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26/05/2008

Nouvelles n° 121 ( 1 ère partie)

Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


La Belgique protège son aide au développement des fonds basés dans les paradis fiscaux

L’aide belge désormais inaccessible aux "fonds vautours"

par Panapress

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Le Sénat de Belgique a adopté une proposition de loi rendant "insaisissables et inaccessibles", les crédits destinés à l’Aide publique au développement (APD), par les fonds vautours, appellation par laquelle on désigne les fonds d’investissement immatriculés dans des paradis fiscaux comme les îles Vierges britanniques.      

La stratégie des fonds vautours consiste à racheter à très bas prix les créances sur des pays pauvres, avant de poursuivre ces Etats en justice afin d’obtenir le remboursement de l’intégralité des créances nominales majorées des intérêts de retard. Les sénateurs belges ont adopté cette proposition de loi pour empêcher que des fonds d’aide au développement débloqués par la Belgique soient capturés par les fonds vautours.

Des fonds vautours basés aux îles Caïmans ont fait saisir récemment près de 12 millions de dollars que le ministère belge de la coopération avait débloqués en faveur de la République du Congo Brazzaville. Dans le passé, ces fonds d’investissement avaient acheté des dettes congolaises pour 1,8 million de dollars avant de réclamer plus 120 millions de dollars au gouvernement du Congo Brazzaville.

Selon le Comité pour l’annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), une ONG belge spécialisée dans la dénonciation des dettes injustes, la RD Congo est redevable de 452,5 millions de dollars à des fonds vautours.

Le CADTM cite le cas de la Zambie qui a obtenu de la Haute Cour de Londres, de ne rembourser que 17 millions de dollars à un fonds vautour basé aux Iles Vierges qui réclamaient au gouvernement zambien une dette de 55 millions de dollars. A l’origine de cette affaire, le fonds d’investissement basé aux Iles Vierges avait racheté pour 3,2 millions de dollars une dette d’une valeur nominale de 30 millions de dollars que la Zambie avait contractée en 1979 à la Roumanie pour l’achat des tracteurs à ce pays. En 2003, les responsables de ce fonds vautour avaient réussi à signer avec le gouvernement zambien un accord prévoyant le payement par Lusaka d’un montant de 16 millions de dollars, l’accord étant assorti d’une clause qu’en cas de non payement, la Zambie devrait payer immédiatement 45 millions de dollars, (soit 30 millions de dollars plus les intérêts de retard de 15 millions). En 2005, la Zambie n’ayant toujours rien remboursé, le fonds vautour réclamait à ce pays africain 55 millions de dollars (soit 45 millions de dollars impayés, plus 10 millions de dollars d’intérêt depuis 2003). L’accord signé par les deux parties prévoyait la compétence de tribunaux britanniques en cas de litiges.

Selon une étude du CADTM, les fonds vautours réclament actuellement aux pays du tiers monde pas moins de 1,9 milliard de dollars. Sur 44 procès intentés par ces fonds, ils en ont remporté 26 et ont touché un total d’un milliard de dollars.

La loi adoptée par le Sénat belge empêchera désormais à ces fonds d’investissement de s’emparer de crédits de l’APD de la Belgique.

Lu sur AFRIC.COM - http://www.afrik.com/article13544.html


Les affaires carolos laissent des cicatrices non refermées au PS.

moriau0701Interview de Patrick Moriau par le Vlan.

Signes particuliers : Dernier marxiste attendri au royaume du PS & Love, Patrick Moriau fait toujours parler de lui. Entre rénovateurs et vieux débris, le « Tchat » coache toujours le petit Elio…

 

Serez-vous sincère?

Plus encore que sincère, je promets d’être honnête.

Sincérité et honnêteté : des vertus partagées au sein de votre parti ?

Joker.

Pourquoi faites-vous de la politique ?

