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  • Nouvelles 122 ( 1 ère partie)

    Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


    Lettre ouverte aux parlements fédéraux, régionaux et communautaires

    Objet
    : Projet de loi portant assentiment au Traité de Lisbonne modifiant le Traité sur l’Union européenne et le Traité instituant la Communauté européenne, et à l’Acte final, faits à Lisbonne le 13 décembre 2007

    lisbonne

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

    Vous allez devoir vous prononcer sur le nouveau projet de Traité de l’Union Européenne. Ce Traité aura valeur de Constitution Européenne. Il s’agit par conséquent d’un nouveau pas d’envergure dans la construction européenne. Ce Traité jouera un rôle décisif non seulement dans le fonctionnement de notre pays mais également dans la vie quotidienne des citoyens et des familles. Il sera déterminant pour les conditions de vie et de travail de chacun. Une nouvelle fois des compétences vont être transférées du niveau national au niveau européen.

    Par la présente lettre ouverte nous voulons attirer l’attention sur le fait que l’on ne peut traiter l’évènement à la légère. Une Constitution n’est pas un document de plus que l’on peut facilement jeter à la poubelle. Par ailleurs, dans notre démocratie, le citoyen pouvait s’attendre à ce que le gouvernement ait assuré une large diffusion de ce texte fondamental et que les autorités politiques aient organisé des débats politiques à grande échelle. Or, non seulement il n’a jamais été question d’une consultation populaire mais, de plus, le débat politique est en dessous de tout. Le débat parlementaire lui même risque d’être au niveau zéro à en croire la discussion hâtive et sans esprit critique qui a eu lieu au Sénat, la chambre de réflexion de notre pouvoir législatif.

    En tant que partisans d’une Europe démocratique, sociale et solidaire, nous avons des réticences gravissimes par rapport au texte qui vous est soumis. Ce projet est une occasion ratée si tant est que l’objectif viserait à organiser une Europe soutenue massivement par ses citoyens.

    Nous tenons à vous présenter quelques considérations qui, dans le contexte d’une lettre ouverte, devront nécessairement être générales.

    Nous restons sur notre faim par rapport au fonctionnement démocratique des institutions européennes. Cinquante ans après la constitution de la CEE et dans le cadre de l’actuelle Union Européenne, le rôle démocratique du Parlement européen reste en-dessous de tout. Le pouvoir réel continue à être assumé par la Commission et le Conseil, qui ne reçoivent que des résolutions et positions insuffisamment contraignantes d’un Parlement qui n’assume essentiellement qu’une tâche de contrôle très relatif et non pas une tâche de décideur politique.

    De même, nous n’acceptons pas le principe qui est à la base de la politique sociale menée par l’Union Européenne actuelle et qui est confirmé par le projet de Traité sur lequel vous devrez vous prononcer. La protection sociale est entièrement soumise à la conformité au Traité et aux lois économiques du profit.

    La responsabilité sociale des entreprises est reléguée à l’arrière–plan et la flexibilité des travailleurs est hissée au premier plan des préoccupations.

    Au nom du marché libre et des règles de la concurrence, le travail est entièrement soumis aux intérêts du capital. La question de la démocratie économique est à peine effleurée.

    Enfin, encore une réflexion concernant la position de soumission internationale caractéristique de l’Europe actuelle. Le projet de Traité ne défend pas une Europe autonome et  adulte qui, sur la scène internationale, serait à même de mener sa propre politique. Le projet confirme la dépendance à l’Otan dont on sait qu’elle n’a pas vocation à développer des relations mondiales de coopération solidaires et respectueuses de l’indépendance de toutes les nations. L’Union Européenne doit développer des relations internationales basées sur le respect mutuel des nations et des cultures, une collaboration solidaire et la réalisation de progrès sociaux décisifs avec la volonté de la protection de l’environnement. Les organisations internationales telles que les Nations Unies et l’Organisation Internationale du travail ont cette vocation. L’Union Européenne doit s’inscrire dans cette perspective plutôt que dans une voie impérialiste.

