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  • Nouvelles n° 120 (3 ème partie)

    KOSOVO NO! CUBA SI!

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    Depuis ce matin, la démission de Fidel Castro me vaut des questions posées de tous côtés médiatiques. Suave question : quel est mon point de vue par rapport à la déclaration de Bush qui dit : « il faut maintenant commencer la transition démocratique » ? Le voilà : « j’espère une transition socialiste réussie à Cuba ». Cela signifie que les leçons de démocratie de Bush m’écœurent. Aussi m’écœure le spectacle de la veulerie qui conduit à reconnaître le Kosovo avec des cris de joie alors que vient de se sceller le premier acte de la tragédie que contient le nouveau siècle.

    KOSOVO NO !

    Le dépeçage ethnique de l’ex Yougoslavie a connu tous les avatars imaginables. Dès que les Américains y ont fermement mis les doigts comme avec les accords de Dayton sur la Bosnie, l’ethnicisme est devenu une bonne pioche et non plus une honte. Elle fait les délices de l’imagerie de Disneyland fournie par la propagande de « la communauté internationale» citée sans autre précision par les robots du journal de vingt heures. Tout « rebelle » est admirable dans l’Etat mal vu, tout particularisme est une culture nationale et ainsi de suite.
    L’empire a besoin d’un monde en confettis pour dominer.

    Dans ce contexte chacun est prié de regarder ailleurs quand ressurgissent des clivages qui nous ramènent aux temps de coalitions de la première et de la deuxième guerre mondiale, aux antiques découpes entre catholiques et orthodoxes, au tracé des pipe line qui font saliver les lobbies maîtres en Amérique. En ex Yougoslavie, bien sûr, la stupidité, les brutalités et les crimes révoltants du régime ultra nationaliste issu de l’ancienne bureaucratie titiste ont la responsabilité essentielle de ce désastre. C’est eux qui ont légitimé tous les coups portés ensuite par la partie adverse. Le pompon c’est évidemment l’intervention militaire de l’OTAN (« la communauté internationale ») au Kosovo, sans mandat de l’ONU,  pour « arrêter les massacres commis par les Serbes ».

    Quelques années plus tard les Etats-Unis qui avaient juré le contraire autorisent l’indépendance. En fait, ils l’ordonnent. Sarkozy nous déshonore en étant le premier à faire de même dans la foulée. Pour la première fois depuis la deuxième guerre, un « Etat » absolument non viable, sans aucune base historique, avec une administration corrompue jusqu’à la moelle, totalement aux mains des mafias,  est crée à l’intérieur des frontières d’un autre à l’issue d’une intervention militaire. Dans ce naufrage du droit international, que fait la glorieuse « Union Européenne » qui était garante de la tutelle de la province du Kosovo et qui paiera demain les fins de mois ? Elle regarde ailleurs !

    Incapable de faire quoi que ce soit, de poser la moindre condition, d’exiger la moindre garantie. La majorité des pays se précipitent derrière les USA. Mais cinq grandes nations refusent de le faire. Celles là ont compris le danger. Elles se sentent visées. Tout le monde l’est.

    Pas seulement en Europe. On peut faire la liste sans fin dans le monde des minorités, enclaves, groupes et tribus, maltraités par l’Etat central ou le prétendant, qui peuvent voir dans la naissance du Kosovo  un encouragement à la dissidence, un modèle à suivre, une jurisprudence opposable aux appels à la raison. Et sur le territoire européen même ? L’Union devait mettre tous ses membres à l’abri des tensions et tentations de violences nationalistes qui ont provoqué dans le passé les drames que l’on sait. La preuve est faite que mise au
    pied du mur, elle en est incapable. L’Union ne protège personne.

    L’Union ne coordonne rien. L’Union est seulement un bagne libéral et le terreau de tous les nationalismes. Face à sa faiblesse et sa servilité, face à l’asservissement des diplomaties derrière celle des Etats-Unis, l’ancien monde des alliances et des systèmes défensifs, les permanences de l’histoire sont de retour. La France n’y échappera pas. Son pitoyable président est un hors sujet permanent dans cet environnement bien trop grand pour lui.

    Et voilà un codicille. A pleurer. Ceci va avec cela. Le parti socialiste européen a accepté la reprise du processus d’adhésion du prétendu parti social démocrate slovaque, allié au parti d’extrême droite qui gouverne en Slovaquie… Le délégué socialiste français, Alain Richard, a fermement voté contre cette décision ! Il a argumenté contre elle. Il n’a été suivi dans son vote que par les deux partis socialistes belges et le parti hongrois.  L’agonie de la sociale démocratie européenne accompagne la déchéance de l’Union européenne.

    CUBA SI !

    Cuba. Bush demande une transition démocratique. On rêve !  Qui est le donneur de leçon ? Celui qui a inventé la légalisation de la torture au Etats-Unis, entretient des prisons secrètes dans le monde et fait fonctionner un camp de concentration  illégal sur le sol de Cuba à qui il fait la leçon, à Guantanamo, où sont détenus et torturés des prisonniers enlevés partout dans le monde.

    Les Etats Unis d’Amérique pourront commencer à être écoutés s’ils lèvent le blocus qu’ils maintiennent contre les Cubains qui ont souffert sang et eau pour y faire face, qu’ils soient communistes ou pas.  Mes camarades m’ont dit de garder pour moi cet avis et de ne pas rajouter à la liste de mes adversaires la horde de tous ceux qui aboient au coup de sifflet contre Cuba et le font parfois en toute bonne foi. Je suis sûr qu’il y en a un certain nombre qui sont de bonne foi au milieu d’un gros bataillon d’anti communistes primaires qui relaient la propagande de la barbouzerie contre révolutionnaire de Miami. Ceux-là se fichent absolument des faits qui expliquent les prises de position du régime castriste, de ce que représente Cuba en Amérique latine et du fait que tous les gouvernements démocratiques du continent, tous sans exception, ont des échanges et des relations personnelles avec Fidel Castro, votent avec Cuba aux Nations unies pour condamner le blocus et ainsi de suite. Et ceci est la raison pour laquelle si les Etats Unis ont fait le tour de la terre pour envoyer des milliers d’hommes et des quantités colossales de matériels faire la guerre en Irak, ils ne risquent pas un seul cheveu sur la terre cubaine depuis l’échec de l’invasion dans la baie des cochons. Ils s’y briseraient les dents, sauf à tuer tout le monde sur place, communiste ou pas. C’est pourquoi ils se contentent d’essayer de tuer seulement Fidel Castro ce dont témoignent les archives ouvertes par la CIA qui attestent de plusieurs dizaines de tentatives d’assassinat….