Par hasard. Enfin… J’ai toujours été quelqu’un qui s’occupait des autres. Que je fasse de la politique ne m’étonne pas, c’est plutôt d’être rentré dans une logique de mandat(s) qui m’étonne. Ca, c’est arrivé par accident : en 1982, on m’a proposé d’être conseiller communal, je le suis devenu, puis échevin, puis Philippe Busquin m’a proposé de travailler avec lui, etc. Ca s’est vite passé.

Et là commence une grande histoire d’amour…

Non, pas une grande histoire d’amour, plutôt d’amitié ; c’est-à-dire que Philippe incarnait un renouveau… Bon, je sais que tous les dix ans, on parle de renouveau : Spitaels, dans les années 80, a amené Rénover et agir, Busquin et moi avons fait les clubs Dune, et Di Rupo ramène les Artisans, enfin les Ateliers du progrès. Mais il s’est passé que, dans les années 90, avec Philippe, on a eu un contact humain qui, en plus, était lié à une conception de la société. Une conception du socialisme qui correspond. Je ne crois pas que j’aurais pu travailler avec quelqu’un d’autre de la même manière…

Pas avec Elio Di Rupo ?

Je pense que non.

De cette collaboration avec Busquin, on retiendra essentiellement votre rôle dans la gestion du « trésor de guerre » du PS, dont le procès s’est soldé par votre blanchissement l’année passée…

Le problème à l’époque, c’est qu’on est dans une situation complètement ambiguë par rapport au financement des partis. Je l’assume, je l’ai toujours assumé, c’était mon rôle : j’étais secrétaire général du parti !

…Avez-vous porté le chapeau pour Busquin, comme il nous l’a dit à demi-mots ?


Je n’ai pas sauvé Busquin, je n’ai pas sauvé le parti, j’ai dit tout simplement qu’il y avait une situation qui existait, que j’ai dû assumer selon ma fonction, comme d’autres l’ont assumée. La différence entre eux et moi, c’est que chez nous il y avait eu l’assassinat d’André Cools qui a permis d’aller voir en profondeur. Mais j’aurais bien voulu qu’on fasse la même enquête sur l’ensemble des autres partis à l’époque ! Quelque part, on porte toujours le chapeau pour son parti parce qu’« il n’y a pas de fils innocent ». Autre exemple, quand on fait la loi sur les armes – qui pour moi est une loi que je trouve complètement ridicule : heureusement qu’on la revoit, on doit porter le chapeau ! La démocratie, c’est un rapport de forces : si on n’est pas majoritaire, on ne peut rien !

Le coup du trésor caché, ça vous a quand même valu plus de dix ans de procès…

Ce sont dix ans catastrophiques, sur le plan de la santé, de la vie personnelle, etc. Mais parfois, je me demande ce que je serais devenu sans ça. Je serais peut-être devenu un ministre ou – je n’ai pas envie de citer de nom – quelqu’un d’imbuvable, méprisant, cynique, etc. Finalement, je suis resté moi-même. Et la fin de ces années de galère fut heureuse… Ma bonne foi et mon honnêteté ayant été reconnues.

Vous présentez cette particularité de ne pas être catalogué dans tel ou tel clan…

« Je suis un Peau-rouge qui refuse de marcher en file indienne ». En politique aujourd’hui, on vous met toujours dans un clan ou dans un autre : si je dis que Di Rupo a tort, comme je suis de Charleroi, on va dire que je suis pro-Van Cau. Et inversement. Ce manichéisme est ridicule. Je dis les choses comme elles sont. Prenons un exemple : l’élimination du fils Van Cau est un scandale ! Dans n’importe quelle république bananière, on aurait gueulé pour moins que ça ! Quand je dis ça, est-ce que je cautionne la logique avec laquelle Van Cau a géré Charleroi ? Ca n’a rien à voir ! De n’être enfermé dans aucun clan, c’est une force. Mais c’est aussi une faiblesse, parce que je n’ai pas d’appuis.

