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  • Nouvelles n°, 128-1

    Interview

    Robert Tangre : « Nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés »


    JOV 2008« Tout ce qui est humain est nôtre », voilà le joli slogan du Secours Populaire qui depuis 2002 organise chaque année en Belgique une journée pour les oubliés des vacances. On aurait tendance à l’oublier mais dans notre riche pays, de nombreuses familles vivent sous le seuil de pauvreté.  Une des conséquences de cette pauvreté est qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances.

    Drapeau Rouge : Pourquoi cette initiative ?

    Robert Tangre : La crise aidant, de moins en moins de familles ont encore la possibilité de partir en vacances. On considère qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances. Le jour de la rentrée des classes, dans la cour de récréation, les enfants partagent leurs souvenirs de vacances. Les plus chanceux disent : « Je suis allé en Italie, en Espagne, à la mer …. » , et le petit qui n’a rien à raconter se sent isolé, à part, exclu … C’est la raison pour laquelle nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés peut leur permettre de partager ce qu’ils ont vécu : « Je suis allé à Bruxelles, et j’ai vu l’Atomium ou je suis allée à la mer, et j’ai fait des châteaux de sable ou encore, je suis allé à Viroinval, et nous avons pris le petit train … ».

    DR : Où trouve-t-on l’origine de cette initiative d’une Journée des Oubliés des Vacances ?

    RT : L’initiative a été prise après la seconde guerre mondiale par le Secours Populaire Français (SPF). Elle s’est développée au fil du temps à travers toute la France. La Fédération du Nord offre chaque année à plus de 5.000 personnes une journée de détente à la mer. Et d’autres grands événements ont été organisés par nos amis français. C’est ainsi qu’en 2000 et 2005, 60.000 enfants et 10.000 accompagnateurs se sont réunis dans tous les coins de Paris pour se rassembler l’après-midi au Stade de France pour assister à un spectacle grandiose.
    A cette occasion, le SPF avait invité 5.000 enfants étrangers, dont 300 Belges.

    DR : Et ce fut le début du développement de cette initiative en Belgique ?

    RT : Oui.  Après cette première expérience en 2000 à Paris, c’est en 2002 que le Secours Populaire Wallonie-Bruxelles a organisé sa première Journée des Oubliés des Vacances (JOV).

    Depuis lors, les enfants sont déjà allés au Parc Paradisio, aux Grottes de Han-sur-Lesse, à Viroinval, au Canal du Centre, à Bruxelles et enfin en 2008 à Ostende. Parmi les 500 enfants réunis, un grand nombre voyait la mer pour la première fois …

    L’encadrement  se compose d’une centaine d’adultes, y compris l’équipe d’intendance. Partant de Charleroi, cette initiative s’est développée dans toute l’agglomération de cette région, et s’étend progressivement à la région du Centre, au Hainaut occidental, au Namurois et à la région bruxelloise. Nous espérons que les petits Liégeois se joindront à nous pour la JOV 2009.

    DR : Dans une société riche comme la nôtre, comment se fait-il que de nombreux enfants n’aient pas de vacances ?

    RT : Les enfants issus de milieux défavorisés et démunis n’ont pas la chance de pouvoir partir, et, actuellement, sous l’influence de la crise économique, les gens partent moins loin, moins longtemps, ou pas du tout.

    DR : Comment cette journée est-elle financée ?

    RT : La JOV est soutenue financièrement principalement par les subventions des Pouvoirs publics, tant par le Fédéral que le Communautaire et le Régional. De plus, comme la JOV a acquis une notoriété certaine grâce aux médias, nous avons pu obtenir la considération de très nombreux responsables politiques. Soulignons qu’en 2008, c’est Jean-Marc Delizée, Secrétaire d’Etat à la Pauvreté, qui nous a fait le plaisir de sa présence auprès des enfants sur la plage d’Ostende. L’aide publique est importante, mais elle est renforcée par de nombreux dons financiers de particuliers.

    DR : Si vous ne deviez retenir qu’un seul souvenir de cette aventure ?

    RT : Au cours d’une interview par la RTBF lors de la JOV à Han-sur-Lesse, une fillette d’origine étrangère déclarait : « Un jour, c’est peu, mais si je n’avais pas pu participer, je n’aurais pas vu toute cette beauté dans les grottes ! ». La joie des enfants, leur sourire radieux ce jour-là sont un merci à tous ceux et toutes celles qui s’investissent dans cette action de solidarité.

    Quelques informations utiles

    La «  J.O.V. » permet à des enfants issus de milieux défavorisés, de familles démunies, victimes de l’exclusion, de la pauvreté, d’accéder aux  vacances et à la culture.

    Le SPWB organise chaque année, au mois d’août, la Journée des Oubliés des Vacances. Elle est conçue comme un moment inoubliable, offert à tous les enfants dont les familles sont en difficulté.

    En Belgique, depuis 7 ans, le SPWB organise le Journée des Oubliés des Vacances avec des associations d’aide aux personnes vivant en précarité, des CPAS, plaines de jeux, services de jeunesse ou centres de réfugiés.

    Il est important aussi de souligner que le SPWB est une association pluraliste ouverte à tous ceux qui veulent rendre aux exclus de notre société toute leur dignité.

