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Nouvelles n° 128-2

Libres propos

Coup de gueule d'un ingénieur responsable EDF concernant le 20 h sur TF1

eoliennesUn illuminé nous a donné une série de leçons sur les économies d'énergie. Nous prenant pour des débiles mentaux profonds ou des séniles précoces, il nous a expliqué qu'en coupant toutes les veilleuses de nos appareils électriques, nous pouvions  économiser 15% de notre consommation. Faux, nous économiserions alors 2 à 3%  

Le même nous a expliqué qu'en remplaçant nos lampes traditionnelles par des lampes à économie d'énergie, nous pouvions économiser 30 à 35% d'énergie. Faux c'est 4 à 5 % que l'on peut économiser

Il est évident que si la maison est équipée comme celle de l'arrière-grand-père, c'est à dire juste des lampes et pas de frigo, micro onde, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge et j'en passe, car par rapport à la consommation de tous ces équipements celle des lampes est 'peanuts'.

Pour couronner le tout, une brillante journaliste de TF1 (quelle chaîne instructive) a pris le relais et fait le total des économies pouvant être réalisées selon ces critères éclairés : 15 % sur les veilleuses + 35% sur les lampes = 50% d'économie d'énergie ! Elle n'est pas allé jusqu'à le dire, mais nous qui sommes particulièrement débiles, avons deviné que demain, si nous suivions scrupuleusement ces instructions, on pouvait arrêter la moitié des centrales électriques !... Nous avons failli mourir idiots, mais pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué tout ça avant !

Pour continuer dans la débilité profonde, la TF1 girls nous a ensuite précisé que pour les 50% restants, on pouvait les alimenter avec des panneaux solaires qui produisent de l'électricité 'verte', en illustrant son propos d'une photo d'une belle maison avec un petit panneau solaire derrière.  Là, j'ai failli chercher une arme, car on n'avait encore jamais vu un niveau de désinformation pareil, une absurdité aussi monumentale. En effet, pour produire ces 50 % restants, si on se base sur une consommation moyenne de 6 Kw (un abonnement classique sans chauffage électrique), il faudrait que chaque maison possède 140
mètres de panneaux solaires pour un coût de 89 628 *

Calculez le retour sur investissement. Dans le chapitre 'c'est bon pour la planète', il convient d'ajouter que les panneaux solaires, on ne sait qu'en faire quand ils arrivent en fin de vie, car ils contiennent plein de silicium et autres métaux lourds très polluants.

Ne croyez surtout pas que je sois contre les économies d'énergies, Je suis à 100% pour, quand elles sont réalistes, mais de grâce pas d'intoxication de ce type en pleine heure d'écoute, ça frise l'indécence ou la malveillance.

Pour continuer dans l'intox, connaissez-vous Bâville sur mer en Seine-Maritime ? C'est un petit village du littoral près de Dieppe, où 6 éoliennes sont récemment sorties de terre. (3 sont en cours d'installation à St Pierre le Viger, petit village célèbre par ses habitants) Six engins de dernière génération qui occupent 4 km de notre littoral normand et dont les pales culminent à 85 m de hauteur. Chaque éolienne à une puissance maxi de 2 mégawatts... quand le vent souffle fort. Ce n'est pas grand-chose comparé au 2600 mégawatt qui sortent en permanence de la centrale nucléaire voisine, mais c'est toujours ça, surtout quand il fait très froid.

Dommage quand même que cette énergie renouvelable soit si chère et non maîtrisable (4 fois plus chère que celle de l'atome), mais ce n’est pas grave, EDF a obligation de la racheter (et cher). Mais revenons à nos 6 éoliennes ; depuis quelques jours il n'y a qu'une seule éolienne qui tourne, les 5 autres seraient-elles privées de vent ? Que nenni, du vent il n'y en a pas depuis plusieurs jours, ce qui est généralement le cas quand il fait très froid, ou très chaud. C'est la nature, l'homme ne lui dicte pas encore sa loi.