    Je préviens mes lecteurs qui se laisseraient aller à trouver mon point de vue intéressant et pire à le partager : ils seront immédiatement cloués au pilori, injuriés de toutes les façons possibles et sommés sans trêve de se justifier. On le verra dans les commentaires de cette note dès que la meute des bloggeurs de combat aura senti de loin son odeur sulfureuse. On le verra un peu car charbonnier est maître chez soi et webmaster roi maître de ses ciseaux, avec mon accord total ! De leur côté, les amis des tortureurs, des prisons secrètes et des tentatives d’assassinat, eux, agissent pour le bien, la démocratie et l’économie de marché. C’est-à-dire pour les choses saines et édifiantes dont nous jouissons sans entrave dans nos pays sans blocus mais, comme aux Etats Unis, remplis de pauvres, de cruautés sociales, de crises financières et de campagnes électorales bidon, pourries par l’argent, opposant en toute liberté blanc bonnet et bonnet blanc.

    Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste français.


    Laïcité : les cinq fautes du président de la République 

    2Henri Pena-Ruiz, philosophe, professeur, écrivain, ancien membre de la commission Stasi sur l'application du principe de laïcité dans la République, est signataire de l'appel de Gauche Avenir. Il a publié cette tribune dans le Figaro du 3 janvier 2008.

    Nicolas Sarkozy a prononcé au Vatican, un discours choquant à plus d'un titre. Soutenir, en somme, que la religion mérite un privilège public car elle seule ouvrirait sur le sens profond de la vie humaine est une profession de foi discriminatoire. Il est regrettable qu'à un tel niveau de responsabilité cinq fautes majeures se conjuguent ainsi. Une faute morale d'abord. Lisons : «Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.»

    Dénier implicitement l'espérance aux humanistes athées est inadmissible. C'est montrer bien peu de respect pour ceux qui fondent leur dévouement pour la solidarité ou la justice sur un humanisme sans référence divine. Ils seront nombreux en France à se sentir blessés par de tels propos. Était-ce bien la peine de rendre hommage au jeune communiste athée Guy Môquet pour ainsi le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée du sens ? En fait, Monsieur le Président, vous réduisez indûment la spiritualité à la religion, et la transcendance à la transcendance religieuse. Un jeune héros de la Résistance transcende la peur de mourir pour défendre la liberté, comme le firent tant d'humanistes athées à côté de croyants résistants.

    Une faute politique. Tout se passe comme si M. Sarkozy était incapable de distinguer ses convictions personnelles de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l'exercice de ses fonctions, celles d'un président de la République qui se doit de représenter tous les Français à égalité, sans discrimination ni privilège. Si un simple fonctionnaire, un professeur par exemple, commettait une telle confusion dans l'exercice de ses fonctions, il serait à juste titre rappelé au devoir de réserve. Il est regrettable que le chef de l'État ne donne pas l'exemple. Curieux oubli de la déontologie.

    Une faute juridique. Dans un État de droit, il n'appartient pas aux tenants du pouvoir politique de hiérarchiser les options spirituelles, et de décerner un privilège à une certaine façon de concevoir la vie spirituelle ou l'accomplissement humain. Kant dénonçait le paternalisme des dirigeants politiques qui infantilisent le peuple en valorisant autoritairement une certaine façon de conduire sa vie et sa spiritualité. Des citoyens respectés sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire en la matière, et ils n'ont pas besoin de leçons de spiritualité conforme.

    Lisons à nouveau : «Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur.» On est surpris d'une telle hiérarchie éthique entre l'instituteur et le curé. L'école de la République a été inventée pour que les êtres humains puissent se passer de maître. Tel est l'honneur des instituteurs et des professeurs.

    Grâce à l'instruction, l'autonomie éthique de chaque personne se fonde sur son autonomie de jugement. Elle n'a donc pas à être jugée moins bonne que la direction de conscience exercée par des tuteurs moraux. Étrange spiritualité que celle qui veut assujettir la conscience à la croyance !

    Une faute historique. L'éloge du christianisme comme fondement de civilisation passe sous silence les terribles réalités historiques qui remontent à l'époque où l'Église catholique disposait du pouvoir temporel, puisque le pouvoir politique des princes était alors conçu comme son «bras séculier».

    L'Occident chrétien peut-il s'enorgueillir du thème religieux du «peuple déicide» qui déboucha sur un antisémitisme particulièrement virulent là où l'Église était très puissante ? Les hérésies noyées dans le sang, les guerres de religion avec le massacre de la Saint-Barthélemy (3500 morts en un jour : autant que lors des attentats islamistes du 11 Septembre contre les Twin Towers), les croisades et les bûchers de l'Inquisition (Giordano Bruno brûlé vif en 1600 à Rome), l'Index Librorum Prohibitorum, censure de la culture humaine, l'anathématisation des droits de l'homme et de la liberté de conscience (syllabus de 1864) doivent-ils être oubliés ? Les racines de l'Europe ? L'héritage religieux est pour le moins ambigu…

    L'approche discriminatoire est évidente dès lors que le christianisme est invoqué sans référence aux atrocités mentionnées, alors que les idéaux des Lumières, de l'émancipation collective, et du communisme sont quant à eux stigmatisés à mots couverts au nom de réalités contestables qu'ils auraient engendrées. Pourquoi dans un cas délier le projet spirituel de l'histoire réelle, et dans l'autre procéder à l'amalgame ? Si Jésus n'est pas responsable de Torquemada, pourquoi Marx le serait-il de Staline ? De grâce, Monsieur le Président, ne réécrivez pas l'histoire à sens unique !

    Comment par ailleurs osez-vous parler de la Loi de séparation de l'État et des Églises de 1905 comme d'une sorte de violence faite à la religion, alors qu'elle ne fit qu'émanciper l'État de l'Église et l'Église de l'État ? Abolir les privilèges publics des religions, c'est tout simplement rappeler que la foi religieuse ne doit engager que les croyants et eux seuls. Si la promotion de l'égalité est une violence, alors le triptyque républicain en est une. Quant aux droits de l'homme d'abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l'humanisme de la philosophie antique et notamment de l'universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut à tout prix évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable.

    Une faute culturelle. Toute valorisation unilatérale d'une civilisation implicitement assimilée à une religion dominante risque de déboucher sur une logique de choc des civilisations et de guerre des dieux. Il n'est pas judicieux de revenir ainsi à une conception de la nation ou d'un groupe de nations qui exalterait un particularisme religieux, au lieu de mettre en valeur les conquêtes du droit, souvent à rebours des traditions religieuses. Comment des peuples ayant vécu avec des choix religieux différents peuvent-ils admettre un tel privilège pour ce qui n'est qu'un particularisme, alors que ce qui vaut dans un espace politique de droit c'est justement la portée universelle de conquêtes effectuées souvent dans le sang et les larmes ?

