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Nouvelles n° 118 (2 ème partie)

Coupures de courant à Gaza orchestrées par Israël : une punition collective tacitement approuvée par les Etats-Unis
par Chris Marsden

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Pour mieux vous faire comprendre ce qui se passe actuellement dans la Bande de Gaza. (ndlr)

La population de Gaza de 1,4 million de personnes utilise environ 200 mégawatts d’électricité, dont 120 directement fournis par Israël et 65 produits dans une centrale thermique palestinienne locale qui dépend elle-même de l’énergie israélienne. Seuls 17 mégawatts proviennent de l’Egypte.

Dans un premier temps, Israël va perturber l’électricité dans diverses régions de la Bande. L’approvisionnement d’Israël vers Gaza passe par cinq lignes électriques, dont quatre livrent de l’électricité à une base militaire de la région et ne peuvent être fermées. La cinquième ligne transmet l’électricité d’Israël à Beit Hanun à l’est de Gaza, qui selon toute attente sera le plus durement touché par ce plan.

Israël fournit aussi tous les combustibles dont Gaza a besoin, y compris le diesel, l’essence et le gaz naturel, qui seront limités plus encore qu’ils ne le sont déjà.
Samedi dernier, le ministre adjoint de la Défense, Matan Vilnai a dit que le tribunal avait donné son autorisation finale à ce projet suivant lequel Israël va « réduire de manière significative », soit d’environ deux tiers, l’électricité fournie à Gaza dans les semaines à venir. Pour commencer, l’électricité sera coupée chaque fois que des militants enverront des roquettes sur Israël.

Vilnai a décrit le projet comme un « désengagement graduel de Gaza en matière d’électricité. » Il a dit clairement qu’Israël était déterminé à finalement couper entièrement l’électricité, exprimant avec un cynisme extrême le « souhait que les habitants de Gaza produiront leur propre électricité et ne dépendront pas de nous ».

Il a justifié cette démarche en parlant de Gaza comme d’une « entité hostile », terme employé pour la première fois en septembre pour justifier le projet de stopper l’approvisionnement. Ce terme et les références au « désengagement » sont utilisés par Israël pour affirmer qu’il n’a plus l’obligation, en tant que force d’occupation, de fournir des services à la population civile en vertu du droit international.

Mais malgré le retrait de Gaza de ses forces, il y a de cela deux ans, Israël en contrôle les frontières, l’espace aérien et les eaux territoriales et utilise ceci pour étrangler la vie économique sur la bande côtière.

L’Autorité palestinienne (AP) dirigée par Abbas a qualifié la décision d’Israël de « crime de guerre » et de « punition collective contre notre peuple de la Bande de Gaza ». Mais ses protestations se sont révélées totalement insincères du fait que deux heures de discussions se sont tenues entre Abbas et le premier ministre israélien Ehoud Olmert lors d’un déjeuner, le jour suivant, pour préparer le sommet à venir de l’administration Bush à Annapolis dans le Maryland.

L’AP participe directement à l’offensive en cours d’Israël contre le Hamas, mais craint qu’une attaque aussi ouverte sur la population toute entière de Gaza ne conduise le Fatah à perdre le contrôle sur la population de la Cisjordanie qui devient de plus en plus agitée.

Le négociateur palestinien, Saeb Erekat a demandé une intervention internationale du Quartet du Moyen-Orient – les Etats-Unis, l’Union européenne, les Nations Unies et la Russie – afin d’empêcher Israël de couper l’électricité et l’approvisionnement en combustibles de Gaza. Mais le silence fut assourdissant, notamment de la part de Washington, qui contrôle les cordons de la bourse d’Israël et serait en mesure, sans grande difficulté, de mettre fin à cette action s’il n’était pas tacitement d’accord avec Tel-Aviv. Il ne restait plus aux porte-parole du Fatah qu’à se plaindre et dire combien la punition collective infligée à Gaza rendait difficile pour eux la signature d’un accord avec Israël.

Le prétexte pour l’action d’Israël a été fourni par les attaques de roquettes Qassam lancées par des groupes de militants palestiniens de Gaza, dont on estime à 1 000 le nombre lancé durant ces quatre derniers mois.
Néanmoins, la riposte d’Israël n’est ni légale ni proportionnelle.
Les roquettes Qassam sont des missiles de petite taille, rudimentaires et non guidés qui sont employés depuis des années. Elles ont tué au total 13 personnes et en ont blessé environ 200, bien que l’une d’elles ait récemment blessé plus de 70 soldats israéliens. Le ministre de la Défense israélien a qualifié les roquettes Qassam de « menace psychologique plus que physique ».

