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03/09/2009

Nouvelles n° 132

L’EFFET WELCOME

affiche-welcomeComme Michel Onfray, j’ai vu le film Welcome et j’en suis sorti bouleversé. Gorge tordue d’émotion, de honte et de colère. « Transfiguré » comme il dit. Il y a bien longtemps qu’avec diverses associations, de Droits devant à la Ligue des droits de l’homme en passant par Réseau éducation sans frontières, je ferraille avec d’autres, dans les limites militantes qui nous sont fixées, contre l’inqualifiable comportement de ceux qui prétendent nous représenter, qu’ils soient de droite ou de gauche – n’est-ce pas Jospin ? N’est-ce pas Chevènement – vis-à-vis de ces accidentés de l’Histoire que l’on nomme avec un rien de condescendance les « sans papiers », les « clandestins » ou même les « clandos », selon le degré d’imbécillité dont on est porteur.

Onfay a raison d’évoquer, après Philippe Lioret, le réalisateur du film, et Vincent Lindon son acteur principal, les saloperies vichystes sous l’Occupation. Collabos, résistants. Toujours d’actualité. Certes, ces malheureux réfugiés, on ne les envoie pas à Auschwitz ou à Dachau mais chartériser une femme africaine violée, battue, spoliée par son entourage – un cas parmi des milliers d’autres – vers son Cameroun natal, c’est aussi l’expédier vers la mort. Tout autant.

Depuis tant d’années que nous, les « droidelhommistes », la « gauche morale », les « belles âmes », nous radotons ces évidences face à l’ironique indifférence de nos de nos gouvernants… Oui nous radotons et nous radoterons aussi longtemps qu’il le faudra, mais les médecins aussi radotent leur combat contre un cancer inguérissable. Imbéciles !

Oui Onfray a raison . Et Lioret a eu raison à la sortie du film, de fustiger les traitements indignes dont sont l’objet  ces nouveaux justes. Français « de souche » qui en pères et en mères tranquilles de cette nouvelle résistance, sans déranger Jean Moulin, en êtres humains, simplement, se portent au secours de ces innocents prenant le risque de braver une loi inacceptable : cinq ans de prison , 30.000 euros d’amende. On nous répond que cette loi, on ne l’applique pas. Alors supprimez- la ! Imbéciles !

La petite drôlerie méchante dont je ne suis pas l’auteur :  « Passé 40 ans , on porte son âme sur son visage » semble avoir été inventée pour Eric Besson, ancien socialiste, nouveau ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale.

Oui Onfray a raison : le film de Lioret était nécessaire. Merci.

Guy Bedos
Siné Hebdo N° 33


 

"Ce qui m'habite et qui m'obsède"...
Par Lysiane Alézard, conseillère régionale IDF, conseillère municipale d’Issy les Mx (92)

 Lysiane faisait partie de la délégation qui s'est rendue en Palestine en mai dernier.

lysianefrancisJe reviens tout juste d’une délégation en Palestine et en Israël, à l’initiative de l’association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) et de l’association des villes françaises jumelées avec des camps de réfugiés (AJPF). Nous étions 108, pour la plupart des élus de toutes la France, du conseiller municipal au sénateur. De très nombreux jeunes élus, des maires, une grande diversité d’origines. Mais aussi des responsables d’associations, de syndicats, des journalistes et le grand cinéaste Robert Guédiguian.

C’était la première fois que je me rendais sur place. Cela fait longtemps que des amis palestiniens et des amis français qui s’y rendent souvent me disaient : « Rends-toi sur place, tu verras de tes propres yeux et du pourras témoigner ». Avec ma toute première visite là-bas, je me rends compte à quel point ce conseil était utile. Entre savoir et voir, il y a, dans cette région, presque un abîme.

Le choc est partout. Il a commencé pour nous à l’aéroport, lorsque la plupart des élus aux noms à consonance maghrébine ont été retenus plusieurs heures. A chaque contrôle de notre car, la présence de ces élus agaçait la sécurité israélienne, au point de nous tenir des propos racistes intolérables. Mais pour nous, cela n’a duré que 4 jours.

Pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza mais aussi d’Israël, c’est tout le temps. Le passage de ces trop fameux check points tient de l’humiliation quotidienne, puisque matin et soir, pour aller travailler, étudier, se soigner, ils doivent faire la queue, montrer leur passe, sous la menace de militaires. Ils doivent aussi faire des détours de plusieurs kilomètres, parfois plusieurs heures pour contourner le « Mur », souvent doublé de barbelés, qui unit les colonies mais coupe en deux les villages. On retrouve là les stigmates de l’Apartheid.

A Jérusalem aussi, ville œcuménique s’il en est, où, au milieu des remparts, toutes les nationalités et les religions se côtoient, l’égalité et la liberté n’existent pas. A Jérusalem Est, des centaines de maisons sont en cours ou en passe d’être détruites, simplement parce qu’elles sont occupées par des Palestiniens. Pas de procédure légale, juste un arrêté : « Demain, votre maison sera détruite ». Et les bulldozers passent, détruisent. Et les Palestiniens, debout, restent et reconstruisent, comme à Silwan. L’affront du tramway, construit par Alsthom, qui va, comme le Mur, unir les colonies sans desservir Jérusalem Est.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », depuis que je suis rentrée, c’est la dignité, le courage et la détermination des Palestiniens, même lorsqu’ils ne croient plus à la sortie du tunnel. C’est qu’ils ne nous demandent pas de pleurer sur le sort, ni de les aider financièrement. C’est leur message constant : « on vous demande de témoigner, de faire pression sur votre gouvernement pour qu’il rompe avec Israël ».

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », ce sont ces enfants des camps de réfugiés, pleins de vie qui ne demandent qu’à pouvoir encore rêver à un avenir, et qui, dans ce quotidien d’occupation, font preuve de beaucoup d’initiatives et de convivialité.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », ce sont ces militants israéliens de la paix, tels ces pacifistes rencontrés à Jérusalem, ou cet impressionnant député communiste de Tel Aviv, Dov Khenin, qui a recueilli 35% des voix aux élections municipales. Leur courage, leur détermination, leur vision sont impressionnants dans un pays désormais dirigé par l’extrême droite, « le plus à droite de l’histoire de notre pays », nous ont-ils confié.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », c’est l’urgence d’agir auprès de notre gouvernement et auprès de l’Union européenne qui seuls détiennent une clé de la solution, en pouvant isoler économiquement et politiquement Israël.

L’écrivain algérien Yasmina Khadra résume bien le message que tous nos interlocuteurs nous ont fait passer. Le père du narrateur de « L’attentat » lance ces paroles de révolte et d’espoir : « On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise – il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué."


 

Témoignages de la délégation ANECR / AJPF d’avril 2009

 Une si silencieuse guerre.
La Palestine est devenue un véritable bantoustan.

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.


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Imaginez : des militaires haineux pénètrent chez vous par la force. Ils vous expulsent. Puis détruisent votre maison. Ils s’emparent de votre terre. Imaginez, chaque jour, votre ville, votre quartier réduit de plus en plus à la portion congrue par un État étranger qui annexe. Et installe dans ce qui hier était encore la maison de vos voisins, le quartier de vos amis, ses colons. Partout dans le pays, l’inique processus de colonisation s’accroît ainsi sans limite et dans l’illégalité la plus totale. Jusqu’à vous cerner, vous emprisonner dans ce qu’il faut bien appeler un bantoustan.

Imaginez : chaque matin, pour vous rendre à votre travail, chaque soir pour en revenir. Quand vos enfants vont à l’école, et quand ils en reviennent. Dans votre propre pays, une frontière à franchir. Le cliquetis glacial d’un tourniquet. Vos vêtements, vos affaires passées aux rayons X des détecteurs de métaux ou d’explosifs. Votre pays et pourtant, un laissez-passer à présenter. Et puis les insultes et les quolibets proférés par les jeunes soldats d’une armée d’occupation.

Imaginez que l’État qui occupe, qui annexe votre terre, construise de larges routes modernes à travers votre pays, au service exclusif des colons qui peuplent les villes construites pour eux, quand vous devez vous contenter de chemins goudronnés ou en terre, où le croisement du moindre véhicule est dangereux.

Imaginez que dans votre pays, votre ville, votre jardin, au milieu de votre maison, l’État occupant construise un mur de séparation : séparation avec les habitants de cet autre État, mais aussi avec votre famille.