    Si l'Europe a une voix audible, ce n'est pas par la valorisation de ses racines religieuses, mais par celle de telles conquêtes. La liberté de conscience, l'égalité des droits, l'égalité des sexes, toujours en marche, signent non la supériorité d'une culture, mais la valeur exemplaire de luttes qui peuvent affranchir les cultures, à commencer par la culture dite occidentale, de leurs préjugés. Simone de Beauvoir rédigeant Le Deuxième Sexe pratiquait cette distanciation salutaire pour l'Occident chrétien. Taslima Nasreen fait de même au Bangladesh pour les théocraties islamistes. La culture, entendue comme émancipation du jugement, délivre ainsi des cultures, entendues comme traditions fermées. Assimiler l'individu à son groupe particulier, c'est lui faire courir le risque d'une soumission peu propice à sa liberté. Clouer les peuples à des identités collectives, religieuses ou autres, c'est les détourner de la recherche des droits universels, vecteurs de fraternité comme d'émancipation. Le danger du communautarisme n'est pas loin.

    La laïcité, sans adjectif, ni positive ni négative, ne saurait être défigurée par des propos sans fondements. Elle ne se réduit pas à la liberté de croire ou de ne pas croire accordée avec une certaine condescendance aux «non-croyants». Elle implique la plénitude de l'égalité de traitement, par la République et son président, des athées et des croyants. Cette égalité, à l'évidence, est la condition d'une véritable fraternité, dans la référence au bien commun, qui est de tous. Monsieur le Président, le résistant catholique Honoré d'Estienne d'Orves et l'humaniste athée Guy Môquet, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, ne méritent-ils pas la même considération ?

    Texte trouvé sur: http: //www.gaucheavenir.org/


    Allemagne : la gauche ressuscite

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    « La social-démocratie est de retour ! » a hurlé Andréa Ypsilanti, tête de liste du SPD, à l’annonce du résultat des élections régionales de Hesse (Francfort). Cette « gauchiste », hier tant raillée par Gerhard Schröder, a infligé un cinglant revers au porte-voix des durs du Parti conservateur : Roland Koch, baron d’Angela Merkel. En Hesse, laboratoire des élections nationales de 2009, les deux partis sont désormais à égalité. Mais Koch a perdu 12 points pendant qu’Ypsilanti en a gagné 8. Par miracle ? Tout simplement en défendant le tournant à gauche de son parti, ici comme dans toute l’Allemagne : instauration d’un salaire minimum universel et lutte contre la pauvreté. En face, la droite a fait chou blanc avec une campagne xénophobe.

    Après deux ans de déprime, la gauche allemande relève donc la tête. D’autant que le parti né en 2005 d’une fusion entre les ex-communistes est-allemands et les déçus de la social-démocratie de l’Ouest – baptisé carrément La Gauche – a réussi sa percée. Un tabou brisé. Dix-sept ans après la réunification, cette vague venue de l’Est a enfin déferlé vers l’Ouest : « Nous pouvons entrer dans n’importe quel parlement. Notre formation a désormais une envergure nationale ! » pavoisent les militants. Double victoire donc pour tous les partis de gauche, même s’ils sont encore bien loin de s’unir, les anciens communistes hérissant toujours l’électorat modéré. Et surtout, une sacrée leçon : c’est en redevenant elle-même que la gauche reconquiert le cœur de l’électorat.

    Pour la chancellerie, ce coup de semonce sera difficile à gérer. Le pseudo-consensus qui régnait au sein de sa « grande coalition » risque de voler en éclats. Le scrutin conforte la stratégie de Kurt Beck, président du SPD, qui veut défendre plus fermement le partage des fruits de la croissance. Et puis, Angela Merkel doit affronter la fronde de ses propres troupes qui fustigent sa politique de compromis. « Madame Merkel suit une politique de gauche qui n’est plus supportée par l’électorat conservateur de base ! » tempête Josef Schlarmann, patron des entrepreneurs conservateurs. Bref, droite ou gauche, les électeurs allemands, comme les autres Européens, ne veulent pas qu’on les trompe sur le produit!

    Marianne - Thomas Schnee - février 2008 (Extrait de Marianne)



    La ville américaine de Cleveland déclare la guerre aux banques
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    La ville américaine de Cleveland (Ohio, nord), étranglée par la crise immobilière, est partie en croisade contre les banques, auxquelles elle veut faire assumer le coût social et économique de l'éviction de leurs maisons de milliers de ses citoyens. Le maire Frank Jackson accuse 21 banques et organismes de prêts hypothécaires d'être à l'origine des difficultés actuelles de la ville, où le nombre de saisies de logements est passé de 120 en 2002 à 70.000 en 2007. "Le subprime a défiguré ma ville et perturbé l'ordre public. Il menace d'instabilité aujourd'hui des quartiers fragiles", argumente-t-il. "Ce modèle d'emprunt -- avec taux d'intérêt initial bas pour attirer le client et qui double ou triple ensuite -- était inapproprié pour les gens aux emplois précaires, comme c'est le cas ici. Mais les banques s'en foutaient, l'argent était trop bon. Elles ont largement profité de notre misère. Il est temps qu'elles payent", tonne-t-il, dans un entretien à l'AFP.

    Ancienne ville industrielle située sur les rives du lac Erié, Cleveland a vu sa population fondre en quelques décennies de 950.000 à 450.000 habitants, au rythme des vagues de licenciements et de délocalisations. Elle est devenu le symbole des dégâts causés par la crise du subprime, dans un pays où 2,1 millions d'emprunteurs ne sont pas à jour de leur remboursement immobilier. La municipalité demande aux banques une centaine de millions de dollars de dommages pour couvrir le coût des démolitions de bâtiments abandonnés, des travaux d'entretien des jardins, des frais engagés pour renforcer la sécurité autour des maisons vides, devenues le logis des trafiquants de drogue et des squatters, et pour combler le manque à gagner dû à la perte des taxes d'habitation.

    La municipalité de Baltimore (Maryland, nord-est) a engagé une procédure analogue. "Ce sont eux (banques et organismes de prêt) qui nous ont mis dans cette situation désastreuse: montée de l'activité du crime organisé dans les quartiers désertés, perte de la valeur des biens. S'ils n'avaient pas utilisé ces prêts, tout ceci ne serait pas arrivé", s'emporte M. Jackson. Contactées par l'AFP, certaines banques se disent prêtes à contester ces accusations (Citigroup), quand d'autres affirment les comprendre (JP Morgan). "C'est un peu le combat de David contre Goliath. Imaginez, une petite ville comme nous contre Wall Street", relève de son côté Michael Polensek, conseiller municipal, en soulignant ses propos de grands gestes. S'ils soulignent la portée symbolique de l'action de la municipalité, juristes et associations sont sceptiques quant à son issue. "C'est ambitieux, mais elle ne va pas aboutir car les banques n'ont pas enfreint la loi. Ce qu'elles ont fait était tout à fait légal", explique Kathy Hessler, professeur de droit à la Case Western Reserve Law School de Cleveland. "Mais peut-être que là n'est pas le plus important", indique-t-elle. "Comment poursuivre des compagnies qui ont fait faillite, certaines n'existent même plus", sourit Mark Seifert de l'association d'aide aux victimes Esop. "Tout ceci est guidé par des visées politiques. Ca fait deux ans que nous avons alerté le maire. Deux ans que nous essayons d'attirer son attention sur ce qui se passe, rien. Aujourd'hui, comme les conseillers municipaux sont en train de lui dire +regarde comment nos quartiers sont en train d'être décimés+, il feint de réagir", lance l'animateur social.