    Vous comprendrez, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, qu’un pareil projet constitutionnel européen, qui, de plus, ne réserve qu’un rôle subordonné aux Droits de l’Homme, ne peut recevoir notre consentement, alors que notre soutien à une Europe démocratique, sociale et progressiste, protection de l’environnement incluse, est hors de doute.

    Nous attendons de votre part un débat parlementaire sérieux et fondé, qui ne craigne pas l’esprit critique et qui mette en évidence la nécessité d’une autre Europe, d’une Europe qui veillerait au large soutien de sa population.

    Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, l’expression de nos sentiments très distinguées.

    Georges DEBUNNE, Ancien Président FGTB/ ABVV et CES, Pierre GALAND,  Président Forum Nord-Sud, Ernest GLINNE, Ancien Ministre et député européen honoraire, François HOUTARD, Prêtre, sociologue et co-fondateur du Forum Social Mondial, Lode Van OUTRIVE, Député européen honoraire, Jef SLEECKX, Député fédéral honoraire, Maxime STROOBANT, Professeur émérite du droit du travail VUB et Mateo ALALUF, Sociologue ULB, Anne DUFRESNE, Chercheuse GRAID ULB, Henri EISENDRATH, Prof VUB, Corinne GOBIN Maître de recherche FNRS, Sophie HEINE Chercheuse ULB, Paul LOOTENS, Secrétaire fédéral Centrale Générale FGTB, Jaak PERQUY, filosoof, Michel VANHOORNE, prof en Ugent, Hendrik VERMEERSCH, 15 december Beweging/ Mouvement, Jacques VILROKX, Prof VUB

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    Dumping légalisé contre droits du travail


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    A la mi-janvier, la droite et les libéraux ont refusé que les parlementaires européens débattent, à l’initiative du groupe de la Gauche unie européenne, des décisions de la Cour de justice européenne qui favorisent le dumping social. En décembre, au nom du principe de la « liberté d’établissement »,  la Cour a jugé légal qu’une entreprise lettonne ne respecte pas les conventions collectives du bâtiment suédois et qu’un navire d’une compagnie finlandaise soit ré-immatriculé en Estonie.

    Ainsi, le fait qu’une entreprise emploie un maçon letton sur un chantier suédois pour 425 euros par mois alors que les accords collectifs locaux prévoient pour ce type de travail un minimum de 1450 euros mensuels est conforme aux traités européens. Le tribunal européen a donné raison à la firme lettone qui avait porté plainte contre le syndicat suédois des travailleurs de la construction (Byggnads) pour avoir bloqué le chantier afin d’empêcher ces pratiques. L’affaire avait pris très vite dans toute l’Europe une dimension emblématique et suscité un vaste mouvement de sympathie dans tout l’univers syndical européen.

    La Cour de justice européenne a estimé que la grève et le blocage ont rendu « moins attrayant, voire plus difficile, l’exécution de travaux de construction sur le territoire suédois et constituent une restriction à la libre prestation des services ». Et précisé qu’obliger le groupe letton à se soumettre aux règles sociales suédoises constitue « une discrimination ».

    Quelques jours plus tôt, la Cour européenne avait rendu un verdict identique en donnant raison à une société de ferries finlandaise, Viking Line, qui avait immatriculé en Estonie le bateau faisant la liaison Helsinki-Tallinn. Ce simple changement de pavillon lui permettait d’employer des personnels estoniens deux à trois fois moins bien payés que leurs collègues finlandais. Là aussi les syndicats avaient eu recours à des grèves pour empêcher la manœuvre. Et là aussi, suite à la plainte des patrons de la société de ferries, la Cour européenne a tranché en faveur du dumping social, en arguant que les actions syndicales constituaient des « restrictions à la liberté d’établissement ».

    Ces deux arrêts montrent le risque de voir lever un à un les garde-fous érigés par les législations nationales, sous couvert de primauté du droit et de la chose jugée au plan communautaire.


