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Nouvelles n° 129-1

Qu’est-ce que le Hamas ?
Par Alain Gresh

Hamas

Hamas suscite, sur ce blog et ailleurs, bien des frayeurs et des fantasmes, fondés souvent sur une méconnaissance du mouvement, de son histoire et de ses évolutions. Avant d’en venir à cette réflexion sur le Hamas, signalons que Le Monde diplomatique de février, en vente dans les kiosques, consacre un dossier de six pages aux événements de Gaza et à leurs conséquences sur la région.

Notons aussi, certains contributeurs de ce blog l’ont déjà fait, la tribune écrite par le prince saoudien Turki Al-Fayçal dans le quotidien britannique Financial Times et dont l’écho est important (« Saudi patience is running out », 22 janvier). Accusant le président Bush d’avoir laissé la région dans un état de désordre, il met en garde sur le fait que les initiatives de paix risquent de ne plus être à l’ordre du jour et que l’Arabie saoudite tournera alors le dos à l’Occident. Il révèle que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a écrit au souverain saoudien Abdallah une lettre reconnaissant le rôle dirigeant de l’Arabie dans le monde musulman et l’appelant à prendre une position plus ferme face aux massacres de Gaza.

Le prince précise que le royaume, « jusqu’à présent, a rejeté ces appels, mais que chaque jour qui passe rend cette réserve plus difficile à expliquer, quand Israël tue délibérément des Palestiniens, s’approprie leurs terres, détruit leurs maisons, déracine leurs fermes et impose un blocus inhumain. (...) Au final, le royaume ne sera plus capable d’empêcher ses citoyens de participer à la protestation mondiale contre Israël. »

Revenons maintenant au Hamas et rappelons quelques éléments de son histoire. Le Mouvement de la résistance islamique (dont l’acronyme en arabe donne « Hamas », qui signifie « zèle ») a été créé par la Société des Frères musulmans en décembre 1987, au lendemain du déclenchement de la première Intifada. Le Hamas se développe d’abord à Gaza, qui restera le principal de ses fiefs, avant d’étendre ses activités à la Cisjordanie.

Pourquoi les Frères musulmans ont-ils pris cette décision de créer une organisation de combat ? Après la défaite arabe de juin 1967, il a fallu plusieurs années aux Frères musulmans pour se réorganiser. Ils vont profiter de la vague islamiste qui monte dans toute la région. Dans les territoires occupés, la Société bâtit un réseau dense d’institutions sociales autour des mosquées : jardins d’enfants, bibliothèques, cliniques, clubs sportifs, etc. Entre 1967 et 1987, le nombre de mosquées passe de 400 à 750 en Cisjordanie, de 200 à 600 à Gaza. Créé en 1973, le Centre islamique de Gaza, dirigé par le cheikh Ahmed Yassine, devient le cœur battant de la Société. L’organisation reçoit un appui important de l’étranger, notamment de l’Arabie saoudite, qui lui donne des moyens considérables.

Néanmoins, malgré leurs moyens et leurs atouts, les Frères musulmans souffrent, dans les années 1970 et 1980, de leur quiétisme face à l’occupation. Si leur but final reste la libération de la Palestine, ils accordent la priorité à la réforme de la société — d’où leur relative inertie dans le combat nationaliste. Les services de renseignement israéliens le comprennent si bien qu’ils font preuve d’une réelle mansuétude à l’égard des Frères, considérés comme un utile contrepoids à l’OLP. En 1980, une scission frappe le mouvement : le djihad islamique reproche aux Frères musulmans leur trop grande passivité et se lance rapidement dans l’action violente.

La décision de créer le mouvement Hamas et de participer à l’Intifada témoigne d’une réelle évolution de la Société des Frères musulmans, au sein de laquelle des militants plus jeunes ont pris des responsabilités. Le Hamas se montrera très actif durant la « révolte des pierres », n’hésitant pas à rester à l’écart de la direction unifiée qui se réclame de l’OLP. Très bien structuré, proche des plus démunis, disposant d’une aura religieuse, le mouvement s’affirme comme un concurrent sérieux au Fatah et à l’OLP. Il crée une branche militaire, les brigades Ezzedine Al Kassam. Un épisode jouera un rôle important dans l’histoire du mouvement : en décembre 1991, le premier ministre israélien Itzhak Rabin expulse 415 militants vers le Liban. Ils finiront par rentrer, mais cette répression ne fait qu’accroître la popularité de l’organisation – et crée ses premiers contacts avec le Hezbollah.

 
Le Hamas adopte sa Charte, le 18 août 1988. Il reconnaît sa filiation avec l’organisation des Frères musulmans. Il « considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [1] pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection ». Enfin, malgré les rivalités — et parfois les affrontements —, le Hamas déclare à propos de l’OLP : « Notre patrie est une, notre malheur est un, notre destin est un et notre ennemi est commun. » C’est pour l’essentiel sur le terrain politique, et non religieux, que le Hamas s’oppose à l’OLP : il reprend les thèses qui étaient dominantes dans l’OLP avant les années 1975, celles de la libération de toute la Palestine. Enfin, le texte de la Charte a des connotations antisémites, avec une référence au Protocole des sages de Sion (un faux créé par la police tsariste au début du XXe siècle), ainsi qu’une dénonciation des « complots » des loges maçonniques, des clubs Rotary et Lyons…

Ces notations antisémites sont condamnables et condamnées largement. Il faut dire que ces délires, notamment sur Le Protocole des sages de Sion, se retrouvent fréquemment dans certains livres et articles publiés dans le monde arabe. Interrogés là-dessus, les dirigeants du Hamas affirment qu’il ne faut tenir compte que de leur plate-forme défendue durant la campagne de 2006 (lire plus bas) – argument qui n’est pas recevable en ce qui concerne les références au Protocole des sages de Sion.

Une caractéristique du Hamas est soulignée par Jean-François Legrain :
« Un second contresens consiste à faire de Hamas un mouvement nationaliste au discours religieux quand il s’agit fondamentalement d’un mouvement de resocialisation religieuse, certes doté d’un agenda politique. (...) Hamas, même s’il avait quasi instantanément phagocyté l’Association des Frères musulmans, dont il n’était à l’origine que le “bras”, avait pour raison d’être essentielle dans l’esprit de cheikh Yassine que sa mission de da’wa (prédication active de l’islam) à laquelle étaient strictement subordonnés le politique et le militaire. A plusieurs reprises, son appréhension des rapports de force avec Israël et l’Autorité palestinienne a ainsi conduit Hamas, aux antipodes de l’attitude de tout mouvement de libération nationale, à prendre ses distances tant avec le militaire (les différentes trêves de 1995, 1996 et des dernières années) qu’avec le politique (par exemple et de façon surprenante, au lendemain même de la tournée triomphale du cheikh Yassine dans le monde musulman à sa sortie de prison en 1998). Hamas s’est alors replié sur le tissu associatif assujetti à ses exigences de mobilisation morale, seules quelques cellules manifestant leur désapprobation par des initiatives militaires locales. »

Dans la logique de son programme politique, le Hamas condamne les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993. Mais l’installation de l’Autorité palestinienne à Gaza en 1994 pose de nouveaux défis à l’organisation, prise entre sa rhétorique de libération totale de la Palestine, sa volonté de ne pas provoquer une guerre civile inter-palestinienne et sa détermination à préserver son réseau associatif. Le Hamas engage un dialogue avec Yasser Arafat. Ce dernier joue à merveille de la carotte et du bâton, multipliant les arrestations et les intimidations tout en dialoguant avec l’organisation et en autorisant certains de ses organes de presse. Fin 1995, il paraît même sur le point d’obtenir la participation du mouvement aux élections du parlement palestinien de janvier 1996, mais cela n’aboutira pas.