Imaginez : vous vous mariez avec une personne habitant Lyon, Marseille, Tulle ou Lorient. Mais comme vous résidez en Seine-Saint-Denis, on vous interdit de vivre avec votre amour et vos enfants. Non, je n’exagère pas ! Non, ce n’est pas un cauchemar. Car ceux dont je parle ici le vivent au quotidien. Nous l’avons hélas vérifié, avec effroi, à nouveau la semaine dernière, avec une délégation d’une centaine d’élus et d’acteurs sociaux, citoyens et culturels d’opinion diverses.

Où ? En Palestine. Oui. Par-delà nos opinions religieuses, politiques et philosophiques, discutons raisonnablement, sans haine, et constatons ce fait : une autre guerre, silencieuse est menée contre le peuple palestinien. Une guerre qui consiste à coloniser, à annexer des terres, à mener à Jérusalem ce qu’on ne peut qualifier que d’épuration ethnique. Jérusalem, cette si belle ville, historique, culturelle, carrefour des religions, à l’intérieur de laquelle sont détruites les maisons des Palestiniens selon une géographie minutieuse qui consiste à couper Jérusalem-Est en deux, à bien scinder la ville grâce à la construction désormais bien avancée d’un tramway. Et à installer et développer à la périphérie des colonies équivalentes à une ville moyenne de France qui enserrent Jérusalem, défigurée par ce mur hideux qui la traverse de part en part désormais.

Tout cela se fait chaque jour dans un silence aussi assourdissant qu’inquiétant, pour que le peuple palestinien n’existe plus. Tout est fait pour liquider l’idée même d’un État national palestinien. Pourtant toutes les règles internationales interdisent de toucher à Jérusalem. Le gouvernement israélien n’en tient aucun compte et personne n’y trouve rien à redire. Révoltant !

Quelle conscience humaine, quelle humanité peut continuer à accepter cela ? Ne nous y trompons pas ! Vivre ensemble, dans le même monde, faire humanité ensemble, implique de relancer le processus de paix et de faire cesser cette colonisation, cette annexion, cette militarisation de l’espace palestinien, cette politique qui ne peut porter d’autre nom que celui d’apartheid.

Le monde entier, ses dirigeants doivent bien comprendre que laisser les mains libres au gouvernement israélien ne fait que renforcer les extrémismes, et donc la guerre. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se saisir d’urgence du scandale de l’occupation et de la destruction des maisons et du mur de séparation, comme de l’enjeu de la souveraineté alimentaire et de l’accès à l’eau des Palestiniens.

On ne peut laisser seul le peuple palestinien grillagé, emmuré, colonisé, occupé, contrôlé par des miradors, à la merci des meutes de militaires et de policiers israéliens. On ne peut le laisser ainsi humilié, étouffé, réduit au silence, sans réagir ! C’est de la mobilisation internationale aux États-Unis, en Europe et ailleurs, de tous les peuples, de tous les humanistes que dépend maintenant la solution. L’Union européenne dispose d’un moyen de pression : suspendre immédiatement l’accord d’association avec l’État d’Israël tant que ses dirigeants ne reviennent pas à la table des négociations.

Quelles que soient nos opinions, nos préférences philosophiques on doit, tous ensemble, réclamer la simple application des résolutions de l’ONU. C’est la voie de la justice, de la sécurité, du droit, de la paix pour tout le monde. Le gouvernement israélien doit répondre de ses crimes à Gaza, cesser le blocus, la colonisation, ces affreux check-points et la destruction des maisons. Il doit abattre le mur, appliquer la résolution des Nations unies pour le droit au retour des réfugiés et restituer les biens volés aux familles palestiniennes. Il doit libérer les 11 000 prisonniers politiques palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti. Et le président de la République française doit agir avec fermeté pour sortir le jeune Franco-Palestinien, Salah Hamouri, des geôles israéliennes où il croupit depuis 1 500 jours. Une solution juste et durable pour le peuple palestinien et israélien, c’est le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, comme l’exige le droit international. Il y a urgence ! Il faut que le monde se bouge ! L’impunité ça suffit ! C’est le cri que nous ont lancé les populations palestiniennes, ses élus, les partis politiques, les responsables des camps de réfugiés. Nous le relayerons jusqu’à ce que justice soit enfin faite ! Rien n’est jamais irréversible. Les peuples unis ont toujours fait gagner la démocratie, la liberté, la paix, la souveraineté des peuples contre la barbarie.