    Quelle est la situation sur le terrain en Palestine ?

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    La vérité que vous ne voulez pas entendre
    Par Mustafa Barghouti

    (Cette interview réalisée en 2005 reste d’actualité même si Sharon reste plongé dans son coma. Elle résume, à elle seule, ce que représentent 60 années d’occupation.) 

    Les Palestiniens doivent être libérés de la longue souffrance endurée à travers 600 années d'occupation étrangère, 58 années de dépossession et 38 années d'occupation militaire, laquelle est devenue la plus longue de l'histoire moderne.
    Mustafa Barghouti est secrétaire-général du PNI (Palestinian National Initiative)

    La version israélienne qui continue de dominer les moyens d'information internationaux en donnent une image qui n'a rien à voir avec la réalité. Le redéploiement à Gaza a été présenté comme l'ébauche d'un processus de paix, comme une grande retraite du général Sharon, lequel a été alors présenté comme un homme de paix. Mais le fait subsiste aujourd'hui que la Palestine s'étend sur 27 000 kilomètres carrés, que la Cisjordanie n'en constitue que 5 860, et la Bande de Gaza uniquement 360. Dans ce dernier cas, cela équivaut à 1,3 % du total de la Palestine historique.

    Ainsi, même si Sharon avait effectué un véritable retrait de Gaza, ceci ne représenterait que 5,8% des Territoires Occupés. Mais les Israéliens n'ont pas quitté Gaza. Beaucoup de bruit a été fait autour du grand sacrifice qu'aurait concédé Israël et combien pénible était ce départ pour les colons. Si vous occupez une terre et la conservez pendant 20 ans, bien sûr que cela devient pénible d'en partir, mais cela n'empêche pas que cette terre reste quelque chose de volé que vous devez restituer à ses propriétaires. Avant le redéploiement, un total de 152 colonies existait dans les Territoires Occupés : 101 en Cisjordanie, 30 à Jérusalem et 21 dans la Bande de Gaza.

    Ces chiffres n'incluent pas les colonies que Sharon et l'armée israélienne ont mises en place en Cisjordanie sans les reconnaître officiellement. Après le redéploiement et l'évacuation des colonies de la Bande de Gaza et de quatre petites colonies dans la zone de Jénine en Cisjordanie, 127 colonies restent en place.

    La population totale des colons -- illégalement installés en regard de la loi internationale et de l'avis prononcé par la Cour Internationale de Justice (CIJ)) qui stipulait que le mur de séparation et chaque colonie en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et à Jérusalem-Est devaient disparaître - atteint 436 000 personnes : 190 000 à Jérusalem et 246 000 en Cisjordanie. Seuls 8 475 colons, soit 2% du nombre total de colons illégalement installés dans les Territoires Occupés ont été déplacés de la Bande de Gaza et des environs de Jénine. Et durant la même période, la population dans les colonies en Cisjordanie a massivement augmenté avec 15 800 colons supplémentaires.

    Alors pourquoi retirer les colons de Gaza si le désengagement était simplement un exercice de redéploiement ?

    Premièrement, Israël n'a jamais réellement voulu maintenir ces colons sur place. C'était un objet de négociation à utiliser lorsque le temps serait venu de parler du futur des Territoires Occupés. Mais assurer la sécurité d'un relativement petit nombre de colons par une présence militaire constante dans la Bande de Gaza avait fini par être considéré comme trop coûteux.

    Deuxièmement, Israël avait déjà épuisé les ressources en eau de Gaza en captant l'écoulement de l'eau souterraine à l'Est de Gaza -- ce qui a eu pour résultat l'infiltration d'eau de mer dans la couche aquifère côtière --  et en surexploitant la nappe phréatique existante pour le compte des colonies israéliennes. En conséquence, les habitants de Gaza se retrouvent à utiliser de l'eau saumâtre, cause d'un taux élevé de maladies rénales. Le niveau maximum acceptable de chlore dans l'eau potable, selon les standards de l'Organisation Mondiale de la Santé, est de 250 milligrammes par litre. Dans plusieurs zones de la Bande de Gaza, le niveau de chlore est entre 1 200 et 2 500 milligrammes par litre.

    Un autre mythe répandu avec succès par Israël est que le redéploiement de ses colons signifierait la fin de l'occupation de Gaza. Aujourd'hui, la Bande de Gaza est occupée comme elle l'a toujours été. Ce qui a changé, c'est uniquement la structure de l'occupation. Libérés de l'obligation de maintenir une présence physique à l'intérieur de la zone pour « protéger » ses colons, il est maintenant plus facile pour les Israéliens, et moins coûteux, de contrôler la Bande de Gaza à distance en utilisant l'état de l'art de sa technologie militaire.

    L'armée israélienne est basée dans la zone d'Erez, au
    nord de Gaza. Depuis cet endroit, elle continue à occuper une bande de terre le long de frontière Est de Gaza sur une profondeur qui varie de 900 mètres à un kilomètre --  encore une fois, l'ensemble de cette zone ne fait que 360 kilomètres carrés -- et maintient son contrôle sur l'espace aérien de Gaza, sa côte maritime et ses eaux territoriales. Tous les points d'entrée et de sortie dans la bande de Gaza restent sous contrôle israélien, et c'est Israël qui décide si des centaines de malades qui ont besoin d'un traitement urgent sont autorisés ou non à quitter la Bande de Gaza. Malgré le dernier arrangement négocié par Condolezza Rice sur l'ouverture du poste-frontière entre Gaza et l'Egypte, Israël garde un complet contrôle sur le transit des marchandises et des biens et conserve son droit de superviser les déplacements des Palestiniens. Israël a largement abusé de ce pouvoir par le passé.

    Gaza reste une immense prison, et vouloir un développement économique dans un tel contexte est une plaisanterie. Notre inquiétude profonde est que le contrôle israélien sur Gaza aboutisse à terme à une séparation complète de la Cisjordanie, détruisant l'unité et les liens entre Palestiniens, et détruisant aussi le droit des Palestiniens à un Etat unifié dans le futur.

    Sharon exploite le redéploiement de Gaza, qui a été abusivement présenté comme une grande concession, pour imposer de façon unilatérale le futur de cette région. La construction de ce mur honteux et l'expansion des colonies vont ensuite aboutir à l'annexion de pas moins de 50% de la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est, et à la destruction de toute possibilité de réaliser un Etat palestinien cohérent, viable et homogène.

