameuse directive services dite Bolkestein (1), du nom de l’ultralibéral Fritz Bolkestein, son initiateur. Pour rappel, l’objectif de cette directive est de supprimer les barrières juridiques et administratives faisant obstacle à la libre circulation des services entre Etats membres, aggravant ainsi leur mise en concurrence.

Ce texte, on s’en souvient, avait provoqué voici quelques années de puissantes mobilisations sociales ce qui était considéré comme une arme de destruction massive des droits sociaux. Mais la Commission européenne a fixé la date butoir du 28 décembre pour qu’il soit transposé dans les législations nationales. Le 23 septembre, à la veille d’un Conseil européen sur la compétitivité, la présidence suédoise de l’Union déclarait que « la directive sur les services peut permettre à l’Europe de sortir plus rapidement de la crise économique. » La Confédération européenne des syndicats n’a pas apprécié : « La Présidence semble de plus en plus coupée de la réalité de la pire crise économique depuis la Grande Dépression […]. Si vous souhaitez lutter contre la crise, vous devez investir dans un vaste plan de relance européen et mettre fin à la domination des principes de marché à court terme », ainsi qu’aux «  obsessions idéologiques » de la directive sur les services ». Ce coup de sang a au moins mis en évidence un dangereux processus qui se déroule, une fois encore, dans la plus parfaite discrétion, hors de tout débat politique. Y compris au Parlement européen qui a pourtant amendé cette directive en 2006 par le Parlement européen. Elle n’en reste pas moins dangereuse. La directive sur les services inclut les services fournis aux entreprises et aux consommateurs, et surtout les services publics, nommés par la Commission « services d’intérêt économique général » (transports, services postaux, approvisionnement en eau, électricité, traitement des déchets, etc.). L’exclusion des services de santé et des services sociaux (SSIG, selon la terminologie communautaire) n’est que provisoire.  Comme l’a rappelé Attac-France, les règles du jeu fixées par le texte peuvent changer en cours de route : 2010, première année d’application, sera l’occasion de procéder à d’éventuels « ajustements ». Surtout, le 28 décembre 2011, et par la suite tous les trois ans, la Commission présentera un rapport sur l’application de la directive, « accompagné, le cas échéant, de propositions de modifications et de mesures supplémentaires concernant les questions exclues du champ d’application de la directive ».
Enfin, le « principe du pays d’origine » a été requalifié  en « libre prestation de services ». Pour les mêmes effets. Ce tour de passe-passe prend appui sur un règlement européen adopté en 2008, qui doit donc s’appliquer à tous les contrats conclus après le 18 décembre, dans lequel le principe de base est que les parties contractantes sont libres de choisir la loi applicable au contrat. Ce règlement s’appliquera directement aux Etats membres. Les salariés et leurs organisations ne sont guère au courant de ces manips.

1. Principe selon lequel une entreprise dont le siège social serait établi dans tel ou tel pays aurait pu choisir d'appliquer les réglementations de travail de son pays d'origine dans ses usines et bureaux établis dans d'autres pays européens, au risque de mettre en concurrence des prestataires de services et entraîner un nivellement par le bas des conditions de travail.


 

 Etats-Unis : pas de bout au tunnel

Chaque jour, 49 millions de citoyens des États-Unis (16 % de la population) souffrent de la faim, dont 17 millions d’enfants. Le chiffre provient du ministère de l’Agriculture, données recueillies en 2008 et dépassées depuis par la vague de chômage qui atteint officiellement 10,2 % de ceux qui sont en âge de travailler (17 % si l’on compte ceux qui n’ont eu d’emploi que quelques heures par mois).

Parmi les affamés, on compte donc nombre de travailleurs pauvres. Un enfant sur quatre a connu la privation de nourriture en 2008. Quatre millions de plus que l’année précédente. Ce sont les familles avec enfant qui sont les premières victimes de cette vague de pauvreté. Un niveau comparable à celui des années trente, au début de la grande dépression.

Les sommes accordées au début de l’année par le président Obama aux enfants souffrant de malnutrition n’ont pas suffi. Son plan de relance de l’économie a consisté à renflouer d’abord  les grandes banques responsables de la crise financière. Un choix qui explique la chute du président dans les sondages. Dans le même temps, on recrute dans le secteur des lobbyistes qui harcèlent les membres du Congrès afin qu’ils ne votent pas une réforme du système de santé défavorable aux profits des assurances et de l’industrie pharmaceutique.

La perte d'emploi étant la première cause d'insolvabilité des ménages, les dernières estimations font état de 4 millions d'emprunteurs immobiliers insolvables. Et il est question que le gouvernement impose aux banques et aux organismes de crédit des mesures supplémentaires pour réduire le nombre des propriétaires  insolvables.

Beaucoup se demandent en effet à quoi ont servi les 75 milliards de dollars (50 milliards d'euros) destinés à aider les familles menacées d'expulsion. Selon une mission diligentée par le Congrès, sur les 500 000 dossiers de refinancement de crédits immobiliers ouverts depuis que la loi de sauvetage financier a été votée, en février, seuls 2 000 ont abouti.

Cet échec est dénoncé par la gauche démocrate comme une faillite politique du président qui n'aurait pas dû croire que le secteur financier jouerait le jeu. Selon elle, il aurait dû nationaliser réellement le secteur bancaire, même temporairement, pour lui imposer sa volonté politique. La droite républicaine, elle, profit de cette utilisation inefficace des deniers de l'Etat  pour exiger que soit mis fin à la "gabegie" des fonds publics. 14% des détenteurs d'un prêt immobilier sont menacés de saisie ou en cessation de paiement. Et vu l'effondrement des prix, même en revendant leur bien, 10,7 millions de foyers ne pourraient couvrir le montant de leur emprunt s'ils devenaient insolvables.


 

Didier Reynders, la justice et les chipoteurs

Depuis quelques temps, le MR est à son tour secoué par les turpitudes de certains élus. Dernièrement, la justice a blanchi l’Echevin Philippe Sonnet traduit en correctionnelle pour n’avoir pas rentré ses déclarations fiscales. C’est une manie au MR d’éviter les impôts ! N’est ce pas M. Ducarme ?

