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Nouvelles n° 120 ( 2 ème partie)

Bye Bye Wallonie ?

 

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Le 13 décembre 2006, à une heure de grande écoute, la RTBF diffusait une œuvre de fiction réalisée et interprétée – dans leur propre rôle – par des journalistes « maison », avec la participation exceptionnelle de quelques acteurs politiques, du reste pas tous fréquentables.

Cette date doit rester graver comme un moment charnière de l’histoire nationale tant le téléfilm de Philippe Dutilleul a suscité l’émoi. Il s’apparente ainsi à « La Muette de Portici », l’opéra d’Auber représenté à La Monnaie pour le 59e anniversaire de Guillaume d’Orange contre qui se seraient levés des spectateurs bruxellois au moment de l’air « Amour sacré de la patrie ». Ils donnaient ainsi le signal du soulèvement qui mènera à l’indépendance de la Belgique. Le téléfilm ertébéen, 176 ans plus tard, met en scène de semblables réactions. Cette fois-ci totalement virtuelles !

Et pourtant, le trouble que suscita cette diffusion fut si profond que l’œuvre elle-même mériterait d’être mieux analysée. Il révélait un attachement insoupçonné d’autant de Wallons et de Bruxellois à l’unité du pays. L’ampleur de cette émotion était relativement peu prévisible compte tenu de l’expression répétée des urnes en Flandre qui conduit ce « néo-belgicanisme » dans une impasse politique.

De la même façon, les funérailles de Baudouin à l’été 1993 avait surpris par la traduction inattendue d’un engouement médiatique ou populaire pour la monarchie.

A 13 années d’intervalle, ces « événements » de nature différente ont dans tous les cas traduit une profonde transformation de la sociologie wallonne marquée au lendemain de la guerre par les questions « royale », « scolaire » et sociale avec la grande grève de l’hiver 60. Cette mutation apparaît si radicale qu’on peut se demander si le 13 décembre  ce n’est pas moins la fin de l’Etat belge qu’aurait annoncé la RTBF que l’évaporation… d’une identité wallonne.

La Wallonie apparaît aujourd’hui orpheline d’un projet qui la distingue. Sa classe politique a pour ambition majeure (et légitime !) de rattraper son retard de développement dans un cadre en extinction : la Belgique fédérale. Ce programme se révèle dans une approche régionale très économétrique qui ne constitue pas un projet identitaire particulièrement « sexy ». Comparez-le, par exemple, à la puissante affirmation selon laquelle « Sont Wallons les gens de Wallonie » ! Cette définition qui fut, à l’antipode de toute tentation nationaliste, un étendard pour de régionalistes aujourd’hui volontiers « ringardisés ».

Dans la bouche des responsables politiques qui en émanent, la Wallonie semble éteinte. Morte ? Ils lui ont substitué un concept hérité, celui d’une langue maternelle. Nous ne serions plus que francophones? Et pour comble, s’affirmer sans complexe Wallon, résonnerait aujourd’hui comme une rupture de solidarité, comme un repli, un égoïsme ?

La note récemment déposée et présentée au groupe « Busquin-Spaak » par le professeur de droit constitutionnel de l’ULB, Marc Uyttendaele, s’inscrit dans cette évolution. Bien sûr reconnaît-elle encore la force de l’identité régionale, qu’elle soit bruxelloise ou wallonne. Mais dans la nouvelle architecture institutionnelle qu’il défend, c’est la Wallonie qui disparaîtrait comme autorité fédérée sur l’autel de la simplification du paysage. Bien sûr se verrait-elle garantir une « autonomie clairement affirmée » mais dans le cadre d’une « autorité de Wallonie et de Bruxelles ». Ainsi la Wallonie n’existerait-elle plus que par soustraction.

La réflexion d’Uyttendaele a le mérite de mettre le doigt sur l’obsolescence du concept de « Communauté » et de proposer la régionalisation totale des matières personnalisables. Soit. Mais maintenir une structure avec un parlement de 94 membres et un gouvernement de combien de ministres pour gérer… l’enseignement et la culture, est-ce bien raisonnable ?

Le professeur fonde son argumentation sur le souci pour les francophones de « s’exprimer d’une seule voix dans le dialogue avec les Flamands ». Mais c’est malheureusement déjà le cas ! Les Wallons et les Bruxellois, en défendant un fédéralisme construit au départ des Régions, gagneraient à voir leurs intérêts défendus dans une négociation à trois plutôt que dans un dialogue de communauté à communauté. Et la nécessaire solidarité gagnerait à s’exprimer dans le respect de chacun.