Si vous n’êtes ni « archéo » ni « rénovateur », vous êtes quoi ?

D’abord, les archéos et les rénovateurs, c’est de la couillonnade ! Les jeunes qu’on amène, ce sont de faux jeunes, parce qu’ils sont bouffés par leurs certitudes et par leurs préjugés. Ca fait un an et demi que j’ai démissionné de la présidence de la fédération de Charleroi : il fallait de la rénovation. Où en est-elle, cette rénovation ? Les statuts n’ont jamais été autant bafoués qu’aujourd’hui ! On a des députés-échevins-présidents d’intercommunales qui sont les mêmes qui gueulaient contre le cumul des échevins, moins grave à l’époque ! Aujourd’hui, cette soi-disant rénovation, c’est l’opacité totale ! Il n’y a plus de débats et les décisions se prennent ailleurs, et en plus on ne sait pas très bien où.

Vous avez dit que depuis le passage de Paul Magnette, « Charleroi c’est Beyrouth »…

J’ai beaucoup d’estime pour lui, et je me dis d’ailleurs pour l’instant qu’il ne doit pas aimer le rôle qu’on lui fait jouer. Mais je m’explique : Beyrouth, c’est d’abord la lutte des factions ; à Charleroi aujourd’hui, il y a plusieurs clans ! Un chat n’y retrouverait pas ses jeunes – et c’est un expert qui parle, je suis bourgmestre de la Cité des Chats. Deux : il n’y a plus de pouvoir, plus d’autorité à Charleroi. Avant, il y avait une fédération, aujourd’hui elle est sous coupole ! J’ai appris que quand il y a des problèmes, on faisait des réunions de cette coupole en éliminant certaines personnes qu’on n’invite pas, et ce y compris au Boulevard de l’Empereur. A quoi ça sert encore d’avoir une coupole ? Où est l’autorité ? C’est comme à Beyrouth. Et enfin, troisième élément : à Beyrouth, la communauté internationale dit que la démocratie avance – Condoleeza Rice nous l’avait dit expressément en 2005 à Washington au sujet de l’Irak. C’est comme quand, chez nous, on dit « A Charleroi, tout va bien, la page Van Cau est tournée, la démocratie est en train de s’installer ». Mais en disant cela, attention : je ne suis pas l’avocat de Van Cau ni celui de Jean-Pierre De Clercq !

Comment le PS peut-il se restaurer à Charleroi ?

Par une réconciliation. Il faut au moins qu’on se reparle ! On ne va quand même pas passer notre temps à s’éliminer ! L’objectif principal des « rénovateurs », pour l’instant, c’est de faire la liste pour les régionales, avec Magnette en tête. Mais il faut qu’on se reparle : quand il est devenu délégué à l’USC, je lui ai envoyé la note que j’avais présentée à la fédération – et qui y fut votée – le jour où j’ai démissionné de la présidence de la fédé, en lui disant que j’étais prêt à l’aider. Ca fait un an et demi, et je n’ai même pas eu un accusé de réception.

A quoi est dû l’échec du PS aux législatives, selon vous ?

A beaucoup de choses : d’abord à un contexte international…

« C’est pas nous, c’est les autres » ?

Non : nous sommes face, nous socialistes, à des problèmes du XXIe siècle auxquels nous apportons des réponses du XIXe siècle. Et on croit toujours, comme dans les années 70 avec les crashs pétroliers, que « c’est conjoncturel, on va trouver une solution, ça va passer et on va créer des emplois administratifs ». Mais non ! C’est structurel. C’est pour cela que nous devons oser une véritable rénovation, pas une rénovation de façade ! Il faut revoir nos modes de fonctionnement : doit-on continuer à avoir des mandats illimités ? Pourquoi ne pas limiter à deux ou trois mandats successifs ? Etc, etc. : tout était déjà dans la note que j’avais déposée à la fédé en juin 2006.