Mais au-delà, ce qui frappe dans cette affaire, c’est la célérité avec laquelle la justice a jugé la chose. A peine un an après avoir été poursuivi, le tribunal correctionnel rendait son verdict : l’homme était un peu déprimé et n’a jamais tenté d’échapper au fisc. Juste un oubli ! Et puis on a vu les médias clamer en chœur  et avec des trémolos dans la voix l’innocence de cet homme probe…

Quand il s’est agit des affaires liées au Parti Socialiste de Charleroi, la même justice n’a pas hésité un seul instant. Elle a envoyé les mandataires communaux en prison à tour de bras. A l’époque, ces médias aujourd’hui outragés par l’affaire Sonnet, n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger les mandataires socialistes allant même jusqu’à relayer d’insidieuses rumeurs.

Les procès tant attendus auront-ils lieu un jour ? Il est permis d’en douter au vu de la lenteur de leur instruction! En attendant, on a inutilement sali la dignité de certains hommes politiques et je ne suis pas certain que les médias, la bouche en cœur, pousseront des cris d’orfraie tout en faisant leur autocritique !

A cette même époque, on a vu un Didier Reynders, flamboyant d’arrogance, à l’égard de ces mandataires socialistes et qui, avec une certaine morgue, les invectivait avec perfidie. Aujourd’hui que le transfuge du CDH,  Richard Fourneaux, a fauté et risque d’échapper à la  justice, le président du MR, lui, s’est mué en professeur de danse et demande au mayeur de Dinant d’esquisser un pas de côté ! Tu parles !

On est loin de l’arrogance réformatrice et des calomnies répandues à propos des « affaires » de Charleroi…

Je me pose des questions sur cette justice que le MR prétendait dépolitiser. Mais peut-être que dépolitiser, dans le langage libéral, signifie adopter les valeurs du Mouvement Réformateur….

Freddy Guidé


 Irak: 50 % des Américains sont des mercenaires

A partir des années 90, sous l’impulsion de Dick Cheney, le Pentagone a commencé à faire appel aux contractuels dans le domaine militaire : des mercenaires travaillant sous contrat avec le Département d’Etat. C’est alors que des sociétés comme Blackwater – de sinistre mémoire pour ses meurtres de civils en Irak – se sont emparées de marchés colossaux. Jusqu’à cette révélation : 50 % des soldats américains déployés en Mésopotamie sont salariés des sociétés privées. On trouvera cette info avec une nuée d’autres, ainsi qu’un historique de la montée en puissance des mercenaires dans la formidable enquête du journaliste Jeremy Scahill, précisément consacrée à Blackwater (l’association de l’armée privée la plus puissante au monde). Ce grand reporter américain, distingué par plusieurs prix de journalisme aux Etats-Unis, met au jour les ramifications de milices idéologiques contrôlées par les néocons : Blackwater, malgré ses crimes, reste protégée par les plus hautes autorités. Fascinant. Vivement un coup de pied dans cette fourmilière !

Extrait de Marianne


 

Israël et les ONG, nouveau tour de vis.

L’état d’Israël vient de serrer un tour de vis supplémentaires à l’égard des ONG qui viennent en aide aux Palestiniens. Il deviendra désormais de plus en plus difficile  pour les coopérants et membres d’ONG d’accomplir leurs missions et leur travail de terrain. Le gouvernement israélien a considérablement durci la réglementation de permis de travail « B1» de façon à décourager  le travail humanitaire au bénéfice des Palestiniens (le Soir du 21/01/2010).

Il fut une époque où dans d’autres régions du monde, une telle mesure eut été systématiquement dénoncée et vilipendée au sein du monde occidental.

Aujourd’hui, en Israël, depuis l’arrivée qu’au pouvoir siègent des personnalités d’extrême droite, une bureaucratie tatillonne s’installe et glisse lentement vers un système totalement antidémocratique. Alors que cela n’offusque ni nos élus ni les médias ni les personnalités du monde artistique pourtant si diserts quand il s’agit d’autres régions du monde.

Pourquoi, quand il s’agit d’Israël, un tel silence pudique ? Par culpabilité ? Quelle culpabilité ? De quoi sommes-nous redevables ? Pourquoi se taire devant l’injustice commise à l’égard des Palestiniens sous prétexte que nos prédécesseurs furent complices d’un crime sans nom ? Y-a-il une échelle de valeurs tarifiée  dans le domaine de l’injustice ? Certaines injustices sont moins injustes que d’autres ? Etre victime d’une injustice,  autorise-t-il à en commettre à son tour de moins graves en se référant à cette échelle tarifaire ?

A moins qu’il n’y ait d’autres enjeux mais dans ce cas, il convient de nous les énoncer clairement.
 
Freddy Guidé, Porte-parole de la Plate-Forme Charleroi-Palestine

 


 

Kouchner avale des couleuvres à Tel-Aviv et Kaboul

 Le Patron du Quai d’Orsay qui vient d’entamer, le 17 novembre, un voyage officiel à Tel-Aviv et à Amman, Cisjordanie, a accepté sans mot dire, et par deux fois, que les Israéliens décident de ses allées et venues en Palestine. Et qu’ils l’empêchent de se rendre à Gaza. « Deux pareils camouflets encaissés en quelques semaines, voilà comment ministre accepte d’être traité », commente, grinçant, un diplomate français.

Le 20 octobre dernier, Kouchner, avec l’aval de Sarkozy, « s’était comporté dignement, dixit un autre diplomate. Ce jour-là, il avait annulé son départ pour Israël après «qu’une interdiction de séjour » à Gaza lui eut été signifiée. Principale explication de ce diktat : Kouchner voulait notamment y visiter l’hôpital palestinien Al Qods, en partie détruit par l’armée israélienne. Et ce projet avait provoqué la colère du Premier ministre Netanyahou, qui imaginait déjà des caméras françaises ou européennes filmant ce « spectacle inadmissible », selon lui.