    Le mur s'enfonce jusqu'à 35 kilomètres à l'intérieur de la Cisjordanie. Sa construction a déjà entraîné l'annexion de 9,5% des terres de la Cisjordanie. La surface expropriée pour les colonies ajoute encore 8% à ce total, tandis que la construction du mur à l'Est dans la vallée du Jourdain permettra à Israël d'annexer 28,5% supplémentaires de la Cisjordanie.

    Le mur est en train d'être construit à très grande vitesse, sans égard pour l'avis de la Cour Internationale de Justice. Il fera à terme près de 750 kilomètres de long : soit trois fois la longueur du mur de Berlin et deux fois sa hauteur. Plus de 1 060 000 arbres -- avant tout des oliviers -- ont été déracinés par les bulldozers israéliens en Cisjordanie. Ce mur n'est pas construit sur le territoire israélien, ni sur les frontières de 1967, mais à l'intérieur des Territoires Occupés, séparant les Palestiniens les uns des autres, et non pas les Palestiniens des Israéliens comme le proclame Sharon.

    Ce mur va aussi isoler pas moins de 250 000 Palestiniens à Jérusalem. De 50 à 70 000 autres Palestiniens disposant d'une carte d'identité de Jérusalem seront bloqués en dehors du mur et resteront interdits d'accès, perdant alors l'accès aux services éducatifs et de santé de la ville. Ceci est le début d'un processus qui s'achèvera par la confiscation de leurs cartes d'identité et les obligera à s'expatrier de la zone de Jérusalem à laquelle ils appartiennent.

    A certains endroits, le mur coupe des maisons en deux. A Jérusalem, près d'Anata, le mur coupe l'aire de jeu et les terrains d'une école de l'école elle-même. Dans la ville de Qalqilya, 46 000 personnes sont encerclées par le mur dans toutes les directions, laissant un seul passage, une route de 8 mètres de large avec une porte à travers laquelle ils doivent passer. Les soldats israéliens disposent de la clé de cette porte, et peuvent couper la ville du restant du monde comme bon leur semble.

    Un permis, quasiment impossible à obtenir, est requis pour traverser le mur. Et même si vous arrivez à obtenir ce permis, vous devez encore tenir compte des horaires d'ouverture très malcommodes. A Jayous, vous pouvez traverser entre 7 h 40 et 8 h 00, entre 14 h et 14 h 15 et entre 18 h 45 et 19 h, soit un total de 50 minutes par jour. Parfois l'armée israélienne « oublie » d'ouvrir les portes, et les enfants des écoles, les enseignants, les agriculteurs, les malades et autres personnes ordinaires sont abandonnés dans une attente à la durée indéfinie.

    Si le plan de partition des Nations Unies de 1947 avait été mis en ouvre, il y aurait deux Etats : un Etat palestinien sur 45% de la Palestine historique, et un autre israélien sur 55%. En 1967, l'état israélien s'étendait sur 78% de la Palestine historique. Ne restaient que la Cisjordanie et la Bande de Gaza ; les Palestiniens sont arrivés aux limites possibles avec la proclamation par le Conseil National Palestinien de la solution à deux états. Ceci représente un compromis sans précédent pour les Palestiniens car cela ne leur accorderait qu'à peine plus de 50% de ce que le plan de partage de 1947 leur attribuait.

    Ce qui a été proposé à Yasser Arafat par Ehud Barak à Camp David en 2000 n'était pas différent du plan de Sharon, dans la mesure où Barak voulait conserver la vallée du Jourdain, Jérusalem et une large proportion des colonies. Ayant précipité les Palestiniens dans la pire des situations qu'ils aient jamais connues sur le plan économique et humanitaire, Sharon a créé une situation où il agit en toute indépendance pour décider la tournure que prendrait n'importe quel « processus de paix ». S'il termine son mur et s'il réussit à imposer ses décisions unilatérales, son plan, tant apprécié par tant de dirigeants dans le monde, transformera l'idée d'un Etat palestinien en quelque chose ne pouvait être qualifié que de Bantoustan et de ghetto.

    Ici se trouve la vraie motivation derrière la construction du mur. Loin d'être construit pour des raisons de sécurité, il symbolise un plan prédéterminé par l'armée d'annexer les Territoires Occupés et de définir par avance l'aboutissement du si mal nommé « processus de paix ». L'armée israélienne à réimposé les bouclages et de sévères restrictions dans les déplacements en Cisjordanie, décrétant que les principales routes sont interdites aux véhicules palestiniens, avec l'exception de quelques transports publics. A l'opposé, ces routes sont destinées à l'usage des colons israéliens et de l'armée exclusivement, ce qui représente un acte de ségrégation que l'on n'avait même jamais vu dans la pire période de l'Apartheid en Afrique du Sud.

    Les Palestiniens ordinaires ne peuvent aller à leur travail, les femmes enceintes ne peuvent aller accoucher à l'hôpital, les malades en attente urgente de dialyse rénale ou de traitement pour une attaque cardiaque peuvent mourir chez eux sans avoir pu accéder à un hôpital, et l'économie palestinienne est totalement paralysée.

    Où est le processus de paix dans tout cela, et quand Sharon refuse de reconnaître la présence d'un partenaire palestinien ? Et qu'en est-il de l'idée d'une conférence internationale pour la paix ?

    Sharon clame qu'il n'y a pas de place pour des négociations à propos de Jérusalem, la vallée du Jourdain, les colonies, et qu'il décidera du futur de façon unilatérale sans aucune participation palestinienne ou internationale. Et s'il y a des négociations, elles se situeront entre la direction du Likoud et son aile encore plus réactionnaire représentée par Netanyahu, ou entre Sharon et les colons.

    Notre demande est que se tienne une conférence internationale pour la paix, dans laquelle la solution du conflit sera définie sur la base de la loi internationale, et où il sera tenu compte de l'avis de la Cour Internationale de Justice.

    Ce qui est en train de se produire sur le terrain, c'est un système d'Apartheid. Sur les 960 millions de mètres cubes d'eau produits en Cisjordanie, les Palestiniens ne sont autorisés à en utiliser que 109, soit environ 10% de ce qui est notre eau. Le reste va en Israël. En moyenne, un citoyen Palestinien en Cisjordanie n'est autorisé à utiliser que 36 mètres cubes d'eau par an, alors que les colons israéliens peuvent en utiliser 2 400. Nous ne sommes pas autorisés à nous servir de nos rues et de nos routes. Nous ne sommes pas autorisés à construire des maisons.
    Nous ne sommes pas autorisés à circuler librement. Notre Produit Intérieur Brut (PIB) par tête est inférieur à 1000 $ US alors que celui d'un israélien est supérieur à 20 000 $, et nous avons encore à acquitter des taxes et à supporter une union douanière qui nous oblige à acheter des produits aux mêmes prix que les Israéliens.