Finalement revenu au gouvernement, le PS pourra-t-il faire son examen de conscience ?

J’espère, sinon je ne serais plus au PS. On le fait bien ici à Chapelle ! Ca n’a pas été facile, dans une majorité absolue depuis la nuit des temps, de partager les mandats avec les autres partis sans qu’on y soit obligés ! Ou de décider que désormais – on a été les premiers –, l’opposition pourrait systématiquement poser des questions au conseil communal. Ca date de 1995 et, à l’époque, j’étais même critiqué pour ces ouvertures.

Le PS qui reste au gouvernement, c’est quoi : match remis ou « ce serait pire sans nous » ?

Franchement, je ne sais pas. C’est pas bon : on a perdu les élections, mais on nous ramène quand même en nous donnant des compétences qui sont ce qu’elles sont.

C’est-à-dire ?

On a des bonnes compétences en termes de gauche, mais on nous dit directement qu’il n’y a plus de sous. Le vrai problème, c’est de se demander si on pouvait faire autrement, laisser aller le pays dans un drame, avec un ministre de la Haute finance qui à un moment donné lâchait tout, etc. La politique induit aussi et nécessairement une éthique de la responsabilité.

Qu’est-ce que le PS peut répondre aujourd’hui à des sans-papiers à qui il a tout promis pendant six mois, mais dont un gouvernement de droite pense tout le contraire ?

Moi, je n’avais rien promis. En politique, il y a des gens responsables, et puis il y en a d’autres qui surfent. On m’a suffisamment reproché de critiquer le jeunisme, le communautarisme et le bougisme. Dès qu’on a été dans l’opposition, tout le monde s’est rué sur des propositions de loi – Castro était un gamin à côté de nous. C’est aussi ça, le drame de la gauche : quand on est dans l’opposition, on est trop à gauche, et quand on est au pouvoir, on est trop à droite.

Mais comment l’électeur peut-il garder un peu de crédibilité envers un parti qui passe d’une opposition « à gauche toute » à la solidarité avec un gouvernement de centre-droit en moins de six mois ?

Pourquoi, alors que nous étions dans l’opposition pendant que l’Orange-bleue s’entredéchirait, perdions-nous encore 3% dans les sondages ? Parce qu’il y a un problème de fond, il s’agit d’une chute structurelle. C’est pour ça que je vais lancer une initiative, un club de pensée, même si c’est devenu terriblement difficile de motiver les gens. L’idée est de créer du débat, du vrai, enfin. Avec des gens de tous bords et de toutes professions, et mettre fin aux luttes internes des écuries.

Vous êtes d’accord avec Spitaels, quand il critique le monarchisme du PS ?

Tous les présidents du parti, depuis Jules (Destrée, NDLR), ont été dans la logique « Charbonnier, maître chez soi ». Ce qui n’est aucunement antinomique avec la vision universaliste du socialisme. Puis, du jour au lendemain, nous sommes devenus des monarchistes belgicains ! Je n’ai personnellement rien contre la monarchie, mais on ne peut être socialiste et prôner l’égalité, et en même temps tolérer les privilèges de la lignée du sang ! Donc, nous sommes des monarchistes (et des belgicains) opportunistes. Mais si nous sommes pour l’égalité, nous devons être républicains !

Les problèmes d’Anne-Marie Lizin à Huy, ça vous inspire quoi ?

Quand je vois la secousse sismique qu’a provoquée l’affaire de la Carolo, et la discrétion dont on entoure celle de Huy, je suis quand même étonné ! Mais le séisme de Charleroi arrangeait bien certains, en interne.

La nomination de Didier Donfut : il a fait pression sur Elio Di Rupo, en tant que président de la fédération de Mons ?

Mais non ! Il est là, notamment, pour la réforme du fonds des communes, pour contrer les Liégeois. Et en promouvant Donfut, Di Rupo veut peut-être permettre à Magnette de réaliser son rêve et de devenir député européen, car ce ne sera pas si facile de revenir comme tête de liste pour les régionales.