    Le grand retour de la « question salariale »

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    Alors que les profits explosent, les ménages sont à la peine. Vie chère, pouvoir d’achat en déroute… Stop ou encore ?  L’évidente inégalité dans la répartition des richesses justifie la vigueur des revendications salariales aux quatre coins de l’Europe.
    MAURICE MAGIS

    Personne ne se hasarde à prédire les effets ultimes du séisme qui bouleverse une planète finance apparemment bien opaque et fort lointaine. Mais ses conséquences, comme toujours, risquent d’être ravageuses pour les salariés. La pression politico-affairiste sur les revenus du travail se fera forte si la récession annoncée se confirme. Pourtant, dans toute l’Europe, la question du pouvoir d’achat, pris au piège entre les hausses des prix et l’écrasement des rémunérations, vient largement en tête des préoccupations populaires. D’un côté, on peut prédire que les entreprises et les gouvernements vont prôner une nouvelle cure d’austérité sur les salaires et la consommation. De l’autre, les organisations de travailleurs mettent en avant des revendications qui ne sont pas seulement défensives mais constituent une condition sine qua non pour une relance de l’économie, des recettes publiques et des moyens de la sécurité sociale.

    Aujourd’hui, l’inflation galope. Le premier ministre slovène, Janez Jansa, a dû admettre que « l’inflation élevée est un problème pour la Slovénie ». Bien que son pays assure la présidence de l’Union européenne, il a pointé la monnaie unique : « L’introduction de l’euro a contribué à cette accélération de l’inflation à hauteur de 0,6 %. » Ljubljana a adopté la monnaie unique en janvier 2007 avec une inflation de 2,5 %, et affiche maintenant un taux record de 5,7 %. Pire, la hausse des prix alimentaires est de 11 %, créant un vif mécontentement. En novembre dernier, le candidat soutenu par le gouvernement pour la présidence de la République a été battu sur cette question du pouvoir d’achat.

    Mais la Slovénie vit ce que vit toute l’Europe. Les compteurs sont au rouge : + 2 % en France, + 9,6 % en Estonie, qui n’est pas près de remplir les critères d’adhésion à l’euro. De son côté, l’organisme officiel Eurostat a même annoncé pour la zone euro en décembre une inflation de 3,1 % sur un an, un chiffre inégalé depuis six ans et demi. Partout comme en Belgique, les facteurs explicatifs sont les mêmes : hausse des tarifs de l’énergie, augmentation du prix des denrées alimentaires, loyers en hausse, et surtout un partage des richesses de plus en plus défavorable aux salariés.

    « Changement de régime »

    Les faits sont là. Selon la Commission européenne, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué entre 1982 et 2006 de 8,6 points dans l’Union européenne au profit du capital. Entre 1998 et 2006, la productivité des salariés a augmenté de 1,7% en rythme annuel mais le pouvoir d’achat de 1,25% seulement.  « Durant les années 1960 et 1970, les salaires représentaient près des trois quarts du produit intérieur brut (PIB) en Europe. Depuis les années 1980, cette part n’a pratiquement pas cessé de reculer, pour atteindre 66,2 % en 2006 (3). La perte équivaut en moyenne à sept points de PIB par rapport à 1983. Cette baisse illustre un véritable changement de régime », analyse l’économiste français Michel Husson,  « Jusqu’à la crise du milieu des années 1970, le pouvoir d’achat du salaire était indexé sur la productivité du travail, la part salariale étant à peu près constante et les inégalités tendant à se réduire. Sous la pression du chômage, ce lien a été durablement rompu, en même temps que se sont développées les diverses formes de précarité associées aux bas salaires. (1) »
     
    Cette situation a motivé cette résolution du comité exécutif de la Centrale européenne des syndicats : « les salaires sont mis sous pression par le modèle économique européen ». Selon le texte, « la mobilité illimitée des capitaux (…) est utilisée pour mettre sur pied une coordination de facto des exigences des entreprises. » De plus, « la modération compétitive des salaires déclenche un cercle vicieux de faible demande domestique entraînant à son tour une croissance globale faible, mettant ainsi en place la phase suivante de l’obtention de concessions de la part des travailleurs ». Une stratégie bien rodée au service des actionnaires, mais qui rencontre ses limites cette année. La presse économique s’inquiète déjà des « demandes agressives d’augmentations » en 2008. Et, bien entendu, le grand patronat met en garde. « Des hausses de salaires supérieures à 3% en moyenne en zone euro pourraient être source d’inquiétudes » a ainsi prévenu Marc Stocker, de l’organisation patronale Business Europe.