L’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, l’escalade entre les forces israéliennes et le Hamas – marquée par une vague d’attentats-suicides début 1996 –, l’extension permanente de la colonisation, la victoire de Benjamin Netanyahou aux élections législatives israéliennes vont changer la donne. Malgré la victoire d’Ehoud Barak aux élections de 1999, les négociations de paix échoueront (largement par la faute du gouvernement israélien — lire « Le “véritable visage” de M. Ehoud Barak, Le Monde diplomatique, juillet 2002) et la seconde Intifada éclate en septembre 2000.

La mort d’Arafat, l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité, la convocation de nouvelles élections législatives palestiniennes en janvier 2006 marquent une nouvelle étape dans les territoires occupés. Le scrutin va confirmer l’évolution du mouvement Hamas vers un plus grand pragmatisme. Alors qu’il avait refusé les accords d’Oslo et toutes les institutions qui lui étaient liées, le Hamas accepte de participer aux élections de janvier 2006. Plusieurs de ses dirigeants, dont le cheikh Ahmed Yassine, assassiné par l’armée israélienne en 2004, ont affirmé qu’ils acceptaient la création d’un Etat palestinien sur les territoires occupés de 1967. Le programme politique défendu durant la campagne électorale n’a rien à voir avec le contenu de la Charte de 1988 (lire Paul Delmotte, « Le Hamas et la reconnaissance d’Israël », Le Monde diplomatique, janvier 2007).

Il est important de rappeler les deux raisons qui ont amené les Palestiniens à voter pour le Hamas : la corruption de l’Autorité palestinienne (et donc du Fatah) et, surtout, le fait que la voie choisie par le Fatah à Oslo, celle de la négociation et de l’abandon de la lutte armée, avait échoué. Le Hamas n’est pas contre des négociations, mais pense que celles-ci doivent s’accompagner d’une pression militaire (c’était d’ailleurs la position défendue par une partie des dirigeants du Fatah au début de la seconde Intifada, notamment par Marwan Barghouti).

Le Hamas a multiplié les déclarations en ce sens depuis plusieurs mois. L’ancien président américain Jimmy Carter a rencontré les dirigeants du Hamas à Gaza, ainsi que Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas à Damas. Carter écrit : Après de longues discussions avec les dirigeants de Gaza, ces dirigeants du Hamas (à Damas) ont affirmé qu’ils « accepteraient tout accord de paix qui serait négocié entre les Israéliens et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui dirige aussi l’OLP, à la condition que cet accord soit accepté par les Palestiniens par référendum ou par un gouvernement élu d’unité nationale ». « An Unnecessary War » (Washington Post, 8 janvier). Lors d’un entretien que j’ai réalisé à Damas en décembre, Khaled Mechaal a déclaré : « Le Hamas et les forces palestiniennes ont offert une occasion en or d’apporter une solution raisonnable au conflit israélo-arabe. Malheureusement, personne ne s’en est saisi, ni l’administration américaine, ni l’Europe, ni le Quartet. Notre bonne volonté s’est heurtée au refus israélien que personne n’a la capacité ou la volonté de surmonter. Dans le document d’entente nationale de 2006 signé avec toutes les forces palestiniennes (à l’exception du djihad islamique), nous affirmons notre acceptation d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem comme capitale, sans colonies et avec le sujet (mawdou’) du droit au retour. C’est le programme commun aux forces palestiniennes. Certaines veulent plus, d’autres moins. Ce programme date de trois ans. Les Arabes veulent quelque chose de similaire. Le problème est en Israël. Les Etats-Unis jouent un rôle de spectateur dans les négociations et ils appuient les réticences israéliennes. Le problème n’est donc pas le Hamas, ni les pays arabes : il est israélien. »

Pourquoi le Hamas prône-t-il la violence ? Son principal argument est que le chemin de la seule négociation adopté par l’OLP en 1993 n’a donné aucun résultat. On peut aussi remarquer que l’Autorité sous la direction de Mahmoud Abbas, qui négocie depuis 2005 un accord de paix, n’a pas réussi à obtenir que le gouvernement israélien accepte la création d’un Etat palestinien sur tous les territoires occupés en 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Enfin, une dernière remarque concernant la violence contre les civils. Toute mort de civil est une mort de trop. Mais si l’on condamne les tirs de roquettes du Hamas, ne faut-il pas d’abord condamner les crimes commis par un Etat organisé, membre des Nations unies ? Le terrorisme d’Etat n’est-il pas plus condamnable que tout terrorisme ? Je rappelle encore une fois ce qu’écrivait Nelson Mandela, évoquant ses négociations avec le gouvernement blanc sud-africain et ses demandes d’arrêter la violence : « Je répondais que l’Etat était responsable de la violence et que c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense. »

Peut-on faire confiance au Hamas, alors que sa Charte n’a pas été abrogée ? Rappelons que la même question a été posée durant des années à l’OLP et à Yasser Arafat et que les accords d’Oslo ont été signés avant que cette charte n’ait été officiellement abrogée par le Conseil national palestinien. Pendant deux décennies, Israël et les Etats-Unis ont refusé tout contact avec l’organisation sous ce prétexte et sous le prétexte qu’elle était une organisation terroriste ; la France et nombre de pays européens avaient, à l’époque, refusé cet ostracisme.

L’Union européenne et les Etats-Unis posent trois conditions au dialogue avec le Hamas : qu’il reconnaisse l’Etat d’Israël ; qu’il renonce à la violence ; qu’il reconnaisse les accords d’Oslo. Deux points méritent d’être soulignés : pourquoi le dialogue avec le gouvernement israélien n’est-il pas soumis aux mêmes conditions ? Pourquoi Israël ne reconnaît-il pas un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ? Pourquoi ne renonce-t-il pas à la violence ? Pourquoi construit-il des colonies dans les territoires occupés en violation des accords d’Oslo (et du droit international) ?