Jamais le Quai d’Orsay n’a fourni  la véritable raison  de ce voyage manqué. Pour éviter d’admettre la réalité de cette humiliation publique en forme de « Bons baisers  de Tel-Aviv », le cabinet de Kouchner avait alors évoqué des « questions de calendrier ». Version risible et aussitôt contredite, à Jérusalem, par la presse, qui dès le lendemain confirmait les informations publiées par « Le Canard » : le refus israélien  de voir Kouchner entrer à Gaza était bien en cause.

Drapeau en berne

Quatre semaines ont passé et le ministre de Sarkozy ne demande même plus aux Israéliens « l’autorisation » - c’est le mot – de visiter le centre culturel français de Gaza, d’un hôpital et d’y rencontrer des médecins puis des humanitaires. Conclusion : Premier ministre Netanyahou reste maître du jeu, Kouchner doit mettre le drapeau dans sa poche et avaler des couleuvres. Sans s’apercevoir qu’une phrase de l’entretien qu’il a accordé au « Monde », le 14 novembre, prête plutôt à sourire ; « Comment, aujourd’hui, dit-il, développer nos projets à Gaza ? »

 Faute de pouvoir apporter une réponse à cette aimable interrogation, Kouchner se consolera peut-être en rencontrant en Jordanie le mardi 17 novembre, Mahmoud  Abbas, le Président de l’Autorité Palestinienne, qui menace d’abandonner ses fonctions. Mission délicate s’il en est, le chef de la diplomatie française veut le convaincre de conserver son poste, à défaut d’oser lui promettre un avenir radieux dans un état sans occupants.

 « Raide » sur Kaboul

 En revanche, on n’imagine guère le ministre français demandant à Netanyahou de renoncer à renforcer les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. « Sur ce point, tant que les Américains et les Européens ne menaceront pas Israël de couper les crédits qu’ils lui accordent et de supprimer toute coopération, Netanyahou n’en démordra pas ». affirme non sans raison, un analyste des Services français.

Une fois digérées ces couleuvres à Tel-Aviv, Kouchner va devoir en avaler d’autres en Afghanistan. Le 19 novembre, il atterrira à Kaboul ; où Sarko l’envoie représenter la France lors de l’intronisation du président Karzaï. Voilà deux semaines, le 5 novembre dans le « New York Times », Kouchner n’avait pas caché quelle estime il tenait ce très mal élu : « Karzaï est corrompu, OK, disait-il, mais c’est notre homme. » Avant d’ajouter ; « Et il faut le légitimer. »

Sarko a dû le prendre au mot sur ce point précis. Dur métier

Claude Angeli
 

Mieux traité que Kouchner, une délégation du Conseil Général de l’Essonne a été autorisée par les Israéliens à visiter Gaza, la semaine dernière. Les diplomates français en poste à Tel-Aviv et à Jérusalem n’en sont pas revenus. Explication possible : ces élus (UMP, PC, etc.) n’étaient pas suivis, eux, par une flopée de journalistes.

 « Le Canard enchaîné » - mercredi 18 novembre 2009


 

Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949)

par Dominique Vidal

Il y a soixante et un ans, presque jour pour jour, l’Assemblée générale des Nations unies décidait, à la majorité requise des deux tiers, de partager la Palestine en un État juif et un État arabe, plus une zone sous «régime international particulier» pour Jérusalem et les Lieux saints.

Un an et demi plus tard, c’est à un tout autre partage qu’a abouti la guerre de 1948: Israël a vu le jour et augmenté d’un tiers son territoire, annexant une partie de l’État palestinien, mort né, dont le reste est passé aux mains de la Jordanie et de l’Égypte. Et surtout plusieurs centaines de milliers de Palestiniens, qui vivaient sur les territoires finalement occupés par Israël, ont dû quitter leurs foyers.

C’est sur ce dernier point que, depuis soixante ans, une intense bataille de propagande oppose deux versions des événements:

 Pour les historiens palestiniens et arabes, il s’agit d’une expulsion. La majorité de ces 700'000 à 900'000 réfugiés ont été contraints au départ, au cours des affrontements judéo-palestiniens, puis de la guerre israélo-arabe, dans le cadre d’un plan politico-militaire jalonné de nombreux massacres. C’est notamment la thèse défendue, dès 1961, par Walid Khalidi, dans son essai «Plan Dalet: Master Plan for the Conquest of Palestine» (1), et, plus récemment, par Elias Sanbar dans Palestine 1948. L’Expulsion (2).

Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, au contraire, les réfugiés - 500'000 au maximum - seraient partis volontairement, répondant aux appels des dirigeants arabes qui leur auraient promis un retour rapide après la victoire. Non seulement les responsables juifs n’auraient pas planifié d’éviction, mais les rares massacres à déplorer – en premier lieu celui de Deir Yassine, le 9 avril 1948 – auraient été le fait des troupes extrémistes affiliées à l’Irgoun de Menahem Begin et au Lehi d’Itzhak Shamir.

Dès les années 1950, quelques personnalités israéliennes, liées notamment au Parti communiste, contestaient cette thèse. Depuis la seconde moitié des années 1980, elles ont été rejointes dans leur critique par un certain nombre de journalistes et de chercheurs: Simha Flapan, Tom Segev, Avi Schlaïm, Ilan Pappé et Benny Morris - c’est ce dernier, avec The Birth of the Palestinian Refugee Problem, qui a donné le signal du scandale et inventé l’expression «nouveaux historiens» (3) . Au point de s’attirer les remontrances plus ou moins acerbes d’historiens plus ou moins orthodoxes (4) qui s’efforcent de faire barrage à cette «révision» de l’histoire d’Israël.