    De ce point de vue, celle-ci n’est pas près de sortir de ses transes. En Italie, où les manifestations se multiplient, les fédérations du secteur de la métallurgie (où les salaires se situent entre 1000 et 1200 euros) ont obtenu 127 euros d’augmentation sur trente mois. Certes, au prix de mesures favorisant la flexibilité. Mais le mouvement est lancé. C’est que le prix du pain a augmenté de 12,3% et les pâtes de 8,4% l’an dernier. Avant de chuter, le gouvernement Prodi, tout en admettant que « les salaires italiens sont trop bas », pensait jouer des baisses d’impôt pour relancer la consommation. Une recette libérale, qui a court dans toute l’Europe.  Et « une idée bizarre, a relevé le secrétaire de la Bourse du travail de Brescia, « ce que le patron ne te donne pas, tu peux l’avoir de l’Etat. Ce qui n’a rien à voir avec le problème de fond : les salaires doivent augmenter. » Et les mobilisations se poursuivent dans la péninsule.

    En Irlande, le bras de fer sur les salaires a provoqué l’ire de la presse patronale. En décembre, le congrès des syndicats irlandais notait que « les revenus de nombreux travailleurs n’ont pas augmenté en 2007 ». Or, on annonce une augmentation des prix de 4% cette année. En Grande-Bretagne, les six millions de fonctionnaires réclament une revalorisation salariale de 6% quand le gouvernement ne propose que 2%.

    Face à cette explosion revendicative, les politiques éprouvent quelques difficultés à faire la sourde oreille. En Espagne, José-Luiz Zapatero a d’ores et déjà annoncé une nette augmentation du SMIC s’il est réélu, ce qui porterait le salaire minimum à 800 euros en 2012, contre 600 aujourd’hui. Mais ailleurs, le choix dominant semble être, comme en Belgique, celui de la baisse des impôts et des « charges » sociales.  En Espagne toujours, l’opposition de droite prévoit, en cas de victoire aux législatives du 9 mars, une diminution de la fiscalité des ménages.

    Cela suffit pour que la Banque centrale européenne (BCE) appelle encore et toujours à la modération salariale. En janvier, Le conseil des gouverneurs s’est inquiété d’« effets de second tour » d’« une spirale inflation-salaires ». Un point de vue contesté par la Confédération européenne des syndicats (CES) qui, par la voix de son secrétaire général adjoint, Reiner Hoffmann, a estimé que « la BCE attaque les conventions collectives ».

    En Belgique aussi

    En Belgique, où les syndicats ont manifesté en décembre pour le pouvoir d’achat, le Premier ministre, peu soucieux d’attiser l’angoisse sociale en pleine crise politique, a parlé de la liaison des salaires au coût de la vie comme de « la meilleure réponse aux questions et inquiétudes que suscite le pouvoir d’achat. » Des mots inattendus dans la bouche d’un libéral pur jus. Mais qui ne doivent pas faire oublier que le système belge ne met plus les ménages à l’abri de l’inflation. Au président de la BCE qui estimait que « tout schéma d’indexation des salaires sur les prix devrait être éliminé », le gouverneur de la Banque nationale a rappelé que « En Belgique, les salaires sont depuis les années 90 liés à l’indice santé qui exclut le tabac, le pétrole et la plupart des produits pétroliers. » Et qu’il « faut y ajouter la loi sur la compétitivité, à savoir que les hausses salariales ne peuvent plus dépasser la moyenne de l’Allemagne, de la France et des Pays-Bas. » M. Quaden aurait dû rappeler également les quatre « sauts d’index » imposés au monde du travail dans les années 80 et le « lissage » de l’index qui entretient un décalage constant entre augmentation du coût de la vie et progression des revenus du travail.

