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24/05/2009

Nouvelles n° 129-2

 

La pub au secours des banques

cover_cerveau_pub0La conjonction d’une forte pression à la baisse sur les salaires (baisse en moyenne d’environ 10% de la part des salaires dans la richesse produite ces 30 dernières années) et d’une économie productiviste dopée à la consommation des ménages, ont conduit à une explosion du crédit. Sans argent et poussés à consommer, nous devons emprunter, et toujours d’avantage pour de simples biens de consommation.

Heureuses de trouver une nouvelle source de profit dans ce business juteux, les banques ont joyeusement plongé dans le système. Oui mais, à trop tirer sur la corde, elle a fini par casser. On connait le cas symptomatique de l’immobilier américain mais le mal est bien plus profond, plus structurel. C’est bien la logique capitaliste archéo-libérale (pour ne pas dire « néo » quand il s’agit de nous ramener à une véritable logique de servage) qui d’une part écrase les salaires et d’autre part pousse à la surconsommation, le tout pour maximiser le profit, Saint Graal de ce système économique primaire.

Alors qu’en Europe et aux Etats-Unis, les Etats viennent de déverser des centaines de milliards d’euros et de dollars pour renflouer les caisses des banques, on peut constater que rien ne change dans la logique de celles-ci. Et pour cause, elles sont pour l’essentiel demeurées privées et gardent le même cap idéologique. (Force est de constater par ailleurs, que même un propriétaire public ne semble plus aujourd’hui systématiquement synonyme d’opposition à la logique de maximisation du profit.)

La même logique est toujours en place. Et pour nous rassurer et nous inciter à retourner comme des moutons nous endetter joyeusement, les banques sortent la grosse artillerie, le bras armé de la logique capitaliste, la pub. Les panneaux lénifiants se multiplient, les uns faisant appel à des « experts » économistes (on aurait aimé les entendre il y a un an), les autres vantant leurs placements de « bons pères de famille » avec une hypocrisie sans borne.

La banque ING a notamment décidé de tenter de s’appuyer au maximum sur la déroute de ses concurrents directs (DEXIA, FORTIS et dans une moindre mesure ETHIAS) afin de leur « piquer » des clients. Eponge fluo en bandoulière, ING nous invite à « effacer nos doutes », squattant notamment les gares belges, lieu privé désormais grand ouvert aux marchands du temple et résolument fermé aux militants politiques.

Pierre Eyben


La caisse qui ne s’ouvre pas

Arnaque

carrefour_logoMadame G., fidèle cliente de la marque Carrefour, se présentait ce vendredi-là au magasin des Grands Prés de Mons. Lors de son passage en caisse, elle découvre une longue file de caddies devant elle mais fort heureusement, elle aperçoit plusieurs panneaux dans l’hypermarché annonçant qu’en cas de présence de 3 caddies devant celui du consommateur, celui doit s’adresser à l’hôtesse de caisse pour faire ouvrir une nouvelle caisse. Sans hésiter, elle s’adresse à une première caissière, qui la renvoie vers une seconde et celle-ci vers une troisième pour finalement aboutir, au bout de quelques minutes, devant une personne chargée de la gestion des caisses. Demandant que Carrefour réponde à sa promesse d’ouverture d’une nouvelle caisse, Madame G. s’entend répondre qu’il faut qu’il y ait 3 caddies DEVANT CHAQUE CAISSE avant d’ouvrir une nouvelle caisse. Madame G. s’interroge: 3 caddies ou 3 clients? Devant chaque caisse ouverte ou devant chaque caisse? Pourquoi le consomma! teur doit-il remplacer le personnel de magasin dans son service au client? Sans doute s’agissait-il d’un self-service?

Décodage

Madame G. n’est pas la seule à se plaindre des promesses non tenues de la marque CARREFOUR. Un rapide comptage lui a montré qu’il y avait en moyenne 5 clients devant chaque caisse. Mais qu’à une caisse il n’y avait que deux clients (!). Sans doute l’enseigne a-t-elle annoncé un peu rapidement une opération de séduction sans disposer des moyens adéquats (personnel formé et attentif, outil de comptage, volonté de service et de réponse au client). Après les fausses pénuries (produits annoncés en promotion et non disponibles), les erreurs régulières de prix sur les folders publicitaires, les fausses promesses de gain de temps semblent apparaître chez CARREFOUR.

Conseil

Madame G. a choisi une autre enseigne où il n’est pas nécessaire de demander d’ouvrir une caisse supplémentaire. Dans celle-ci, c’est automatique car l’enseigne ne demande pas au consommateur de se plaindre. Elle anticipe ses attentes.

CRIOC

 


 

Lettre adressée au Président israélien

Monsieur le Président de l'Etat d'Israël,

Pendant que les bombes tombaient sur Gaza, c'est ici que sonnait la caisse
Vredeactie MIR-IRG, branche belge du Mouvement International de Réconciliation

shimon-peresJe vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale. Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens.

Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.

Jean-Moïse Braitberg, écrivain.
Extrait du site du Monde

 


 

terminal-bierset

Karel De Gucht, le ministre des Affaires étrangères, s’opposait  fortement à l’attaque israélienne sur Gaza et demandait un armistice. Signal plutôt positif. Néanmoins, il semble que la politique belge excelle dans ses déclarations, mais pas dans ses actes.

En 2008, l’aéroport de Bierset est devenu la plaque tournante du trafic d’armes en provenance et à destination d’Israël. Le transport de fret de la compagnie aérienne El Al est une ligne de vie pour l’armée israélienne et se charge deux à trois fois par jour du transport en provenance ou à destination des Etats-Unis, en s’arrêtant à Bierset. Aussi, l’exportation d’armes belges vers l’Israël a fortement augmenté depuis 2004. Tout comme durant la guerre de 2003 en Irak, il semble que les principes s’arrêtent là où les intérêts financiers commencent.

Il y a peu, El Al passait par Schiphol aux Pays-Bas. En 2005 et 2006, 160 millions d’amorces, 17 millions de munitions et des dizaines de milliers de fumigènes ont notamment été livrés depuis les Etats-Unis à l’armée israélienne via cet aéroport. En ce qui concerne les permis de transit, le gouvernement régional wallon n’est pas aussi transparent que le gouvernement des Pays-Bas et les fournit assez rapidement. Pendant que les bombes tombent sur Gaza, de nouvelles munitions sont livrées à l’armée israélienne, via Bierset.

CAL, une autre compagnie israélienne, fait le même itinéraire avec deux vols par jour. Elle transporte des produits agricoles israéliens, provenant entre autres des implantations israéliennes situées dans les territoires occupés. Il est rare que le chemin du retour ne se fasse sans chargement d’armes. De 20 à parfois 50 % des vols sur Bierset atterrissent pour le compte de ces sociétés. Il semble vraisemblable qu’il ne faut pas déranger les clients les plus importants avec des législations sur les exportations d’armes.

Il est frappant de voir que les exportations d’armes belges vers Israël ont fortement augmenté depuis 2004. La guerre contre le Liban n’a pas non plus été un obstacle à la poursuite de ces exportations. Le plus scandaleux dans cette politique d’exportation laxiste est que la Région bruxelloise n’a jamais refusé un seul permis. En 2005 et en 2007, Sabca a décroché un contrat de modernisation pour la force aérienne israélienne. Valeur : 9.928.601 euros. Les conséquences sont ressenties à Gaza et sont visibles quotidiennement à la télévision.

En 2007, la Région wallonne a également accordé des permis d’exportation d’armes pour l’Israël : 210.000 euros de matériel pyrotechnique pour les munitions (probablement PB Clermont) et 270.000 euros pour des pièces de voitures blindées. Il est également vraisemblable qu’une livraison de pièces d’avions en provenance de Sonaca ait été autorisée.

Précisons que cette société travaille avec IAI-MALAT (Israël Aircraft Industries) sur des modèles d’avions sans pilote. Ces UAV sont visibles et opérationnels au-dessus de GAZA. Il y avait en définitive encore quelques permis pour des pièces de renforcement d’appareillage en région bruxelloise et wallonne, avec vraisemblablement comme fournisseur BATS d’Angleur.

En 2007, la Région flamande a accordé sept permis pour une petite somme de 500.000 euros, essentiellement à OIP (propriété de l’Elbit israélien), pour des appareils de vision nocturne avec des systèmes de guidage. Ces permis ont néanmoins été destinés à d’autres destinations (l’exportation d’équipement de précision de tireur vers la Colombie est tout aussi inquiétante que ces mêmes exportations vers le Népal en 2002). Celle-ci n’était donc pas destinée à l’armée israélienne, mais renforce bien l’industrie de défense israélienne et de cette façon lui est une aide indirecte.

La loi sur les armes affirme qu’un permis d’exportation ou un permis de transit est refusé lorsqu’il existe suffisamment d’indications à l’égard d’un pays destinataire donné :

– que l’exportation ou le transit y contribuera à une violation flagrante des droits de l’homme, qu’il existe un risque manifeste que le bien dont l’exportation est envisagée serve à la répression interne ;
– que l’exportation provoque ou prolonge des conflits armés, aggrave des tensions ou des conflits ou en cas de guerre civile dans le pays de destination finale.
– que l’exportation comporte un risque manifeste que le pays destinataire utilise le matériel en cause de manière agressive contre un autre pays ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale.

Qu’est ce qui doit encore être fait pour qu’un permis de matériel de guerre destiné à l’Israël soit refusé ?

