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27/01/2008

Nouvelles n° 118 (2 ème partie)

Coupures de courant à Gaza orchestrées par Israël : une punition collective tacitement approuvée par les Etats-Unis
par Chris Marsden

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Pour mieux vous faire comprendre ce qui se passe actuellement dans la Bande de Gaza. (ndlr)

La population de Gaza de 1,4 million de personnes utilise environ 200 mégawatts d’électricité, dont 120 directement fournis par Israël et 65 produits dans une centrale thermique palestinienne locale qui dépend elle-même de l’énergie israélienne. Seuls 17 mégawatts proviennent de l’Egypte.

Dans un premier temps, Israël va perturber l’électricité dans diverses régions de la Bande. L’approvisionnement d’Israël vers Gaza passe par cinq lignes électriques, dont quatre livrent de l’électricité à une base militaire de la région et ne peuvent être fermées. La cinquième ligne transmet l’électricité d’Israël à Beit Hanun à l’est de Gaza, qui selon toute attente sera le plus durement touché par ce plan.

Israël fournit aussi tous les combustibles dont Gaza a besoin, y compris le diesel, l’essence et le gaz naturel, qui seront limités plus encore qu’ils ne le sont déjà.
Samedi dernier, le ministre adjoint de la Défense, Matan Vilnai a dit que le tribunal avait donné son autorisation finale à ce projet suivant lequel Israël va « réduire de manière significative », soit d’environ deux tiers, l’électricité fournie à Gaza dans les semaines à venir. Pour commencer, l’électricité sera coupée chaque fois que des militants enverront des roquettes sur Israël.

Vilnai a décrit le projet comme un « désengagement graduel de Gaza en matière d’électricité. » Il a dit clairement qu’Israël était déterminé à finalement couper entièrement l’électricité, exprimant avec un cynisme extrême le « souhait que les habitants de Gaza produiront leur propre électricité et ne dépendront pas de nous ».

Il a justifié cette démarche en parlant de Gaza comme d’une « entité hostile », terme employé pour la première fois en septembre pour justifier le projet de stopper l’approvisionnement. Ce terme et les références au « désengagement » sont utilisés par Israël pour affirmer qu’il n’a plus l’obligation, en tant que force d’occupation, de fournir des services à la population civile en vertu du droit international.

Mais malgré le retrait de Gaza de ses forces, il y a de cela deux ans, Israël en contrôle les frontières, l’espace aérien et les eaux territoriales et utilise ceci pour étrangler la vie économique sur la bande côtière.

L’Autorité palestinienne (AP) dirigée par Abbas a qualifié la décision d’Israël de « crime de guerre » et de « punition collective contre notre peuple de la Bande de Gaza ». Mais ses protestations se sont révélées totalement insincères du fait que deux heures de discussions se sont tenues entre Abbas et le premier ministre israélien Ehoud Olmert lors d’un déjeuner, le jour suivant, pour préparer le sommet à venir de l’administration Bush à Annapolis dans le Maryland.

L’AP participe directement à l’offensive en cours d’Israël contre le Hamas, mais craint qu’une attaque aussi ouverte sur la population toute entière de Gaza ne conduise le Fatah à perdre le contrôle sur la population de la Cisjordanie qui devient de plus en plus agitée.

Le négociateur palestinien, Saeb Erekat a demandé une intervention internationale du Quartet du Moyen-Orient – les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations Unies et la Russie – afin d’empêcher Israël de couper l’électricité et l’approvisionnement en combustibles de Gaza. Mais le silence fut assourdissant, notamment de la part de Washington, qui contrôle les cordons de la bourse d’Israël et serait en mesure, sans grande difficulté, de mettre fin à cette action s’il n’était pas tacitement d’accord avec Tel-Aviv. Il ne restait plus aux porte-parole du Fatah qu’à se plaindre et dire combien la punition collective infligée à Gaza rendait difficile pour eux la signature d’un accord avec Israël.

Le prétexte pour l’action d’Israël a été fourni par les attaques de roquettes Qassam lancées par des groupes de militants palestiniens de Gaza, dont on estime à 1 000 le nombre lancé durant ces quatre derniers mois.
Néanmoins, la riposte d’Israël n’est ni légale ni proportionnelle.
Les roquettes Qassam sont des missiles de petite taille, rudimentaires et non guidés qui sont employés depuis des années. Elles ont tué au total 13 personnes et en ont blessé environ 200, bien que l’une d’elles ait récemment blessé plus de 70 soldats israéliens. Le ministre de la Défense israélien a qualifié les roquettes Qassam de « menace psychologique plus que physique ».

Israël a essayé d’exagérer la menace en parlant de roquettes Katyushka plus grandes et plus sophistiquées, mais on n’en aurait trouvé que trois jusqu’à présent. Les roquettes ne sont en fait qu’une riposte quelque peu dérisoire dans un conflit militaire manifestement inégal. Au moins 4274 Palestiniens ont été tués depuis le 29 septembre 2000 contre 1024 Israéliens. Moins d’un tiers des victimes israéliennes sont des civils contre 2023 Palestiniens non combattants tués.

Israël resserrant son étau sur les Territoires occupés, cette différence s’est creusée. 660 Palestiniens au total ont été tués en 2006, dont 141 mineurs, alors que 17 civils israéliens et six membres des forces de sécurité ont été tués par les Palestiniens. A Gaza uniquement, l’attaque militaire israélienne en juin de l’année dernière avait tué 405 Palestiniens, dont 88 mineurs, et un total de 205 non-combattants. Israël avait aussi détruit plus de 300 foyers palestiniens.

Même ces chiffres terribles ne tiennent pas compte de l’impact du siège d’Israël sur l’espérance de vie, notamment pour les bébés, les enfants, les malades et les personnes âgées.