Me Uyttendale défend au contraire un concept sympathique de « citoyenneté culturelle »  qui serait en réalité le trait d’union entre ces francophones. Cette fausse « bonne idée » - outre l’ambiguïté même d’une citoyenneté extraterritoriale et désarticulée de toute géographie - a pour conséquence de continuer à priver la Wallonie d’un enseignement ancré sur ses réalités économiques, sur son histoire sociale et sur un projet d’avenir propre.  Ainsi que d’une culture enracinée de la même manière. Quelle solidarité garantirait ce prix exorbitant dès lors que la Wallonie doit pouvoir gérer ces compétences mal logées à la Communauté, simplement pour consolider et asseoir son propre développement?

Jean-Claude Vandermeeren, Secrétaire général de la FGTB wallonne


Jo-Wilfried Tsonga : à peine riche et déjà évadé fiscal
Pierre Eyben

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J’ai déjà eu dans un précédent article paru dans le JDM (Johnny et Justine : citoyens attristants mais icônes médiatiques intouchables) l’occasion de dénoncer l’attitude bien peu citoyenne de certains sportifs telle la néo-monégasque Justine Henin.

Vu la différence de pureté entre le revers de « Juju » et le mien, je n’améliore pas ma cote en montant à la volée face à cette idole nationale. Mais il me semble utile d’un minimum briser le soap opéra hagiographique qui est diffusé en boucle par les médias. Ces sportifs reçoivent durant toute leur jeunesse un encadrement de qualité financé par la collectivité. Une fois arrivés au sommet, il est donc insupportable de les voir refuser égoïstement de rendre un minimum à la collectivité ce qu’elle leur a offert.

Face au bourrage de crâne sur une prétendue « rage taxatoire », il faut raison garder et bien admettre qu’au regard des sommes astronomiques qu’elle gagne, la fiscalité belge concoctée par Didier Reynders (pas d’impôt sur la fortune, tranches supérieures de l’impôt supprimées,…) ne risque pas de mettre Justine Henin (ni les autres sportifs belges de renom qui ont choisi de résider dans des paradis fiscaux) sur la paille. Ni leurs enfants, ni les enfants de leurs enfants, ni…

Cette fois, je voudrais m’attaquer à un morceau bien plus solide encore du fond de court. Il s’agit du tennisman français Jo-Wilfried Tsonga. En amoureux de ce sport, j’ai moi aussi apprécié le bonhomme, son jeu hors-norme, son look de Mohammed Ali, sa décontraction et puis l’avantage inégalable qu’il a de briser la monotonie des, déjà trop classiques, duels Nadal-Federer. Et puis ce matin, pan ! Un smash dans l’œil. Jo-Wilfried, à peine riche, vient d’acquérir une résidence en Suisse et souhaite y être imposé. Pas besoin de vous faire un dessin. Suivant l’exemple de ses compatriotes Amélie Mauresmo, Richard Gasquet, Fabrice Santoro, Cédric Pioline, Arnaud Clément ou encore Guy Forget, la nouvelle coqueluche du tennis français dit, elle aussi, « merde » à ses concitoyens et à son pays. On connaît la formule de Mohammed Ali, " Je vole comme un papillon et pique comme une abeille". Voilà deux verbes (voler et piquer) qui, ici, semblent prendre un autre sens.

Certains croient percevoir dans une participation à la Coupe Davis ou aux Jeux Olympiques une véritable fibre nationale. Outre que je préfère la citoyenneté à la fibre nationale (qui n’est jamais loin du nationalisme bon-teint), je pense qu’il convient de démonter cette justification de circonstance. Etre citoyen, ce n’est pas disputer telle ou épreuve sportive pour son pays (comme d’ailleurs pour son palmarès), mais de se montrer concrètement (c'est-à-dire financièrement) un peu solidaire du système éducatif et sportif qui vous a permis de percer.

Un peu de courage politique imposerait de refuser que celles et ceux qui choisissent l’évasion fiscale ne puissent représenter un pays auquel ils tournent si ouvertement le dos.

En Belgique comme en France, les responsables politiques, trop soucieux d’assurer leur réélection et de ne pas heurter la vox populi (qui est à vrai dire une vox televisi), se contentent de sourire et de parader dans les travées des stades.