Curieusement, pendant plus de dix ans, aucun ouvrage des «nouveaux historiens» consacré à l’analyse de ces événements – les premiers datent pourtant de 1987 – n’a été traduit en français. Comment accepter qu’une contribution aussi importante à des événements fondateurs du Proche-Orient contemporain, disponible en anglais et en hébreu, reste inaccessible au public francophone ? C’est pourquoi, en 1998, j’ai écrit, avec Joseph Algazy, un livre de synthèse de leurs travaux, qui vient d’être republié, dans une version actualisée et augmentée, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949). L’écho de la première édition a sans doute contribué, comme je l’espérais, à débloquer la situation: le fait est que, depuis 1998, Benny Morris, Ilan Pappé, Tom Segev, Avi Shlaïm ont vu six de leurs livres traitant entièrement ou notamment de la guerre de 1948 publiés en français (5).

Ce retard dans la publication en français des travaux des «nouveaux historiens» n’aide pas à comprendre comment cette école s’est développée. En réalité, deux phénomènes se sont conjugués pour inciter ces chercheurs à se pencher sur les origines de l’État d’Israël et du problème des réfugiés palestiniens: le premier, c’est bien sûr l’ouverture, à partir de 1978, des archives israéliennes concernant cette période: les chercheurs y puisent l’essentiel de leurs sources. Or, comme le note à juste titre l’historien palestinien Nur Masalha, «l’histoire et l’historiographie ne devraient pas nécessairement être écrites, exclusivement ou essentiellement, par les vainqueurs» (6)  ; mais la plongée dans les archives israéliennes - ainsi qu’américaines et britanniques - n’aurait pas été si fructueuse si les années suivant leur ouverture n’avaient pas été marquées par la guerre du Liban et le déclenchement de la première Intifada. Bref, les «nouveaux historiens» mettent à jour l’origine du problème palestinien alors même que celui-ci revient au premier plan et appelle des solutions nouvelles.

Encore une précision, avant d’entrer dans le vif du sujet: ces chercheurs ne constituent pas un groupe homogène, ni sur le plan méthodologique ni au niveau idéologique. Pour tenter d’éviter le débat sur le fond, certains polémistes – comme Pierre-André Taguieff – ont pensé pouvoir balayer leurs travaux en les qualifiants d’«intellectuels d’extrême gauche». Absurde: ce qui frappe au contraire, c’est la diversité de leurs opinions politiques et, plus important encore, de leur positionnement par rapport au sionisme. L’enquête que Sébastien Boussois a menée en Israël, pour la postface de mon livre, auprès des «nouveaux historiens» comme de leurs adversaires le démontre clairement.

De tous les historiens de cette école, seul Ilan Pappé se définit comme «antisioniste». Tous les autres s’affirment sionistes, à des degrés divers. Et, comme chacun sait, leur pionnier, Benny Morris, a connu une évolution politique qui l’a amené, après l’échec du sommet de Camp David de juillet 2000, à soutenir de plus en plus nettement la politique menée par Ariel Sharon. Dans une retentissante interview au quotidien Haaretz, le 8 janvier 2004, il est allé jusqu’à défendre l’épuration ethnique: «Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique», déclarait-il. Et de poursuivre: «Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du XXIe siècle, mais, quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide - l’annihilation de votre population - je préfère le nettoyage ethnique (...) C’était la situation. C’était ce que le sionisme affrontait. Un État Juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700'000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner».(7) Curieux gauchiste !

Cette dérive du citoyen Benny Morris n’a pas pour autant amené l’historien Benny Morris à renier les résultats de vint années de recherches. Au contraire: ses recherches, depuis vingt ans, ont approfondi la rupture majeure qu’avait marquée, en 1987, la parution de The Birth of the Palestinian Refugee Problem. C’est en effet à Benny Morris et à son premier livre qu’on doit les révélations les plus novatrices sur la période 1947-1949.

Synthétiser en quelques minutes des années de recherches historiques est une impossible gageure. Disons, pour schématiser, que les «nouveaux historiens» ébranlent en particulier trois mythes de l’historiographie traditionnelle:

Le premier, c’est la menace mortelle qui aurait pesé sur Israël à l’époque. Comme l’écrit Benny Morris dans 1948 and After: «la carte qui montre un minuscule Israël et un environnement arabe géant ne reflétait pas - et, jusqu’ici, ne reflète toujours pas - avec exactitude le véritable rapport des forces militaires dans la région » (8)

Contrairement à la légende dépeignant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les «nouveaux historiens» confirment la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, coordination, motivation...) à la seule exception – peut-être – de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948.

A quoi s’ajoutent, pour Israël, l’appui politique des États-Unis (en tout cas de leur présidence) et le soutien diplomatique et militaire de l’URSS - à l’époque, même lorsque la répression s’abattra sur les juifs soviétiques, le Kremlin continuera de livrer des armes à Israël et de le défendre inconditionnellement à l’ONU.

Dernier élément, décisif, étudié par Avi Shlaïm dans Collusion across the Jordan: l’accord tacite passé le 17 novembre 1947 (douze jours avant le plan de partage des Nations unies) par Golda Meïr avec le roi Abdallah de Transjordanie. Il constitue une garantie stratégique majeure pour Israël: la Légion arabe, seule armée arabe digne ce nom, s’engageait à ne pas franchir les frontières du territoire alloué à l’État juif en échange de la possibilité d’annexer celui prévu pour l’État arabe.

Assuré, dès février 1948, du feu vert explicite du secrétaire au Foreign Office, Ernest Bevin, ce plan sera effectivement mis en œuvre: si la Légion arabe participe à la guerre à partir du 15 mai 1948, elle ne pénètre jamais en territoire israélien et ne prend jamais l’initiative d’une bataille d’envergure contre Tsahal - sauf à Jérusalem, exclue de l’accord. D’ailleurs, le schéma du 17 novembre 1947 se substituera bel et bien, à la fin des hostilités, au plan partage du 29: la Jordanie occupera et annexera la partie arabe de la Palestine, moins les zones conquises par Israël (qui a augmenté sa superficie d’un tiers) et la bande de Gaza occupée par l’Égypte...