« Libéralisme », au PS, c’est une insulte ?

Pour moi, non. La liberté, c’est la plus belle valeur qu’on puisse mettre en évidence. Mais considérer que le libéralisme est une fin en soi, ça c’est une insulte. Le libéralisme est un moyen, comme le socialisme, d’atteindre l’émancipation des gens.

Jean-Pierre De Clercq ou Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

Je choisis le socialisme démocratique.

Rudy Demotte ou Laurette Onkelinx ?

Je dirais Rudy, parce que c’est un homme qui écoute.

Qui serait le meilleur prochain président du parti ?

Ségolène Royal (rires).

Qui sont les valeurs montantes au PS ?

Des gens comme Magnette, comme Luperto… Il y en a beaucoup.

Christian Dupont ou Paul Magnette ?

Magnette, parce qu’il a le courage des néophytes. Dupont, lui savait. Néanmoins, Jean-Michel Javaux m’amuse beaucoup quand il dit qu’on aurait dû nommer Magnette à la Défense nationale, tellement il a été parachuté !

Eric Massin ou Paul Ficheroulle ?

Ni l’un ni l’autre.

Olivier Chastel ou Ingrid Colicis ?

Olivier Chastel : il est cohérent, fidèle à ses opinions…

Philippe Busquin ou Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

Moriau. Je pense, sans prétention aucune, que je peux incarner autre chose à un moment donné. Mais Philippe est mon ami.

Si le PS n’avait pas existé, dans quel parti auriez-vous milité ?

Chez Ecolo, sûrement. Même si le PS avait existé, d’ailleurs (rires).

Si vous devez faire un commentaire impertinent à votre président de parti ?

A mon ami Elio ? Je dirais « arrête d’écouter le Boulevard de l’Empereur, écoute les maisons du peuple et, surtout, ceux qui sont proches des gens. Au-delà de ça, sache qu’on t’aime, qu’on a tous envie d’être aimés, de travailler ensemble sans entrer dans une logique de querelles, pour l’intérêt général ».

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

Retraité ! Plein d’activités, dans l’humanitaire.

Toujours bourgmestre ?

J’espère que non, mais c’est un problème qu’on doit gérer, notamment avec cette loi Courard dont les conséquences sont à venir…

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

Je pense que j’ai été un pote ; que j’ai toujours privilégié l’intérêt général. Que j’étais vraiment un socialiste.


Capitale sinistrée de la sidérurgie,
Pittsburgh se cherche un avenir

pittsburgh

La population de la ville est revenue à son niveau de la fin du XIXe siècle. Le déclin a frappé la vallée de l'Ohio. De la Pennsylvanie à l'Indiana, voyage dans une Amérique-clé pour le vote du 2 novembre.

L'acier des poutrelles de l'Empire State Building, à New York, et du Golden Gate Bridge, à San Francisco, des cuirassés et des chars d'assaut de la seconde guerre mondiale, des Cadillac, des réfrigérateurs et des juke-boxes de la société de consommation est sorti des hauts-fourneaux des rives de l'Ohio. Tout au long des 1 500 kilomètres de ce fleuve et des six Etats qu'il parcourt se trouvait le coeur de l'industrie américaine, des milliers de mines de charbon, de fours à coke, de laminoirs. Cette Amérique ouvrière, syndicaliste, patriote, porteuse de l'optimisme naïf des années 1950 et de cette fierté d'être à l'origine de la prospérité et du mode de vie américains est en voie de disparition. Par un hasard de l'histoire, l'élection présidentielle du 2 novembre se jouera sans doute dans certains des Etats que traverse l'Ohio : la Pennsylvanie, la Virginie- Occidentale, l'Ohio, le Kentucky, l'Indiana et l'Illinois.