    Plusieurs études récentes ont ainsi montré un appauvrissement des ménages populaires depuis une dizaine d’années. Dans une étude fouillée, le Crioc (Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs) a  mis en évidence une chute du pouvoir d’achat des salariés de 2,08% (3,2% pour les familles défavorisées). De son côté, Test Achat a calculé que, en raison de la hausse des prix de nombreux produits de première nécessité, un ménage moyen doit s’attendre à devoir payer 417 euros de plus cette année…

    La BCE menace

    Alors que les salaires (index compris) n’ont progressé que de 19% entre 1996 et 2005 dans notre pays, les revenus financiers ont grimpé, eux, de 25%. Un phénomène général dans les pays riches. Comme l’a démontré une étude du Mouvement Ouvrier Chrétien, « Tous les pays de l’OCDE ont été touchés par un effondrement de la parti de la richesse nationale qui va aux travailleurs au cours des trente dernières années. L’autre partie, correspondant aux bénéfices (…) a mécaniquement gagné en importance (2). »

    Un processus d’autant plus insupportable quand la spéculation fait grimper les prix du pétrole, des céréales ou du logement. Mais, en gardien de la foi libérale, la BCE n’en a cure. Son président Jean-Claude Trichet n’a que les salaires dans  sa ligne de mire. Pour lui, si les salaires augmentent, les prix suivront et « la BCE ne tolérera pas de spirale inflation salaires ». Mais pas question de s’en prendre aux jeux financiers qui tarissent les sources d’investissement pour la production de biens réels. Il a donc prévenu qu’en cas de hausse des salaires dans la zone euro, il augmenterait les taux d’intérêts. Un chantage qui, s’il fonctionne, risque surtout de peser encore sur la croissance. Mais une menace qui, visiblement, porte de moins en moins.

    L’exemple de la France est parlant. M. Sarkozy s’est fait élire en promettant emplois et pouvoir d’achat, les inégalités augmentent, la revendication salariale gagne tous les secteurs…et le président est en chute libre dans les sondages. « Comment ne pas s’interroger devant un gouvernement qui, après avoir distribué 15 milliards d’euros essentiellement au profit des plus aisés vient affirmer trois plus tard que ‘les caisses sont vides’ ?» remarquait récemment dans Le Monde le sénateur socialiste Didier Migaud, en concluant que, « Pour le pouvoir d’achat, le compte n’y est pas ». Dame ! En France, les revenus du travail ne totalisaient plus que 53 % du revenu disponible des ménages en 2003, contre 67 % en 1978, alors même que la proportion de salariés a augmenté entre-temps de 83,6 % de la population active occupée à 91,4 %.

    L’exemple allemand

    Une évidence partagée aux quatre coins de l’Europe. En Suède, les enseignants viennent d’arracher une augmentation de plus de 10% de leurs appointements. En Allemagne, les syndicats ont lancé un avertissement au patronat. Déjà, plusieurs secteurs ont été touchés par des grèves. Avec un message clair : le temps de l’austérité est révolu. Il s’agit d’en finir avec la rigueur imposée  depuis plus de dix ans outre-Rhin. Selon les calculs du ministère des Finances, le salaire net moyen des Allemands se situe en dessous du niveau de 1991. Pourtant, la croissance est bien là et les entreprises avouent des bénéfices record. Pour IG Metall, « les employés ont droit à leur part des bénéfices quand ceux-ci explosent. »

    Les organisations de travailleurs exigent une fois de plus l’instauration d’un salaire minimum dans un pays où ce garde-fou contre le dumping salarial n’existe pas (3). Des salaires horaires oscillant entre 4 et 7 euros sont le lot de centaines de milliers de personnes. La descente aux enfers s’est accélérée avec la réforme du marché du travail, dite Harz IV, imposée par un gouvernement à majorité social-démocrate et contraignant les chômeurs à accepter n’importe quel job à n’importe quelle condition. L’Allemagne est ainsi devenue l’un des pays européens où l’amputation du pouvoir d’achat a été la plus forte. La récente victoire des personnels roulants de la compagnie publique de chemin de fer – ils ont obtenu une hausse salariale de 11% après dix mois de conflit – a donc fait l’effet d’une véritable « rupture », mais à l’opposé des logiques de rationnement social en vigueur dans toute l’Europe. Le patron de la Deutsche Bahn, Hartmut Mehdom, y a d’ailleurs vu « une défaite pour la DB et pour l’économie allemande tout entière », ajoutant : « Nous ne pouvions que limiter la casse pour éviter d’autres grèves », un effet boule de neige, bien au-delà du périmètre de l’entreprise et même du pays.