    Pour contacter l’asbl SPWB :
    Courrier : 11, rue Jules DESTREE    -  6020 DAMPREMY
    Tél.: 071/303912 – Fax: 071 /305830
    Courriel :
    secours.populaire@skynet.be
    Internet : www.spwb.be

    Pour les aider financièrement : 001-3511080-47  (Pour rappel, tout don égal ou supérieur à 30 € donne droit à une attestation fiscale.)

    Extrait du Drapeau Rouge.



    Politique

    Oskar Lafontaine : « il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! »

    Mesdames, Messieurs, chers camarades !

    LafontaineC'est avec plaisir que je suis venu à Paris pour vous adresser la parole, alors que vous vous apprêtez à reconstruire en France un nouveau parti de gauche qui méritera vraiment ce nom. En Allemagne, nous venons de faire ce pas avec succès. Et c'est fort de cette expérience que je suis venu ici pour vous encourager à prendre le même chemin. Je sais bien que la constellation des partis politiques allemands n'est pas comparable à la situation française. Mais aujourd'hui, les sociétés françaises et allemandes ne diffèrent pas fondamentalement l'une de l'autre. Les problèmes économiques, politiques et sociaux qui se posent pour nos deux pays sont largement identiques. Je ne vois donc pas de raison majeure, pourquoi un nouveau parti de gauche n'aurait pas les mêmes chances de succès en France qu'en Allemagne.

    Maintenant, que le parti Die LINKE existe depuis un an et demi, les sondages sérieux lui donnent 12 à 13 % au niveau national. Je dois vous avouer que je suis surpris moi-même de ce succès. Car ces chiffres ne mesurent pas la véritable ampleur de notre influence politique. A lui seul, le fait que nous soyons là, le fait qu'il existe en Allemagne un parti avec un profil politique et des revendications sociales nettement de gauche, à lui seul ce fait a changé l'orientation de la politique allemande. Et il n'y a pas que moi qui le dise. Presque tous les journaux allemands,

    qu'ils soient de droite ou de gauche, qu'ils s'en réjouissent ou le déplorent, sont du même avis. La plupart d'entre eux sont d'accord pour écrire que c'est nous, le parti « DIE LINKE », qui sommes le projet politique le plus couronné de succès des dernières décades, que c'est nous qui au fond définissons de plus en plus l'agenda politique en Allemagne, que c'est nous qui poussons les autres partis à réagir. S'ils réagissent, s'ils reprennent à leur compte certaines de nos revendications sociales, c'est par crainte des électeurs. Et si le néolibéralisme, si virulent depuis 1990, est en train de s'effacer en Allemagne, c'est dû en bonne partie à notre présence parlementaire.

    Chers camarades, il est évident que la construction d'un nouveau parti de gauche n'aurait pas pu réussir si les conditions extérieures, c'est à dire la situation sociale et politique de l'Allemagne, n'avaient pas été favorables au projet. C'est donc là le premier critère de succès. Alors que tous les partis politiques ouest-allemands si disputaient le « centre et préconisaient une politique économique néolibérale, la majorité de la population allemande déplorait le manque d'équilibre social résultant de cette politique. Le vide sur la gauche du spectre politique ne demandait qu'à être rempli. Car rien n'est plus efficace qu'une idée qui trouve son époque.

    Le deuxième critère de succès est sans doute l'union des forces et des organisations politiques qui se définissent par une position critique à l'égard du capitalisme.

    Le troisième critère - qui est peut-être le plus facile à réaliser, puisqu'il ne dépend que de nous seuls, mais ce n'est pas le moins important - c'est de donner au nouveau parti un profil clair, nettement discernable par rapport à l'uniformité des autres. Je ne manquerais pas de préciser ce troisième point par la suite, mais je voudrais l'aborder par un aperçu historique. Il est utile parfois de reculer d'un pas pour avoir une meilleure vue d'ensemble.

    Au début de ma carrière politique, il y a une quarantaine d'années, les positions des partis de gauche en Europe étaient encore relativement claires, leurs missions bien définies. Il n'y avait pas encore cette uniformité centriste que les grands partis affichent de nos jours. Même en Allemagne, ou le parti social-démocrate, à Bad-Godesberg, avait décidé de s'arranger avec le capitalisme, gauche et droite restaient discernables pour les électeurs. Le SPD s'était détaché du marxisme, certes, mais avait conservé tout de même l'idée de réformer le capitalisme, de chercher la fameuse « troisième voie » entre communisme et capitalisme. Malheureusement, cet idéal réformateur a été enterré sous les débris du mur de Berlin.

    En France, les positions des partis de gauche étaient plus nettes encore - non pas seulement du côté communiste, mais aussi du côté socialiste. Par son soutien à la guerre coloniale en Algérie, la SFIO avait perdu à la fin des années 60 toute légitimité comme parti de gauche. En 1971, au congrès d'Epinay, un nouveau parti socialiste se forme sous la direction de François Mitterrand. Le programme de ce nouveau parti socialiste français diffère considérablement de celui que les sociaux-démocrates allemands s'étaient donnés une bonne décade auparavant : il est anticapitaliste, il est critique à l'égard de l'OTAN et il est favorable aux alliances avec le parti communiste - tout ce que le programme du SPD n'est pas. C'était donc Epinay contre Godesberg au sein de l'Internationale Socialiste. Je suis allemand, mais je ne vous cache pas, que mes sympathies étaient du côté d'Epinay.