Israël a essayé d’exagérer la menace en parlant de roquettes Katyushka plus grandes et plus sophistiquées, mais on n’en aurait trouvé que trois jusqu’à présent. Les roquettes ne sont en fait qu’une riposte quelque peu dérisoire dans un conflit militaire manifestement inégal. Au moins 4274 Palestiniens ont été tués depuis le 29 septembre 2000 contre 1024 Israéliens. Moins d’un tiers des victimes israéliennes sont des civils contre 2023 Palestiniens non combattants tués.

Israël resserrant son étau sur les Territoires occupés, cette différence s’est creusée. 660 Palestiniens au total ont été tués en 2006, dont 141 mineurs, alors que 17 civils israéliens et six membres des forces de sécurité ont été tués par les Palestiniens. A Gaza uniquement, l’attaque militaire israélienne en juin de l’année dernière avait tué 405 Palestiniens, dont 88 mineurs, et un total de 205 non-combattants. Israël avait aussi détruit plus de 300 foyers palestiniens.

Même ces chiffres terribles ne tiennent pas compte de l’impact du siège d’Israël sur l’espérance de vie, notamment pour les bébés, les enfants, les malades et les personnes âgées.

Le fait qu’Israël a fermé les frontières de Gaza à presque tout, sauf la nourriture et les médicaments de l’aide humanitaire, a quasiment détruit le peu qu’il restait de son économie.

Avant même ce blocus, Israël avait retenu illégalement les taxes et droits de douane qu’il collecte pour l’AP, et qui correspondent à peu près à 50 pour cent des revenus de cette dernière. Il n’a depuis remis ces fonds qu’à la Cisjordanie dirigée par le Fatah. Le Quartet (Etats-Unis, Union européenne, Russie et Nations Unies) a aussi tout arrêté sauf l’aide humanitaire à Gaza. 

51 pour cent en tout des Palestiniens dépendent de cette aide pour la nourriture, et la malnutrition est le principal problème de santé publique. De plus, 64 pour cent des Palestiniens sont passés en dessous du seuil de pauvreté en 2006, et près de 80 pour cent des habitants de Gaza vivent maintenant avec moins de 2 dollars par jour et dépendent des colis de nourriture des Nations Unies.

Selon un reportage de la Banque mondiale, le mois dernier, 90 pour cent de la production industrielle de Gaza a cessé et la production agricole a baissé de 50 pour cent en 2007.

Israël n’autorise quasiment aucun produit fini ou marchandise à entrer ou à quitter la Bande de Gaza. Quasiment toute construction a été stoppée, dont des projets d’une valeur de 90 millions de dollars alloués par les Nations Unies pour la construction de maisons, d’écoles et de traitement des égouts. Le chômage s’élève à plus de 75 pour cent. La production de nourriture d’hiver de Gaza, tels les fraises et les tomates cerises, va très probablement pourrir. Le prix des produits de base a augmenté de 30 pour cent ces six derniers mois. Le prix du sac de farine de 50 kilos a augmenté de 80 pour cent.

Israël bloque, retarde et harcèle de façon arbitraire les personnes qui ont un problème médical urgent et qui ont besoin de quitter la Bande de Gaza, ainsi que les étudiants qui veulent faire des études universitaires à l’étranger. Les Nations Unies déclarent qu’en moyenne cinq patients de Gaza par jour seulement entrent dans Israël, par rapport à 40 par jour en juillet. Les propres installations médicales de Gaza sont confrontées à une pénurie de médicaments et d’équipement de laboratoire en état de marche. 

Walter Fust, à la tête de l’organisme suisse, Direction pour le développement et la coopération (DDC), a qualifié la situation à Gaza d’« intenable » et de « choquante » à la fin d’une récente visite de quatre jours. Il a dit que la situation de la nourriture s’était aggravée « considérablement », avec 30 pour cent des enfants sous-alimentés et a décrit la situation dans les hôpitaux et les dispensaires comme précaire.