    Un pari apparemment intenable. La grève des cheminots a profité de l’appui de l’opinion publique. Et la revendication du salaire minimum légal est, là encore, devenue un enjeu politique central. La question du pouvoir d’achat a nettement pesé sur les scrutins de fin janvier en Hesse et en Basse-Saxe avec le recul du parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel et la confirmation de l’installation de Die Linke (La Gauche) dans le paysage politique. Un parti qui avait engagé seule au départ la campagne sur le salaire minimum avant d’être rejoint par le SPD (le Parti social-démocrate).

    Dès lors que l’on compte seize millions de bas salaires dans les pays de l’Union européenne, il ne se trouve plus guère de responsables politiques pour ignorer cette question lancinante. Et l’on sera d’accord avec Michel  Husson pour estimer que « En réalité, la manière la plus simple de défendre la ‘valeur travail’», très en cour ces derniers temps, serait... d’augmenter les salaires, et plus particulièrement les plus bas d’entre eux. »

    1. « Travailler plus pour gagner moins », Le Monde diplomatique, avril 2007.
    2. « Salaires et profits. Quelle part pour qui ? ». Dans la revue Démocratie du 16 décembre 2007.
    3. La question d’un salaire minimum revient à l’ordre du jour dans tous les pays où il n’existe pas. Après le Royaume-Uni, qui l’a institué en 1999, et l’Irlande en 2000, le débat est ouvert en Allemagne, en Autriche et en Suisse


    Les " FOUS DE DIEU " façon Bush

    RELIGION-TODAY

     

    Chrétiens évangélistes et barbus, même combat ? Une même ennemie : la liberté

    Thomas Cantaloube extrait de Marianne

    Comme son allié Tony Blair, Georges Bush se serait bien passé du scandale des caricatures de Mahomet, qui l'accule à d'humiliantes contradictions.

    Un porte-parole de Département de l'Etat a d'abord jugé les dessins "inacceptables", avant que le président, quelques jours plus tard, ne rappelle que les Etats-Unis rejettent, par principe, toute atteinte à la liberté de la presse.

    Côté médias, pas un seul journal n'a publié les estampes impies, ne serait-ce que pour illustrer la polémique. Les Américains sont gênés aux entournures, et pas seulement parce que 150.000 GI's sont exposés, au Moyen-Orient, aux coups des islamistes. Non, l'embarras américain provient plutôt du fait que, dans un pays qui a sanctifié la liberté d'expression au point de tolérer régulièrement des défilés néo-nazis, il existe aussi une frange de la population qui partage les vues des barbus, sitôt qu'il s'agit de religion : ces chrétiens évangélistes, chauffés à blanc, bien sûr, artisans de la reconquête du Sud par la Parti républicain façon Bush.

    Un récent fait divers donne la mesure de leur capacité de nuisance : en novembre dernier, dans une petite ville de Fulton (Missouri), des lycéens montent la célèbre comédie musicale Grease : une aimable bluette entre une blonde et un blouson noir, incarné jadis à l'écran par John Travolta, sur fonds de rock  fifties. A priori, il n'y a pas là de quoi exciter l'ire du plus bilieux des télévangélistes.

    Prudent, le professeur qui supervise la pièce, prend le soin d'en expurger les jurons, et coupe une scène où les protagonistes se cachent pour fumer de la marijuana. Las ! Quelques jours après la représentation, le directeur du lycée reçoit une pleine brassée de lettres indignées. Après examen des missives, le proviseur découvre qu'elles émanent toutes des paroissiens d'un Eglise évangélique locale, la Callaway Christian Church, qui se sont donné le mot. La plupart n'ont pas assisté à la pièce.