    Je partage donc, chers camarades, vos déceptions. Car malgré ce programme théoriquement anticapitaliste, la politique pratique du gouvernement Mitterrand ne fut guère plus anticapitaliste que celle du gouvernement social-démocrate en Allemagne. Que ce soit en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, .en France ou ailleurs, l'écart entre la théorie et la pratique politique est symptomatique pour l'histoire du socialisme ouest-européen. Presque toujours et presque partout, les dirigeants des partis socialistes ont lâché comme un lest leurs principes - souvent contre la volonté de la masse des militants - pour un portefeuille de gouvernement.

    Et c'est bien là le grand dilemme des partis socialistes : c'est de formuler, pour ainsi dire, les principes d'opposition à Epinay et les principes de gouvernement à Godesberg. L'histoire des partis socialistes ouest-européens au pouvoir est une longue énumération de compromis pourris. Chers camarades, il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! Pour un parti de gauche, les principes de gouvernement doivent toujours être les mêmes que les principes d'opposition. Si non, il disparaitra plus vite qu'il n'est venu.

    Regardez vers l'Italie, regardez vers l'Espagne. La leçon, que la gauche peut tirer des dernières élections dans ces deux pays ne peut pas être plus claire : la lzquierda Unida marginalisée, la Rifondazione Comunista éliminée. Ces deux partis ont dû payer si cher leur participation au gouvernement parce qu'elle reposait sur des compromis pourris. C'est une absurdité, en effet, de quitter un parti à cause de sa ligne politique, de construire un nouveau parti, de former ensuite une coalition gouvernementale avec le parti qu'on vient de quitter sur la base de la politique même, pour laquelle on l'a quitté. Les électeurs n'apprécient guère ce genre de blagues - et ils n'ont pas tort.

    Chers amis, si la gauche perd sa crédibilité, elle perd sa raison d'être. C'est pour cela que mon parti - die LINKE - a pris des mesures pour entraver cette tendance fatale des dirigeants au compromis politique dont j'ai parlé. Les décisions sur les grands principes de notre programme doivent être prises par l'ensemble des militants du parti et non seulement par une assemblée de délégués.

    En outre, nous n'acceptons pas les dons qui dépassent une certaine somme, une somme relativement basse. Et croyez-moi, ce n'est pas l'attitude du renard qui voit que les raisins sont hors de sa portée qui est à l'origine de cette restriction. C'est tout simplement que nous ne voulons pas être corrompus. La corruption politique est un fléau de notre époque. Et ce qu'on appelle don n'est souvent qu'une façon légale de corrompre. La victoire électorale de Barack Obama est une bonne nouvelle, tant la politique du président Bush et de son parti était insupportable. Mais vu les sommes énormes que le capital américain a investi dans la campagne électorale du nouveau président, je reste très sceptique quant à son futur élan de réformateur. Le capital ne donne jamais sans prendre.

    Venons en donc au profil programmatique qu'un parti de gauche doit avoir à mon avis. J'ai dit tout à l'heure que mes sympathies, il y a presque quarante ans, avaient été du côté d'Epinay et non de Godesberg. Eh bien, elles le sont toujours. Elles le sont peut-être plus que jamais. L'esprit anticapitaliste qui a animé la gauche française dans les années 70 s'impose toujours. Certes, une opinion publique manipulée au service du capital nous suggère à travers tous les médias que la mondialisation aurait complètement changé les choses, que l'anticapitalisme serait dépassé par l'histoire. Mais si on analyse le processus économique et social qui se déroule sous nos yeux sans parti pris, on se rend compte que la mondialisation n'a pas dissipé, mais aggravé les problèmes sociaux et les turbulences économiques causés par le capitalisme. Si vous comparez les écrits de Karl Marx au sujet de la concentration du capital, de l'impérialisme ou de l'internationalisation du capital financier avec les sottises néolibérales propagées de nos jours, vous constaterez que cet auteur du 19e siècle est bien plus actuel et clairvoyant que les idéologues du néolibéralisme à la mode.

    Chers amis, plus que jamais l'anticapitalisme est de mise, car l'impérialisme, au début du 21ième siècle, est toujours réel. Et l'OTAN est instrumentalisée à son service. Jadis conçue comme alliance de défense, l'OTAN est devenue de nos jours une alliance d'intervention sous la direction des Etats-Unis. Mais la gauche ne peut pas préconiser une politique étrangère ayant pour but la conquête militaire des ressources et des marchés. Nous n'acceptons pas l'impérialisme belligérant de l’OTAN, qui intervient partout dans le monde en enfreignant le droit international. Nous sommes pour un système de sécurité collectif où les partenaires se soutiennent réciproquement lorsqu'ils sont attaqués, mais s'abstiennent de toute violence qui ne soit pas conforme au droit international.

    En Allemagne, la question d'une intervention militaire - que ce fut au Kosovo ou que ce soit en Afghanistan - est une ligne de démarcation nette entre mon parti - die LINKE - et tous les autres partis, y compris le parti social-démocrate. Nous sommes intransigeants à ce sujet et notre participation à un gouvernement favorable aux interventions militaires de l'OTAN est inconcevable. La question de guerre ou de paix a d'ailleurs été de tout temps une raison de schisme au sein du socialisme allemand. Déjà en 1916 - sous l'impulsion de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht – la guerre a divisé la social-démocratie allemande en deux partis. Et il n'y a pas qu'en Allemagne que la gauche a vu clair. Je vous rappelle les paroles de Jean Jaurès, que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage ». Camarades, si nous voulons un monde où règne la paix, il nous faut civiliser le capitalisme.