Tout commence à Pittsburgh. La ville est née à l'endroit exact où les rivières Allegheny et Monongahela se mêlent pour former l'Ohio. Aucune ville américaine n'a été plus industrialisée. Les avions faisant la liaison entre New York et Chicago utilisaient la fumée et les lueurs de sa centaine de hauts-fourneaux pour se guider. En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, la moitié de l'acier et du charbon produits aux Etats-Unis provenait de l'agglomération et ses alentours. La cité était surnommée "Smoked City" (la Ville enfumée). En hiver, les lampadaires, dans les rues, restaient allumés 24 heures sur 24.

Pittsburgh n'était pas seulement la ville du coke et du fer, mais aussi celle de l'aluminium, du verre et même de l'agroalimentaire. C'était la métropole des "barons" de l'industrie : Carnegie, Frick, Westinghouse, Heinz, Mellon, Rockwell. Le courant alternatif a été inventé à Pittsburgh, tout comme la production en masse de verre et d'aluminium. La première radio commerciale privée a émis à Pittsburgh en 1920. L'agglomération a compté jusqu'à 1 720 ponts métalliques.


Réactions à propos de notre article sur Pittsburgh

pittsburg

J'ai lu avec amusement l'article sur les jumelages dans "Nouvelles". J'ai moi-même participé en tant que journaliste au voyage du jumelage Charleroi - Pittsburgh, et je garde le souvenir de l'épisode du visa (et non du permis de séjour, comme mentionné dans l'article) que l'ambassade des USA ne prétendait pas délivrer à Maurice Magis. Après leur "capitulation", celui-ci ne se laissait pas de narrer l'affaire à qui voulait l'entendre, pour en rire bien entendu.

Mais qu'on se rassure, la blessure d'amour-propre infligée à l'Oncle Sam par les Carolos ne fut pas trop cuisante. En fait, il oublia bien vite tant l'histoire du visa délivré à un communiste assoiffé de sang yankee que le jumelage lui-même.

Car, il faut bien en convenir, Lucien Harmegnies avait eu les yeux plus grands que le ventre. Pittsburgh est environ 10 fois plus peuplé que Charleroi, et ce jumelage avait été très peu et très mal préparé. En particulier, le collège échevinal de l'époque s'était fort peu interrogé sur les habitudes américaines en matière de "jumelages". Or, il est apparu tout de suite qu'en fait les autorités de Pittsburgh ne savaient pas du tout ce que cela impliquait et s'en fichaient comme de leur première bannière étoilée. Tout le folklore des jumelages - les échanges de petits cadeaux, les discours sur la fraternité, le rapprochement entre les peuples, et tout le toutim,... - les laissait parfaitement froids. L'éloquence volontiers emphatique de Lucien Harmegnies aussi.

Certes, le voyage - un Boeing 707 complet, si je me souviens bien – avait aussi des objectifs mercantiles. Parmi les Carolos il y avait des chefs d'entreprise, des gens de la Chambre de commerce et d'industrie, etc... Mais faute de préparation sérieuse, ce fut un flop retentissant. On avait d'ailleurs pu l'anticiper dès l'arrivée à l'aéroport, où les autorités de Pittsburgh n'avaient pas jugé utile d'accueillir la délégation carolo.

Celle-ci était logée dans un grand hôtel du centre de la ville. Elle y louait, si je me souviens bien, deux étages complets, en plus d'une sorte de centre de congrès qui se trouvait au sommet de l'immeuble.

Pendant une semaine, on y vit des chefs d'entreprise, des représentants de Fabrimétal et d'autres organisations similaires, tenir des conférences en anglais sur les mérites de Charleroi pour les investisseurs U.S., sur le business transatlantique...
Mais le "hic" était que dans la salle il n'y avait pratiquement que d'autres Carolos, et pas plus d'un ou deux Américains. Des Carolos avaient donc traversé l'Atlantique pour parler, dans une langue qu'ils maîtrisaient souvent assez mal, à d'autres Carolos dont certains n'en comprenaient pas un mot...