Mais alors, s'il n'y a pas de vent comment expliquer qu'une et une seule des éoliennes tourne ? La réponse est très simple : on veut nous faire croire à fond aux énergies renouvelables, alors on n'hésite pas à tricher pour en cacher le mauvais côté. Ben oui, ça ferait pas bien pour les habitants de la région qui n'ont pas encore accepté ça dans leur paysage, que de voir toutes les éoliennes à l'arrêt alors qu' il fait - 4 degrés  Alors, tout simplement, on en fait tourner une ...en moteur (oui c'est possible, en lui donnant du courant!). Ça consomme un peu d'électricité, mais ça fait croire que ça produit de l'énergie.

Il est temps d'arrêter de nous rabâcher tous les soirs à la météo 'c'est bon pour la planète', parce que là, on sait plus trop où est le bien et le mal, et on va finir par penser que ceux qui donnent des conseils sont, en plus d'être malhonnêtes ou incompétents, les plus dangereux.

L'électricité 'dite propre' sans fumées, sans CO2, sans atomes, disponible quand on en a besoin, à un prix qui ne détruise pas nos emplois et ne perturbe pas notre confort, ça n'existe pas, mises à part les centrales hydro. Dans 20, 30 ou 50 ans peut être.... Dans mon entourage, je ne connais personne qui lave du linge propre ou qui met en route son lave-vaisselle vide... Alors il est grand temps que les médias et leurs gilets à rayures serviles qui nous desservent, arrêtent de nous prendre pour des demeurés, avec des reportages orientés, tronqués et des leçons de civisme qui ne tiennent pas la route.

Ah oui, j'allais l'oublier : j'ai même entendu  'l'innocente Evelyne Délias', nous dire, après sa page météo, 'qu'il ne faut pas mettre trop de chauffage dans la voiture car ça consomme du carburant et 'ce n’est pas bon pour la planète'. Evelyne, si tu avais pris des cours de mécanique, tu saurais que le chauffage de la voiture récupère la chaleur de l'eau du circuit de refroidissement du moteur et cette eau chaude, il faut absolument la refroidir en la faisant passer soit dans le radiateur principal (celui qui se trouve derrière la calandre), soit dans le radiateur du chauffage de l'habitacle, sinon c'est la mort du moteur ! 

Si cette eau n'est pas assez refroidie, c'est même le ventilateur du circuit de refroidissement qui doit s'en charger en consommant de l'électricité pour tourner! Et ça ...’ce n’est pas bon pour la planète' par contre!

On pourrait aussi évoquer les biocarburants, présentés comme carburants verts alors que s'engager dans cette voie, est un désastre écologique et humain à brève échéance : flairant l'aubaine, de grands groupes agro-alimentaires, défrichent en ce moment des forêts entières et remplacent des cultures destinées à l'alimentation humaine par ces plantations destinées à la production de carburant 'vert' (50% de la production de maïs des USA auront été détournés cette année pour cette production, d'où la famine au Mexique, premier acheteur de ce maïs). 

Vous doutiez-vous de cet effet pervers du biocarburant?
Mais c'est un autre débat et j'ai des palpitations déjà rien que d'y penser...


 


Lourds nuages sur la gauche gestionnaire : le trou noir de la social-démocratie

sociale démocratieLe séisme qui ébranle le capitalisme financier devrait lui permettre de donner de la voix. Or, la social-démocratie européenne apparaît inaudible, hors jeu, prise au piège de sa conversion progressive aux dogmes du marché. Ses renoncements idéologiques sont vécus par une bonne partie de sa base naturelle comme un reniement. La voilà incapable de proposer un modèle alternatif. Et c’est une droite décomplexée qui est à l’offensive. Danger !
MAURICE MAGIS

A la fin octobre, de retour d’une rencontre avec le président Bush, Nicolas Sarkozy se disait aux anges. Avec sa modestie proverbiale, il annonçait à son entourage avoir « réussi le coup du siècle ». Pas moins. De quoi parlait-il ? Ayant provoqué, selon lui, le sommet des pays industrialisés et des grandes économies émergentes du 15 novembre, il espérait éclipser médiatiquement le congrès du Parti socialiste qui se tenait le même jour à Reims.

Pari peu réussi. Mais la morgue de Sarko témoigne surtout de la croisade incessante qu’il mène contre un PS en déshérence. « Il veut par tous les moyens en freiner la reconstruction, au nom d’un principe simple : tant qu’il n’existe pas d’opposition structurée capable de l’arrêter, la voie est libre », écrivait Le Monde. Devant l’évanescence du projet social-démocrate français, Sarko a même pu revêtir les atours du parfait réformiste, évoquant « la fin du capital financier » et proclamant le retour de l’Etat dans la sphère économique. Cela n’engage pas à grand-chose et le président français, il est vrai, a déjà abondamment additionné les preuves de son opportunisme.