    Contre l'idéologie de privatisation prêchée par les porte-paroles du néolibéralisme, nous sauvegardons l'idée d'une économie publique sous contrôle démocratique. Nous préconisons une économie mixte où les entreprises privées, de loin la majorité, côtoient les entreprises nationalisées. Surtout les entreprises qui relèvent des besoins fondamentaux pour l'existence de la société - le secteur de l'énergie par exemple ou même le secteur bancaire dans la mesure où il est indispensable pour le fonctionnement de toute l'économie - doivent être nationalisées.

    Nous remettons à l'ordre du jour la question de l'autogestion ouvrière et de la participation des employés au capital de leur entreprise qui semble de nos jours oubliée.

    Nous luttons contre une politique de démontage social qui donne priorité aux intérêts des investisseurs et qui se moque de l'injustice sociale croissante, de la pauvreté de beaucoup d'enfants, des bas salaires, du licenciement dans les services publics, de la destruction de l'écosystème. Nous luttons contre une politique qui sacrifie au rendement du capital financier ce qu'il reste d'une opinion publique délibérative. Nous n'acceptons pas la privatisation des systèmes de prévoyance sociale, ni la privatisation des services de transport public. Nous n'acceptons pas non plus la privatisation du secteur de l'énergie et encore moins la privatisation du secteur public de l'éducation ou de la culture. Notre politique fiscale veut redonner à l'état les moyens de remplir ses fonctions classiques.

    Aujourd'hui, les forces motrices du capitalisme ne sont plus les entrepreneurs, mais les investisseurs financiers. C'est le capital financier qui gouverne le monde et qui instaure globalement une économie de casino de jeux. La crise des marchés financiers était donc prévisible, attendue par les experts. Pourtant les gouvernements n'ont rien fait pour empêcher cette crise. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les élites politiques ont jugé utile la spéculation effrénée. Et le continent européen s'est incliné devant ce jugement. Même pendant les phases, où la majorité des gouvernements européens était formée par des partis affiliés à l'Internationale Socialiste, aucune mesure n'a été prise. La perte de la dimension critique à l'égard du capitalisme a fait échouer lamentablement la politique opportuniste des partis socialistes et sociaux-démocrates sur toute la ligne. S'il fallait une preuve de cet échec, la crise actuelle des marchés financiers nous la livre.

    Et s'il fallait une preuve, que nous, la gauche critique, ne sommes pas régressifs, que nous ne puisons pas dans le passé les remèdes contre les maux d'aujourd'hui, comme nous le reprochent constamment les libéraux et les conservateurs, s'il fallait une preuve, eh bien cette crise nous la livre aussi. Depuis le début des années 90 et la mondialisation qui s'en suit, la gauche, y compris moi-même, ne cesse de réclamer la règlementation des marchés financiers internationaux. Mais l'opinion publique néolibérale s'est moquée de nos opinions soi-disant régressives. Que la logique de la mondialisation n'était pas compatible avec une réglementation, nous a-t-on dit ; qu'il ne fallait surtout pas entraver le libre-échange et le libre flux transnational des capitaux, nous a-t-on prêché ; que toute réglementation était une solution surannée, régressive. Et maintenant, que font les néolibéraux en Amérique du Nord et en Angleterre, que font les conservateurs en Allemagne et en France ? Eh bien - ils prétendent règlementer. Ceux qui nous ont accusés de régression politique quand nous demandions la nationalisation de certains secteurs bancaires afin d'éviter la crise, que font-ils maintenant ? Eh bien - ils font semblant de nationaliser les banques au nom de l'avenir.

    Maintenant, on socialise les pertes et on fait payer les groupes les plus vulnérables de la société pour la défaillance du système. Maintenant, on organise de pompeux sommets internationaux pour règlementer les marchés financiers. Mais nous n'en sommes pas dupes : les éléphants vont accoucher d'une souris. Vont-ils fermer le casino ? N'y pensez pas ! Vont-ils seulement changer radicalement les règles de jeu à l'intérieur du casino ? Mais non ! Ce qu'ils vont faire, c'est d'élaborer avec grand fracas verbal un nouveau code de comportement pour les croupiers. Rien ne va vraiment changer.

    Si vous voulez des changements, camarades, il faut reconstruire la gauche - en Allemagne, en France, partout en Europe. L'expérience allemande nous montre qu'une gauche européenne réorganisée et forte peut faire bouger les choses en forçant les autres partis à réagir. Construisons ensemble cette nouvelle gauche, une gauche qui se refuse aux compromis pourris ! Pour souligner une dernière fois l'importance de cette maxime, je termine avec une image empruntée au poète russe Maïakovski : chantons ensemble notre chanson, mais évitons de lui marcher sur la gorge.

    Oskar Lafontaine est un ancien dirigeant du SPD (parti socialiste allemand). Il est entré en dissidence puis a créé avec les anciens communistes du PDS, le parti « Die Linke » (La Gauche), parti qui compte actuellement plus de 50 députés au Bundestag et qui est crédité dans les récents sondages de 13 voix des voix. Ce parti vient d’entrer dans plusieurs parlements régionaux en Allemagne tant à l’est qu’à l’ouest.

    Le discours que nous venons de vous communiquer est celui que Lafontaine a prononcé récemment en France lors de la création du nouveau parti « La Gauche » suite à la démission du sénateur socialiste français du PS. La Gauche présentera une liste commune avec le PCF pour les prochaines élections européennes. Le contenu de cette lettre mérité d’être réfléchi par tous les progressistes wallons et par la gauche fractionnée et plus particulièrement par les militants du PCWB
    Nous ne pourrons éviter des débats sur cette importante réflexion.