Des personnalités militaires israéliennes de haut rang ont appelé à une incursion de grande envergure dans Gaza, mais le gouvernement n’y a pas donné suite s’efforçant d’avoir l’air de faire le nécessaire dans la recherche de la paix à quelques jours de la conférence sur le Moyen-Orient, soutenue par les Etats-Unis et qui doit se tenir vers la fin du mois à Annapolis, dans le Maryland.

Néanmoins, des raids répétés ont eu lieu à la frontière de Gaza, dont un le 17 octobre et une incursion plus importante le 25 octobre – le jour où Barak approuvait les coupures de courant – près de Khan Younis au sud est. Des bulldozers ont aplani des terres agricoles sur un kilomètre dans la région de Al-Fukhari jusqu’à l’est de Khan Younis et des soldats ont fait des descentes dans plusieurs maisons et procédé à des arrestations.

Article original anglais, WSWS, paru le 29 octobre 2007


Gaza divise le Hamas
par Michele Giorgio
 

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Parade du Hamas à Gaza

A Gaza, le Hamas prépare des « tribunaux militaires » mais pas pour juger ses adversaires du Fatah et les officiers des services de sécurité « arrêtés » la semaine dernière –ils ont presque tous été  « graciés » ces jours derniers – mais pour juger les membres des milices islamiques, la Tansifieh (Force exécutive) et les Brigades « Ezzedin al Qassan » qui se sont entachés de violences graves, abus et autres crimes, sur des agents des forces de sécurité et leur entourage. «  Ce ne seront pas des procès ouverts au public, et pas trop sévères non plus, mais dans tous les cas ils auront lieu, pour qu’il soit clair que la direction du Hamas veut être juste et n’accepte pas tout ce qui est arrivé pendant les combats de la semaine dernière, même si dans les casernes et dans les prisons (de l’ANP fidèle à Abu Mazen), on a souvent torturé et assassiné  des militants islamistes», nous explique un journaliste local soutenant le Hamas. Mais peut-être ces procès représentent-ils aussi un moyen d’évacuer le désappointement du premier Ministre « démissionné » Ismaïl Haniyeh et d’autres leaders politiques à cause de la décision de l’aile militaire de faire place nette du Fatah et pas seulement du courant  dirigé par Mohammed Dahlan.

Le Hamas est un mouvement qui  tend à éviter l’existence interne de divergence organisée et répète que  les décisions doivent être  prises au sommet de façon démocratique et respectées par la minorité (c’est ce qu’on appelle dans nos organisations et partis à nous le centralisme démocratique, pourquoi ne pas le dire de cette façon ?! NDT). Et pourtant derrière cette apparence de collégialité absolue et respect mutuel, il en va autrement.

La signature des accords de La Mecque et le lancement de la collaboration avec le Fatah avait créé un certain nombre de problèmes, de caractère idéologique et politique, à l’intérieur du mouvement. Deux ministres du gouvernement précédent, Mahmoud Zahar et Saïd Siyam, notoirement opposés à Abu Mazen, avaient encaissé non sans rage la décision, de Haniyeh  et du leader en exil Khaled Mashaal, de se plier au veto que la présidence et le Fatah avaient posé contre leur nomination. Mais surtout, les chefs de l’aile militaire, Mohammed Deif et Ahmed Jabari, avaient soulevé le problème de la réaction « faible » de Haniyeh à la nomination à la vice présidence  du Conseil de sécurité nationale, par Abu Mazen, de l’ « ennemi », Mohamed Dahlan. Divergences bien cachées sous le voile de l’unité  apparente du mouvement mais qui a affaibli  le contrôle de Haniyeh  sur les milices. 

Le Hamas savait  que Dahlan et ses alliés, palestiniens et étrangers, projetaient une lourde attaque  militaire sur Gaza contre le mouvement islamique, grâce aux armes  et au soutien que les Etats-Unis et, plus récemment, Israël étaient prêts à fournir (ce soutien en armes et argent avaient déjà été fournis, NDT). Les sommets politiques et militaires avaient atteint cette conclusion : éliminer la menace, même par la force. Le plan devait être déclenché dans les semaines qui viennent mais l’enlèvement et l’assassinat de l’imam Mohammed al-Rasati (semble-t-il par les hommes de Dahlan), a donné le coup d’envoi de l’opération. « Sur le terrain cependant les choses sont allées au-delà des plans établis – rapporte un dirigeant politique du Hamas qui veut garder l’anonymat-  il fallait en finir  avec ces dirigeants du Fatah et avec les chefs des services de sécurité qui nous menaçaient continuellement mais les commandants militaires (du Hamas) ne s’en sont pas tenu aux ordres reçus et ont saisi l’occasion  de balayer jusqu’à la plus petite trace des institutions du Fatah et des services de sécurité. Le résultat c’est qu’aux yeux  des Palestiniens et du monde entier nous n’avons pas éliminés  des gens corrompus mais  imposé notre  pouvoir absolu ».