Il n’empêche que l’exemple français est emblématique de la profondeur du trou noir dans lequel s’est plongée avec délectation la social-démocratie française, et plus largement européenne.

La fin d’un cycle

Paradoxalement, dans le même temps, un vent nouveau se mettait à souffler outre-Atlantique. Où, quelles que soient les conclusions qu’on en tire, la victoire de Barack Obama signe avant tout la fin d’un cycle qui a vu triompher le pire des conservatismes, dit « néo » en raison même de ses outrances. Logique de guerre, atteintes aux libertés, soutien sans scrupules aux spéculateurs ont fini par lasser une majorité d’Américains en quête de justice et de protection sociale dans un pays plongé dans une crise profonde.

On verra comment la nouvelle administration conjuguera son libéralisme traditionnel et les attentes populaires. Mais l’on se dit que le changement promis au cœur de la première puissance capitaliste comme l’ampleur de la crise financière, économique et sociale qui condamne l’ultralibéralisme jusqu’ici triomphant devraient offrir des pelletées d’arguments à la gauche socialisante. La pousser à des clarifications fortes, à d’audacieuses mises à jour, à une réhabilitation de la puissance publique comme garante des intérêts collectifs. Or, que dit, envers et contre tout, tel leader socialiste, certes représentant convaincu de l’aile droite du PS français ? Qu’il veut « aider à concilier la gauche avec la pensée libérale ». Comme si cela n’était pas déjà fait aux quatre coins de l’Europe, et depuis belle lurette.

Aux Etats-Unis, l’ex-directeur de la Réserve fédérale américaine, Alan Greespan, pris d’un soudain accès de lucidité, annonçait voici plus d’un an «une montée du ressentiment, aux Etats-Unis, comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché. » De ce côté-ci du Grand bleu, la gauche gestionnaire et bien pensante semble vouloir ignorer à quel point les citoyens restent attachés à un modèle social pourtant déjà bien détricoté par nos « élites » politiques, toutes couleurs confondues : des services publics forts, une sécurité sociale efficace, des emplois stables sanctionnés par un salaire permettant de vivre décemment, un enseignement accessible à tous, un Etat qui protège des abus du marché…

Au secours des banquiers

En n’en tirant pas, ou si peu, les leçons qui s’imposent, si ce n’est trop souvent de façon rhétorique, la gauche social-démocrate se coupe tout naturellement de ses interlocuteurs naturels et jette nombre de ses électeurs déconfits dans les bras d’une droite populiste sans complexe. Elle organise opiniâtrement son déclin en fragilisant, ou en laissant défaire, les éléments matériels et symboliques qui ont construit sa relation historique avec les couches populaires – et ses succès électoraux passés.

Risquons un autre parallèle avec les Etats-Unis. Le plan Bush-Paulson préparant l’injection de 700 milliards de dollars dans le secteur financier – d’ailleurs soutenu par Obama – a été largement condamné par une opinion publique en proie à de lourdes difficultés sociales. Quand les banquiers appellent à l’aide, au diable les grands principes, vive l’intervention publique ! Mais ce sont les contribuables qui sont invités à sauver la mise à ces aventuriers de la finance.

En Europe aussi, les euros ont coulé par milliards pour voler au secours d’institutions financières défaillantes parce que coulées par leurs errances spéculatives. Et ici aussi, on a vu s’effondrer en quelques semaines les dogmes qui étaient au fondement même de l’ordre libéral. L’intervention financière massive des Etats – si sévèrement contrôlée hier encore par la Commission européenne - est allée tout naturellement de pair avec la mise au rencard  -certes pour un temps - des contraintes du pacte de stabilité européen et des critères de Maastricht, ces lois d’airain qui doivent contenir les déficits publics et cadenasser les dépenses sociales et les revenus du travail.