Le fait qu’Israël a fermé les frontières de Gaza à presque tout, sauf la nourriture et les médicaments de l’aide humanitaire, a quasiment détruit le peu qu’il restait de son économie.

Avant même ce blocus, Israël avait retenu illégalement les taxes et droits de douane qu’il collecte pour l’AP, et qui correspondent à peu près à 50 pour cent des revenus de cette dernière. Il n’a depuis remis ces fonds qu’à la Cisjordanie dirigée par le Fatah. Le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations Unies) a aussi tout arrêté sauf l’aide humanitaire à Gaza. 

51 pour cent en tout des Palestiniens dépendent de cette aide pour la nourriture, et la malnutrition est le principal problème de santé publique. De plus, 64 pour cent des Palestiniens sont passés en dessous du seuil de pauvreté en 2006, et près de 80 pour cent des habitants de Gaza vivent maintenant avec moins de 2 dollars par jour et dépendent des colis de nourriture des Nations Unies.

Selon un reportage de la Banque mondiale, le mois dernier, 90 pour cent de la production industrielle de Gaza a cessé et la production agricole a baissé de 50 pour cent en 2007.

Israël n’autorise quasiment aucun produit fini ou marchandise à entrer ou à quitter la Bande de Gaza. Quasiment toute construction a été stoppée, dont des projets d’une valeur de 90 millions de dollars alloués par les Nations Unies pour la construction de maisons, d’écoles et de traitement des égouts. Le chômage s’élève à plus de 75 pour cent. La production de nourriture d’hiver de Gaza, tels les fraises et les tomates cerises, va très probablement pourrir. Le prix des produits de base a augmenté de 30 pour cent ces six derniers mois. Le prix du sac de farine de 50 kilos a augmenté de 80 pour cent.

Israël bloque, retarde et harcèle de façon arbitraire les personnes qui ont un problème médical urgent et qui ont besoin de quitter la Bande de Gaza, ainsi que les étudiants qui veulent faire des études universitaires à l’étranger. Les Nations Unies déclarent qu’en moyenne cinq patients de Gaza par jour seulement entrent dans Israël, par rapport à 40 par jour en juillet. Les propres installations médicales de Gaza sont confrontées à une pénurie de médicaments et d’équipement de laboratoire en état de marche. 

Walter Fust, à la tête de l’organisme suisse, Direction pour le développement et la coopération (DDC), a qualifié la situation à Gaza d’« intenable » et de « choquante » à la fin d’une récente visite de quatre jours. Il a dit que la situation de la nourriture s’était aggravée « considérablement », avec 30 pour cent des enfants sous-alimentés et a décrit la situation dans les hôpitaux et les dispensaires comme précaire.

Des personnalités militaires israéliennes de haut rang ont appelé à une incursion de grande envergure dans Gaza, mais le gouvernement n’y a pas donné suite s’efforçant d’avoir l’air de faire le nécessaire dans la recherche de la paix à quelques jours de la conférence sur le Moyen-Orient, soutenue par les Etats-Unis et qui doit se tenir vers la fin du mois à Annapolis, dans le Maryland.

Néanmoins, des raids répétés ont eu lieu à la frontière de Gaza, dont un le 17 octobre et une incursion plus importante le 25 octobre – le jour où Barak approuvait les coupures de courant – près de Khan Younis au sud est. Des bulldozers ont aplani des terres agricoles sur un kilomètre dans la région de Al-Fukhari jusqu’à l’est de Khan Younis et des soldats ont fait des descentes dans plusieurs maisons et procédé à des arrestations.

Article original anglais, WSWS, paru le 29 octobre 2007


Gaza divise le Hamas
par Michele Giorgio
 

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Parade du Hamas à Gaza

A Gaza, le Hamas prépare des « tribunaux militaires » mais pas pour juger ses adversaires du Fatah et les officiers des services de sécurité « arrêtés » la semaine dernière –ils ont presque tous été  « graciés » ces jours derniers – mais pour juger les membres des milices islamiques, la Tansifieh (Force exécutive) et les Brigades « Ezzedin al Qassan » qui se sont entachés de violences graves, abus et autres crimes, sur des agents des forces de sécurité et leur entourage. «  Ce ne seront pas des procès ouverts au public, et pas trop sévères non plus, mais dans tous les cas ils auront lieu, pour qu’il soit clair que la direction du Hamas veut être juste et n’accepte pas tout ce qui est arrivé pendant les combats de la semaine dernière, même si dans les casernes et dans les prisons (de l’ANP fidèle à Abu Mazen), on a souvent torturé et assassiné  des militants islamistes», nous explique un journaliste local soutenant le Hamas. Mais peut-être ces procès représentent-ils aussi un moyen d’évacuer le désappointement du premier Ministre « démissionné » Ismaïl Haniyeh et d’autres leaders politiques à cause de la décision de l’aile militaire de faire place nette du Fatah et pas seulement du courant  dirigé par Mohammed Dahlan.

Le Hamas est un mouvement qui  tend à éviter l’existence interne de divergence organisée et répète que  les décisions doivent être  prises au sommet de façon démocratique et respectées par la minorité (c’est ce qu’on appelle dans nos organisations et partis à nous le centralisme démocratique, pourquoi ne pas le dire de cette façon ?! NDT). Et pourtant derrière cette apparence de collégialité absolue et respect mutuel, il en va autrement.