« L’Europe  nourrit sa régionalisation »
Par Régis Debray

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Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement. Le risque qui nous guette au premier chef :  la balkanisation.

A notre invitation, Régis Debray a fait le voyage de Paris, mardi matin, afin d’assister à notre réunion de rédaction, d’où il a commenté l’actualité du jour.

Un regard français sur la belgitude en déshérence ? Modeste, notre visiteur confesse qu’il ne maîtrise pas les subtilités du débat belgo-belge, ou flamando-francophone. Après quelques explications de notre part, le philosophe discerne toutefois, dans nos turpitudes, le paradigme d’un phénomène plus universel.

« Ce qui se passe en Belgique me semble à la fois grave, symptomatique et annonciateur d’un futur commun, attaque-t-il. Les temps modernes ne sont pas ce que Charlie Chaplin avait prévu dans son film : nous ne sommes pas des moutons sortant du métro pour se rendre en troupeau à l’usine. Le troupeau se fragmente de plus en plus. En fait, il n’y a plus de troupeau. Il n’y a dons plus de guide, ni de pasteur : il y a des réseaux, des réseaux de minorités culturelles. Le XXIe siècle sera l’époque des minorités culturelles. Le grand risque ne sera donc pas la dictature de la majorité, mais la dictature des minorités. Et cela, ce n’était pas prévu ! Tocqueville est un peu pris à revers … »

Selon Régis Debray, c’est la mondialisation technico-économique qui provoque cette balkanisation politico-culturelle : « Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement ». Ce phénomène contredit à la fois le « village global » cher à Mc Luhan et l’idéal néolibéral du « global shopping center », mais emporte dans la même vague la prophétie marxiste de la « République socialiste universelle ». Tout cela n’étonne cependant pas outre mesure le médiologue : « Je l’avais écrit dès les années 70 », glisse-t-il.

« En ce sens, enchaîne-t-il, ce qui arrive à la Belgique se produit et se produira sur toute la planète. Chez vous, la visibilité de la crise apparaît plus forte qu’ailleurs, car Bruxelles reste le centre de l’Europe. Au fond, la construction de l’Europe nourrit sa régionalisation et même, favorise la résurgence des séparatismes. En ce sens, l’Europe peut être considérée autant comme un facteur de division que comme facteur d’unification. Le rêve fédérateur européen est en tout ces en crise. »

Régis Debray étaye son raisonnement en évoquant le problème linguistique, sorte d’hologramme de nos réformes de l’Etat successives : « La langue représente quelque chose de plus fondamental qu’on ne croît, affirme-t-il. La langue n’est pas une superstructure, mais une infrastructure, comme la religion. Ceux qui ont construit l’Europe ont voulu l’ignorer. Ils ont conçu l’Union comme une entité centripète … et on la découvre centrifuge, où les extrêmes montent en puissance. A la limite, on en arrivera à l’Europe des régions, comme si l’on se retrouvait au XIVe siècle. L’histoire n’est pas circulaire, mais elle avance en spirale : elle repasse par les mêmes plans …

Une chose est sûre : une Europe atomisée subit le lien de subordination vis-à-vis de la puissance étrangère la plus forte ». Traduisez : les USA

Lesoir.be


Les TEC bradés à la France
Le Pan » Blog Archive » 

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C’est l’histoire d’un apparatchik socialiste qui contrôle tout le secteur du transport routier public et privé en Région wallonne. Et vend les bijoux de famille à un holding français. Non sans intérêt…

Roi du cumul
 
Sa liste de mandats laisse pantois : rien que dans le domaine des transports routiers, Phlypo est administrateur général de la SRWT (Société régionale wallonne des Transports) et donc administrateur des cinq sociétés régionales d’exploitation des TEC, vice-président de l’UBTCUR (Union belge des transports en commun urbains et régionaux), membre du comité de direction et de gestion de l’UITP (Union internationale des Transports publics) et président d’Eurobus holding (voir infra). Hors route, il est aussi administrateur à la SOWAER (Société Wallonne des Aéroports), au Port autonome de Liège et à Euro Liège TGV.

Enfin, ce sympathique cumulard est aussi président de la SA Terranova (tri et recyclage de déchets) et, cerise sur le gâteau, échevin PS de la commune de Blégny, dont le bourgmestre est le très daerdenien Marc Bolland, fils de l’ancien gouverneur de la province de Liège. Ouf(ti) !