Parmi les "délégués" carolos figuraient aussi quelques gilles, appartenant je crois à la "Jeunesse commerçante" de Charleroi. Ils firent une sortie remarquée dans le centre de Pittsburgh, en distribuant selon la tradition carnavalesque des oranges. Les badauds américains ne se posaient qu'une seule question : pour quelle marque d'agrumes faisaient-ils de la pub ?

Pour le reste, les Carolos ne rencontrèrent à Pittsburgh qu'une indifférence à peine polie. Il en alla tout autrement pour ceux qui se rendirent - en grande partie pour tromper l'ennui, et bien entendu par curiosité - à Charleroi (Pennsylvanie - voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Charleroi,_Pennsylvania), petite ville à une quarantaine de kilomètres de Pittsburgh. Cette bourgade - une dizaine de milliers d'habitants à tout casser – fut fondée en 1890 par des ouvriers verriers originaires de notre région. Les destins économiques de Charleroi - Pennsylvanie et de Charleroi - Hainaut ne sont pas sans similitudes. Les deux localités ont été durement frappées par la révolution technologique de l'industrie du verre et par la crise de la sidérurgie, autre industrie importante dans les deux régions. A Charleroi-Pennsylvanie aussi une partie non négligeable de la population travaille pour Caterpillar, qui a (ou du moins avait) à proximité une usine importante.

L'accueil que nous réservèrent les habitants de Charleroi est aux antipodes de l'indifférence rencontrée à Pittsburgh. Selon la tradition locale, les pompiers sortirent la grande échelle et la fanfare !  On nous offrit des souvenirs (pour ma part un T-shirt de l'équipe de base-ball locale et une assiette décorée célébrant le centième anniversaire des pompiers !).  Le véritable jumelage, c'est peut-être là qu'il eut lieu, loin des réceptions officielles, des discours péniblement récités dans un anglais scolaire et des brochures de Fabrimétal.

Je dois dire en effet que ce fut une émotion rare d'échanger quelques phrases en wallon avec un vieil homme dont la famille avait émigré de Wallonie au XIXème siècle, mais n'avait pas abandonné la langue de ses origines pendant plusieurs générations. Evidemment, en ce troisième quart du XXème siècle, il n'y avait plus guère que des vieillards pour entretenir encore cette tradition. Parmi les jeunes, pas mal ignoraient jusqu'à l'existence d'une ville de Charleroi sur la rive européenne de l'Atlantique, voire même de la Belgique (chacun sait qu'en dehors de Bastogne et parfois de Bruxelles, qu'ils situent en général en France, beaucoup d'Américains ignorent tout de nous).
Grand souvenir de journaliste que cette soirée offerte par l'un d'entre nous - patron d'hebdomadaire local et père d'un futur ministre (il ne le savait pas encore) - dans un restaurant réputé des environs de Pittsburgh, où vers la fin du séjour, alors qu'un ennui mortel s'était emparé de tous, il nous fit déguster, dans un geste princier qu'il n'allait pas tarder à regretter, quelques grands vins de France... qu'évidemment il paya deux ou trois fois le prix qui eut été pratiqué dans n'importe quel resto de chez nous. La tête qu'il fit quand on lui présenta l'addition était en soi un spectacle.

En résumé, ce voyage de jumelage fut, il faut bien le dire, un immense gaspillage, significatif de cette époque d'après les fusions de communes où les élus carolos s'imaginaient qu'il suffisait de fusionner administrativement quinze communes relativement pauvres pour acquérir comme par magie un vrai statut de grande ville. C'était l'époque où faute d'être vraiment une grande ville on faisait semblant, et où le collège échevinal s'accordait (déjà) un train de vie très supérieur aux moyens dont la ville disposait en réalité. On sait ce qui en résulta quant à l'endettement de Charleroi, et aux plans d'austérité qui en découlèrent.

Luc DELVAL


 

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