D’autre part, si l’on pense qu’il faut faire évoluer le Hamas, comment le faire sans dialoguer avec lui ? N’est-ce pas le dialogue européen avec l’OLP qui a permis d’avancer ?

Pour aller plus loin
 
Je voudrais renvoyer aux remarquables reportages faits dans Le Monde diplomatique depuis plus d’une quinzaine d’années sur cette organisation par Wendy Kristianasen, que l’on peut retrouver sur le cédérom du Monde diplomatique ; ainsi qu’aux analyses de Jean-François Legrain, notamment le texte distribué lors de son audition à la commission des affaires étrangères du Sénat, le 14 janvier, « Gaza : des guerres dans quelles perspectives ? ». On peut également lire un intéressant entretien avec Ali Jarbawi (PDF) sur le site de la revue Confluences Méditerranée.
Enfin, le livre de Khaled Hroub, Le Hamas (Démopolis) est le seul ouvrage sérieux en français sur l’organisation.
Notes
[1] Bien de mainmorte, c’est-à-dire inaliénable.


Cusmapa 2008     
                                                               
Le Comité Amérique Centrale de Charleroi  soutient depuis 2000, par des récoltes de fonds, une ONG au Nicaragua. Il s’agit d’Unicam (Université des paysans.) qui vise à l’autosuffisance et à la diversité alimentaire de petits agriculteurs délaissés du nord du pays : la région montagneuse de Somoto/Cusmapa.

Les résultats  obtenus sont très encourageants et nous incitent, la Casa Nicaragua de Liège et nous, le CAcC, à poursuivre les efforts de soutien.

Cette région dite « tropi-sec »  souffre soit du manque, soit de l’excès d’eau. Dans les communautés où Unicam est présente les bassins de retenue d’eau se construisent, l’irrigation progresse. Mais pour lutter contre les pluies diluviennes on n’a encore rien trouvé si ce n’est, tenter par des moyens rudimentaires mais relativement efficaces, (diguettes) de ralentir les eaux qui dévalent les pentes en emportant la terre arable dont la couche est déjà très mince.

Il y a urgence ! Nous avons reçu un appel d’aide d’urgence de notre ONG partenaire au Nicaragua. Une fois de plus, le nord du Nicaragua a été affecté par des dégâts consécutifs au passage de l’ouragan IKE dans les Caraïbes.

Des trombes d’eau se sont abattues sur la région de Somoto-Cusmapa provoquant des inondations et,  plus grave encore, une colline entière, habitée et cultivée  s’est effondrée. Plus de 150 personnes n’ont plus ni ressources ni logement, elles sont hébergées dans les infrastructures communautaires (banques de semences, « maison communales » financées pour la plupart par notre comité).

Notre partenaire local Unicam, doit déplorer en plus la perte de son unique camionnette. En effet, mardi le 7 octobre 2008, en se portant au secours des sinistrés, un pont détruit a entraîné la chute du véhicule dans le ravin. Heureusement, Mario  le chauffeur s’en sort bien.

Nous lançons en cette fin année une récolte de fonds et nous espérons arriver à  10000 €. Le but étant de répondre à l’urgence pour partie et d’autre part de pouvoir poursuivre notre aide structurelle aux projets d’autosuffisance  alimentaire.
Merci

Le Comité Amérique Centrale de Charleroi

Notez que pour un minimum de 30 € via le Cpte de « Peuples Solidaires », vous recevrez une attestation donnant droit à une déduction fiscale.


 

Trois ouragans dévastateurs à Cuba : un bilan matériel et humain

cuba_ouragan

L’automne 2008 aura été terrible pour Cuba, avec son cortège de cyclones, de raz de marée et de tempêtes tropicales. Cette saison des ouragans est traditionnelle dans cette région des Caraïbes (ainsi que sur l’Est du Pacifique), et elle a induit un certain fatalisme. Mais est-ce la dégradation du climat ? 2008 a été pire que les années précédentes. Les ouragans les plus violents ont été GUSTAV (en fin août) et IKE (en début septembre) ainsi que PALOMA (en novembre). Mais il faut aussi compter avec FAY (mi-août), HANNAH (début septembre)…

Une fois les évaluations terminées, le passage destructeur de Gustav et de Ike va coûter cher :

- GUSTAV a entraîné des pertes estimées à 1,92 milliards de CUC (2,72 milliards de dollars) ;
- IKE a occasionné des pertes évaluées à 6,74 milliards de CUC (7,28 milliards de dollars).

Les nouvelles destructions causées par l’ouragan Paloma, ajoutées à celles des deux précédents cyclones qui ont frappé le pays en un peu plus de deux mois, devraient faire monter cette somme à environ 10 milliards de dollars.

Il y a plus de 50 municipalités très touchées, (35 par les ouragans Gustav et Ike et 12 par les précédents, auxquelles il faut ajouter celles victimes de Paloma). Le pays est dévasté. Les dégâts matériels ont été considérables. Près de 125.000 logements avaient été partiellement ou totalement détruits par l’ouragan Gustav. Le passage du cyclone Ike en a endommagé 323.800. On parle de 70.000 habitations totalement à reconstruire. Et il faut encore dénombrer celles touchées par l’ouragan Paloma.

L’agriculture a subi un coup terrible. La plupart des récoltes ont été ravagées et plusieurs centaines de milliers de volailles d’élevage ont perdu la vie, ce qui
risque de poser une sérieuse crise alimentaire au sein de la population. Plus de 700.000 tonnes d’aliments ont été détruites. La production et la distribution d’aliments sont devenues les priorités absolues du gouvernement cubain. Les supermarchés de l’île présentent un grave problème d’approvisionnement.

Il faut aussi prendre en compte les dégâts survenus aux installations électriques, aux barrages et réservoirs, aux plantations forestières, aux équipements scolaires et d’hôpitaux. Toutes les réserves nationales, créées en prévision d’une agression militaire étasunienne, ont été mises à la disposition de la population : aliments, carburant, matériel de construction, médicaments, etc.

C’est évidemment une source de découragement pour la population. Alors que le développement économique, totalement perturbé par la fin des échanges avec l’URSS, était bien relancé sur d’autres bases, on a vu revenir les coupures d’électricité, les destructions ou paralysies d’entreprises, les perturbations dans les approvisionnements. Certaines provinces sont restées sans électricité pendant plusieurs jours. Les dégâts vont demander de consacrer des sommes importantes à la reconstruction. Et sans doute à entreprendre des modifications importantes et urgentes : le changement climatique doit faire craindre une montée des eaux et des perturbations plus fortes et plus fréquentes. Les localités côtières devront peut-être se reconstruire plus en amont. Il ne sera dès lors pas possible d’intervenir rapidement sur des localités moins endommagées, qui devront patienter. Et les changements structurels évoqués par Raoul Castro seront vraisemblablement retardés.