L’ayatollah de Blégny

Jean-Claude Phlypo est surtout connu – et craint – en principauté liégeoise : dernier chef cab d’André Cools, il a apparemment hérité de la morgue du Maître de Flémalle, « mais pas de son charisme », analyse un mandataire qui le côtoie souvent. Un autre ajoute : « Plus grossier que ça, on ne saurait pas, par exemple en matière d’humour trivial ». Celui qu’on surnomme « L’ayatollah Khomeiny » est réputé pour sa très grande maîtrise des dossiers mais aussi pour son manque d’ouverture, notamment au dialogue. Certains se souviennent de l’avoir vu, en direct sur Mise au point en 2001, engueuler copieusement et en toute impunité un ponte de la FGTB. Aux conseils d’administration des TEC, même topo avec les délégués syndicaux ou les opposants : quand ils mouftent, l’insulte n’est jamais loin. Un vrai socialiste old school…

Syndrome Sotegec

Jean-Claude Phlypo est donc administrateur général de la para-régionale SRWT (faîtière des TEC), et président d’Eurobus holding, leader privé du marché belge des transports par bus qui réalise 62% de son activité (chiffre d’affaires de 109 millions d’€) en… louant ses bus aux TEC et à De Lijn, dont il est le premier prestataire de services ! Cerise sur le gâteau, Jean-Claude ramasse les liards des deux côtés. En 2005, le périodique Solidaire estimait son salaire mensuel net à plus de 23 000 €, dont annuellement 300 000 à la SRWT et 200 000 chez Eurobus. Ce dernier chiffre est contesté par Marc Renouprez, ex-associé du bureau de révisorat de… Michel Daerden et s’exprimant pour le groupe Eurobus : « C’est tout à fait faux, il gagne beaucoup, beaucoup moins ». Ce n’est évidemment pas Isabelle Mewissen, directrice des TEC Liège-Verviers, qui va s’en émouvoir : elle est madame Phlypo à la ville…

Le jackpot Keolis

Eurobus a un homologue outre-Quiévrain : Keolis, filiale à 45,5% de la SNCF et premier opérateur privé de transport public en France, qui emploie plus de 30 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’€. Le 14 janvier dernier, Keolis se rendait propriétaire du pôle flamand d’Eurobus (devenu Keolis Vlaanderen) et de 71% des actions d’Eurobus holding en Wallonie et à Bruxelles, avec option pour le rachat des 29% restants, toujours entre les mains de la SRWT. Par ce rachat, Keolis devient aussi premier opérateur privé de transport public en… Belgique ! Le ministre de tutelle, André Antoine, n’a rien vu venir. D’autant que la reprise n’apparaissait pas vraiment comme une affaire juteuse : on parlait même d’une prochaine introduction en bourse d’Eurobus ! A ce propos, Marc Renouprez explique que « dans toute entreprise qui se développe, la question d’une introduction en bourse se pose à un moment. Mais ça n’a pas dépassé le stade de l’étude ». Soit, désormais donc, les marges bénéficiaires dégagées sur le ticket de TEC payé par les utilisateurs – qui n’ont pas vraiment des salaires comparables à celui de Monsieur Phlypo – vont voler directement dans la caisse d’une boîte privée française ! Et qui épongera l’éventuel déficit des TEC en fin d’année ? Le sous-traitant Keolis ? Que nenni : le contribuable wallon !

Un rachat complice

Le rachat par Keolis n’a rien d’une OPA, que du contraire. Si Phlypo a laissé la France s’emparer de la majorité du transport public routier de Belgique, c’est en parfaite intelligence – il aurait d’ailleurs pris connaissance (et piqué les idées) de l’étude de marché réalisée par Keolis. Proche de la retraite, Jean-Claude pourra bientôt dire au revoir à ses mandats publics. Certains le soupçonnent de viser un poste de direction au sein de Keolis. Et s’interrogent : au moment où le nouveau leader européen, profitant de son option et poussé par les réglementations européennes, achètera les 29% restants, Jean-Claude ne risquerait-il pas de faire passer ses intérêts privés avant ceux de la SRWT pour laquelle il négociera en première ligne ? « Vendra-t-il les actions de la SRWT à bas prix contre un salaire bien juteux ? », résume ce spécialiste des transports…

Comment prévenir ce risque ?

Dans l’entourage de Phlypo, on assure que « pour tuer la bête, il faut tuer ceux qui refusent de la chasser ». Chaud devant !


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