La signature des accords de La Mecque et le lancement de la collaboration avec le Fatah avait créé un certain nombre de problèmes, de caractère idéologique et politique, à l’intérieur du mouvement. Deux ministres du gouvernement précédent, Mahmoud Zahar et Saïd Siyam, notoirement opposés à Abu Mazen, avaient encaissé non sans rage la décision, de Haniyeh  et du leader en exil Khaled Mashaal, de se plier au veto que la présidence et le Fatah avaient posé contre leur nomination. Mais surtout, les chefs de l’aile militaire, Mohammed Deif et Ahmed Jabari, avaient soulevé le problème de la réaction « faible » de Haniyeh à la nomination à la vice présidence  du Conseil de sécurité nationale, par Abu Mazen, de l’ « ennemi », Mohamed Dahlan. Divergences bien cachées sous le voile de l’unité  apparente du mouvement mais qui a affaibli  le contrôle de Haniyeh  sur les milices. 

Le Hamas savait  que Dahlan et ses alliés, palestiniens et étrangers, projetaient une lourde attaque  militaire sur Gaza contre le mouvement islamique, grâce aux armes  et au soutien que les Etats-Unis et, plus récemment, Israël étaient prêts à fournir (ce soutien en armes et argent avaient déjà été fournis, NDT). Les sommets politiques et militaires avaient atteint cette conclusion : éliminer la menace, même par la force. Le plan devait être déclenché dans les semaines qui viennent mais l’enlèvement et l’assassinat de l’imam Mohammed al-Rasati (semble-t-il par les hommes de Dahlan), a donné le coup d’envoi de l’opération. « Sur le terrain cependant les choses sont allées au-delà des plans établis – rapporte un dirigeant politique du Hamas qui veut garder l’anonymat-  il fallait en finir  avec ces dirigeants du Fatah et avec les chefs des services de sécurité qui nous menaçaient continuellement mais les commandants militaires (du Hamas) ne s’en sont pas tenu aux ordres reçus et ont saisi l’occasion  de balayer jusqu’à la plus petite trace des institutions du Fatah et des services de sécurité. Le résultat c’est qu’aux yeux  des Palestiniens et du monde entier nous n’avons pas éliminés  des gens corrompus mais  imposé notre  pouvoir absolu ».

Ceux qui ont franchi la ligne rouge sont en particulier les Brigades Ezzedin al Qassam, tandis que le commandant de la Tanfisye, Abu Obeidah al-Jarrah, serait mieux arrivé à contrôler ses hommes.

Les leaders du Hamas faisaient la fête il y a une semaine, maintenant, par contre, ils commencent à  réfléchir sur les conséquences  de l’attaque contre le Fatah. Certains ne manquent pas de souligner  que la soif de victoire des commandants militaires – secondés d’ailleurs par les « dissidents » Zahar et Siyam- a mis à présent le Hamas dans une position  politique et diplomatique difficile, et que la conquête  de Gaza a été, en fait, une victoire à la Pyrrhus. Ça n’a pas été agréable pour le Premier ministre Haniyeh et pour son conseiller politique Ahmed Yussef, le « théoricien » du tournant politique  du Hamas, d’apprendre que l’Egypte a l’intention d’arrêter tous ses relations avec le Hamas, et que le siège de la représentation diplomatique égyptienne de Gaza sera bientôt transféré à Ramallah, où siège  le gouvernement palestinien d’urgence de Salam Fayad, nommé dimanche par Abu Mazen.

Mais ce qui a encore plus assombri l’humeur de Haniyeh c’est aussi ce qu’a déclaré le Ministre des Affaires Etrangères syrien, Walid Moalem, dans une interview au journal arabe al-Hayat, en affirmant que Damas est « prête » à recommencer des négociations avec Israël.

La reprise des négociations entre Tel Aviv et Damas pourrait aboutir à une ligne syrienne de moindre soutien au Hamas et à la résistance palestinienne

Il Manifesto,
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Reconstruire l’OLP en Palestine
L'aut'journal 

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Fille d’une famille paysanne palestinienne, Jamalat Abou Youssef est née à Helhoul, près d’Hébron, en 1962. En Palestine, elle a participé à de nombreuses luttes populaires et se définit comme une militante indépendante de la gauche palestinienne.

Mariée à un militant français rencontré en Palestine au début de la deuxième Intifada, elle vit maintenant en France depuis quelques années tout en gardant des contacts étroits avec son pays d’origine.

Nous avons pu rencontrer Jamalat Abou Youssef lors de son récent passage au Québec où elle séjournait à l’invitation de l’association PAJU (Palestiniens et Juifs unis).


Nous ne pouvons commencer cet entretien sans aborder la situation de Gaza qu’Israël vient de déclarer «Entité ennemie».

Jamalat : Israël ne parle plus maintenant d’une défense contre de «présumés terroristes» mais décrit Gaza comme une «Entité ennemie» ce qui lui permettrait d’intervenir sans tenir compte des lois internationales qui régissent l’administration de territoires occupés.
En réalité, Gaza n’est en aucune façon une entité ennemie. Même si en 2005, Israël a retiré son armée d’occupation, il n’en contrôle pas moins tous les accès, par terre, air ou mer ainsi que la distribution de l’eau, de l’électricité, des marchandises et des personnes.
Même les Américains qui pensent à la future conférence de paix en novembre prochain ont déconseillé à Israël par l’intermédiaire de Condoleeza Rice de provoquer ce qui serait une catastrophe humanitaire. (Il y a 1,5 million de personnes dans cette prison à ciel ouvert que constitue Gaza).

L’aut’journal : Quelle est la situation actuelle de la population palestinienne?

Jamalat : Elle est des plus obscure car s’ajoute maintenant aux problèmes que posent le blocage économique et les entraves à la circulation des biens et des personnes le fait qu’il n’y a pas une direction unique avec la division Fatah-Hamas.
De plus, les forces de la nouvelle sécurité contribuent à opprimer le peuple et agissent en alliés objectifs des Israéliens. Il en résulte une démobilisation progressive de la population sur le plan de la résistance à l’occupant. Chacun devient trop préoccupé chaque jour davantage par une lutte pour survivre et s’éloigne des revendications politiques. C’est une perte pour la solidarité et un gain pour l’individualisme.
À mon avis la cause de cet état de fait provient de l’illusion des Accords d’Oslo. Arafat, Abbas et la direction de l’OLP ont accepté de signer un texte qui ne parlait pas d’occupation coloniale, qui laissait tomber l’exigence du droit au retour des réfugiés et qui donnait aux Palestiniens la responsabilité d’assurer la sécurité de l’occupant.
Aucune des mesures prévues à cet accord n’a été appliquée et le nombre de colonies en Cisjordanie n’a cessé d’augmenter.
 