Morale de l’histoire : ce qui vaut quand il s’agit d’imposer aux peuples les conséquences de la « concurrence libre et non faussées » s’évanouit quand il s’avère urgent de sauver les banques. Et celles-ci, les unes après les autres passent à la caisse. Avec quelles exigences en retour, en termes d’investissement dans le secteur productif, de développement durable, de soutien à l’emploi et aux revenus, de rupture avec les paradis fiscaux ? Nada.

Tardive indignation

En Belgique, comme ailleurs, le PS – qui n’a eu de cesse de mener une politique d’une grande orthodoxie au regard de la pensée économique dominante, au point d’avoir conduit à grand feu le train des privatisations - ne s’est guère ému de l’absence de conditions significatives imposées aux seigneurs de la banque arrosés de fonds publics. Des garanties en termes d’emplois ? Vous n’y pensez pas. Alors revitaliser l’idée d’un pôle financier public pour engager des politiques permettant d’aller à contre-crise… Délirant sans doute. Au contraire, nos principales banques sont passées définitivement sous pavillon étranger. Alors qui peut accorder une grande crédibilité à M. Di Rupo et à ses amis quand ils partent désormais en guerre contre l’argent-fou ? Ou à ses collègues européens, évidemment scandalisés par la tournure des événements ? Ou à M. Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, qui soudain, face à « une crise d’une ampleur totalement inconnue, dont la durée est imprévisible », trouve des vertus à « la coordination des politiques publiques » et prône « une régulation internationale de la finance avec des règles contraignantes, et un système de surveillance et de sanctions (1). » Après des décennies de « laisser faire, laisser aller ». Hélas, M. Lamy est socialiste. Comme M. Strauss-Kahn, à la tête du Fonds monétaire international, lui aussi désormais fort ému des conséquences, pourtant si prévisibles, de la financiarisation sans balises de l’économie.

« Dans (ces) conversions-express, rien ne change. Toujours aucun adversaire dans leurs diatribes. On se borne à critiquer ‘un système’. Le mot est devenu à la mode. Tout comme ‘capitalisme financier’. Ces vocables, généraux, présentent l’avantage de ne brusquer ni des individus, ni une classe. Comme si personne ne s’était goinfré durant deux décennies (2). » Dans la gauche « officielle » comme à droite, on cherche en vain l’un ou l’autre leader prêt à reconnaître que c’est le système actuel qui est en cause et que se contenter de le replâtrer – de le refinancer – pour le « refonder », moyennant quelques mesurettes pour qu’au moins, la morale soit sauve, nous garantit pour demain d’autres funestes aventures.

Sarko  socialiste ?

Il ne s’agit pas ici de se complaire dans la critique facile, encore moins de se résigner à cette situation. Il existe des militants et des dirigeants de grande valeur au sein de la social-démocratie, assurément fort peu heureux de la situation actuelle. Eux aussi doivent bien constater que, au-delà des jeux de rôle auxquels on assiste aujourd’hui, c’est la droite la plus dure qui prend la main dès lors que leur famille politique s’est largement convertie au « social-libéralisme ».  Au point de se permettre d’ironiser lourdement, comme Sarkozy quand il se demande, devant le Parlement européen : « suis-je devenu socialiste » ? Quand son Premier ministre, François Fillon, répète, gonflé d’autosatisfaction que la droite « a gagné la bataille idéologique ». En vantant ces « vertus qui avaient été négligées : la réussite, le respect ou la responsabilité. »

Des néologismes, ainsi, fleurissent. Comme le « sarkoberlusconisme ». Une synthèse lourde de sens, « un américanisme latinisé, plastique, capable de s’adapter à des réalités nationales différentes » explique le politologue Pierre Musso, un « nouveau modèle politique néolibéral euro-méditerranéen, de type bonapartiste (qui) combine l’autorité de l’Etat, la révérence à la catholicité et la référence à l’entreprise (3). »

Ce n’est là qu’un des visages que présente une droite sans complexe qui se sent le vent en poupe, au moment même où le contexte de crise économique et le demande croissante de redistribution devraient être objectivement favorables aux gauches. Mais, jusqu’ici, la droite en profite encore. Notamment, comme l’analyse l’historien Marc Lazar, parce qu’elle présente « un ensemble de valeurs contradictoires mais présentées de manière cohérente : individualisme et compassion sociale, libéralisme et protectionnisme, modernité et tradition, sécurité et lutte contre l’immigration (4) »

Surtout les sociaux-démocrates, en s’adaptant sans trop dé résistance aux « contraintes » de la globalisation et en abandonnant toute velléité d’inverser le rapport de force entre capital et travail, en participant – parfois de manière spectaculaire comme en Allemagne – à l’aggravation des inégalités sociales et en s’accrochant à un processus européen délétère dans sa forme actuelle, entretient dangereusement la confusion actuelle.