    Que fait alors le directeur ? Il confesse son " erreur ", se confond en excuses, et admet que Grease était un choix « inapproprié ». Pour faire bonne mesure, il annule aussi le projet des potaches, qui voulaient monter le classique d'Arthur Miller, Les Sorcières de Salem. Cette parabole, écrite en pleine hystérie maccarthyste, raconte l'histoire d'une communauté puritaine, en Nouvelle Angleterre, qui entreprend de brûler ses sorcières. Sujet qui autorise quelques comparaisons avec la situation présente. Là encore, le proviseur fait marche arrière, les évangélistes n'ayant pas la réputation de lâcher leur prise. " Nous croyons que la Bible est la Parole de Dieu. Nous pensons qu'elle contient toutes les réponses à notre vie quotidienne, nous croyons que nous serons sauvés en obéissant à la Parole de Dieu ", proclament les brochures de la Calaway Christian Church, une Eglise pas plus fanatique que les innombrables congrégations essaimées dans la " Bible Belt "

    Vengeance divine bien méritée …

    Avec 70 millions d'adeptes, ces dévots de l'Ancien Testament excellent à pratiquer l'entrisme dans les instances dirigeantes des Etats. Ils ont mis ainsi le Parti républicain au défi d'abolir les lois sur l'interruption de grossesse. Ils veulent bouter Darwin et la doctrine évolutionniste hors des manuels scolaires. Ils ont érigé des barrières contre la recherche génétique sur les embryons. En guerre déclarée contre la sécularisation du monde, ils exigent la lecture de la Bible dans les écoles publiques, et refusent que leurs enfants assistent aux cours de biologie. Sans parler de leur chantage, suivi d'effets, pour que des monuments célébrant les dix commandements soient érigés devant les palais de justice, et que les Eglises soient chargées de la gestion des budgets sociaux.

    Ces " apôtres " réclament aussi, par la bouche de Pat Robertson et de Jerry Falwell, les deux ténors du mouvement, l'exécution du président vénézuélien Hugo Chavez, coupable de contrarier une Amérique amie de Dieu.

    Le même Robertson avait d'ailleurs décrété, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, qu'ils constituaient une vengeance divine bien méritée après l'adoption, pendant un demi-siècle, de lois encourageant
    la débauche.

    Faut-il préciser que la majorité des suffrages bushistes, lors des deux dernières présidentielles, portait leur empreinte ?

    A pareil compte, comment s'étonner que le locataire de la Maison Blanche renâcle à soutenir, ailleurs, des turlupins qui piétinent ce (mauvais) goût du sacré ?


    Pour le retour à une poste entièrement publique en 2009

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    Le 31 janvier dernier, le Parlement européen a approuvé en deuxième lecture la « libéralisation » (sic) définitive des services postaux en 2011. Voici un nouveau secteur économique qui, sous la pression de l’Union européenne et avec l’assentiment des gouvernements nationaux, va irrémédiablement quitter la sphère publique. C’est un secteur majeur puisqu’il emploie 5,2 millions de personnes dans l’Union et représente 88 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 1 % du PIB total des pays de l’Union. Le fait que les expériences anglaises ou hollandaises soient un désastre du point de vue social n’a pas pesé. Le fait que la distribution du courrier dans toutes les boîtes constitue, selon la théorie économique, un monopole naturel a également été ignoré ; de même que le rôle social important du service public postal – banque de proximité, paiement des petites pensions… – désormais appelé à disparaître.

    Si cette libéralisation fait peser d’énormes risques sur l’emploi et la qualité du service rendu à la population, il est utile de rappeler qu’en Belgique, ladite catastrophe est déjà en cours depuis la privatisation (partielle) de la Poste, décidée en 2005.

    La précarisation de l’emploi (diminution du nombre d’emplois statutaires et recours de plus en plus au travail intérimaire et à temps partiel), les fermetures massives de bureaux (200 seront encore fermés en 2008 alors qu’une enquête Eurostat pointe déjà le manque de bureaux en Belgique), le recours à des franchisés, les plans Géoroute successifs (durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail et de supprimer plusieurs milliers d’emplois), tous les reculs sociaux que les travailleurs et les utilisateurs de la poste connaissent aujourd’hui ne sont qu’indirectement liés à une libéralisation qui n’interviendra que dans trois ans. Ils sont par contre directement imputables à la privatisation de 2005 décidée par le gouvernement libéral-socialiste.