L’aut’journal : Jamalat, vous avez participé à la formation des femmes, pouvez-vous nous décrire la situation des femmes palestiniennes?

Jamalat : Il y a de nombreuses conséquences à la faillite économique palestinienne concernant la place des femmes et on peut dire qu’elles sont les plus frappées. Le combat des femmes palestiniennes a toujours été lié au combat pour la libération nationale.
Depuis les origines du problème palestinien et jusqu’à présent leur participation a été variable. Après les accords d’Oslo, la situation et le rôle des femmes palestiniennes se sont détériorés au point de régresser. Nombre de leurs droits ont été ignorés et des signes négatifs sont apparus comme, par exemple, la recrudescence des mariages précoces (avant l’âge de dix-sept ans).
En même temps, la société devenait plus conservatrice concernant la libération des femmes. Le Hamas et d’autres groupes religieux augmentaient leur pression sur l’éducation des femmes. Elles étaient beaucoup plus nombreuses que par le passé à porter le voile.
On retrouve une situation tribale, les femmes sont surveillées et ne sont plus protégées par une Autorité palestinienne délinquante et corrompue. Bien sûr, la situation des femmes est bien meilleure à Ramallah où il y a plus de bourgeoises qu’à Gaza.

L’aut’journal : Vous avez déjà parlé de refondation du projet national palestinien. Qu’entendez-vous par là ?

Jamalat : Ce dont le peuple palestinien a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’une alternative apte à diriger la résistance et la lutte, car le peuple n’a pas d’autres choix. Il faut une refondation du projet et des structures de la lutte. Cela doit passer par une réorganisation ou répartition de la résistance sous toutes ses formes ( politique, culturelle, sociale, armée) à l’initiative de militants et cadres de la gauche, du Fatah, du Hamas et d’autres partis qui feront le choix de l’unité et des intérêts collectifs.
La condition pour y parvenir est de mettre un frein à la dépolitisation et à l’individualisme, reconstruire la solidarité et établir un consensus à la base, ce qu’aucun leader ne semble capable de faire actuellement.
En résumé, il faut reconstruire l’OLP avec les Palestiniens de 1948 (en Israël), ceux de la Cisjordanie et de Gaza et ceux de la diaspora.

L’aut’journal : Dans ces conditions, quelle aide peuvent apporter les mouvements pro palestiniens à travers le monde?

Jamalat : Les mouvements de solidarité internationaux peuvent jouer un grand rôle pour soutenir la résistance palestinienne, mais il faut qu’ils laissent les Palestiniens choisir eux-mêmes les formes de résistances qui leur conviennent, demeurer sur leur terre, développer eux-mêmes une indépendance économique (plutôt qu’avec des ONG).
L’aide la plus significative serait de répondre à l’appel lancé en Palestine par 172 syndicats et associations pour que s’organise une campagne internationale de boycott et de désinvestissements touchant tout ce qui est israélien.
Il y a actuellement 11 000 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, parmi lesquels des femmes et des enfants. Il faut qu’ils et qu’elles ne soient pas oubliées.
Les commémorations du 60 ème anniversaire de la NAKBA (catastrophe) devront faire l’objet d’initiatives internationales en 2008 pour rappeler les massacres des Palestiniens par les groupes armés israéliens en 1948 et l’exode de 600 000 Palestiniens qui en a résulté.
Le peuple palestinien a besoin d’une solidarité qui
exprime un clair soutien politique à sa résistance à ses droits nationaux et qui aide les initiatives locales qui visent à lutter contre les effets désastreux des illusions d’Oslo, contre la frustration consécutives aux échecs répétés, contre la mentalité fataliste produite par la corruption, contre les tentatives de repli individuel.

Propos recueillis par André Le Corre.

 

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16/01/2008

Nouvelles n° 118 (1 ère partie)

Un peu d'humour. 

Lettre aux Belges francophones: un autre destin est possible, devenez Suisses avec nous!
cantons


Jean Frédéric Bonzon, rédacteur de la revue satirique lausannoise «La Distinction», propose un plan grandiose pour l'entrée de Bruxelles et de la Wallonie dans la Confédération helvétique. Chacun y trouverait son intérêt sans avoir beaucoup à changer.

l'URSS, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, un nouvel éclatement en Europe. Les Flamands semblent de plus en plus nombreux à vouloir leur indépendance, pourquoi pas? La difficulté se trouve bien plus dans le devenir de la communauté francophone, qui reste belge pour ne pas choisir entre une indépendance anémique et un rattachement à la France, imaginé comme la phagocytose d'un microbe par une amibe géante.

Pourtant cette alternative n'en est pas une. Il existe une autre solution, à laquelle peu ont encore osé penser: l'entrée de Bruxelles et de la Wallonie dans la Confédération helvétique. Comme vous, les Romands écrivent huitante pour 80, même s'ils ne le prononcent pas de la même manière. Il n'y a pas plus d'idiome suisse que de langue belge. Vous serez donc en pays de connaissance. Votre apport mènera à la parité entre germanophones et francophones dans la Suisse étendue: nous serons près de cinq millions de part et d'autre de la Sarine.