 

Lettre de Cynthia McKinney, depuis une prison israélienne
Publié le 6-07-2009

cynthia_mckinney_250_jpg80Les 21 otages du bateau "Spirit of Humanity", devaient être relâchés aujourd’hui, après avoir été kidnappés et avoir passé plusieurs jours dans les geôles israéliennes. Ci-dessous la lettre envoyée de prison par Cynthia McKinney, ancien membre du Congrès des Etats-Unis, candidate du parti écologiste à l’élection présidentielle, et éminente avocate des Droits de l’Homme et de la justice sociale. Obama, où es-tu ?

Ici Cynthia McKinney. Je m’exprime depuis une cellule carcérale à Ramle. Je fais partie des militants des Droits de l’Homme FREE GAZA 21, actuellement emprisonnés pour avoir tenté d’introduire à Gaza de l’équipement médical, du matériel de construction – et même des crayons pour les enfants (j’avais pour eux une valise pleine de crayons).

Alors que nous étions en route vers Gaza, les Israéliens ont menacé de mettre le feu à notre bateau, mais nous n’avons pas fait demi-tour. Les Israéliens nous ont interceptés et nous ont arrêtés parce que nous voulions donner des crayons aux enfants de Gaza. Nous avons été détenus et nous voulons que les gens du monde entier sachent comment nous avons été traités pour la seule raison que nous souhaitions apporter une assistance humanitaire aux habitants de Gaza.

Lors du déclenchement de l’opération israélienne « Plomb durci » (décembre 2008), je me suis embarquée impromptu sur un bateau de FREE GAZA et, représentant les USA dans une délégation multinationale, j’ai tenté d’apporter 3 tonnes de matériel médical à un territoire de Gaza déjà assiégé et ravagé.

Pendant l’opération « Plomb durci », les F16 fournis à Israël par les USA ont déversé un feu d’enfer sur un peuple piégé. Le nettoyage ethnique est devenu un génocide à grande échelle. Du phosphore blanc, également fourni par les USA, de l’uranium appauvri, une technologie robotique, des armes DIME (= explosifs à base de métaux denses inertes) et des bombes à fragmentation – autant d’armes nouvelles, causant des lésions auxquelles les médecins jordaniens et norvégiens n’avaient jamais eu affaire auparavant. Des médecins présents à Gaza durant l’offensive israélienne m’ont dit que Gaza était devenu pour Israël un véritable laboratoire d’expérimentation de l’armement, des êtres humains utilisés pour tester et améliorer le rendement mortifère de leurs armes.

C’est grâce à la chaîne arabe Al-Jezeerah, qui émet en anglais, que le monde a vu la violence ignoble d’Israël. J’ai regardé ces émissions en direct et en continu, non pas depuis les Etats-Unis mais depuis le Liban, où s’était terminée ma première tentative d’entrer à Gaza, parce que l’armée israélienne avait violemment refoulé le bateau… Il est même miraculeux que je sois encore là pour raconter ma deuxième rencontre avec l’armée israélienne, une mission humanitaire qu’elle a de nouveau fait avorter.

Les autorités israéliennes ont essayé de nous amener à confesser que nous commettions un délit criminel… Maintenant, je suis connue comme détenu d’Israël matricule 88794. Comment se peut-il que je me trouve en prison pour avoir collecté des crayons pour des enfants ?

Le sionisme a sûrement épuisé son ultime légitimité si telle est la manière dont il traite les personnes qui ont une foi si profonde dans les Droits de l’Homme qu’ils mettent en jeu leur propre vie pour les enfants d’autrui. Israël est l’expression la plus achevée du sionisme, mais si Israël craint pour sa sécurité parce que les enfants de Gaza auraient des crayons, alors non seulement Israël a perdu son dernier lambeau de légitimité, mais il doit être déclaré Etat failli.