Le deuxième mythe concerne la volonté de paix qu’aurait manifestée Israël au lendemain de la guerre. Organisée par la Commission de conciliation sur la Palestine sur décision de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948 – celle qui affirme le droit au retour ou à une compensation des réfugiés – la conférence de Lausanne a notamment été étudiée par Avi Shlaïm, dans le livre déjà cité, et par Ilan Pappé dans The Making of the Arab-Israeli Conflict. Leurs conclusions contredisent largement la thèse traditionnelle.

Les archives montrent en effet qu’Israël est venu à Lausanne uniquement pour complaire aux Américains et aux Européens afin d’obtenir ainsi son admission aux Nations unies. A cette fin, Tel Aviv ratifiera, le 12 mai 1949, un protocole réaffirmant à la fois le plan de partage - jusque-là refusé par les États arabes - et le droit au retour des réfugiés. Mais il reniera aussitôt sa signature: comme l’écrit un mois plus tard Walter Eytan, codirecteur général du ministère israélien des Affaires étrangères, «mon principal objectif était de commencer à saper le protocole du 12 mai, que nous avions été contraints de signer dans le cadre de notre bataille pour être admis aux Nations unies.»(9)  De fait, Lausanne finira dans l’impasse. Et Eliahou Sasson, le chef de la délégation israélienne, confiera: «Le facteur qui bloque, c’est aujourd’hui Israël. Par sa position et ses demandes actuelles, Israël rend la seconde partie de la Palestine inutilisable pour tout projet, sauf un - son annexion par un des États voisins, en l’occurrence la Transjordanie.» (10)

La meilleure preuve de la mauvaise volonté israélienne, c’est la manière dont David Ben Gourion rejette l’offre incroyable du nouveau président syrien, Husni Zaïm, qui propose non seulement de faire la paix avec Israël, mais aussi d’accueillir 200'000 à 300'000 réfugiés palestiniens. Le temps que Tel Aviv prenne conscience de l’intérêt de la suggestion, il est trop tard: Zaïm est renversé par un coup d’État militaire...

Bref, conclut Ilan Pappé, «contrairement aux opinions de nombreux historiens et au mythe israélien concernant la guerre de 1948, il y avait bien des leaders arabes qui recherchaient la paix avec le nouvel État juif au milieu d’eux, et certains d’entre eux subirent des rebuffades de la part d’Israël.» (11)

Mais le mythe le plus sérieusement ébranlé concerne l’exode des Palestiniens. Résumons. Benny Morris le montre, les archives réfutent formellement la thèse de l’appel arabe à la fuite. «Il n’existe pas de preuve attestant, écrit-il, que les États arabes et le Haut Comité arabe [HCA, palestinien] souhaitaient un exode de masse ou qu’ils aient publié une directive générale ou des appels invitant les Palestiniens à fuir leurs foyers (même si, dans certaines zones, les habitants de villages spécifiques ont reçu de commandants arabes ou du HCA l’ordre de partir, essentiellement pour des raisons stratégiques).» (12) Quant aux fameuses exhortations qu’auraient diffusées les radios arabes, on sait depuis l’étude systématique, à la fin des années 50, de leurs programmes enregistrés par la BBC qu’il s’agit d’inventions pures et simples (13).

Certes, dans les semaines suivant le plan de partage, il y eut quelque 70’000 à 80’000 départs volontaires, pour l’essentiel de riches propriétaires terriens et des membres de la bourgeoisie urbaine. Mais après ? Le premier bilan dressé par les Services de renseignement de la Hagana, daté du 30 juin 1948, estime à 391’000 le nombre de Palestiniens ayant déjà quitté le territoire alors aux mains d’Israël. «Au moins 55 % du total de l’exode ont été causés par nos opérations», écrivent les experts, qui ajoutent les opérations des dissidents de l’Irgoun et du Lehi «qui ont directement causé environ 15 % de l’émigration». Avec 2 % attribués aux ordres d’expulsion explicites donnés par les soldats juifs et 1 % à leur guerre psychologique, on arrive ainsi à 73 % de départs directement provoqués par les Israéliens. De surcroît, dans 22 % de cas, le rapport met en cause les «peurs» et la «crise de confiance» répandues dans la population palestinienne. Quant aux appels arabes à la fuite, ils n’entrent en ligne de compte que dans 5 % des cas.... Les objections de l’«orthodoxe» Shabtaï Teveth sur ce document doivent certes nous inciter à être prudents dans son utilisation, mais certainement pas à remettre en cause les grandes lignes de l’analyse.

A partir de la reprise des combats, en juillet 1948, la volonté d’expulsion ne fait plus le moindre doute. Un symbole: l’opération de Lydda et de Ramleh, le 12 juillet 1948. «Expulsez-les !» a dit David Ben Gourion à Igal Allon et Itzhak Rabin – récit censuré dans les Mémoires de ce dernier, mais publié dans le New York Times (14). De fait, la violente répression (250 morts, dont des prisonniers désarmés) est suivie de l’évacuation forcée, accompagnée d’exécutions sommaires et de pillages, de quelque 70’000 civils palestiniens des deux villes – soit près de 10 % de l’exode total de 1947-1949 ! Des scénarios similaires seront mis en œuvre durant l’été, l’automne et l’hiver du Nord (la Galilée) au Sud (la plaine côtière et le Néguev).

Ces Palestiniens qu’on expulse, on fait en même temps main basse sur leurs biens. L’été 1948 voit se généraliser la politique de destruction des villages arabes, puis, de plus en plus, leur simple restructuration de façon à accueillir rapidement les nouveaux immigrants juifs. La Loi sur les «propriétés abandonnées» – destinée à rendre possible la saisie des biens de toute personne «absente» – «légalise», en décembre 1948, la confiscation. Israël mettra ainsi la main sur 73’000 pièces d’habitation dans des maisons abandonnées, 7800 boutiques, ateliers et entrepôts, 5 millions de livres palestiniennes sur des comptes en banque et - surtout – 300’000 hectares de terres (15).