Finie la supériorité mi-condescendante mi-coupable des Alémaniques, terminé le complexe d'infériorité geignard des Romands. En outre la communauté germanophone de Belgique aura elle aussi la possibilité de s'intégrer; ses dialectes franconiens, bien qu'éloignés du schwyzerdütsch, ne pourront que se fondre dans la mosaïque linguistique suisse allemande. Les minorités italophone et romanche se verront revalorisées, dans une position inédite de pivot: en cas de blocage entre Romando-Wallono-Bruxellois et Alémaniques, leurs choix feront la différence.

Les Tessinois retrouveront leur fierté. Votre Salvatore Adamo deviendra, après Mort Schuman, l'idole du lac Majeur. En adoptant en 1993 une forme partiellement fédérale, la monarchie belge n'a fait qu'une partie du chemin. Vous vous étonnez de la superposition des pouvoirs et de la multiplication des ministères sur le sol spongieux du Plat Pays? Prenez de l'altitude en imaginant que vos six régions et provinces deviendront des cantons dotés de pouvoirs étendus en matière de fiscalité, de police, d'aménagement du territoire, de politique sanitaire, sociale ou scolaire.

Bruxelles, Brabant wallon, Hainaut, Liège, Namur et Luxembourg belge deviendront semi autonomes au sein d'une confédération de 32 micros états, tous plus jaloux de leurs prérogatives les uns que les autres, obsessionnellement soucieux d'étendre leurs compétences au détriment de l'Etat central et victimes de l'agressivité de milliers de communes égocentriques et dissimulatrices en matière d'impôts locaux. Ce ne seront pas moins de 9 (au minimum) conseillers fédéraux, 300 conseillers nationaux, 64 conseillers aux Etats, plus de 200 ministres et près de 3000 députés cantonaux, ainsi que des dizaines de milliers d'élus locaux qui s'agiteront dans 33 parlements et autant de pouvoirs judiciaires. Sans oublier une population foncièrement hostile à l'Etat qui s'ingéniera chaque trimestre, lors des consultations populaires, à glisser un «non» vengeur dans l'urne.

L'art du compromis tant vanté en Belgique n'en est qu'à ses premiers pas quand on le compare aux éblouissantes pirouettes des grands artistes de la démocratie semi directe consensuelle. Il vous faudra apprendre le fédéralisme intégral. L'helvétisation de la Wallonie et de Bruxelles résoudra également la question royale qui vous taraude depuis plus de cinquante ans.

La forme républicaine de l'Etat est une condition préalable à l'entrée dans la Confédération. Vous qui avez voté majoritairement contre la monarchie en 1950, vous vivrez enfin en république.

Politiquement, l'apport de vos bataillons d'électeurs socialistes mettra la gauche suisse, une des plus minoritaires d'Europe, en position de contester la domination que la droite exerce sous des formes plus ou moins bien déguisées depuis plus de 150 ans.

Le populisme démagogique d'un Christoph Blocher sera remis à sa place de minorité ronchonne et vieillissante.

Les syndicats y retrouveront également une seconde jeunesse. Une fois la sécurité sociale belge détruite par le séparatisme flamand, vous découvrirez l'absence de sécurité sociale, la restriction des droits sociaux et la lourde ponction des compagnies d'assurance maladie sur la population. Au début, le choc sera rude et l'emploi incertain, mais vous contribuerez sans aucun doute à faire évoluer ce système obsolète. Bien sûr, il faudra quitter simultanément l'OTAN et l'Union européenne.

Certes Bruxelles ne sera plus capitale européenne, mais cela représente finalement bien peu de choses en regard des deux sièges qu'elle gagnera au Conseil des Etats, à Berne. La ville de Jacques Brel sera désormais le coeur culturel de la Suisse occidentale, la patrie d'Alain Morisod, un titre qui mérite bien quelques menus sacrifices.

Dernier détail: vous abandonnerez l'euro, mais vous retrouverez le franc. En contrepartie de votre part de la prospérité helvétique, vous nous apporterez des valeurs qui nous manquent: votre ineffable joie de vivre, votre humour irrépressible et vos délicieux chocolats. Zurich se réjouit déjà de n'être plus la seule mégapole du pays. Elle imagine dans l'effervescence et les calculs d'intérêts la fusion de nos compagnies aériennes respectives. Les banques de la Bahnhofstrasse sont de longue date présentes à Bruxelles, on peut compter sur elles pour y rester.

Lausanne se prépare à vous restituer spontanément et gratuitement le Ballet Béjart. Le Temps espère la fusion avec Le Soir, et 24 heures avec La Province de Mons. La télévision romande a dès maintenant décidé de renoncer à son émission Temps présent au profit des reportages admirables de Strip-tease.

Spécialistes en percements de toutes sortes, nos ingénieurs planchent d'ores et déjà sur un projet de tunnel qui, passant sous la colline de Sauvabelin, le Jorat, le Jura, le Ballon d'Alsace et les Ardennes, reliera les deux parties du nouvel Etat. Né à Liège et mort à Lausanne, Simenon, romancier du soupçon, vous montre la voie. Comme Hergé, qui se réfugiait au bord du Léman quand la situation devenait trop lourde pour lui, choisissez la paix de l'âme et les filets de perche. A l'exemple de tant de vos compatriotes chaque hiver, envisagez une nouvelle vie, avec de nouveaux reliefs.

Vous étiez Belges? Devenez Suisses !
 


Libres propos

Etre de gauche au XXI ème siècle, c'est...
marx

Un manifeste pour que ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs, et que ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient plus.

Un peu partout fleurissent les discours proclamant que le clivage gauche droite est dépassé. Il est des écologistes pour penser que la dimension environnementale de l'alternative transcende ce clivage, des sociaux-démocrates tellement rôdés aux politiques néolibérales qu'ils parlent de troisième voie. C'est pour eux l'occasion de ne pas nommer une conversion aux logiques droitières.