Après son frère Fidel (s’exprimant dans une chronique parue le matin de l’arrivée du troisième cyclone), Raoul Castro a aussi appelé la population à ne pas céder au découragement et à garder confiance dans ses propres ressources. Après avoir constaté l’optimisme de la population de Santa Cruz del Sur, il a déclaré : « Cet état d’esprit, notre peuple en a toujours fait preuve pendant les 50 ans de Révolution, face aux agressions armées, aux actes terroristes et au blocus génocidaire (…).Les révolutionnaires ne se rendent pas, ni contre les ennemis, ni face aux ouragans. Ayez confiance dans la Révolution, comme nous vous faisons confiance ».

Malgré ces besoins humanitaires évidents, l’Administration Bush n’a pas voulu lever le criminel blocus que les États-Unis exercent depuis 46 années. Condoleezza Rice a déclaré à la presse : « Je ne crois pas que, dans les circonstances présentes, le moment soit venu de lever l’embargo ». Le but est bien toujours d’enfoncer Cuba en profitant des difficultés passagères, comme au moment de l’écroulement de l’URSS (l’embargo avait été renforcé à ce moment). Le Gouvernement cubain a fait en septembre 2008 des demandes précises pour acheter sur le marché des États-Unis les matériaux nécessaires à la rénovation des logements, et de disposer de crédit bancaire dans ce but. Seule l’exportation du bois de charpente a été légèrement assouplie. Devant le maintien de l’embargo, les Cubains ont aussi refusé avec mépris une petite aide états-unienne, qui était conditionnée… à l’envoi d’inspecteurs ! La souveraineté nationale doit d’abord être respectée. L’arrivée d’Obama pourrait apporter des changements.

L’aide est néanmoins parvenue de nombreux autres pays, dont des pays en développement ainsi que la Belgique et l’Espagne. Une aide est annoncée par l’Europe, qui a rouvert sa coopération avec l’île après cinq années d’interruption. Et de nombreux secteurs de la société civile sont aussi intervenus. On a pu ainsi pu voir des citoyens des Etats-Unis sur des chantiers de remise en état de logement ; ainsi la section de Charleroi des Amis de Cuba a transmis une somme de 1.600 euros, récoltée au cours d’activités de solidarité en octobre. Il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire, et de manière urgente.

Mais on doit aussi parler d’un bilan humain : il y a eu neuf morts au total pour ces trois évènements dévastateurs. C’est très peu. Étonnamment. Et cela en dit long sur l’efficacité des mesures prises par la « Défense civile » organisée par l’État cubain, qui va de la surveillance météorologique à l’organisation de solidarité dans chaque quartier. Tout le monde (en particulier les agences de l’ONU) reconnaît que les mesures prises en général à Cuba contre les cyclones et les tempêtes sont particulièrement efficaces.

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Et un coup de vent est difficilement comparable à un autre. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux mêmes. Pour trois pays qui sont quasiment voisins.

Dans un pays pauvre comme Haïti, aucune mesure de prévention ne paraît être sérieusement prise. Les morts sont innombrables et se répètent d’année en année. Haïti a perdu cette année 300 personnes avec Ike, 77 avec Gustav, 38 avec Hannah, 40 avec Fay. Dans la ville de Gonaïves, l’eau est montée par endroits de 3 mètres. « Traumatisés par le souvenir de la tempête tropicale Jeanne, qui avaient fait 3.000 morts aux Gonaïves il y a quatre ans, les habitants craignent une réédition de cet événement meurtrier » disent les agences. N’a-t-on pas pris de mesures depuis lors ? On n’en reçoit sans doute pas les moyens. À Haïti, 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. On y a connu cet été des émeutes de la faim. En fait, des secours et des aides n’arrivent qu’après les évènements, quand il est trop tard, quand on n’a plus que ses yeux pour pleurer. S’ils arrivent : on connaît les effets d’annonce des bonnes paroles occidentales et les effets de manche de plusieurs organisations « humanitaires ». On parle aussi de détournements manifestes de l’aide reçue.

Et aux Etats-Unis ? Ce pays riche, qui a connu la douloureuse expérience de l’ouragan Katryna en Louisiane en 2006, qui ne manque pas de moyens, qui ne souffre pas d’un blocage économique de type « embargo », fait-il mieux ? Première surprise : plusieurs villes décident de ne pas organiser d’évacuations : elles comportent trop de risques (accidents mortels durant l’évacuation, pillages, problèmes d’intendance pour aider les évacués…). Deuxième surprise : l’intervention de l’armée à de nombreux endroits. Voici quelques communiqués exemplaires : « Un couvre-feu a été décrété ce dimanche pour au moins une semaine dans toute la ville de Houston, au Texas, quatrième ville américaine, privée presque totalement d'électricité après le passage samedi de l'ouragan Ike. « Cette mesure est nécessaire pour des raisons de sécurité, le nombre important de débris dans les rues et le fait que de nombreux quartiers sont dans le noir », a précisé le maire de Houston, Bill White. Un couvre-feu était déjà en place depuis vendredi dans des zones qui avaient été évacuées avant le passage de l'ouragan. Le maire a aussi indiqué que le système de distribution de l'eau de la municipalité recommençait progressivement à fonctionner. Des tests n'ont pas indiqué de contamination des eaux, a-t-il dit, tout en demandant aux habitants de continuer à consommer de l'eau minérale ou de faire bouillir celle du robinet. Il a aussi dit que l'électricité avait été rétablie pour des services d'urgence comme les hôpitaux et les stations de pompage des eaux. Le maire a en outre lancé un appel pressant aux compagnies d'électricité pour qu'elles fassent tout ce qui est possible pour rétablir le courant ». Et un autre : « Au Texas, 7.500 gardes nationaux ont été mis en état d'alerte et les autorités ont demandé aux habitants des zones côtières de stocker des vivres et du matériel. L'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence n'a pas encore fixé de planning pour l'évacuation de ces zones ».

En fait, on n’entend pas beaucoup parler d’une « Protection civile » ! Plutôt des conseils… et des gardes nationaux. Est-ce beaucoup mieux qu’à Haïti ? Il est vrai qu’ici, les citoyens sont censés avoir les moyens.