Dans 1948 and After, Benny Morris revient plus longuement sur le rôle joué par Yosef Weitz, alors directeur du département foncier du Fonds national juif (16). Dans son Journal, le 20 décembre 1940, ce sioniste aux convictions tranchées confiait sans détours: «Il doit être clair qu’il n’y a pas de place pour deux peuples dans ce pays (...) et la seule solution, c’est la Terre d’Israël sans Arabes (...) Il n’y a pas d’autre moyen que de transférer les Arabes d’ici vers les pays voisins (...) Pas un village ne doit rester, pas une tribu bédouine.»

Ce programme radical, sept ans plus tard, Yosef Weitz va pouvoir l’appliquer lui-même. Dès janvier 1948, il orchestre, ici et là, l’expulsion des Palestiniens. En avril, il obtient la constitution d’«un organisme qui dirige la guerre avec pour but l’éviction d’autant d’Arabes que possible». Informel jusqu’à fin juin, officiel ensuite, le «Comité du transfert» supervise la destruction des villages arabes abandonnés ou leur repeuplement par de nouveaux immigrants juifs. Bref, quand David Ben Gourion déclare au Conseil des ministres, le 16 juin 1948, vouloir éviter «à tout prix» le retour des réfugiés, il s’agit, non d’une phrase en l’air, mais d’un programme politique très concret...

Entre historiens anciens et nouveaux, et au sein même de la nouvelle école, le débat le plus vif porte sur la nature de la politique arabe du Yichouv et de ses forces armées durant les six premiers mois de 1948. Dans son premier livre, The Birth, Benny Morris s’en tenait à une thèse «centriste»: «Le problème palestinien, assurait-il, est né de la guerre, et non d’une intention, juive ou arabe.»(17) Il a nuancé cette appréciation dans son deuxième livre, 1948, en définissant le transfert comme «un processus cumulatif, aux causes enchevêtrées, mais [avec] un déclencheur majeur, un coup de grâce [en français dans le texte], en forme d’assaut de la Hagana, de l’Irgoun ou des Forces de défense d’Israël dans chaque localité» (18). Benny Morris nie cependant l’existence d’un plan d’expulsion, et tend à disculper David Ben Gourion, président de l’Agence juive, puis Premier ministre et ministre de la Défense du jeune État d’Israël. Peut-être tactique, cette attitude contredit en tout cas nombre d’éléments que l’historien rapporte lui-même.

Benny Morris souligne l’engagement de longue date de Ben Gourion en faveur du projet de «transfert» (notamment à partir de 1937, en réponse à la Commission Peel). Il nous apprend de surcroît, archives à l’appui, que les textes du mouvement sioniste comme les Journaux de ses dirigeants ont été systématiquement expurgés pour gommer les allusions au «transfert» et les opérations d’expulsion, envisagées ou réalisées.

Benny Morris décrit en permanence Ben Gourion menant d’une main de fer l’entreprise d’expulsion des Arabes et de confiscation de leurs biens. Et il le dépeint toujours soucieux de ne laisser aucune trace de sa responsabilité.

Benny Morris insiste également sur ce qu’il appelle le «facteur atrocité». L’historien montre en effet que, loin de représenter une «bavure» extrémiste, le massacre de Deir Yassine a été précédé et suivi de nombreux autres commis par la Hagana, puis par Tsahal, de la fin 1947 à la fin 1948. L’historien reviendra, dans la seconde édition de The Birth, en 2004, sur l’étendue de ces tueries, à partir des archives récemment ouvertes: «Ce que montrent les nouveaux matériaux, c’est que les Israéliens ont commis bien plus de massacres que je ne l’avais pensé auparavant.»

Enfin Benny Morris admet clairement que l’opération Nahshon et le plan Dalet comportent une indiscutable dimension d’expulsion. A la page 62 de The Birth, il estime que «l’essence» du plan D était «de chasser toutes les forces hostiles et potentiellement hostiles de l’intérieur du territoire futur de l’État juif, d’établir une continuité territoriale entre les principales concentrations de population juive et d’assurer la sécurité des futures frontières avant l’invasion arabe attendue. Comme les irréguliers arabes étaient basés et cantonnés dans les villages, et comme les milices de nombreux villages participaient aux hostilités contre le Yichouv, la Hagana considérait la plupart des villages comme activement ou potentiellement hostiles». A la page suivante, il reconnaît que le plan D représentait «un ancrage stratégico-idéologique pour l’expulsion par les commandants de front, de district, de brigade et de bataillon» auxquels il donnait «post facto une couverture formelle et convaincante pour expliquer leurs actions». Et pourtant, Benny Morris assure, page 62, que «le plan D n’était pas un plan politique d’expulsion des Arabes de Palestine». Après quoi il affirme page 64: «A partir du début avril, il y a des traces claires d’une politique d’expulsion à la fois au niveau national et local en ce qui concerne certains districts et localités stratégiques-clés»...

Le fait que les archives n’aient pas – jusqu’ici – révélé de directive globale d’expulsion suffit-il pour nier le phénomène et les responsabilités de la direction du Yichouv ? Tout indique qu’il existait sur ce point un consensus extrêmement solide dans l’appareil politique et militaire, y compris parmi nombre de cadres du Mapam. Si le Parti sioniste socialiste (Mapam) et ses ministres mènent bataille contre l’expulsion, ses dirigeants et militants directement engagés dans l’affrontement, eux, n’hésitent pas, qu’il s’agisse des combattants du Palmah («unité de choc» de la Hagana]  ou des membres de kibboutzim situés en première ligne.