    Ceci est bien illustré par le grave déséquilibre des pouvoir sur le terrain, lequel ne peut être contrebalancé que par une intervention et par le support de la communauté internationale.

    Un des moyens de corriger cette situation est de faire ce qui a été réalisé avec succès en Afrique du Sud, c'est-à-dire imposer des sanctions. Un fait notable dans la situation actuelle est la coopération militaire avec Israël qui est le quatrième exportateur d'armes dans le monde. Nous voulons que cette coopération militaire cesse et que se développe un mouvement de désinvestissement et de gel des accords économiques jusqu'à ce qu'Israël applique la loi internationale et mette en ouvre les résolutions internationales.

    Les Palestiniens doivent être libérés de la longue souffrance endurée à travers 60 années d'occupation étrangère, 58 (60 en 2008) années de dépossession et 38 (40 en 2008) années d'occupation militaire, laquelle est devenue la plus longue de l'histoire moderne. Les israéliens eux-mêmes ne seront pas réellement libres tant qu'ils ne mettront pas un terme à leur oppression du peuple palestinien.

    Il arrive un moment dans la vie des peuples où l'injustice ne peut être supportée plus longtemps. Ce moment est venu pour les Palestiniens. Nous voulons être libres, et nous le serons.


    Indonésie :
    Suharto, grand comme Pinochet

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    La mort d’un ancien chef d’Etat fait toujours couler des larmes, plus ou moins sincères. Alors, quelques-uns sanctifient Mohamed Suharto, qui dirigea l’Indonésie d’une main de fer pendant trente -deux ans, avant d’être renversé pour avoir détourné plus de 40 millions de dollars !

    Selon Washington, Suharto est « Une figure historique qui a laissé une empreinte durable sur l’Indonésie et la région du Sud-Est asiatique ». Et quelle empreinte ! En 1965, il est entré dans l’histoire en dirigeant la répression contre les communistes indonésiens que Mao avait, il est vrai, incité à renverser son prédécesseur, le président Sukarno. Organisant systématiquement les massacres, village par village, Suharto fit assassiner 500.000 communistes ou supposés tels. Il suscita aussi des émeutes contre la communauté chinoise, pourtant peu suspecte de maoïsme. Dix ans plus tard, Suharto envahit l’ancienne colonie portugaise du Timor-Oriental. Bilan ? Deux cent mille morts. En fait de « figure historique », Suharto aura été, au long de son règne, le plus sanguinaire des dictateurs, emprisonnant et torturant les opposants, et répondant à tout soulèvement par le massacre. Il méritait donc d’être salué par les Américains, au même titre que Franco et Pinochet, qui assurèrent, comme lui, la stabilité de leur pays en remplissant les fosses communes.

    Il faut croire que les cadavres d’Indonésie n’ont pas la même odeur que ceux du Cambodge, de l’URSS et de l’Allemagne, pays dont la stabilité fut remarquable sous Pol Pot, Staline et Hitler !

    Marianne – Guy Konopnicki – février 2008

     

  • Nouvelles n° 120 ( 2 ème partie)

    Bye Bye Wallonie ?

     

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    Le 13 décembre 2006, à une heure de grande écoute, la RTBF diffusait une œuvre de fiction réalisée et interprétée – dans leur propre rôle – par des journalistes « maison », avec la participation exceptionnelle de quelques acteurs politiques, du reste pas tous fréquentables.

    Cette date doit rester graver comme un moment charnière de l’histoire nationale tant le téléfilm de Philippe Dutilleul a suscité l’émoi. Il s’apparente ainsi à « La Muette de Portici », l’opéra d’Auber représenté à La Monnaie pour le 59e anniversaire de Guillaume d’Orange contre qui se seraient levés des spectateurs bruxellois au moment de l’air « Amour sacré de la patrie ». Ils donnaient ainsi le signal du soulèvement qui mènera à l’indépendance de la Belgique. Le téléfilm ertébéen, 176 ans plus tard, met en scène de semblables réactions. Cette fois-ci totalement virtuelles !

    Et pourtant, le trouble que suscita cette diffusion fut si profond que l’œuvre elle-même mériterait d’être mieux analysée. Il révélait un attachement insoupçonné d’autant de Wallons et de Bruxellois à l’unité du pays. L’ampleur de cette émotion était relativement peu prévisible compte tenu de l’expression répétée des urnes en Flandre qui conduit ce « néo-belgicanisme » dans une impasse politique.

    De la même façon, les funérailles de Baudouin à l’été 1993 avait surpris par la traduction inattendue d’un engouement médiatique ou populaire pour la monarchie.

    A 13 années d’intervalle, ces « événements » de nature différente ont dans tous les cas traduit une profonde transformation de la sociologie wallonne marquée au lendemain de la guerre par les questions « royale », « scolaire » et sociale avec la grande grève de l’hiver 60. Cette mutation apparaît si radicale qu’on peut se demander si le 13 décembre  ce n’est pas moins la fin de l’Etat belge qu’aurait annoncé la RTBF que l’évaporation… d’une identité wallonne.

    La Wallonie apparaît aujourd’hui orpheline d’un projet qui la distingue. Sa classe politique a pour ambition majeure (et légitime !) de rattraper son retard de développement dans un cadre en extinction : la Belgique fédérale. Ce programme se révèle dans une approche régionale très économétrique qui ne constitue pas un projet identitaire particulièrement « sexy ». Comparez-le, par exemple, à la puissante affirmation selon laquelle « Sont Wallons les gens de Wallonie » ! Cette définition qui fut, à l’antipode de toute tentation nationaliste, un étendard pour de régionalistes aujourd’hui volontiers « ringardisés ».

    Dans la bouche des responsables politiques qui en émanent, la Wallonie semble éteinte. Morte ? Ils lui ont substitué un concept hérité, celui d’une langue maternelle. Nous ne serions plus que francophones? Et pour comble, s’affirmer sans complexe Wallon, résonnerait aujourd’hui comme une rupture de solidarité, comme un repli, un égoïsme ?

    La note récemment déposée et présentée au groupe « Busquin-Spaak » par le professeur de droit constitutionnel de l’ULB, Marc Uyttendaele, s’inscrit dans cette évolution. Bien sûr reconnaît-elle encore la force de l’identité régionale, qu’elle soit bruxelloise ou wallonne. Mais dans la nouvelle architecture institutionnelle qu’il défend, c’est la Wallonie qui disparaîtrait comme autorité fédérée sur l’autel de la simplification du paysage. Bien sûr se verrait-elle garantir une « autonomie clairement affirmée » mais dans le cadre d’une « autorité de Wallonie et de Bruxelles ». Ainsi la Wallonie n’existerait-elle plus que par soustraction.