Troisième surprise : après l’annonce de l’arrivée de l’ouragan à Houston et les craintes pour les plates-formes pétrolières off-shore et son impact sur le prix du pétrole, on n’entend plus grand chose de la part des médias. Comme si la principale leçon tirée de 2006, c’est qu’il fallait moins médiatiser l’événement. Voici le bilan de IKE aux États-Unis. On apprend d’abord qu’il a traversé 11 états, jusqu’aux grands lacs canadiens et en Pennsylvanie ! Au total, au moins 52 personnes sont mortes, du 12 au 15 septembre. Le Texas a été le plus touché avec 18 morts, dont 10 dans le comté de Harris qui couvre la ville de Houston, la 4e plus peuplée aux États-Unis, et sept dans les environs de Galveston, ville côtière de 60.000 habitants qui a subi les plus gros dégâts. Mais on en compte aussi 7 en Indiana, 5 en Louisiane, etc. Beaucoup de décès sont dus à des chutes d'arbres, comme dans le Tennessee (sud) où deux golfeurs ont été écrasés, ou dans le Kentucky (sud) où un garçon de 10 ans est mort heurté par une branche. De nombreux décès sont intervenus après le passage de l'ouragan, par intoxication au monoxyde de carbone provoquée par des générateurs mal réglés, ou par électrocution. Le bilan des morts au Texas pourrait s'alourdir, les autorités n'ayant pas fourni de chiffre global. Et le maire de Galveston précise : « Nous avons eu seize morts, mais on n’en compte que neuf car les autres sont morts de mort naturelle ». Pas beaucoup de précision non plus sur les dégâts matériels. Par contre, on aura eu toutes les informations nécessaires pour s’apitoyer sur les difficultés des banques américaines le week-end suivant ! Et sur les milliards absolument nécessaires pour éviter un cyclone financier mondial. On a pu lire de Fidel Castro quelques remarques acerbes à ce sujet.

 La différence qui ressort de cette comparaison, c’est l’efficacité de la Protection civile à Cuba, qui peut compter sur la bonne volonté, la discipline et la conscience des citoyens et qui peut organiser des mesures cohérentes et efficaces. C’est la priorité donnée à l’être humain, à la vie. On a parfois reproché que le contrôle social (des fameux « Comités de défense de la Révolution ») est à Cuba trop envahissant, intrusif ; on doit reconnaître que cette « Défense intégrée » dont parle Raul Castro, est dans ce cas performante et pertinente, surtout dans un pays manquant de moyens économiques. La liberté promue par le libéralisme apporte des avantages pour certains, mais coûte très cher aux plus pauvres, en cas d’ouragan… ou de crise.

Luigi Raone : Responsable des Amis de Cuba de Charleroi

Le cyclone GUSTAV

cyclone_gustav_cuba432Le 28 août, on annonce l’arrivée du cyclone GUSTAV sur la côté est de Cuba (côté Guantanamo et Santiago), après son passage dévastateur sur Saint Domingue et Haïti : c’est un cyclone très puissant. Des préparatifs sont immédiatement organisés : 40.000 personnes sont évacuées, des milliers de têtes de bétail sont mises à l’abri, le café est récolté en avance, etc. C’est presque une habitude à Cuba : déjà 12000 personnes avaient été évacuées le 15 août dans deux provinces pour la tempête FAY (vents de 100 km/h) et à Varadero, 24 000 touristes, dont 18 000 étrangers, avaient été avertis de rester en lieu sûr.

Mais en fin de journée, le même 28 août, on annonce que le cyclone s’est déplacé et une pré-alerte est donnée aux provinces occidentales ! Du fait de ce déplacement sur l’océan, il prend encore davantage de force et atteint le niveau 4 (sur 5). Et le 29 août en soirée et le lendemain, il touchera surtout l’île de la Jeunesse (au Sud) et la province de Pinar del Rio (à l’ouest), mais aussi La Havane. Au total, près de 500.000 personnes ont été évacuées. Il y a 19 blessés, mais pas un seul décès ! C’est un énorme succès pour la « Protection civile » (Defensia civil) de Cuba. Le vent a soufflé sur l’Ouest jusqu’à 340 km/h (un record pour Cuba ; l’antenne s’est renversée et a arrêté ses mesures). Les gens ont vécu une nuit d’enfer : sous son petit abri traditionnel de feuilles de palmier, une habitante a regardé sa maison et celle de deux voisins s’écrouler.

Les dégâts sont immenses. Le système électrique est totalement à reconstruire dans cette province et sur l’île de la Jeunesse. Les communications radio-TV sont aussi endommagées. À Los Palacios, par exemple, dans l’axe de passage du cyclone, sur les 13 000 logements recensés, 10 000 ont été endommagés, dont environ 6 000 entièrement détruits. Hôpitaux et écoles sont aussi touchés, même si le matériel (appareils médicaux, ordinateurs...) avait été mis à l’abri et des groupes électrogènes installés préventivement. À l’île de la Jeunesse, il a fallu réorganiser le port, dégager les halls dévastés et apporter une puissante grue par bateau pour accélérer le déchargement de l’aide. Dès ce moment, Fidel Castro compare cet événement à une « frappe nucléaire » dans une première réflexion.

Le cyclone IKE

ouragan-Ike-noaaOn est encore à l’heure des premiers secours, des bilans et de l’organisation de l’aide après le passage de l’ouragan Gustav, que déjà l’ouragan IKE est annoncé. Passons sur la tempête HANNAH qui, frappant surtout Haïti puis les Bahamas le 3 septembre, a eu aussi des
impacts sur Cuba (où d’autres mesures de prévention avaient été prises face à un raz de marée le même jour….).

On considère d’abord que l’ouragan IKE va suivre le chemin d’HANNAH, passer d’Haïti au nord et frapper les Bahamas et la Floride (côtes atlantiques), plutôt que d’entrer dans le Golfe de Louisiane. Mais sa trajectoire est incertaine et, du Sud des Bahamas, il tourne vers Cuba où il pénètre près d’Holguín le dimanche 7 septembre au soir. Il va traverser tout le pays d’est en ouest durant deux jours. Le cyclone est un peu affaibli (niveau 3) mais il comporte des pluies diluviennes.

Les mesures de la Protection Civile sont tout à fait impressionnantes malgré le cours laps de temps disponible. C’est finalement plus de deux millions et demi de personnes qui ont été évacuées en un temps record (près d’un Cubain sur quatre !). La plupart sont évacués auprès de la famille ou les amis, mais un demi-million de personnes ont été placées dans des centres spéciaux. 180.000 étudiants ont été renvoyés dans leurs familles, 2800 touristes ont été mis à l’abri.

Outre des évacuations, on a organisé la mise en place des groupes électrogènes et la distribution des combustibles domestiques aux familles, pour prévenir les coupures d’électricité qui se produiront pendant et après le passage du cyclone Ike, et on a préparé la gestion des barrages pour l’afflux prévisible d’eau. Soulignons aussi l’évacuation courante à Cuba des têtes de bétail, ou la recommandation par les autorités aux agriculteurs de les mettre à l’abri.