    Dexia finance des colonies juives

     (BAUDOUIN LOOS)

     

     

    dexia-irsraëlLa banque franco-belge Dexia finance, via sa filiale israélienne, le développement des colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés, et cela depuis des années. Ce constat, qui aurait en effet pu être fait depuis longtemps, est mis en lumière par plusieurs groupes de solidarité avec la Palestine, qui lancent la semaine prochaine une action de protestation.
    Depuis près de dix ans, Dexia s'intéresse au marché israélien. En plusieurs étapes, la banque franco-belge a acheté une firme bancaire israélienne, Otzar Hashilton Hamekomi (« Trésor du pouvoir local »), spécialisée comme ce nom l'indique dans le financement des communes et des collectivités locales, à l'instar du bon vieux Crédit communal belge, ancêtre de Dexia.

    Depuis 2001, cette banque israélienne est contrôlée par Dexia qui détient 65,31 % du capital. La filiale Dexia Public Finance Israël est répertoriée sur le site de Dexia comme troisième en importance sur le marché israélien du financement des collectivités locales (avec un personnel de quarante personnes). La banque a pignon sur rue et est bien connue des Israéliens.
    Avec d'autres mouvements, Intal, qui travaille sur divers dossiers de solidarité dans des pays du tiers-monde – Amérique du Sud, Congo, Philippines, Cuba – dont les territoires palestiniens, a décidé de lancer une campagne pour dénoncer l'implication de Dexia dans le financement des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

    « Nous voulons rappeler que la colonisation est contraire au droit international, nous dit Mario Franssen, d'Intal. La Quatrième Convention de Genève interdit l'installation de populations du pays occupant dans le territoire occupé. Avec d'autres groupes, nous sommes engagés par ailleurs dans une campagne de boycott des produits israéliens, pour dénoncer l'occupation, et certains nous reprochent, de manière absurde, d'agir ainsi pour rayer Israël de la carte ou par antisémitisme ! Mais ici nous ciblons une situation bien particulière : le financement, par une banque franco-belge, du développement des colonies israéliennes dans les territoires occupés, toutes illégales. »

    « Ce financement n'est guère contestable », dit encore Mario Franssen, dont le mouvement s'est procuré la retranscription d'une séance en commission des Finances de la Knesset (parlement israélien) qui date du 19 juin 2007. Les propos tenus par David Kapah, le directeur de Dexia Israël, ne laissent pas la place à l'ambiguïté : « Pour nous, la localisation géographique n'est pas pertinente. Si on parle de quelque chose au-delà de la Ligne verte (dans les territoires occupés, NDLR), nous, nous avons octroyé une aide financière ces deux dernières années et demie à Alfei Menasheh,
    Elkana, Beit-El, Ariel, Beit Aryeh, (le Conseil régional de la Vallée du Jourdain), Givat Zeev, (le conseil régional de Har Hevron), Kedumim, Beit Aryeh (…). Cela veut donc dire que, oui, c'est nous qui les soutenons financièrement et c'est encore vers nous que l'on vient pour recevoir du crédit. »
    Et à la question d'une députée, Esterina Tartman, rapporteur de la Commission des Finances, elle-même résidente d'une colonie (Givon Ha-Hadasha) et désirant « savoir si la dimension de la localisation géographique de la Judée et de la Samarie (la Cisjordanie occupée) complique le processus de décision au sein de la Banque Dexia Israël », la réponse de David Kapah, laconique, se révèle claire : « Négatif. Absolument pas… »

    Dexia, à Bruxelles, a été interpellée depuis 2001 par les mouvements belges de solidarité, sans grand succès, les réponses restant incomplètes ou imprécises, et la responsabilité globale de l'achat de la banque israélienne étant renvoyée à Dexia France.


     

     

    Panique sur la planète finance

    Et si on sortait du « tout marché » ?

    nasdaqAprès les financiers américains, les banques européennes appellent à leur tour les États à la rescousse. Elles présentent la facture des pertes dues à la spéculation. Décidément, les habits étroits des traités européens craquent de toutes parts. Le dogme de la « la concurrence libre et non faussée », au nom duquel les services publics sont démantelés depuis des années, se fissure. La fin de « l’argent fou » ? Pas si vite…
    MAURICE MAGIS


    Les responsables européens doivent se réunir à la mi-octobre. Nul doute que la crise financière sera au cœur de leur agenda. Nicolas Sarkozy souhaite une réunion du G8 avant la fin de l'année. Et y décider quoi ? Pour l’heure, face à l’inquiétude des épargnants, on en restait aux constats  lénifiants : « des risques pèsent sur des segments entiers des places financières européennes mais nous sommes préparés à réagir, nous avons réagi et je crois qu'aucun gouvernement européen ne laisserait tomber une grande banque européenne puisqu'une telle faillite déclencherait une vague qui déferlerait » ; mais « il n'y a pas de menaces, les Européens peuvent avoir confiance en leur système » a osé le président de l’Eurogroupe (les pays de la zone euro), Jean-Claude Juncker. Et l’Europe a renvoyé la balle aux Américains en les invitants « à prendre leurs responsabilités. » Ah, cette bonne vieille méthode Coué.