    La réflexion d’Uyttendaele a le mérite de mettre le doigt sur l’obsolescence du concept de « Communauté » et de proposer la régionalisation totale des matières personnalisables. Soit. Mais maintenir une structure avec un parlement de 94 membres et un gouvernement de combien de ministres pour gérer… l’enseignement et la culture, est-ce bien raisonnable ?

    Le professeur fonde son argumentation sur le souci pour les francophones de « s’exprimer d’une seule voix dans le dialogue avec les Flamands ». Mais c’est malheureusement déjà le cas ! Les Wallons et les Bruxellois, en défendant un fédéralisme construit au départ des Régions, gagneraient à voir leurs intérêts défendus dans une négociation à trois plutôt que dans un dialogue de communauté à communauté. Et la nécessaire solidarité gagnerait à s’exprimer dans le respect de chacun.

    Me Uyttendale défend au contraire un concept sympathique de « citoyenneté culturelle »  qui serait en réalité le trait d’union entre ces francophones. Cette fausse « bonne idée » - outre l’ambiguïté même d’une citoyenneté extraterritoriale et désarticulée de toute géographie - a pour conséquence de continuer à priver la Wallonie d’un enseignement ancré sur ses réalités économiques, sur son histoire sociale et sur un projet d’avenir propre.  Ainsi que d’une culture enracinée de la même manière. Quelle solidarité garantirait ce prix exorbitant dès lors que la Wallonie doit pouvoir gérer ces compétences mal logées à la Communauté, simplement pour consolider et asseoir son propre développement?

    Jean-Claude Vandermeeren, Secrétaire général de la FGTB wallonne


    Jo-Wilfried Tsonga : à peine riche et déjà évadé fiscal
    Pierre Eyben

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    J’ai déjà eu dans un précédent article paru dans le JDM (Johnny et Justine : citoyens attristants mais icônes médiatiques intouchables) l’occasion de dénoncer l’attitude bien peu citoyenne de certains sportifs telle la néo-monégasque Justine Henin.

    Vu la différence de pureté entre le revers de « Juju » et le mien, je n’améliore pas ma cote en montant à la volée face à cette idole nationale. Mais il me semble utile d’un minimum briser le soap opéra hagiographique qui est diffusé en boucle par les médias. Ces sportifs reçoivent durant toute leur jeunesse un encadrement de qualité financé par la collectivité. Une fois arrivés au sommet, il est donc insupportable de les voir refuser égoïstement de rendre un minimum à la collectivité ce qu’elle leur a offert.

    Face au bourrage de crâne sur une prétendue « rage taxatoire », il faut raison garder et bien admettre qu’au regard des sommes astronomiques qu’elle gagne, la fiscalité belge concoctée par Didier Reynders (pas d’impôt sur la fortune, tranches supérieures de l’impôt supprimées,…) ne risque pas de mettre Justine Henin (ni les autres sportifs belges de renom qui ont choisi de résider dans des paradis fiscaux) sur la paille. Ni leurs enfants, ni les enfants de leurs enfants, ni…

    Cette fois, je voudrais m’attaquer à un morceau bien plus solide encore du fond de court. Il s’agit du tennisman français Jo-Wilfried Tsonga. En amoureux de ce sport, j’ai moi aussi apprécié le bonhomme, son jeu hors-norme, son look de Mohammed Ali, sa décontraction et puis l’avantage inégalable qu’il a de briser la monotonie des, déjà trop classiques, duels Nadal-Federer. Et puis ce matin, pan ! Un smash dans l’œil. Jo-Wilfried, à peine riche, vient d’acquérir une résidence en Suisse et souhaite y être imposé. Pas besoin de vous faire un dessin. Suivant l’exemple de ses compatriotes Amélie Mauresmo, Richard Gasquet, Fabrice Santoro, Cédric Pioline, Arnaud Clément ou encore Guy Forget, la nouvelle coqueluche du tennis français dit, elle aussi, « merde » à ses concitoyens et à son pays. On connaît la formule de Mohammed Ali, " Je vole comme un papillon et pique comme une abeille". Voilà deux verbes (voler et piquer) qui, ici, semblent prendre un autre sens.

    Certains croient percevoir dans une participation à la Coupe Davis ou aux Jeux Olympiques une véritable fibre nationale. Outre que je préfère la citoyenneté à la fibre nationale (qui n’est jamais loin du nationalisme bon-teint), je pense qu’il convient de démonter cette justification de circonstance. Etre citoyen, ce n’est pas disputer telle ou épreuve sportive pour son pays (comme d’ailleurs pour son palmarès), mais de se montrer concrètement (c'est-à-dire financièrement) un peu solidaire du système éducatif et sportif qui vous a permis de percer.

    Un peu de courage politique imposerait de refuser que celles et ceux qui choisissent l’évasion fiscale ne puissent représenter un pays auquel ils tournent si ouvertement le dos.

    En Belgique comme en France, les responsables politiques, trop soucieux d’assurer leur réélection et de ne pas heurter la vox populi (qui est à vrai dire une vox televisi), se contentent de sourire et de parader dans les travées des stades.


    « L’Europe  nourrit sa régionalisation »
    Par Régis Debray

    régions

    Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement. Le risque qui nous guette au premier chef :  la balkanisation.

    A notre invitation, Régis Debray a fait le voyage de Paris, mardi matin, afin d’assister à notre réunion de rédaction, d’où il a commenté l’actualité du jour.

    Un regard français sur la belgitude en déshérence ? Modeste, notre visiteur confesse qu’il ne maîtrise pas les subtilités du débat belgo-belge, ou flamando-francophone. Après quelques explications de notre part, le philosophe discerne toutefois, dans nos turpitudes, le paradigme d’un phénomène plus universel.

    « Ce qui se passe en Belgique me semble à la fois grave, symptomatique et annonciateur d’un futur commun, attaque-t-il. Les temps modernes ne sont pas ce que Charlie Chaplin avait prévu dans son film : nous ne sommes pas des moutons sortant du métro pour se rendre en troupeau à l’usine. Le troupeau se fragmente de plus en plus. En fait, il n’y a plus de troupeau. Il n’y a dons plus de guide, ni de pasteur : il y a des réseaux, des réseaux de minorités culturelles. Le XXIe siècle sera l’époque des minorités culturelles. Le grand risque ne sera donc pas la dictature de la majorité, mais la dictature des minorités. Et cela, ce n’était pas prévu ! Tocqueville est un peu pris à revers … »

    Selon Régis Debray, c’est la mondialisation technico-économique qui provoque cette balkanisation politico-culturelle : « Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement ». Ce phénomène contredit à la fois le « village global » cher à Mc Luhan et l’idéal néolibéral du « global shopping center », mais emporte dans la même vague la prophétie marxiste de la « République socialiste universelle ». Tout cela n’étonne cependant pas outre mesure le médiologue : « Je l’avais écrit dès les années 70 », glisse-t-il.