Durant les années 1990, les socialistes étaient au pouvoir dans onze pays européens sur quinze. Jacques Delors, qui passe difficilement pour un agité gauchiste, partisan convaincu alors des politiques de rigueur, avait toutefois prévenu ses amis : si vous n’y prenez garde, le retour de bâton sera cruel.

Aujourd’hui, sur les 27 pays de l’Union européenne, seuls sept restent sociaux-démocrates.  Les formations issues de la social-démocratie ont perdu treize des quinze derniers scrutins. Quand elles sont encore au pouvoir, leur politique est fortement impopulaire. Dans l'opposition, ces partis, pourtant confrontés à de nouvelles droites dures, sont inaudibles, jugés peu crédibles par le public.

Rien n’indique une inversion de cette tendance lourde par le seul jeu de l’alternance. En pleine crise existentielle, les héritiers de Jaurès et de Kautsky sauront-ils rompre avec les sirènes d’une « modernité » qui les coupent des classes populaires ? Au pouvoir, cette gauche «moderne » a contribué à l'avènement du capitalisme financier en déréglementant les marchés, en privatisant le système bancaire et les entreprises stratégique. Elle a intégré ainsi le prêt-à-penser néolibéral, la « pensée unique », sans trop l’admettre. Comme Tony Blair, elle a volontiers professé qu’ »Il n'y a pas de politiques économiques de gauche ou de droite, il n'y a que des politiques qui marchent et d'autres qui ne marchent pas." » Une manière d’asséner que le capitalisme est un horizon indépassable et qu’il ne peut connaître d’alternative. Il y a là une redoutable abdication idéologique alors que monte partout le besoins – voire l’exigence – de changements radicaux.

Or… En 2002, le Conseil européen de Barcelone à majorité social-démocrate décidait de libéraliser le marché de l'énergie et l'ensemble des services publics, de repousser l'âge de la retraite de cinq ans et apportait son soutien aux fonds de pension.

En 2005, la stratégie de Lisbonne mise à jour proposait d'institutionnaliser la rigueur budgétaire, d'accentuer la flexibilisation du marché du travail, de prolonger la modération salariale. En couvrant ces politiques, la gauche social-démocrate a aidé la droite dans sa volonté d’accélérer le détricotage des instruments de contrôle public et la répartition des richesses. Elle a aussi fourni sa part d’hélium aux bulles financières qui débouchent sur la crise actuelle.

Saura-t-elle sortir de ce dilemme : continuer, à contre-courant des aspirations grandissantes de sa base militante et électorale, ou rompre avec le social-libéralisme ? La question ne semble malheureusement guère à l’ordre du jour, même si, ici et là, des voix s’élèvent pour réclamer une nouvelle social-démocratie, peu ou prou dégagée des impasses social-libérales. Le fait est que, d’une manière ou d’une autre, le choix ne pourra être indéfiniment différé quand les désastres provoqués par le fonctionnement « libre et non faussé » du système capitaliste apparaissent de plus en plus comme la rançon à payer pour prix de la « victoire libérale », entraînant un dégoût populaire croissant de ce système, et sans doute du capitalisme lui-même. La contestation du fondamentalisme libéral («une doctrine politique au service d’intérêts privés », comme le rappelait cet été l’Américain J.E. Stiglitz, prix obel d’économie), apparaît du même coup toujours plus légitime.

1. « Pascal Lamy : il faut une régulation contraignante ». Le Monde, le 8 novembre 2008.
2.  « A contresens sur l’autoroute des idées ». Le Monde diplomatique, novembre 2008.
3. « Le ‘sarkoberlusconisme’, avatar latin d’une droite européenne conquérante ». Le Monde, le 3 juin 2008.
4.  « La gauche est en crise partout en Europe ». Le Monde, le 24 septembre 2008.


 

Et l’ « autre gauche » ?