IKE a donc soufflé sur Cuba durant quarante-huit heures. C’est la longueur de la trajectoire qui explique l’importance des dégâts (plus étendus qu’avec Gustav). Des vents de tempête tropicale ont balayé les provinces occidentales, et des vents d’ouragan ont soufflé dans la région de La Havane, les deux régions déjà touchées par Gustav. Quelques villes comme Los Palacios, déjà durement touchée par l'ouragan précédent, ont repayé un lourd tribut à Ike. Et il y a eu des précipitations intenses dans le massif de l’Escambray. La distribution électrique a été perturbée dans tout le pays, que ce soit par les dégâts ou par les mesures de protection préventives.

Finalement sept personnes ont trouvé la mort durant le passage de Ike, qui avait à Cuba une force de niveau 3 des cyclones, tandis que GUSTAV était jugé au niveau 4 (sur 5 niveaux). Deux personnes sont mortes électrocutées en voulant démonter une antenne prise dans une ligne électrique (avant l’ouragan, semble-t-il), une autre écrasée sous un arbre et une autre sous un toit écroulé.

La télévision cubaine a signalé d'importants dégâts dans la capitale et les provinces de l'est de l'île et a montré des images d'arbres arrachés, de maisons détruites, de lignes électriques au sol, de rivières en crue et de villes et villages inondés par des pluies diluviennes

Ike a fait trembler les immeubles du vieux quartier de La Havane. Plusieurs bâtiments se sont effondrés dans la capitale, où vivent deux millions d'habitants et dont les rues sont jonchées de troncs, de branches d'arbres et de débris. Mais l'ouragan n'y a fait aucune victime. Le Malecon, la célèbre avenue de bord de mer de la capitale cubaine, avait été barricadé la veille par la police, pour se protéger des vieux bâtiments décrépis qui, face à l'océan, pourraient s'effondrer s'ils sont un peu plus abîmés par des vagues trop violentes. Toute navigation avait été interdite dans la baie de La Havane

L’ouragan PALOMA

ouragan-paloma-grand"Ouragan extrêmement dangereux" de catégorie 4 lors de son passage sur les Iles Caïmans, territoire britannique au sud de Cuba, Paloma a atteint Cuba le soir du samedi 7 novembre. Peu après, heureusement, les vents sont passés de plus de 230 km/h à 160 (soit la catégorie 2), selon l'Institut de météorologie de Cuba, et l’ouragan n’a parcouru qu’une courte trajectoire vers le nord, en une nuit, avant de s’orienter vers les Bahamas. Caractérisé par des pluies torrentielles, Paloma a provoqué des inondations importantes dans la zone côtière méridionale, arraché des poteaux, déraciné des arbres et couché une tour de communication, selon la télévision cubaine. L'œil du cyclone avait pénétré sur le territoire cubain près de Santa Cruz del Sur (province de Camaguey), une localité qui avait jadis été engloutie sous les eaux à la suite du passage d'un ouragan en 1932, provoquant la mort de 3.000 habitants.

Cette fois, le nombre d’habitations détruites ou endommagées dans le village de Santa Cruz del Sur s’élève à 9 889, dont 1 353 ont été complètement démolies. Selon les témoignages et les constatations, la mer a pénétré jusqu’à 1 500m à l’intérieur des terres et son niveau a dépassé les 4 m de hauteur.

Le déplacement de la population en lieu sûr a évité des pertes humaines. Plus de 500.000 personnes ont été évacuées de zones inondables ou d'habitations fragiles vers des refuges ou chez des proches. Au total, 1.200.000 personnes ont été déplacées en prévision de cet ouragan. Toute circulation de voitures et de piétons sans autorisation spéciale a été interdite dans les provinces de Camaguey, Las Tunas, Holguín, Granma,

Santiago de Cuba et Guantanamo ainsi que sur la côte méridionale de Ciego de Avila. Quelque 3.000 touristes étrangers qui se trouvent dans les îlots de la côte nord de Ciego de Avila ont été mis à l'abri.


 

La crise est l’occasion d’en finir avec la retraite par capitalisation
Pierre Eyben Docteur en sciences appliquées, porte-parole du Parti communiste Wallonie-Bruxelles

pensionsS’agissant de la dimension financière de la crise actuelle, les médias ont principalement mis en lumière ces dernières semaines la débâcle des petits actionnaires. Outre qu’il conviendrait de questionner ce concept de « petit » actionnaire – certains brassant plusieurs millions d’euros –, ces derniers ne représentent qu’une infime partie de celles et ceux qui sont touchés, et notamment toutes les personnes qui ont été embrigadées, de gré ou de force, dans le système des pensions par capitalisation.

Alors que les marchés s’effondrent littéralement, le moment est propice pour regarder en face cette solution ultralibérale qui bat en brèche la notion même de solidarité, et a fortiori de solidarité intergénérationnelle.

Depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on constate un allongement de la durée de vie partout en Europe. Pendant de nombreuses années, on a augmenté en conséquence la part du PIB allouée aux retraites par répartition sans que cela pose de problème. En France, par exemple, les retraites sont passées de 5,4 % à 12,6 % du PIB en 40 ans. Il faut dire que ces sept points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités et d’abaisser l’âge de la retraite de cinq années.

Et aujourd’hui ? Les démographes nous annoncent un gain de 5,5 années d’espérance de vie d’ici 60 ans, chiffre qui au regard de certaines études récentes pourrait encore décroître en raison de l’impact croissant des grandes pollutions (sols, air, eau…) sur notre santé (1). Bref, rien de spectaculaire contrairement à l’idée véhiculée avec force. En Belgique, le coût budgétaire du vieillissement est estimé à 6.3 % d’ici 2050, soit bien moins que de l’augmentation conjecturée de la productivité sur la même période.

Le grand changement n’est donc pas démographique, il est idéologique. Depuis une vingtaine d’années, la fièvre ultralibérale s’est répandue, contaminant jusqu’aux élus sociaux-démocrates. Dans le cadre d’un corsetage budgétaire touchant diverses fonctions sociales de l’État, on a progressivement cessé de dégager les moyens suffisants pour assurer des pensions décentes. En Belgique, on a bien mis en place en 2001 un fonds de vieillissement. Cependant, alimenté avec les excédents budgétaires et non de manière structurelle, il a tout de l’emplâtre sur une jambe de bois.

Force est de constater, de la part des politiques de droite comme (malheureusement) de gauche, l’absence d’une volonté politique suffisante afin d’aller chercher ailleurs, et notamment dans les revenus du capital qui ont explosé ces dernières années, les moyens nécessaires à un refinancement substantiel des retraites par répartition. En conséquence, la population a été invitée – notamment via des incitants fiscaux – à fabriquer sa pension elle-même et à mettre son argent en Bourse par le biais des deuxième et troisième piliers.