Comme l’écrit Benny Morris, «Ben Gourion voulait clairement que le moins d’Arabes possible demeurent dans l’État juif. Il espérait les voir partir. Il l’a dit à ses collègues et assistants dans des réunions en août, septembre et octobre. Mais aucune politique d’expulsion n’a jamais été énoncée et Ben Gourion s’est toujours abstenu d’émettre des ordres d’expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux "comprennent" ce qu’il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d’être rabaissé dans l’histoire au rang de "grand expulseur" et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable.» (19)

Ilan Pappé va, lui, beaucoup plus loin. Et son dernier livre, The Ethnic Cleansing of Palestine – qui va paraître chez Fayard au printemps 2008 – constitue une somme, sinon définitive (il n’y a jamais de point final dans la recherche historique), en tout cas majeure sur 1948. Certes, l’historien avait déjà écrit plusieurs essais importants qui, tout en s’inscrivant dans le mouvement de la «nouvelle histoire», le distinguaient nettement du pionnier de cette dernière. Dès 1992, avec The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, il opposait aux thèses «centristes» de Benny Morris une analyse plus radicale de l’expulsion des Palestiniens: pour lui, il ne s’agit pas d’une conséquence de la guerre, mais du résultat d’un plan mûrement réfléchi.

Non seulement il développe cette approche dans son nouvel ouvrage de manière approfondie et cohérente, mais il le fait à la manière de... Benny Moris: avec forces citations tirées des archives de la Hagana, du Palmah et des Forces de défense d’Israël, ainsi que des Journaux de David Ben Gourion et d’autres dirigeants juifs. Mais, contrairement à son collègue et adversaire, il évoque aussi les travaux d’historiens palestiniens et arabes ainsi que les témoignages de protagonistes palestiniens des événements. Après The Ethnic Cleansing, nul ne pourra plus raconter - honnêtement - 1948 comme avant...

Le livre s’ouvre sur la «Maison rouge», cet immeuble Bauhaus de Tel-Aviv devenu, en 1947, le quartier général de la Hagana. Ce 10 mars 1948, onze hommes, «vieux dirigeants sionistes et jeunes officiers juifs, apportent la touche finale à un plan de nettoyage ethnique de la Palestine. Le soir même, des ordres militaires sont diffusés aux unités sur le terrain afin qu’elles préparent l’expulsion systématique des Palestiniens de vaste zones du pays. Ces ordres comprenaient une description détaillée des méthodes à employer pour chasser les gens par la force». Six mois après, «plus de la moitié de la population autochtone de la Palestine, soit près de 800 000 personnes, avait été déracinée, 531 villages détruits et onze villes vidées de leurs habitants».

Le plan du 10 mars «et par-dessus tout sa mise en œuvre systématique dans les mois suivants constituent donc un cas évident d’opération de nettoyage ethnique, lequel est désormais considéré par la loi internationale comme un crime contre l’humanité». Avec l’irruption des moyens de communication électroniques, poursuit Pappé, «il est devenu quasiment impossible de dissimuler des crimes contre l’humanité à grande échelle». Et pourtant «un de ces crimes a été presque totalement effacé de la mémoire publique globale: la dépossession des Palestiniens en 1948 par Israël». Pis, il a été «systématiquement nié et n’est toujours pas reconnu aujourd’hui comme un fait historique.» (20)

Les «nouveaux historiens» se sont bien sûr efforcés de réviser la version traditionnelle de la guerre de 1948. «J’étais l’un d’eux», ajoute Pappé qui, autocritique, estime néanmoins que ses confrères et lui ont «éludé la question du nettoyage ethnique»: comme les «historiens diplomatiques», ils se sont «concentrés sur les détails». Certes, grâce aux archives militaires israéliennes, lui et ses confrères ont pu non seulement démontrer l’absurdité de la thèse selon laquelle les Palestiniens seraient partis volontairement, mais aussi confirmer «beaucoup de cas d’expulsions massives» de villages et de villes et révéler «un nombre considérable d’atrocités, y compris de massacres.» (21)

Mais leur démarche comportait, ajoute Pappé, une limite majeure cependant, évidente chez le précurseur de la «nouvelle histoire»: le fait de s’appuyer exclusivement sur les archives, considérées comme l’expression d’une «vérité absolue», l’a conduit à une appréhension déformée de la réalité sur le terrain. Si Morris et les autres s’étaient tournés vers l’histoire orale, y compris arabe, ils auraient pu mieux saisir la «planification systématique derrière l’expulsion des Palestiniens en 1948» et fournir «une description plus véridique de l’énormité des crimes commis». D’où l’objectif que Pappé assigne à son nouveau livre: «défendre le paradigme du nettoyage ethnique et le substituer à celui de guerre» - pour la recherche universitaire comme pour le débat public sur 1948.

Il est évidemment impossible de résumer ici les 320 pages de The Ethnic Cleansing of Palestine: après une définition du concept de «purification ethnique» et une étude sur la place du «transfert» dans la pensée sioniste, Pappé y décrit dans le détail comment, dès le début des années 1940, la direction du Yichouv a préparé, puis mis en œuvre, étape après étape, l’expulsion des Palestiniens.

Je ne citerai qu’un fait qui, à mes yeux, ébranle la thèse d’une expulsion non planifiée: la constitution, dès avant le Seconde Guerre mondiale, d’un fichier de tous les villages arabes établi dès avant la Seconde Guerre mondiale. C’est un jeune historien de l’Université hébraïque de Jérusalem, Ben-Zion Luria, qui en proposa l’établissement: «Cela aiderait grandement à la rédemption de la terre», écrivit-il au Fonds national juif (FNJ). Recruté pour s’en charger, un topographe de l’Université hébraïque «suggéra de conduire une inspection à l’aide de photographies aériennes». Les meilleurs photographes professionnels du pays contribuèrent au projet, un laboratoire étant installé dans la maison de Margot Sadeh... l’épouse de Itzhak Sadeh, le chef du Palmah !(22)

Ainsi furent constitués des dossiers détaillés sur chacun des villages de Palestine, qui comprenaient, explique Pappé, «les routes d’accès, la qualité de la terre, les sources, les principales sources de revenu, la composition sociologique, les affiliations religieuses, le nom des muktars, les relations avec les autres villages, l’âge des habitants hommes (de 16 à 50 ans) et bien d’autres choses». La plus importante était «un index de l’"hostilité" [à l’égard du projet sioniste], à partir du niveau de la participation du village à la révolte de 1936. Une liste comportait quiconque y avait pris part et les familles de ceux qui avaient perdu quelqu’un dans le combat contre les Britanniques. Une attention particulière était prêtée aux gens qui avaient prétendument tué des Juifs. Comme nous le verrons, en 1948, cette dernière information alimentera les pires atrocités dans les villages, conduisant à des exécutions de masse et à des tortures».