Front_de_GaucheLes 28 et 29 novembre, le Parti de la gauche européenne (PGE) rassemblait ses instances à Berlin (1) pour mettre la dernière main à sa plateforme pour les élections au Parlement européen de 2009 qui servira de document commun aux 19 partis membres. Il y fut bien sûr, également question, des expériences menées par la gauche alternative dans les différents pays de l’Union, et notamment des recompositions politiques en court.

L’une d’entre elles attire particulièrement l’attention. Troisième force politique allemande dans les intentions de vote, un an et demi à peine après sa création, Die Linke (La Gauche) s’installe, élection après élection, dans les parlements des länder, y compris à l’Ouest, traduisant ainsi les attentes d’un salariat matraqué depuis des années par des politiques antisociales et le besoin d’une nouvelle force de transformation sociale. On sait que ce jeune parti regroupe d’anciens communistes, des socialistes choqués par la politique franchement libérale du SPD, des verts, des syndicalistes et des altermondialistes.

Déjà, ses succès ont commencé à faire « bouger les lignes » au sein du spectre politique traditionnel allemand, imposant, par exemple, un débat sur le salaire minimum garanti.

En raison de la crise, « des positions qui étaient jusque là celle de Die Linke et méprisées par les autres partis, sont désormais au cœur du débat  politique » analyse Oscar Niedermeyer de l’Université libre de Berlin.

L’éclosion de Die Linke est suivie de près par toute la gauche alternative européenne. Elle n’est pas pour rien dans la décision prise, en France, par le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon et  son camarade le député Marc Dolez de quitter le parti socialiste. Mélenchon y a fait expressément allusion dans une récente interview à L’Humanité. Même si l’expérience allemande n’est pas transposable en France en tant que telle, « C’est l’état d’esprit qui est transposable. »

Les deux élus entendent créer un nouveau parti significativement baptisé « Parti de gauche » qui se définira dans un projet de rupture avec le capitalisme. « Nous voulons incarner une autre orientation, celle du socialisme historique. Je veux la porter publiquement, en alliance avec d’autres et, particulièrement, avec les communistes...Je considère que le PS n’évoluera pas, sauf s’il y est contraint par un rapport de force électoral (2). »

Le PCF a vu dans ce choix « un fait politique de grande portée » ; une « convergence d’analyse et de démarche dans la perspective du scrutin européen de juin 2009. »
 
De son côté, bien décidé à surfer en solo sur la vague porteuse de son hypermédiatisation,  Olivier Besancenot a vite opposé une fin de non-recevoir à une telle perspective, estimant qu'en quittant le Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez voulaient construire « une sorte de nouveau Parti socialiste ».

En Belgique également, les choses bougent. Récemment Le Soir a publié une carte blanche appelant à « jeter le bébé avec l’eau du bain libéral. » Le libéralisme « tue massivement », « est passéiste » et mauvais gestionnaire, « le dogme du libre-échange absolu est la camisole des peuples », condamnent sans appel les signataires du texte, dont François Martou, naguère haut responsable du Mouvement ouvrier chrétien, Francis Wégimont, secrétaire général de la CGSP, Corine Gobin, politologue à l’ULB ou Claude Demelenne (Journal du mardi). Ceux-ci « pour en finir avec le libéralisme » et pousser « la gauche gestionnaire  (…) à rompre avec son libéralisme light et généralement honteux, pas moins nocif que celui de la droite », prônent une alliance entre « partis, syndicats, mouvements associatifs, mutualités, militants encartés ou non » et les « gauches européennes les plus offensives »,  comme « le Parti de la gauche européenne et le parti vert européen. »

Une réflexion sur une stratégie d’ouverture et de reconquête qui était au cœur du récent congrès du Parti communiste à Bruxelles.

1. Ce parti européen, créé en 2004, rassemble aujourd’hui 19 partis membres, communistes, socialistes, rouges-verts, et 8 partis observateurs. On y trouve, notamment La Gauche (Die Linke) allemande, les Partis communiste français et belge, des formations grecque, espagnoles, portugaise, italiennes, etc. Le PGE se donne  l’objectif  de contribuer aux luttes contre les politiques néolibérales et pour des alternatives politiques
2. « Mélenchon : l’autre gauche peut être majoritaire ». L’Humanité, le 12 novembre 2008.

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