Ceux qui ont franchi la ligne rouge sont en particulier les Brigades Ezzedin al Qassam, tandis que le commandant de la Tanfisye, Abu Obeidah al-Jarrah, serait mieux arrivé à contrôler ses hommes.

Les leaders du Hamas faisaient la fête il y a une semaine, maintenant, par contre, ils commencent à  réfléchir sur les conséquences  de l’attaque contre le Fatah. Certains ne manquent pas de souligner  que la soif de victoire des commandants militaires – secondés d’ailleurs par les « dissidents » Zahar et Siyam- a mis à présent le Hamas dans une position  politique et diplomatique difficile, et que la conquête  de Gaza a été, en fait, une victoire à la Pyrrhus. Ça n’a pas été agréable pour le Premier ministre Haniyeh et pour son conseiller politique Ahmed Yussef, le « théoricien » du tournant politique  du Hamas, d’apprendre que l’Egypte a l’intention d’arrêter tous ses relations avec le Hamas, et que le siège de la représentation diplomatique égyptienne de Gaza sera bientôt transféré à Ramallah, où siège  le gouvernement palestinien d’urgence de Salam Fayad, nommé dimanche par Abu Mazen.

Mais ce qui a encore plus assombri l’humeur de Haniyeh c’est aussi ce qu’a déclaré le Ministre des Affaires Etrangères syrien, Walid Moalem, dans une interview au journal arabe al-Hayat, en affirmant que Damas est « prête » à recommencer des négociations avec Israël.

La reprise des négociations entre Tel Aviv et Damas pourrait aboutir à une ligne syrienne de moindre soutien au Hamas et à la résistance palestinienne

Il Manifesto,
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


Reconstruire l’OLP en Palestine
L'aut'journal 

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Fille d’une famille paysanne palestinienne, Jamalat Abou Youssef est née à Helhoul, près d’Hébron, en 1962. En Palestine, elle a participé à de nombreuses luttes populaires et se définit comme une militante indépendante de la gauche palestinienne.

Mariée à un militant français rencontré en Palestine au début de la deuxième Intifada, elle vit maintenant en France depuis quelques années tout en gardant des contacts étroits avec son pays d’origine.

Nous avons pu rencontrer Jamalat Abou Youssef lors de son récent passage au Québec où elle séjournait à l’invitation de l’association PAJU (Palestiniens et Juifs unis).


Nous ne pouvons commencer cet entretien sans aborder la situation de Gaza qu’Israël vient de déclarer «Entité ennemie».

Jamalat : Israël ne parle plus maintenant d’une défense contre de «présumés terroristes» mais décrit Gaza comme une «Entité ennemie» ce qui lui permettrait d’intervenir sans tenir compte des lois internationales qui régissent l’administration de territoires occupés.
En réalité, Gaza n’est en aucune façon une entité ennemie. Même si en 2005, Israël a retiré son armée d’occupation, il n’en contrôle pas moins tous les accès, par terre, air ou mer ainsi que la distribution de l’eau, de l’électricité, des marchandises et des personnes.
Même les Américains qui pensent à la future conférence de paix en novembre prochain ont déconseillé à Israël par l’intermédiaire de Condoleeza Rice de provoquer ce qui serait une catastrophe humanitaire. (Il y a 1,5 million de personnes dans cette prison à ciel ouvert que constitue Gaza).

L’aut’journal : Quelle est la situation actuelle de la population palestinienne?