Je suis confrontée à la déportation par l’état qui m’a amenée ici sous la menace d’un fusil après avoir arraisonné notre bateau. J’ai été amenée en Israël contre mon gré. Je suis détenue dans cette prison parce que j’avais fait le rêve que des enfants de Gaza puissent colorier et peindre, que les blessés de Gaza puissent être guéris et que les maisons de Gaza pulvérisées par les bombes puissent être rebâties.

Mais j’ai appris dans cette prison quelque chose d’intéressant. D’abord, qu’elle est incroyablement noire : peuplée principalement d’Ethiopiens qui, eux aussi, avaient fait un rêve… comme mes compagnes de cellules, dont l’une est enceinte, toutes âgées d’une vingtaine d’années. Elles avaient pensé qu’elles venaient en Terre Sainte. Elles avaient rêvé que leurs vies seraient meilleures. La fière Ethiopie de jadis, jamais colonisée, a été précipitée dans la dépendance des Etats-Unis et est devenue un lieu de torture, de reddition et d’occupation. Il faut que les Ethiopiens libèrent leur pays dès lors que les politiques des superpuissances ont pris plus d’importance que les Droits de l’Homme et le droit de chacun à se déterminer.

Mes camarades de cellule étaient venues en Terre Sainte pour s’émanciper de ces exigences. Elles n’ont commis aucun crime si ce n’est d’avoir un rêve. Elles sont venues en Israël en pensant qu’Israël tiendrait ses promesses. Leur voyage à travers le Soudan et l’Egypte a été ardu. Je peux seulement imaginer comment elles l’ont vécu et il n’était pas bon marché. Beaucoup d’entre elles incarnent les plus grands efforts faits par leur famille pour leur réussite. Elles se sont rendues au Haut Comité des Nations Unies pour les Réfugiés. Elles y ont obtenu leur document jaune d’identification. Ce sont des réfugiées d’une tragédie. A leur arrivée en Israël, on leur a dit qu’ « il n’y a pas de Nations Unies en Israël ».

Ici, la police est habilitée à les ramasser et à les précipiter dans le trou noir d’un simulacre de justice. Ces femmes fières, belles et travailleuses représentent l’espoir de familles entières. L’idée qu’elles avaient d’Israël les a leurrées, comme elle nous a tous leurrés. Par une vaste et habile campagne de marketing propagandiste, Israël se représente lui-même comme un refuge et un lieu sûr pour les Juifs et les Chrétiens du monde. J’y ai cru moi aussi, et je me suis abstenue d’y regarder de plus près.

En vérité, Israël a menti au monde entier. Israël a menti aux familles de ces jeunes femmes. Israël a menti à ces femmes elles-mêmes, désormais piégées dans le complexe carcéral de Ramle. Et que pouvons-nous faire ? L’une d’elles a pleuré aujourd’hui. Elle a passé là six mois. En tant qu’Américaine, je ne peux me contenter de pleurer avec elles. La politique des Etats-Unis doit s’amender, et tandis que nous voyons le Président Obama attribuer 12,8 milliards de dollars à l’élite financière des Etats-Unis, il devrait maintenant être clair que l’espoir du changement et le « Oui, nous le pouvons » ont été de puissantes images de dignité et d’accomplissement, aux niveaux individuel et national, auxquelles ont vraiment ajouté foi les assiégés à travers le monde.

Ce fut une habile campagne de marketing, aussi habilement présentée au monde et aux électeurs américains que l’a été le marketing d’Israël. Elle nous a tous dupés y compris, de façon plus tragique, ces jeunes femmes.

Nous devons voter de manière informée sur de meilleurs candidats qui aspirent à nous représenter. J’ai lu et relu la lettre écrite par Martin Luther King Junior depuis une prison de Birmingham. Jamais dans mes rêves les plus échevelés je n’aurais imaginé que j’aurais un jour à faire de même. Il est clair que les contribuables en Europe et aux USA ont beaucoup à expier pour ce qu’ils ont fait à d’autres à travers le monde. Quelle ironie ! Mon fils débute sans moi son programme de droit parce que je suis en prison, essayant à ma manière de faire mon possible pour les enfants des autres. Pardonne-moi, mon fils. Je suppose que je suis en train d’expérimenter la rude réalité : les gens ont besoin de rêves. J’ai pourtant de la chance. Je quitterai cet endroit. Est-ce qu’Israël est devenu l’endroit où meurent les rêves ?