    Il faut s’interroger sur le choix de l’actionnaire privé fait par le gouvernement en 2005. Il s’agit d’un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier qui possède actuellement une quarantaine d’entreprises – allant des appâts pour la pêche, aux réfrigérateurs en passant par
    les services IT et la cordonnerie – dont dépendent plus de 300.000 employés. Le business de CVC consiste tout simplement à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois et un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10 % actuellement). S’agissait-il vraiment d’un choix judicieux ?

    Dans le cadre actuel, à savoir la gestion selon une logique de profit (1), il est exact qu’avec la libéralisation et l’arrivée possible de concurrents, la situation risque de s’aggraver – ainsi que c’est déjà le cas pour le courrier de plus de 350 grammes. Pertes d’emplois et baisse supplémentaire de la qualité des services sont à craindre. Le riche patron de la poste (un million d’euros de salaire annuel) et ancien conseiller de CVC Capital Partners (jusqu’en 2004),

    Johnny Thijs, n’a d’ailleurs pas tardé à lancer une bouée médiatique. Il s’est plaint du service universel que doit assurer la Poste et qui constituera un « handicap » pour son groupe face à la concurrence. L’Etat verse pourtant une dotation de 290 millions d’euros par an à la Poste pour couvrir ses missions de service public. Mais le fait de rendre un service à la population (par exemple, la livraison du courrier tous les jours et dans toutes les boîtes) n’en est pas moins un « handicap » pour le patron de la Poste, qui raisonne uniquement en termes de rentabilité. Voilà la situation grotesque à laquelle nous sommes arrivés. Il est temps de réagir.
    La Poste bénéficie encore à ce jour d’une infrastructure incomparable. On peut penser que son implantation locale constituera – même dans un marché libéralisé – un avantage important dans les années à venir. Le contrat de gestion avec le consortium arrivant à échéance en 2009, pourquoi dès lors ne pas reprendre nos billes et en revenir à un service postal 100 % public en Belgique ? Combinée à des exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers après la libéralisation comme vient de le faire l’Allemagne – cette mesure permettra de limiter la casse, en attendant qu’une contre-offensive puisse être mise en place. Si les conditions d’un nouveau contrat de gestion lui sont moins favorables, le consortium sera tenté de revendre ses parts. La valeur de La Poste ayant été largement sous-évaluée lors de l’entrée du secteur privé dans son capital (par le biais d’une augmentation de capital de 300 millions d’euros pour 50 % des actions moins une), le rachat de ses parts au consortium ne devrait pas coûter trop cher – environ 10 fois moins que la nouvelle réforme fiscale prônée par Didier Reynders et 25 fois moins que les réductions annuelles de cotisations patronales.

    C’est là une revendication gouvernementale forte que la gauche devrait avoir. C’est ce que nous demandons avec l’initiative
    www.sauvonslaposte.be.

    (1) La Poste a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à 2006.

    (*) André Beauvois (Ancien secrétaire général CGSP Liège), Jean Bricmont (Professeur à l’UCL), Jean Marie Coen (Porte parole d’Attac Wallonie-Bruxelles), Nico Cué (Président de la MWB-FGTB), Céline Delforge (Députée régionale Ecolo), Pascal Durand (Professeur à l’ULg), Pierre Eyben (Secrétaire politique de la Fédération de Liège du PC, coordinateur francophone de l’initiative « sauvonslaposte.be »), André Flahaut (Ancien ministre de la Défense, député fédéral PS), Jean-Claude Galler (Secrétaire fédéral CGSP secteur Gazelco), Marc Goblet (Président FGTB Liège-Huy-Waremme), Corinne Gobin (Politologue et directrice du Graid à l’ULB), Thierry Jacques (Président national du MOC), Jacques Lespagnard (Secrétaire régional CGSP secteur poste), Jean Pierre Michiels (Président de l’ACJJ et conseiller communal communiste à La Louvière), André Mordant (Ancien Président de la FGTB), Jean-Marc Namotte (Président de la CSC Liège-Huy-Waremme), Jean-François Pontégnie (Porte parole de l’initiative UAG), François Schreuer (Ancien président de la FEF, journaliste), Jean-Marie Schreuer (Secrétaire fédéral du MOC de Liège-Huy-Waremme), Michel Vrancken (Président national CGSP secteur enseignement)