Le problème c’est que cette retraite par capitalisation (ou « fonds de pension », selon le terme anglo-saxon qui, fait symptomatique, a fini par s’imposer) repose sur un mythe, selon lequel la Bourse pourrait augmenter plus vite que l’économie réelle et ce de manière durable. Cependant, il n’y a pas de solution miracle en dehors de l’économie réelle permettant d’éviter le prélèvement dans les richesses produites pour financer les pensions. L’unique solution est bien d’affecter une part croissante de la production annuelle aux retraités, à mesure que la population vieillit. C’est possible. Il s’agit d’un choix de société.

Outre que leur concept repose sur un mythe, les systèmes de retraite par capitalisation sont en fait très coûteux. Il faut (grassement) rémunérer les courtiers et autres intermédiaires qui s’occupent sur les marchés financiers d’acheter et de vendre les titres. Ces coûts ont été estimés à 20 % du montant de la retraite alors que dans un système par répartition, géré via l’administration publique, les coûts de gestion sont minimes, de l’ordre de 2 % (2). Voilà donc un système public et centralisé dix 10 fois plus efficace qu’un système privé !

Mais la plus odieuse des conséquences du système par capitalisation est qu’elle nous transforme de facto en adversaire des travailleurs et du progrès social. Lorsque, faute d’alternative, nous plaçons notre argent en Bourse pour améliorer notre retraite, nous nous retrouvons du côté des fonds de pension qui mettent une pression terrible sur les entreprises pour qu’elles leur versent toujours plus de dividendes, notamment en licenciant et en n’augmentant pas les salaires. Lutter contre les retraites par capitalisation, c’est donc se battre également pour la solidarité entre les travailleurs, une condition de base du progrès social.

Reste à acter que la retraite par répartition est une condition nécessaire mais
pas suffisante pour plus d’équité sociale. En effet, les inégalités chez les retraités sont aujourd’hui du même ordre que chez les actifs. Une véritable justice sociale passe dès lors par un rééquilibrage des salaires, ce qui pourrait se faire notamment via l’instauration d’un revenu maximum autorisé afin de stopper l’explosion des écarts salariaux, couplé à l’imposition d’un ratio minimum entre salaire et pension.

La crise actuelle est un moment propice afin de repenser en profondeur la logique initiée en matière de retraites. A l’heure où beaucoup parlent de contrer la prédominance de la finance sur l’économie réelle, en revenir à un système de retraite exclusivement basé sur la répartition serait un acte concret permettant de faire reculer sérieusement la logique ultralibérale.

(1) Rapport de l’International Institute for Applied Systems Analysis de 2005.
(2) Gilles Raveaud Vous vous souvenez de la retraite par capitalisation ? , disponible en ligne sur :
http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/


 

Poste publique : L’heure est à la résistance « prior »

sauvonslaposte5-2Contrairement à certaines idées fortement ancrées dans la population à l’heure de l’entrée d’Internet dans les foyers et de l’explosion du courriel, le secteur postal n’est pas en régression et demeure un des géants économiques de l’Union Européenne. C’est d’abord un géant en termes d’emplois avec pas moins de 5,2 millions de travailleurs. C’est également un géant en termes de chiffre d’affaires puisqu’il pèse 88 milliards d’euros, soit 1% du PIB total des pays de l’UE. Or, ce mastodonte est encore pour une part non négligeable géré hors marché par des opérateurs publics ou semi-publics. Il aiguise dès lors l’appétit d’opérateurs privés à la recherche de nouveaux marchés dont certains se sont spécialisés dans la restructuration, la mise en bourse et la revente d’opérateurs publics.

Conforme en cela aux orientations ultralibérales contenues dans les derniers Traités Européens (et particulièrement dans le Traité de Lisbonne), le Parlement Européen a approuvé en deuxième lecture début 2008 la « libéralisation définitive » (sic) des services postaux en 2011 [2]. Avec l’assentiment des gouvernements nationaux, ce secteur est donc appelé à quitter la sphère publique si la logique actuelle n’est pas stoppée. Si l’on constate que l’immense majorité du groupe socialiste européen (à l’exception des socialistes belges et français) a voté en faveur de cette libéralisation, on doit constater que le rapport de forces politiques est très défavorable. A contrario, l’opinion publique au contact de la réalité des services privatisés semble témoigner d’un attachement croissant aux services publics. En France, un sondage récent vient notamment de montrer que 61% des Français étaient opposés à la privatisation de leur Poste [3].

Nouvelle offensive en faveur la privatisation de la Poste en France

En 1987, le ministre Gérard Longuet avait présenté un projet de privatisation de La Poste. Plusieurs syndicats, étaient alors montés aux barricades et quelques mois plus tard le ministre renonçait à son projet, affirmant « Je me suis planté ». Fin juillet, lors de la présentation du contrat de service public 2008-2012, la ministre des Finances Christine Lagarde revenait à la charge, évoquant ses interrogations quant au passage au statut de SA et à une « ouverture partielle du capital » et ceci « pour faire face à la libéralisation totale du courrier en 2011 ». La machine était relancée et le 28 août, le président de la Poste, Jean-Paul Bailly, annonçait que l’établissement public français pourrait devenir une SA dès janvier 2010 et que l’ouverture de son capital interviendrait en janvier 2011.

Conscient que cette privatisation n’est pas populaire, encore moins à l’heure où chaque jour apporte son lot de révélations sur les crises financières nées de l’absence de régulation publique et où même le gouvernement Bush procède à des nationalisations massives, patron de la poste et gouvernement Fillon se sont empressés de dire que l’Etat conserverait une majorité dans le capital de la Poste. On doit cependant se rappeler que c’est exactement ce qui avait été dit lors de la privatisation de France Télécom. Or, l’Etat français ne possède plus aujourd‘hui que 27% de cette entreprise. Une autre affirmation qui est mise en avant est le fait que cette privatisation partielle permettrait de faire baisser les tarifs. Outre qu’il conviendrait de se demander à quel prix (précarisation de l’emploi et recours à de la sous-traitance, réductions drastique de personnel, baisse de la qualité du service rendu,…), force est de constater que certains exemples de privatisation conduisent au contraire à une hausse importante des prix. Les Français, mais également les vacanciers belges, connaissent notamment le cas des péages dont le prix a augmenté substantiellement depuis la privatisation des autoroutes.

La résistance s’organise. Le PS, pourtant adepte des privatisations lorsqu’il était au pouvoir, s’est déclaré opposé à celle-ci. Une pétition « Touche pas à ma poste » initiée par la CGT a recueilli plus de 150.000 signatures. Par ailleurs, cinq syndicats de la Poste ont organisé une journée d’action nationale le 23 septembre qui a connu un grand succès. En tête de leurs préoccupations, on retrouvait également les menaces qui pèsent sur l’emploi des 280.000 postiers français.