Interrogez les Palestiniens. Interrogez le flux de Noirs et d’Asiatiques que je vois incarcérés à Ramle. Interrogez les femmes de ma cellule. Demandez-vous à vous-même : à quoi aspirez-vous ?

Changeons le monde tous ensemble et réclamons ce dont nous avons tous besoin en tant qu’êtres humains : la dignité. J’en appelle aux Nations Unies pour que ces femmes de Ramle, qui n’ont d’autre tort que d’avoir cru qu’Israël était le gardien de la Terre Sainte, soient réinstallées en lieu sûr. J’en appelle au Département d’Etat des Etats-Unis pour que la situation de réfugiés certifiés par le Haut Comité des Réfugiés et détenus en Israël soit consignée, à propos de ce pays, dans son rapport annuel sur les Droits de l’Homme. J’en appelle une fois de plus au Président Obama pour qu’il se rende à Gaza, qu’il y envoie son émissaire spécial George Mitchell et pour qu’il considère le Hamas comme l’élu du peuple palestinien.

Je dédie ce message à ceux qui luttent pour une Palestine libre, et aux femmes que j’ai rencontrées a Ramle.
Ici Cynthia McKinney, ce 2 juillet 2009, prisonnière matricule 88794.

Cynthia McKinney

Première femme afro-américaine à représenter l’Etat de Géorgie, Cynthia McKinney a accompli six législatures à la Chambre des Représentants, de 1993 à 2003 et de 2005 à 2007. Elle a été arrêtée et conduite de force en Israël alors qu’elle tentait le 30 juin dernier d’apporter à Gaza du matériel humanitaire et de reconstruction, ainsi que des oliviers et des jouets.

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site http://www.FreeGaza.org

Cette lettre a été initialement diffusée le 3 Juillet sur WBAIX . (Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)


 

 

Turquie : Carrefour et Ikea doivent respecter la liberté syndicale

teksifLe syndicat Teksif dénonce depuis des mois les conditions de travail dangereuses et la violation de la liberté syndicale des ouvriers de l’usine Menderes Tekstil qui fabrique du linge de maison pour, entre autre, Carrefour et Ikea. Interpellés à de multiples reprises sur la question, en leur qualité de donneurs d’ordres, et en vertu de engagements publics qu’ils ont pris en matière de responsabilité sociale, Ikea et Carrefour tardent toutefois à prendre les mesures nécessaires pour répondre à ces demandes.
Soutenez Teksif et les travailleurs de l’usine.

Menderes Tekstil est un grand producteur de linge de maison en Turquie.

L'usine implantée à Denizli (sud-ouest) occupe plus de 3.500 travailleurs. Outre Carrefour et Ikea, Menderes Tekstil fournit également d’autres grandes enseignes américaines et européennes comme Wal-Mart, Target, Kohl’s, Otto ou encore Ibena. Au cours des dernières années, quatre ouvriers de Menderes sont morts dans des accidents de travail. Le plus récent a eu lieu le 20 novembre 2008. Un travailleur est décédé en tombant dans l'entonnoir d'une chaudière de charbon. Aucune mesure de sécurité n’a été prise pour empêcher un tel accident. Trois de ses collègues ont été désignés pour aller récupérer le corps, sans protection. Ils ont été intoxiqués par les gaz toxiques de la chaudière et ont dû être soigné dans un hôpital voisin.

Liberté syndicale bafouée

« Face à la multiplication des problèmes, nous avons commencé à organiser les travailleurs dans l’usine en mars 2008» explique Engin Sedat Kaya, représentant du syndicat national des travailleurs du textile Teksif. « Mais depuis que la direction de Menderes a eu vent de notre activité syndicale, elle a convoqué les leaders du syndicat les uns après les autres, pour leur demander de quitter le syndicat, faute de quoi, ils étaient licenciés… ».

Les actions d’intimidation continuent. La direction a, à plusieurs reprises, menacé les travailleurs qu’elle suspecte d’être syndiqués, les forçant à quitter le syndicat ou a signer leur propre démission. Dans certains cas, des ouvriers ont été affectés sans raison à des postes moins qualifiés ou ont été transférés dans d’autres implantations. La direction est même allé jusqu’à menacer les proches également employés dans l’usine, des travailleurs qui refusaient de quitter le syndicat, d’accepter leur mutation vers d’autres implantations et de démissionner.