Ce discours est aussi tenu par des gens de droite (voire d'extrême droite) qui sèment le trouble comme J-M. Le Pen citant Gramsci ou N. Sarkozy faisant lire le communiste G. Môquet. La vérité est qu'ils exhument des bribes dénaturées de leurs pensées. Mais leur objectif -brouiller les pistes- fonctionne plutôt bien.
Les mots ont vieilli et la terminologie a été dénaturée, pourtant, même au coeur de nos riches sociétés, il y a encore des inégalités, des exploiteurs et des exploités. La lutte des classes existe, même si sa forme et ses caractéristiques ont changé. Cette réalité donne sens à la notion de gauche.

Un clivage existe également entre pays riches et pauvres. Il convient donc de refuser les nationalismes, de cultiver, ici et partout, la fraternité et l'internationalisme. Comme l'écrit R-M. Jennar, "Jamais plus qu'aujourd'hui n'a été pertinent l'appel aux prolétaires de tous les pays à s'unir, même si la définition du prolétariat a quelque peu changé». Il demeure essentiel de ressentir qu'aujourd'hui encore, ceux qui ne possèdent que leur force de travail, physique et/ou intellectuelle, n'ont d'autre patrie que leur propre condition.
Concrètement, au XXI ème siècle, être de gauche c'est...

- Oeuvrer à contrer les inégalités et protéger tous ceux que le système exploite, exclut et précarise. Une politique est de gauche lorsqu'elle s'attache à réduire l'écart entre pauvres et riches, ce qui nécessite une opposition franche à l'économie de marché libre et non faussée.
 
- Viser d'abord à la disparition des inégalités sociales, qui explosent. Il ne s'agit pas d'imposer une égalité "uniformisante", de nier les spécificités ou l'aspiration à des particularismes - qui peuvent nourrir l'individu et enrichir la société - mais de mettre fin à l'inégalité d'accès à tout bien essentiel à la survie, au bien-être et à l'épanouissement. "De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins", selon la formule des révolutionnaires du XIX ème siècle, popularisée par K. Marx. Etre de gauche, c'est abroger fermement les lois iniques imposées à travers la planète, qui approfondissent les inégalités sociales, notamment dans le droit du travail et les retraites, la fiscalité, les politiques migratoires ou encore l'accès aux soins de santé.

- Vouloir rééquilibrer la distribution des richesses entre le capital et le travail. En Belgique comme dans de nombreux pays, la part du capital, par rapport aux salaires, ne cesse de croître dans le PIB sans qu'aucun gouvernement étiqueté "à gauche" ne stoppe cette logique. Simultanément, les politiques menées diminuent la part du capital dans les recettes de l'Etat.

- Privilégier l'intérêt collectif à l'intérêt particulier et en cela reconnaître le nécessaire rôle de l'Etat ou d'une forme d'organisation collective, garant des droits et libertés, redistributeur, régulateur et planificateur au bénéfice de l'intérêt collectif. Il s'agit soit de réguler le marché, soit de le circonscrire et de l'exclure de certains secteurs économiques (eau, énergie, transport,...), soit de simplement viser à sa disparition. Par Etat, nous entendons un outil au service des décisions collectives avec des fonctions administratives, économiques, législatives et exécutives, pas un outil servant la défense de privilèges. Tout en maintenant une volonté d'équité sociale et écologique globale, cette logique inclut aussi la possibilité - et même la nécessité - d'initiatives locales, d'une grande décentralisation dans le fonctionnement et la gestion des outils publics, d'une autogestion des processus de production, en vue de répondre au plus près aux besoins et réalités.

- Ne pas marchander la solidarité au prix d'une liberté sans limite. Cela signifie-t-il que l'on bride la liberté individuelle ? Au contraire. On constate que la liberté individuelle, pour s'épanouir et se généraliser, réclame un contexte où solidarité et intérêt collectif ne sont pas mis en péril. Les choix doivent être faits après un juste débat d'idées, entre tous les citoyens et dans un objectif solidaire, ce qui est aujourd'hui un leurre absolu. Ceux qui se présentent en défenseurs de la liberté, savent pertinemment que, vu le rapport de force, nous ne sommes pas en mesure d'exercer celle-ci. De plus, ils sèment le doute car la liberté qu'ils réclament est avant tout celle du pouvoir économique vis-à-vis d'une tutelle démocratique et non celle des citoyens. D'ailleurs, la plupart des gouvernants "libéraux" - mais aussi sociaux-démocrates - attaquent parallèlement libertés collectives (droit de grève, droit à la lutte sociale, droit des migrants,...). Un arsenal de lois liberticides est mis en place.

- Étendre aussi aux générations futures la notion de solidarité. C'est donc se déclarer opposé à la logique productiviste qui épuise les ressources et pollue la biosphère, et refuser la prépondérance de l'économie sur le social et l'environnemental.

- Prôner un Etat laïc et républicain face à toute logique privilégiant les droits associés à l'identification et à la classification des individus par leur appartenance. Il est ahurissant que des personnes, se réclamant de la gauche, défendent un régime archaïque de privilèges basé sur le sang tel que la monarchie, véritable injure à la démocratie.

- Revendiquer l'absolue égalité de droit entre les humains de toutes origines, appartenances sexuelles, croyances ou coutumes, dans les limites de la loi républicaine et laïque. C'est proclamer l'égalité de droit sans tenir compte des différences apparentes. Le nationalisme s'est aujourd'hui immiscé au coeur même de la social-démocratie. Il en va de même d'une certaine forme de racisme bon teint.

- Lutter contre l'uniformisation des médias par des intérêts privés brisant le débat démocratique. C'est promouvoir des médias publics pluralistes et en exclure la publicité, proposer une protection plus grande des journalistes les rendant idéologiquement indépendants des propriétaires des médias. L'actuelle concentration médiatique et la mainmise de grands patrons sur les médias sont une grave menace pour la démocratie.