En 1943, Ezra Danin, qui jouera cinq ans plus tard un rôle dirigeant dans l’épuration ethnique, systématisera tout le fichier. À partir de ce moment, les dossiers inclurent «des descriptions détaillées des liens familiaux, les cultures, le nombre d’arbres dans les plantations, la qualité de chaque verger (et même de chaque arbre), la quantité moyenne de terre par famille, le nombre de voiture, les propriétaires de commerces, les membres des ateliers et les noms des artisans dans chaque village avec leurs compétences. Plus tard, s’ajouteront des indications méticuleuses sur chaque clan et son affiliation politique, la stratification sociale entre notables et simples paysans ainsi que les noms des fonctionnaires du gouvernement mandataire.» (23)

Plus la fin du mandat britannique approcha, et plus «l’information s’orienta de manière explicitement militaire: le nombre de gardes (la plupart des villages n’en avaient aucun) et les quantité et qualité des armes à la disposition du village (en général archaïques ou même absentes)». Pour compléter leurs fichiers, Ezra Danin et son assistant, Yaacov Shimoni, recrutèrent deux autres collaborateurs, Yehoshua Palmon et Tuvia Lishanski, mais aussi des «informateurs» palestiniens. «L’actualisation définitive des dossiers des villages, précise l’historien, se déroula en 1947. Elle se focalisa sur la constitution de listes de personnes "recherchées" dans chaque village. En 1948, les troupes juives utilisèrent ces listes pour les opérations de recherche et d’arrestation qu’elles conduisaient dès qu’elles occupaient une localité. Les hommes étaient alignés et ceux qui figuraient sur les listes étaient identifiés, souvent par la même personne qui avait fourni les informations à leur sujet (...), la tête recouverte d’un sac avec deux yeux afin de ne pas être reconnue. Les hommes ainsi choisis étaient souvent abattus sur le champ.»

Toute affiliation au mufti ou à son parti politique «constituait un crime aux yeux des experts sionistes. En consultant les fiches de 1947, nous voyons que des villages de 1’500 habitants comprenaient environ entre vingt et trente de ces suspects». Igaal Yadin l’a reconnu, conclut Pappé: «C’est cette connaissance détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste en novembre 1947 de conclure que "les Arabes de Palestine n’avaient personne pour les organiser correctement". Le seul problème sérieux était les Britanniques: "S’il n’y avait pas eu les Britanniques, nous aurions écrasé l’émeute [contre le plan de partage] en un mois.» (24)

1. In Middle East Forum, novembre 1961, republié avec un nouveau commentaire par le Journal of Palestine Studies, vol. XVIII, n° 69, 1988

2. Les livres de la Revue d’études palestiniennes, Paris, 1984.

3. Leurs livres les plus importants sont: Simha Flapan, The Birth of Israel, Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987 ; Tom Segev, 1949. The First Israelis, Free Press MacMillan, New York Londres, 1986 ; Avi Schlaïm, Collusion across the Jordan. King Abdallah, the Zionist Movement and the Partition of Palestine, Clarendon Press, Oxford, 1988 ; Ilan Pappé, Britain and the Arab-Israeli Conflict, 1948-1951, MacMillan, New York, 1988, et The Making of the Arab-Israeli Conflict, 1947-1951, I. B. Tauris, New York, 1992 ; et Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem, 1947-1949, Cambridge University Press, Cambridge, 1987, et 1948 and After. Israel and the Palestinians, Clarendon Press, Oxford, 1990.

4. Notamment Shabtaï Teveth, Avraham Sela, Itamar Rabinovich et, dans la rubrique purement polémique, Ephraïm Karsh.

5. Benny Morris, Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Complexe, Bruxelles, 2003 ; Ilan Pappé, La guerre de 1948 en Palestine et Les Démons de la Nakba, La Fabrique, Paris, respectivement 2000 et 2004 ; Eugène Rogan et Avi Shlaïm (dir.), 1948. La Guerre de Palestine: derrière le mythe, Autrement, Paris, 2002 ; Tom Segev, Les Premiers Israéliens, Calmann-Lévy, Paris, 1998.

6. Nur Masalha, «1948 and After revisited», Journal of Palestine Studies, 96, publié par University of California Press for the Institute of Palestine Studies, Berkeley, vol. XXIV, n° 4, été 1995.

7. Haaretz, Tel-Aviv, 9 janvier 2004.

8. Benny Morris, 1948, op. cit, p. 14.

9. Ilan Pappé, The Making, op. cit., p. 212.

10. Cité par Avi Shlaïm, Collusion...., op. cit., p. 474-475.

11. Ilan Pappé, The Making..., op. cit., p. 193.

12. The Birth..., op. cit, p. 129.

13. Voir Erskine Childers, «The Other Exodus», The Spectator Magazine, Londres, 12 mai 1961, cité par Nadine Picaudou, Les Palestiniens, un siècle d’histoire, Éditions Complexe, Bruxelles, 1997, p. 115.

14. 23 octobre 1979.

15. Cité par Simha Flapan, op. cit., p. 107.

16. 1948 and After, op. cit., chapitre 4.

17. Benny Morris, The Birth..., op. cit., p. 286.

18. Benny Morris, 1948..., op. cit., p. 32.

19. Benny Morris, The Birth..., op. cit., pp. 292-293.

20. The Ethnic cleansing of Palestine, Oneworld Publication, 2007,, pp. xii et xiii.

21. Ibidem, pp. xiii à xv.

22. Ibidem, pp. 17 et 19.

23. Ibidem, pp. 19 et 20.

24. Ibidem, pp. 20 à 22.

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