    Le 4 octobre à Paris, le président français a appelé les membres européens du G8, les présidents de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission européenne et M. Juncker à servir la messe. D’où il est ressorti surtout des vœux pieux et quelques prières au Dieu Finance. Le tout sanctifié par quelques vagues appels : à un sommet international «le plus tôt possible» pour revoir les règles du capitalisme financier ; à des sanctions, non autrement définies pour sanctionner les banquiers qui faillent ; à la flexibilité dans l’application des règles du marché unique. Mais le Pacte de stabilité devra être respecté « dans son intégralité » a aussitôt prévenu le président de l’Eurogroupe. Et la patate chaude a été confiée aux Etats, qui, attention, devront veiller à respecter les règles de la concurrence.

    Ainsi, il est surtout apparu une fois de plus que l’Union européenne n’a pas de politique économique coordonnée, ni de capacité de riposte commune à la mesure de la crise financière qui ébranle le monde. Surtout, les dirigeants européens, qui ont rivalisé de sévérité, ces dernières semaines, pour fustiger les « dérives du capitalisme financier » ne rompent pas avec l’activisme de l’Union européenne en faveur de la dérégulation, de la déréglementation et d’une politique économique et monétaire tout entière tournée vers le soutien aux marchés financiers.

    Certes, la Banque centrale européenne a procédé en catastrophe à des injections massives de liquidités pour soulager les banques en mal de refinancement depuis le déclenchement de la crise financière en août 2007. Elle l’a fait en août et septembre 2007, puis en décembre quand de nouvelles tensions sont apparues, et encore depuis la mi-septembre, quand le secteur bancaire américain a commencé à s’écrouler. Avec quel effet ?
    A rebours de ceux qui assurent sur tous les tons que le système bancaire européen est à l’abri des secousses américaines, les experts de l’OCDE, cet autre pilier de l’idéologie capitaliste, estiment, eux, que « L’Europe pourrait avoir besoin d’un plan systémique, à l’instar de la démarche engagée par les autorités américaines, », « une approche ’par petits morceaux’, qui n’a pas marché aux Etats-Unis, peut ne pas marcher en Europe non plus. » « Nous sommes face à la pire crise financière depuis la Grande dépression (de 1929) et ses conséquences sont déjà en train de se diffuser bien au-delà de la sphère financière, dans le monde entier. »

    Diable. Dès lors, quant à la confiance demandée… Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé qu’ « une réflexion était en cours, et pas seulement au niveau européen. » Mais pas une voix discordante ne s’est élevée pour avancer des alternatives à ce système financier au sein duquel ont pu, comme dans un cocon, se développer les germes de la crise. Et pourtant, « Les épargnants, un peu partout, sont dans l'expectative, quand ce n'est pas l'angoisse tandis que les politiques cherchent la pierre philosophale du moment, à savoir maîtriser la situation et forger les règles d'un autre avenir», a pu écrire Le Monde qui, le jour du raout sarkozien notait : « A côté de la crise actuelle, les krachs de 1987 et de 1989, la crise asiatique de 1998, l'explosion de la bulle Internet en 2000, les attentats du 11-Septembre apparaissent comme des secousses bien légères. »

    Colère aux Etats-Unis

    Ce qui vient de se passer aux Etats-Unis en dit long sur l’état d’exaspération des opinions publiques. Le plan dit Paulson du nom du secrétaire d’Etat au Trésor,  destiné à injecter 700 milliards de dollars ou plus pour voler au secours de la haute finance, et cela aux frais des contribuables (on parle d’une charge de plus de 2000 dollars en moyenne par foyer fiscal), s’est heurté, certes, à l’aile droite du Parti républicain qui a fustigé, comme ce sénateur, l’irruption du « socialisme financier ». Mais il a aussi provoqué une véritable levée de boucliers dans la population, qui constate que rien de comparable n’avait été fait quand des centaines de milliers d’Américains s’étaient trouvés plongés dans la tourmente immobilière. La colère des citoyens est d’autant plus justifiée que, selon le Washington Post, des proches collaborateurs du président ont eu le culot de suggérer un système similaire pour aider leurs propres entreprises. Selon les sondages, ils sont 61 % à estimer que le plan fait trop peu pour soulager les « Américains ordinaire », meurtris par l'augmentation des prix de l'énergie, le renchérissement du crédit, la stagnation des salaires et la perspective  de pertes d’emplois massives.
    Loin de toutes considérations idéologiques, des pétitions ont été organisées par des citoyens excédés d’avoir à mettre la main à la poche alors que les tricheurs s’en sortiraient au mieux. En outre, de fortes incertitudes demeurent sur la capacité dudit plan à assainir la situation outre-Atlantique, marquée depuis des mois par des déconfitures en cascade et des injections à répétition – mais vaines - de fonds publics. L’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001, a estimé « monstrueuse » l’exposition des contribuables américains : ce « n’est qu’une solution à court terme ».

    Comme aucun investisseur privé ne veut des placements à risque, « on les colle au contribuable » a-t-il déclaré dans la presse. Joseph Stiglitz voit dans la crise actuelle « la fin d’un modèle économique désastreux » et « la fin de l’idéologie selon laquelle les marchés libres et dérégulés fonctionnent toujours ».

    La force du déni

    Le fait est que la débâcle bancaire a traversé l’Atlantique, frappant de plein fouet plusieurs établissements européens, balayant les propos irresponsables des dirigeants sur la solidité de l’économie continentale, au cœur d’une crise systémique qui, du fait des interactions au sein du capitalisme mondialisé, se propage par ondes de choc. La soudaine conversion d’apôtres de l’ultralibéralisme, comme MM. Sarkozy, Reynders et consort, qui voient dans la situation présente le fruit de dérives intolérables du capitalisme financier, n’en apparaît que plus choquante.  