Messieurs les politiciens, merci pour les déclarations vrombissantes, mais la loi devrait primer !

www.vredesactie.be ; www.wri-irg.org

NDLR : le GRIP vient de publier une note d’analyse : « Les transferts d’armes de l’Union européenne et de la Belgique vers Israël. Quelle conformité avec le Code de conduite en matière d’exportation d’armements ? », Caroline Pailhe (www.grip.org).


 

Libres propos: "Révoltes des jeunes Grecs et des jeunes Français : mêmes causes, même combat, et pourtant…"
Nadine Rosa-Rosso

 jeunes grecs

Trois ans après les banlieues françaises, c'est au tour des villes grecques de flamber. Il n'est pas difficile de trouver des similitudes entre les deux phénomènes. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, est la mort d'un jeune ici, de deux là, dans le cadre d'une intervention policière. Et l'absence de perspectives économiques, sociales et politiques de la jeunesse est devenue plus qu'une évidence dans notre monde frappé par une crise profonde du capitalisme.

Ce ne sont pourtant pas les similitudes qui interpellent aujourd'hui mais bien la différence de traitement, en particulier par les partis de gauche, de la révolte des jeunes.

Que dirait-on aujourd'hui d'un président de parti communiste qui déclarerait, à propos des jeunes Grecs : "Que les choses soient claires: incendier des voitures, des écoles, des bâtiments, des entreprises, c'est de l'autodestruction. Il n'y a rien de bien à dire de ces actions. Elles touchent d'autres travailleurs des mêmes quartiers et cités. Elles touchent le peu de biens sociaux qui subsistent encore dans ces quartiers. Et elles touchent surtout la solidarité entre tous les travailleurs qui sont frappés par le raz-de-marée néolibéral"[1]. C'était pourtant la teneur générale de la plupart des propos "de gauche" à l'égard des jeunes Français. Aujourd'hui rares sont les condamnations des révoltes de la jeunesse grecque. Le ton général est à l'analyse des causes et à la compréhension. Les organisations syndicales grecques n'ont pas renoncé à leur action de grève et de manifestation au beau milieu des journées d'émeute. Il ne viendrait à l'esprit de personne de reprocher aux jeunes de briser la "solidarité entre les travailleurs". Au contraire, dans plusieurs pays européens, de grandes coalitions de gauche se forment pour appeler à soutenir la révolte des jeunes Grecs.

La crise financière a bien sûr fait voler en éclat la sacro-sainte confiance dans ce système d'exploitation qu'on nous présente depuis vingt ans comme le seul possible. Elle a ouvert les yeux et préparé les esprits à l'hypothèse récemment impensable que la seule solution soit  au contraire d'y mettre fin.

Mais au-delà de cette évolution récente des mentalités, la différence de traitement à l'égard de ces deux jeunesses ne doit-elle pas aussi être attribuée à un mal persistant au sein de la gauche ? A savoir son incapacité à considérer les jeunes des banlieues françaises autrement que comme des "jeunes de l'immigration", dont il faut par définition redouter le communautarisme, le manque d'esprit civique et l'absence de solidarité de classe ?

Dans son article « La crise financière, et après ? », l'économiste François Morin écrivait il y a peu qu'un scénario de rupture brutale pouvait être envisagé. Il émettait l'hypothèse d'une « explosion sociale violente dans plusieurs pays, tenant à la baisse du pouvoir d'achat et au chômage de masse », et qui pourrait avoir « des effets de contagion à une large échelle ». Les jeunes Français des banlieues, victimes plus tôt, en raison de la discrimination raciste, de la baisse du pouvoir d'achat et du chômage de masse, ont-ils eu le tort de se révolter trop tôt ? Ou est-ce plutôt l'incapacité de la gauche à percevoir, comme elle le faisait jadis, dans la situation faite à ces jeunes, l'annonce du sort réservé à l'ensemble des travailleurs ?

Au lieu de reprocher à ces jeunes de briser la solidarité des travailleurs, ne faudrait-il pas inverser la façon de poser le problème ? Et le poser ainsi : combien de temps encore les responsables des partis et organisations de gauche, y compris syndicales, attendront-ils pour organiser la solidarité du mouvement ouvrier encore structuré avec cette jeunesse populaire que la précarité, la dérégulation des modes de production, la relégation dans les quartiers ont isolée ? Bref, pour la considérer, sans préjugés, comme partie intégrante du monde du travail ?

On ne pourra pas faire l'économie de ce débat car dans toutes les grandes métropoles du monde capitaliste, la part des travailleurs issus de l'immigration ne cesse d'augmenter. Une mobilisation sociale de grande envergure, capable de renverser réellement la vapeur et d'imposer une alternative politique réelle, ne sera possible que si la gauche résout cette question essentielle.

La révolte des jeunes Grecs et le soutien qu'elle recueille laissent espérer que les mentalités sont profondément en train de changer sur le vieux continent et que le temps des idées et des pratiques nouvelles est enfin arrivé.

[1] Peter Mertens, 16.11.2005 Solidaire (France : pourquoi les banlieues flambent)

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