Le 16 août 2008, les travailleurs ont entamé 190 jours de protestation devant les portes de l'usine afin d’obtenir la reconnaissance du syndicat par la direction. Celle-ci a refusé tout dialogue avec les représentants du syndicat. Ils en ont alors appelé à la responsabilité des entreprises européennes et américaines qui se fournissent auprès de Menderes, et leur ont demandé d’intervenir. Cet appel a également été relayé par la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC) qui en janvier dernier a, à son tour, invité ces entreprises clientes à prendre des mesures.

Huit travailleurs ont porté plainte au tribunal du travail. Licenciés injustement, ils demandent leur réintégration. Ces affaires sont en cours, mais elles peuvent plusieurs années pour aboutir.

Réactions insuffisantes de Carrefour, Ikea et des autres clients

images%5Cmenderes_fullLe 31 octobre 2008, Monsieur Ali Atlamaz, directeur général de Menderes Tekstil, déclarait « Nos vrais patrons sont les entreprises qui s'approvisionnent chez Menderes. Ainsi si elles demandent à Menderes d'agir ou de négocier avec le syndicat, nous sommes prêts à le faire ».

La Campagne Vêtements Propres internationale et la fédération internationale des travailleurs du textile, de l'habillement et du cuir (FITTHC), ont interpellé plusieurs fois les entreprises qui se fournissent chez Menderes Tekstil ces derniers mois. Malgré ces différentes sollicitations, elles n’ont jusqu’à présent pris aucune mesure susceptible de pousser Menderes à mettre fin aux abus rapportés Elles se mettent dès lors elles-mêmes en porte-à-faux de leur propre code de conduite.

Ikea a répondu en commandant un audit des conditions de travail chez son fournisseur turc, lequel n’aurait constaté aucune violation majeure des droits des travailleurs dans l’usine. La Campagne Vêtements Propres, dans différentes recherches, a mis sérieusement en doute la capacité de ce genre d’audit à mettre en lumière des violations des droits des travailleurs et notamment de la liberté syndicale dans des usines. Les violations rapportées par le syndicat Teksif dans l’usine de Menderes apparaissent en totale contradiction avec les engagements pris par Ikea dans son code de conduite IWAY.

Carrefour de son côté a signifié son intention de répondre à ces diverses sollicitations, de manière coordonnée, avec d’autres entreprises clientes de Menderes. Cependant, après plusieurs mois de concertation, aucune véritable demande n’a été adressée à Menderes, et la réaction des marques semble trop timide pour que l’on puisse croire à une réelle volonté de résoudre les problèmes.

Agissez avec la Campagne Vêtements Propres

arton5012« Nous voulons que Menderes reconnaisse la légitimité de notre syndicat, qu’il arrête de harceler nos membres, et qu’il accepte de discuter avec nous des mesures de sécurité à l’usine et de la politique de licenciement de l’entreprise », explique M. Kaya du syndicat Teksif.

Ecrivez à Carrefour et Ikea pour qu’ils poussent la direction de Menderes Tekstil à rencontrer les représentants de Teksif et accepte de :

- réintégrer les travailleurs licenciés parce que syndiqués et qui contestent leur licenciement devant les tribunaux et leur payer une compensation et leurs arriérés de salaires;

- reconnaître TEKSIF comme un syndicat légitimement implanté dans l’usine, reconnaître aux représentants syndicaux le droit de représenter les membres au sein de l’usine, et garantir à tous les travailleurs le respect effectif de leur droit de s’organiser et de négocier collectivement;

- négocier avec Teksif le plan de réorganisation et les critères de licenciements nécessaires ;

- revoir les mesures de sécurité et de santé et adopte des mécanismes disciplinaires et de plaintes légaux et appropriés

appelsurgents@lists.vetementspropres.be


 

Fraises espagnoles : scandale écologique

fraisesD'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...

Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.

Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF France s'intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.

Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-d'œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.

FRAISES_ESPAGNOLES_1-7-f6bf4Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires et d'affections de la peau. Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place. ... Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez eux ou de s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas où les produits nocifs qu'ils ont respiré ...

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

Claude-Marie Vadrot

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