Jamalat : Elle est des plus obscure car s’ajoute maintenant aux problèmes que posent le blocage économique et les entraves à la circulation des biens et des personnes le fait qu’il n’y a pas une direction unique avec la division Fatah-Hamas.
De plus, les forces de la nouvelle sécurité contribuent à opprimer le peuple et agissent en alliés objectifs des Israéliens. Il en résulte une démobilisation progressive de la population sur le plan de la résistance à l’occupant. Chacun devient trop préoccupé chaque jour davantage par une lutte pour survivre et s’éloigne des revendications politiques. C’est une perte pour la solidarité et un gain pour l’individualisme.
À mon avis la cause de cet état de fait provient de l’illusion des Accords d’Oslo. Arafat, Abbas et la direction de l’OLP ont accepté de signer un texte qui ne parlait pas d’occupation coloniale, qui laissait tomber l’exigence du droit au retour des réfugiés et qui donnait aux Palestiniens la responsabilité d’assurer la sécurité de l’occupant.
Aucune des mesures prévues à cet accord n’a été appliquée et le nombre de colonies en Cisjordanie n’a cessé d’augmenter.
 
L’aut’journal : Jamalat, vous avez participé à la formation des femmes, pouvez-vous nous décrire la situation des femmes palestiniennes?

Jamalat : Il y a de nombreuses conséquences à la faillite économique palestinienne concernant la place des femmes et on peut dire qu’elles sont les plus frappées. Le combat des femmes palestiniennes a toujours été lié au combat pour la libération nationale.
Depuis les origines du problème palestinien et jusqu’à présent leur participation a été variable. Après les accords d’Oslo, la situation et le rôle des femmes palestiniennes se sont détériorés au point de régresser. Nombre de leurs droits ont été ignorés et des signes négatifs sont apparus comme, par exemple, la recrudescence des mariages précoces (avant l’âge de dix-sept ans).
En même temps, la société devenait plus conservatrice concernant la libération des femmes. Le Hamas et d’autres groupes religieux augmentaient leur pression sur l’éducation des femmes. Elles étaient beaucoup plus nombreuses que par le passé à porter le voile.
On retrouve une situation tribale, les femmes sont surveillées et ne sont plus protégées par une Autorité palestinienne délinquante et corrompue. Bien sûr, la situation des femmes est bien meilleure à Ramallah où il y a plus de bourgeoises qu’à Gaza.

L’aut’journal : Vous avez déjà parlé de refondation du projet national palestinien. Qu’entendez-vous par là ?

Jamalat : Ce dont le peuple palestinien a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’une alternative apte à diriger la résistance et la lutte, car le peuple n’a pas d’autres choix. Il faut une refondation du projet et des structures de la lutte. Cela doit passer par une réorganisation ou répartition de la résistance sous toutes ses formes ( politique, culturelle, sociale, armée) à l’initiative de militants et cadres de la gauche, du Fatah, du Hamas et d’autres partis qui feront le choix de l’unité et des intérêts collectifs.
La condition pour y parvenir est de mettre un frein à la dépolitisation et à l’individualisme, reconstruire la solidarité et établir un consensus à la base, ce qu’aucun leader ne semble capable de faire actuellement.
En résumé, il faut reconstruire l’OLP avec les Palestiniens de 1948 (en Israël), ceux de la Cisjordanie et de Gaza et ceux de la diaspora.

L’aut’journal : Dans ces conditions, quelle aide peuvent apporter les mouvements pro palestiniens à travers le monde?

Jamalat : Les mouvements de solidarité internationaux peuvent jouer un grand rôle pour soutenir la résistance palestinienne, mais il faut qu’ils laissent les Palestiniens choisir eux-mêmes les formes de résistances qui leur conviennent, demeurer sur leur terre, développer eux-mêmes une indépendance économique (plutôt qu’avec des ONG).
L’aide la plus significative serait de répondre à l’appel lancé en Palestine par 172 syndicats et associations pour que s’organise une campagne internationale de boycott et de désinvestissements touchant tout ce qui est israélien.
Il y a actuellement 11 000 prisonniers politiques palestiniens dans les prisons israéliennes, parmi lesquels des femmes et des enfants. Il faut qu’ils et qu’elles ne soient pas oubliées.
Les commémorations du 60 ème anniversaire de la NAKBA (catastrophe) devront faire l’objet d’initiatives internationales en 2008 pour rappeler les massacres des Palestiniens par les groupes armés israéliens en 1948 et l’exode de 600 000 Palestiniens qui en a résulté.
Le peuple palestinien a besoin d’une solidarité qui
exprime un clair soutien politique à sa résistance à ses droits nationaux et qui aide les initiatives locales qui visent à lutter contre les effets désastreux des illusions d’Oslo, contre la frustration consécutives aux échecs répétés, contre la mentalité fataliste produite par la corruption, contre les tentatives de repli individuel.

Propos recueillis par André Le Corre.

 

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