- Défendre un enseignement public de qualité, correctement financé et préservé de la sphère privée. C'est opter pour un enseignement qui forme des citoyens critiques et autonomes.

- Privilégier le débat d'idées à la politique de l'image et aux coups de force médiatiques qui nivellent vers le bas et rendent lointaine et confuse la politique, ce qui crée les conditions d'une démocratie privée de fond et mise en danger plutôt qu'une démarche d'élaboration collective et d'éducation permanente. Relayé par un clientélisme qui s'installe, le marketing politique prend le pas sur les idées ce qui ne peut que nuire aux aspirations de gauche.

Pour conclure : comme souvent, il est utile de replonger dans les classiques. Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste que "la bourgeoisie [...] ne laisse subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme que le froid intérêt [...]. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l'unique et impitoyable liberté du commerce".
Il n'est pas une virgule à changer dans cette analyse. On aimerait dès lors que celles et ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs et que celles et ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient plus.

Ce texte est signé par J. BRAIPSON (Vice-Président. CGSP-RTBF Liège), D. BRISSA (Militant éco-socialiste, UAG, ACC), V. CALLER (Rédacteur au Drapeau Rouge, PC), L. CREMER (Ex-conseiller provincial Ecolo), J. CORNIL (Militant éco-socialiste, ex-sénateur PS), J.-M. DEHOUSSE (Ex-ministre PS, ex-bourgmestre de Liège), C. DELFORGE (Députée à la région bruxelloise, Ecolo), J. DOHET (Historien, e Ressort), P. DURAND (Prof. d'Université), P. EYBEN (Militant éco-socialiste, Secrétaire. Pol. Féd. de Liège du PC, ACC), M. FAYS (Sec. régional FGTB Namur), M. GOBLET (Prés. FGTB L-H-W), N. HARDY (Formatrice au PAC), B. KIMYONGUR (CLEA), J.-P. MICHIELS (Président de l'ACJJ), J. PALMA (Assistant à l'ULg), Chr. PAGNOULLE (Prés. d'ATTAC-Liège, enseignante à l'ULg), J.-F. PONTEGNIE (Membre d'UAG), M. PLOUHMANS (ATTAC Liège), J.-C. RENDA (journaliste, Prés. interrégional wallon CGSP-RTBF), A. RIERA (Secrétaire de rédaction "La Gauche", LCR-B), A. SECONDINI (Ex-président d'ATTAC Verviers), O. STARQUIT (Altermondialiste, e Ressort), A. STEVENS (Prof. de Philosophie, ULg), BernardWESPHAEL (Député à la Région wallonne, Ecolo).

Texte réduit pour publication, texte complet :
http://acontrecourant.be/1998.html;
Contacter les initiateurs : 0477/20.29.53.


Capitalisme

Les méfaits d’une multinationale pharmaceutique       
par Raoul Marc Jennar   

novartis

Novartis, troisième laboratoire pharmaceutique mondial, est l'une des 39 compagnies pharmaceutiques qui avaient intenté un procès au gouvernement sud-africain, il y a 6 ans. Leur but était de faire annuler la loi sud-africaine destinée à diminuer le prix des médicaments. Sous une formidable pression internationale, bel exemple de la capacité citoyenne à agir avec efficacité, ces multinationales, montrées du doigt pour leur rapacité, avaient été contraintes de retirer leur plainte. Aujourd'hui, Novartis se lance dans une action en justice sur le même sujet et, cette fois, la cible c’est le gouvernement indien.

Novartis s'attaque au gouvernement indien à propos de la production de médicaments génériques en dénonçant la loi indienne sur les brevets adoptée début 2005. Cette loi a mis l'Inde en conformité avec les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur la propriété intellectuelle. Il s’agit de l’accord sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Conformément à l'accord ADPIC, elle renforce considérablement l'emprise des brevets et leur durée. Toutefois, et notamment grâce à une forte mobilisation des ONG en 2005, elle contient une exception qui permet de ne pas breveter les médicaments ne comportant pas de réelles innovations. C'est le cas du Glivec, médicament contre des formes de cancer que l'Inde refuse de breveter.

La loi indienne comprend des éléments permettant de donner la priorité aux malades par rapport aux brevets. L'Inde produit des médicaments à un coût abordable qui sont vitaux pour un grand nombre de malades dans les pays en développement. Le traitement de millions de malades dans le monde dépend aujourd'hui de médicaments produits en Inde. Plus de la moitié des médicaments utilisés pour le traitement du sida dans les pays en développement sont actuellement fabriqués en Inde. Ainsi, ces médicaments sont utilisés pour 80% des 80.000 patients malades du sida suivis dans les programmes de traitement du sida de Médecins Sans Frontière.

Comme en Afrique du Sud en 2001, les grandes entreprises pharmaceutiques, et dans ce cas-ci Novartis, intentent un procès au gouvernement indien pour qu'il abandonne la fabrication de génériques. Il s'agit pour ces entreprises de pouvoir occuper le marché avec des médicaments de leur marque. Si Novartis gagne ce procès, ce sera la porte ouverte à une généralisation de l'interdiction de fabriquer des génériques en Inde. Or, les génériques indiens soignent des populations nombreuses, qui autrement n'auraient pas accès aux soins : près de 70% des exportations de médicaments indiens se dirigent vers les pays en développement.

Si Novartis gagne son procès cela aura des conséquences sur des millions de personnes dans le monde qui dépendent de médicaments produits en Inde.

Quel est ce système mondial qui autorise une entreprise privée à faire passer le profit avant la santé ? Le droit des malades d'accéder aux médicaments dont ils ont besoin est un droit fondamental consacré par des conventions internationales. Qu’attendent nos gouvernements pour le faire respecter ?