La logique ultralibérale en vigueur aujourd’hui tente d’impulser l’idée selon laquelle il faudrait être privé pour être efficace. Cependant, la Poste publique française ne se porte pas mal. Elle a versé 2 € milliards à l’état fin 2006 pour financer le coût des retraites de ses salariés et un dividende de 181 € millions sur des bénéfices de 943 € millions en 2007. Elle a prouvé également son dynamisme avec la création de pas moins de 102 filiales et l’explosion de sa croissance externe via l’achat d’entreprises dans le monde entier. Et puis elle investit pour ses usagers. Rien qu’en 2007, elle a déboursé 3,4 € milliards pour son réseau d’acheminement et de distribution ainsi que pour 834 bureaux de poste.
 
Et en Belgique …

Le combat qui se mène actuellement en France est celui qui aurait du être mené conjointement par les syndicats, les politiques de gauche et les usagers de la Poste belge lorsque la décision de privatisation partielle fut prise. C’est en effet en 2005 que le gouvernement violet décida de vendre la moitié de la Poste belge à un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier dont dépendent plus de 300.000 employés et dont l’activité principale consiste à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois (-30%), un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10%) et un timbre 20% plus cher que chez nous.

Dans le cadre de cette revente et du choix étonnant de CVC (deux autres candidats à l’achat s’étaient manifestés), il faut constater un conflit d’intérêt très clair de la part de Johnny Thijs, administrateur délégué de La Poste depuis début 2002. Celui dont les émoluments plantureux furent épinglés à plusieurs reprises, fut en effet jusqu’en 2004 un membre de l’« Advisory Board » de CVC, place à laquelle on retrouve aujourd’hui un certain Didier Bellens, le patron de Belgacom.

Depuis l’entrée dans le capital de la poste de CVC, la mue est brutale. Pour les utilisateurs, le sommet visible de l’iceberg est la fermeture massive de bureaux de postes. En 2007, la Poste a fermé 277 bureaux. Pour 2008, ce sera 200 bureaux supplémentaires alors même qu’une enquête d’Eurostat pointe le manque de bureaux en Belgique. A terme, c’est la moitié des bureaux de poste du pays, environ 650 qui seront fermés si rien ne change. A la place des bureaux de poste fermés, la Poste propose des « points-poste » dans des magasins, gares et administrations communales. Ils sont gérés par du personnel non-postier, souvent sous statut d’indépendant, et une série de services postaux essentiels comme les opérations bancaires n’y seront plus assurés.
Une autre évolution est tout aussi brutale : les pertes d’emplois. En 2007, ce sont pas moins de 1450 équivalents temps-plein qui ont été perdus. Par ailleurs, la qualité de l’emploi se détériore. Des distributeurs précaires sont embauchés avec des contrats de "réactivation" d’une durée de 6 mois renouvelables 3 fois maximum. La Poste a également recours de plus en plus au travail intérimaire. Parallèlement, les plans visant à un durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail se succèdent (Géoroute 2 et 3).

A l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, alors que la Poste publique française réfléchit à l’utilisation dès 2013 de dirigeables de nouvelle génération extrêmement peu polluants (6 fois moins de CO2 que l’avion le moins émetteur) pour relier le continent à la Corse, la Poste belge privatisée vient d’opter pour le tout à la route en fermant ses centres de tri situés le long des voies de chemin de fer pour les remplacer par des centres en bordure d’autoroutes. Tout comme pour les investissements en faveur des usagers, le contraste est saisissant.

Mais tout le monde n’est pas perdant. La Poste belge a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à 2006. Dans le même temps, l’Etat continue de lui verser une dotation de 290 millions d’euros par an pour le service universel.

Pour en sortir

Afin de se dégager de la logique actuelle dans laquelle la course aux parts de marché les plus rentables impose de différencier le traitement des usagers, devenus clients, en privilégiant les gros opérateurs au détriment des particuliers, il convient de désamorcer certains hoax [4].

Le premier hoax qu’il convient de dénoncer est l’idée selon laquelle l’UE imposerait aux Etats libéralisations et privatisations, d’abord parce que ces deux notions si elles sont parfois liées ne peuvent être confondues, ensuite parce que la politique européenne est largement le fait du puissant Conseil des Ministres lequel est l’émanation directe de nos gouvernements nationaux.
Le second hoax se prénomme Tina (acronyme pour There is no alternative), un prénom de femme qu’utilisent avec zèle certaines classes dirigeantes (essentiellement issues de la gent masculine soit dit en passant) afin d’entretenir le fatalisme des populations et de permettre la poursuite du démantèlement systématique des opérateurs économiques publics. Il est bon de rappeler que ce que nos gouvernements nationaux ont fait, en l’occurrence la libéralisation du secteur postal, ils peuvent le défaire s’ils en font une priorité politique. L’actualité bancaire en est l’éclatante illustration. Actant l’utilité d’une force publique régulatrice, ils pourraient ainsi opter pour un service public européen en impulsant une coopération de tous les opérateurs publics européens du secteur postal.

S’ils n’ont pas le courage de ce changement de cap, nos gouvernants peuvent pour le moins encadrer la libéralisation pour qu’elle ne soit pas synonyme de privatisation. Les opérateurs publics disposent à ce jour d’une implantation de terrain importante et si la libéralisation constitue un handicap, elle ne doit pas être un facteur rédhibitoire pour les opérateurs publics. De ce point de vue, un levier utile afin de réguler la libéralisation, de protéger les opérateurs publics et de maintenir une certaine qualité du service à la population chez les opérateurs semi-publics, est l’imposition d’exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers. L’Allemagne a adopté cette mesure avec un certain succès. Les Etats pourraient également conditionner de manière plus stricte l’obtention des subsides du service universel, notamment suivant des critères environnementaux et sociaux.

Pour empêcher le démantèlement total du secteur postal au niveau européen, il est tard mais pas « trop » tard. Cependant, il convient de faire de ce combat en faveur d’un des derniers grands acteurs du service public une véritable « prior »ité.

Pierre Eyben

Notes
[1] Des analyses pas toujours à mon goût (surtout pour ce qui est d’une Di Rupophilie un peu anachronique amha) ... mais ceci est un autre débat. Au niveau médiatique, c’est juste qu’il y a plus de "0% d’accord avec moi" que de "100% d’accord avec moi" qui s’expriment d’habitude. Il faudrait un peu équilibrer la donne :)
[2] L’UE se montre en l’occurrence plus libérale que les Etats-Unis. En effet, si le marché des colis est lui-aussi libéralisé aux EU, l’opérateur historique US Postal y a gardé l’exclusivité de la distribution du courrier.
[3] Source : sondage CSA-Humanité
[4] En informatique, un hoax est un canular transmis sous la forme de courriel et relayés manuellement par des personnes de bonne foi à qui on demande de renvoyer le message. Par extension, il s’agit de contre-vérités qui sont transmises massivement via les médias pour finir par s’imposer dans la conscience populaire comme des faits irréfutables.

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