    « Moraliser », « réguler » le capitalisme, juger et condamner les « responsables » ?

    Face aux injections massives des banques centrales et aux tentatives de replâtrages aussi fébriles qu’improvisées des gouvernements, l’économiste et chercheur français Frédéric Lordon a remarquablement synthétisé les choses : « La thèse de la «’folie’ vaut à peu près celle de l’immoralité, c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puisse aller jusqu’à une telle nullité de pensée, au moment où les destructions financières se produisent sous nos yeux. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements – pourtant spectaculaires – mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni. ». Et d’enfoncer le clou : « Entre ‘trader fou’ et hypothèse de ‘l’accès de folie’, tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration exceptionnel. Mais la ‘folie’ est le régime permanent et nécessaire de la finance libéralisée. »  Ce qui se passe dans notre pays est à bien des égards exemplaire.

    Fortis et Dexia  aux soins intensifs…

    fortisAu début de l’été 2007, les dirigeants de Fortis arboraient le sourire satisfait des vainqueurs. Ils avaient lancé un raid hostile contre la néerlandaise ABN-Amro. Une des ces opérations dont les seigneurs de la jungle financière ont le secret. La banque-assurance belgo-néerlandaise, construite naguère sur la dépouille de la CGER, banque publique ainsi privatisée, voulait entrer dans la cour des très grands. Il ne se trouva pas grand monde dans le monde politique et financier pour s’inquiéter des risques liés à une des ces opérations qui font la fierté du capitalisme prédateur.

    Et voilà que Fortis se retrouvait soudain au bord du gouffre, prenant de court nos élites. Les mêmes, M. Reynders en tête, qui nous disait tel jour, que la crise n’était pas si grave et qu’il importait avant tout de communiquer, avouaient moins d’une semaine plus tard que rien n’allait plus. Tristes comédiens ! Soudain, l’Etat belge, comme ses voisins, a ouvert ses  tiroirs. L’ardoise pour la seule Belgique, le couteau sur la gorge : 4,7 milliards d’euros…avant que le gouvernement néerlandais ne décide de racheter  100% des activités néerlandaises du banc assureur, dont ABN Amro et Fortis Insurance Netherlands, laissant ainsi son voisin du sud gros-jean comme devant. Et déjà, il était question d’appeler à la rescousse des financiers internationaux appâtés par la bonne affaire.

    Bis repetita.

    dexia_lang6,4 milliards  pour Dexia, bâtie par absorption du Crédit communal, autrefois banque (publique) des communes, désormais soumise aux lois du marché et dont les dirigeants nous assuraient là aussi rien ne la menaçait. Coût pour le gouvernement fédéral et des Régions exsangues : trois milliards, alors que des rumeurs couraient sur de nouveaux problèmes de liquidités pour le groupe franco-belge.

    En attendant,  la Belgique en était de 7,7 milliards d’euros, soit plus de 700 euros par citoyen belge. De ces euros dont on nous dit qu’ils n’existent pas pour mener de vraies politiques sociales mais qui coulent, année après année, dans les caisses des grandes entreprises (voyez les intérêts notionnels !) et enrichissent les couches les plus aisées, nourrissant ainsi la bulle financière qui éclate aujourd’hui.

    Chez nous, comme partout, au bal des hypocrites, les banquiers ont mené la danse. Sous les applaudissements de responsables politiques en adoration devant le « libre marché sans entraves », la libre circulation des capitaux et le dogme de la dérégulation,  ces pierres angulaires de l’économie globalisée  et des traités européens. L’article 107 du défunt traité de Lisbonne ne décrète-t-il pas que « sont incompatibles avec le marché intérieur (…) les aides accordées par les États ou au moyen de ressources de l’État, sous quelque forme que ce soit, qui faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises » ?

    En outre, Le traité laisse intacts les pleins pouvoirs de la BCE. « Ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme », indique l’article 130. Ni la croissance ni l’emploi ne figurent parmi ses missions. Il est prévu qu’elle offre son appui au marché financier, par des opérations visant à mettre à disposition des institutions financières les liquidités dont elles ont besoin (protocole nº 4 relatif aux statuts de la BCE). Mais ces opérations de refinancement ne sont assorties d’aucune condition sur la destination et l’utilisation de ces crédits. Apparemment, le droit européen est à géométrie variable.

    La crise financière globale, partie des Etats-Unis et qui gangrène toute la planète finance, a réduit à néant bien des rêves de grandeur. « Fortis sauvé par les Etats du Benelux » avait cru pouvoir titrer Le Soir. Au même moment, c’est dans toute l’Europe que les pouvoirs publics volent au secours des apprentis-sorciers. En Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Et en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne… « On ne peut pas dire par avance qu'on va renflouer les banques, car cela transférerait les risques sur l'Etat. Même si in fine, c'est ce qui se passera dans chaque pays », a crûment avoué un proche de la chancelière Angela Merkel.

    Ainsi, les chantres de l’ultralibéralisme, ceux-là même qui privatisent à tours de bras – voyez la Poste – se livrent à des nationalisations partielles pour tenter de limiter les dégâts.