Le droit d'accès aux soins et plus largement le droit à la santé sont des droits fondamentaux de la personne humaine et des droits sociaux qui ne peuvent être subordonnés à des considérations mercantiles. Avec Médecins Sans Frontière, avec de nombreuses associations et mouvements altermondialistes, il faut exiger que les malades passent avant les brevets. La vie de millions de personnes est en jeu. Une pétition exigeant que Novartis abandonne son procès contre le gouvernement indien, pour permettre la fabrication de médicaments génériques est en ligne. Signez-la.

Pour signer la pétition : http://www.msf.org/petition_india/france.html


Le droit au logement frappe à la porte de l’Europe

droit-au-logement

A Bruxelles, les premiers Etats généraux européens pour le droit au logement dressent un constat alarmant. (Avec la participation de l’ACJJ)

Bernard Birsinger, feu l’ancien maire communiste de Bobigny, en avait rêvé. Ses amis l’ont fait. Les 5 et 6 novembre 2007 derniers, plus de 130 représentants d’organisations engagées dans la défense des mal logés ou des sans logis, d’ONG, d’associations d’habitants et de locataires, mais aussi des élus locaux, des députés européens, le président du CECODHAS, qui coordonne au niveau européen les gestionnaires des logements sociaux, se sont retrouvés au sein du Parlement européen, à Bruxelles, pour les premiers Etats généraux européens pour le droit au logement (EGEDAL). Coordonné par l’Alliance Internationale des Habitants (AIH), l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), la Plate-forme pour un Logement Digne (Espagne) et le Réseau d’élus et d’autorités locales progressistes d’Europe (REALPE), l’événement est la suite logique des Etats généraux pour le droit au logement initiés en France en 2004. Mais des racines plus anciennes pourraient être repérées dans la Charte Européenne pour le Droit à Habiter et la Lutte contre l'Exclusion Sociale, née à l'issue des premières rencontres informelles des ministres européens du logement au début des années 90. 

Les nombreux témoignages égrenés au fil de ces deux journées ont permis de dresser un état des lieux inquiétant du mal ou de non logement dans une douzaine d’Etats du vieux continent. Si les situations diffèrent énormément selon les pays, tous les participants ont vivement dénoncé l’abandon par les Etats du secteur du logement. Eva-Britt Stevenson, députée européenne suédoise (GUE/NGL), a ainsi expliqué comment, sous la pression de l’Union européenne et des choix politiques de la majorité de centre-droit, son pays - qui considérait jusqu’alors le logement comme un droit pour tous quels que soient les revenus des ménages - se dirigeait actuellement vers une « privatisation rampante », en réduisant ses dotations pour les aides au logement et en s’apprêtant à mettre en vente 860.000 logements publics. Analyse partagée aussi par l'eurodéputée socialiste Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre française au logement. En Russie, ce sont les réformes « ultra-libérales » du gouvernement de Vladimir Poutine qui fragilisent l’accès au logement. Selon Carine Clément - qui n’a pu faire le voyage depuis Moscou à cause du refus des autorités russes -, ces réformes ont eu pour conséquence de jeter à la rue des milliers de familles au profit de promoteurs véreux, sous la bénédiction de pouvoirs publics locaux corrompus. Le cas des Roms, stigmatisés et partout discriminés, a été évoqué à de nombreuses reprises par les participants. Miroslav Prokes, conseiller municipal de Prague (République Tchèque), a expliqué qu’ils constituaient 90 % des personnes vivant dans les quelque 300 bidonvilles que compte son pays. En Italie, c’est le nouveau décret concernant les ressortissants roumains, qui vient se rajouter à la politique de destruction des bidonvilles sans aucun relogement et à la non approbation d'un décret de protection des locataires expulsables, qui sont dénoncés conjointement par Cesare Ottolini, animateur de l’Alliance Internationale des Habitants, et Paolo Gangemi de Rifondazione comunista.

« Il faut que l’Union européenne prenne au sérieux la question du droit au logement », a estimé Heinrich Niemann, engagé dans LHASA, association de restructuration urbaine à Berlin. Pour autant, a prévenu Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, « ce sont aujourd’hui les marchés financiers qui décident comment se fait la ville. Grâce à leur force de frappe, les fonds d’investissement sont en capacité de déstabiliser les politiques publiques. » Ce fut le cas à Berlin où, « en dix ans, des fonds d’investissement ont pu s’offrir 1,8 million de logements publics », a précisé Barbara Litke, représentante, à Bruxelles, de l’Union internationale des locataires. 

Ces EGEDAL n’auraient-ils été qu’un constat d’impuissance? Non, répond Cesare Ottolini. « Ces Etats généraux sont une étape fondatrice vers la constitution d’un mouvement européen de résistance et d'alternative ». Durant ces deux journée, des dizaines d'intervenants, de Jean-Pierre Giacomo, président de la CNL française, à Paul Trigalet, de Solidarités Nouvelles (Belgique), en passant par Joseph Jones (Thames Valley Gypsy Association, Royaume-Uni), Daniele Porretta (Plate-forme pour un Logement Digne), Knut Unger (Union des Locataires de Witten, Allemagne) ou encore Annie Pourre (réseau No-Vox), ont présenté une grande richesse d'analyses, de propositions, et de luttes.

Dans la déclaration finale des EGEDAL, les participants se sont engagés à organiser des Etats généraux dans leur pays et à agir pour demander « le développement d’un véritable service public du logement et de la ville » pour que le droit au logement soit reconnu au niveau de chaque pays et au niveau européen. En attendant, les membres des EGEDAL seront présents lors du Forum Social Européen (Malmö, 18-27 septembre 2008) et également lors de la rencontre européenne des ministres du logement, programmée à Paris le prochain octobre 2008 sous la présidence française de l'UE.

Cyrille Poy, journaliste à l’Humanité

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