    « En ce sens, enchaîne-t-il, ce qui arrive à la Belgique se produit et se produira sur toute la planète. Chez vous, la visibilité de la crise apparaît plus forte qu’ailleurs, car Bruxelles reste le centre de l’Europe. Au fond, la construction de l’Europe nourrit sa régionalisation et même, favorise la résurgence des séparatismes. En ce sens, l’Europe peut être considérée autant comme un facteur de division que comme facteur d’unification. Le rêve fédérateur européen est en tout ces en crise. »

    Régis Debray étaye son raisonnement en évoquant le problème linguistique, sorte d’hologramme de nos réformes de l’Etat successives : « La langue représente quelque chose de plus fondamental qu’on ne croît, affirme-t-il. La langue n’est pas une superstructure, mais une infrastructure, comme la religion. Ceux qui ont construit l’Europe ont voulu l’ignorer. Ils ont conçu l’Union comme une entité centripète … et on la découvre centrifuge, où les extrêmes montent en puissance. A la limite, on en arrivera à l’Europe des régions, comme si l’on se retrouvait au XIVe siècle. L’histoire n’est pas circulaire, mais elle avance en spirale : elle repasse par les mêmes plans …

    Une chose est sûre : une Europe atomisée subit le lien de subordination vis-à-vis de la puissance étrangère la plus forte ». Traduisez : les USA

    Lesoir.be


    Les TEC bradés à la France
    Le Pan » Blog Archive » 

    Tec

    C’est l’histoire d’un apparatchik socialiste qui contrôle tout le secteur du transport routier public et privé en Région wallonne. Et vend les bijoux de famille à un holding français. Non sans intérêt…

    Roi du cumul
     
    Sa liste de mandats laisse pantois : rien que dans le domaine des transports routiers, Phlypo est administrateur général de la SRWT (Société régionale wallonne des Transports) et donc administrateur des cinq sociétés régionales d’exploitation des TEC, vice-président de l’UBTCUR (Union belge des transports en commun urbains et régionaux), membre du comité de direction et de gestion de l’UITP (Union internationale des Transports publics) et président d’Eurobus holding (voir infra). Hors route, il est aussi administrateur à la SOWAER (Société Wallonne des Aéroports), au Port autonome de Liège et à Euro Liège TGV.

    Enfin, ce sympathique cumulard est aussi président de la SA Terranova (tri et recyclage de déchets) et, cerise sur le gâteau, échevin PS de la commune de Blégny, dont le bourgmestre est le très daerdenien Marc Bolland, fils de l’ancien gouverneur de la province de Liège. Ouf(ti) !

    L’ayatollah de Blégny

    Jean-Claude Phlypo est surtout connu – et craint – en principauté liégeoise : dernier chef cab d’André Cools, il a apparemment hérité de la morgue du Maître de Flémalle, « mais pas de son charisme », analyse un mandataire qui le côtoie souvent. Un autre ajoute : « Plus grossier que ça, on ne saurait pas, par exemple en matière d’humour trivial ». Celui qu’on surnomme « L’ayatollah Khomeiny » est réputé pour sa très grande maîtrise des dossiers mais aussi pour son manque d’ouverture, notamment au dialogue. Certains se souviennent de l’avoir vu, en direct sur Mise au point en 2001, engueuler copieusement et en toute impunité un ponte de la FGTB. Aux conseils d’administration des TEC, même topo avec les délégués syndicaux ou les opposants : quand ils mouftent, l’insulte n’est jamais loin. Un vrai socialiste old school…

    Syndrome Sotegec

    Jean-Claude Phlypo est donc administrateur général de la para-régionale SRWT (faîtière des TEC), et président d’Eurobus holding, leader privé du marché belge des transports par bus qui réalise 62% de son activité (chiffre d’affaires de 109 millions d’€) en… louant ses bus aux TEC et à De Lijn, dont il est le premier prestataire de services ! Cerise sur le gâteau, Jean-Claude ramasse les liards des deux côtés. En 2005, le périodique Solidaire estimait son salaire mensuel net à plus de 23 000 €, dont annuellement 300 000 à la SRWT et 200 000 chez Eurobus. Ce dernier chiffre est contesté par Marc Renouprez, ex-associé du bureau de révisorat de… Michel Daerden et s’exprimant pour le groupe Eurobus : « C’est tout à fait faux, il gagne beaucoup, beaucoup moins ». Ce n’est évidemment pas Isabelle Mewissen, directrice des TEC Liège-Verviers, qui va s’en émouvoir : elle est madame Phlypo à la ville…

    Le jackpot Keolis

    Eurobus a un homologue outre-Quiévrain : Keolis, filiale à 45,5% de la SNCF et premier opérateur privé de transport public en France, qui emploie plus de 30 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’€. Le 14 janvier dernier, Keolis se rendait propriétaire du pôle flamand d’Eurobus (devenu Keolis Vlaanderen) et de 71% des actions d’Eurobus holding en Wallonie et à Bruxelles, avec option pour le rachat des 29% restants, toujours entre les mains de la SRWT. Par ce rachat, Keolis devient aussi premier opérateur privé de transport public en… Belgique ! Le ministre de tutelle, André Antoine, n’a rien vu venir. D’autant que la reprise n’apparaissait pas vraiment comme une affaire juteuse : on parlait même d’une prochaine introduction en bourse d’Eurobus ! A ce propos, Marc Renouprez explique que « dans toute entreprise qui se développe, la question d’une introduction en bourse se pose à un moment. Mais ça n’a pas dépassé le stade de l’étude ». Soit, désormais donc, les marges bénéficiaires dégagées sur le ticket de TEC payé par les utilisateurs – qui n’ont pas vraiment des salaires comparables à celui de Monsieur Phlypo – vont voler directement dans la caisse d’une boîte privée française ! Et qui épongera l’éventuel déficit des TEC en fin d’année ? Le sous-traitant Keolis ? Que nenni : le contribuable wallon !

    Un rachat complice

    Le rachat par Keolis n’a rien d’une OPA, que du contraire. Si Phlypo a laissé la France s’emparer de la majorité du transport public routier de Belgique, c’est en parfaite intelligence – il aurait d’ailleurs pris connaissance (et piqué les idées) de l’étude de marché réalisée par Keolis. Proche de la retraite, Jean-Claude pourra bientôt dire au revoir à ses mandats publics. Certains le soupçonnent de viser un poste de direction au sein de Keolis. Et s’interrogent : au moment où le nouveau leader européen, profitant de son option et poussé par les réglementations européennes, achètera les 29% restants, Jean-Claude ne risquerait-il pas de faire passer ses intérêts privés avant ceux de la SRWT pour laquelle il négociera en première ligne ? « Vendra-t-il les actions de la SRWT à bas prix contre un salaire bien juteux ? », résume ce spécialiste des transports…

    Comment prévenir ce risque ?

    Dans l’entourage de Phlypo, on assure que « pour tuer la bête, il faut tuer ceux qui refusent de la chasser ». Chaud devant !