    …et la facture aux citoyens

    Et maintenant ? Mettons un certain nombre de choses au point. Qui paiera ? L’investissement de 4,7 milliards d’euros de la Belgique dans Fortis Banque se fera par le biais d’un emprunt avec garantie d’Etat, a précisé le ministre des Finances Didier Reynders, « Il n’y aura aucun effet sur le budget et sur le contribuable, même s’il y a toujours un risque ». Car si la machine s’emballe, il y a bien risque pour les petits porteurs. Et risque pour les contribuables, risques pour les bénéficiaires d’épargnes-pensions, risque pour les fonctionnaires ;  risque pour les salariés quand viendra le moment des ventes d’actifs et des restructurations, ces salariés qui iront rejoindre les cohortes de victimes de l’argent fou. Et risque pour l’Etat qui va s’endetter…Un  risque colossal donc quand il s’agira de passer à la caisse.

    Les nationalisations partielles sont des  solutions provisoires a déjà décrété le ministre belge des Finances, Didier Reynders, appuyé par le courageux Yves Leterme. « Notre ambition n’est évidemment pas de rester présents dans le capital » des Banque a-t-il dit sur l’antenne de la RTBF. En clair, il s’agit de rester sur les rails de l’orthodoxie ultralibérale. Comme toujours, après avoir privatisé les gains, on socialise les pertes. Et puis on revendra les parts publiques au plus offrant dès
    que le sacrosaint marché revigoré le permettra.

    Tartufferie

    Ainsi, voilà que nos gouvernants, tous partis de pouvoir confondus, versent des larmes de crocodile sur les « dérives » du capitalisme, voient dans la crise actuelle, pourtant bien prévisible, des « dysfonctionnements ». Osent même fustiger le « capitalisme fou » et quelques mauvais génies de la finance. Quelle tartufferie ! Au moment où colère et dégoût montent dans la population, c’est à la nature même du capitalisme qu’il conviendrait de s’en prendre, à ce système qui ne connaît qu’une loi, le profit,  une liberté, celle d’exploiter  le plus grand nombre au profit de quelques privilégiés, une pratique, la spéculation à outrance.

    Les peuples ont déjà donné et il ne suffira pas de s’en prendre vertueusement aux scandaleux parachutes dorés, première mesure certes justifiée, ni même d’enquêter pour savoir qui a fauté où et quand, puis  de repartir comme si de rien n’était. Il s’agirait de mettre la finance au service de la population, de lui donner un usage social. Il s’impose de redécouvrir de nouveaux modes de régulations, dit-on partout dans la panique ? Soit. On pourrait alors, par exemple, différencier les prêts selon qu’ils sont destinés à des opérations financières ou à être investis dans le développement utile, afin de réarticuler réglementation et développement de l’économie réelle. Remettre au premier plan, à contre courant du discours dominant, la question de la revalorisation des revenus du travail et des allocations sociales aux dépens de ceux du capital. Relancer un pôle financier public fort. Rendre transparents les marchés financiers et en finir avec les paradis fiscaux. Et mettre les entreprises qui spéculent en bourse à contribution afin de financer les opérations de nationalisation actuelles.

    Iconoclaste ? Oui, aux yeux de ceux qui continuent à parler de dérapages au sein d’un système qui resterait fondamentalement efficace. Non, si l’on constate que ces deux dernières décennies ont déjà été marquées par trois crises monétaires et financière successives. Celles-ci sont bien la conséquence de choix politiques opérés par les gouvernements. Un débat de fond doit donc être ouvert sur les finalités même de l’économie : que produire, à quelle fin, comment utiliser l’argent et les richesses créées ? L’heure est venue de demander des comptes.

    Pour comprendre

    Subprimes. Prêt accordé aux foyers américains pour acquérir un logement. Le taux d’intérêt était bas les deux premières années, puis aux prix du marché. La conjonction de la hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine de 1 à 5% entre 2003 et 2006 et de la baisse des prix de l’immobilier a mis des millions de foyers dans le rouge. En 2007, deux millions de maisons été saisies.

    Titrisation. Mécanisme qui permet de transformer un prêt en actif négociable sur le marché. Un crédit subprime étant très risqué pour l’organisme qui l’accorde, les crédits sont regroupés et revendus à un tiers (une banque, un fonds d’investissement, etc.).  Quand les prix de l’immobilier ont chuté, ces produits ont constitué autant de créances douteuses. D’où les faillites en série.

    Hedge funds. Fonds d’investissement spéculatif. Ils acquièrent et vendent toutes sortes de produits : créances, actions, marchandises et même œuvres d’art. En février 2007, à l’initiative du président Bush un groupe de travail sur ces hedge funds, a décidé de laisser ces fonds s’autoréguler. Parmi les causes de la crise actuelle, on retrouve la faillite de deux fonds d’investissement spéculatifs de la banque Bear Stearns l’an dernier, qui a affolé les marchés.

    Agences de notation. Sociétés chargées d’évaluer la validité des placements financiers. Elles donnent ainsi des notes. Les obligations d’État, réputées sûres, reçoivent généralement les meilleures notes (un triple A : AAA). Mais les agences avaient accordé aussi de façon très surprenante les meilleures notes aux produits titrisés issus des subprimes…

    Credit crunch. De peur de ne pouvoir se faire rembourser, les banques rationnent leur offre de crédit, ce qui passe par une hausse des taux aux entreprises. Une absence d’investissement signifie ralentissement de la croissance, augmentation du chômage et stagnation des salaires.