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16/01/2008

Nouvelles n° 118 (1 ère partie)

Un peu d'humour. 

Lettre aux Belges francophones: un autre destin est possible, devenez Suisses avec nous!
cantons


Jean Frédéric Bonzon, rédacteur de la revue satirique lausannoise «La Distinction», propose un plan grandiose pour l'entrée de Bruxelles et de la Wallonie dans la Confédération helvétique. Chacun y trouverait son intérêt sans avoir beaucoup à changer.

l'URSS, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, un nouvel éclatement en Europe. Les Flamands semblent de plus en plus nombreux à vouloir leur indépendance, pourquoi pas? La difficulté se trouve bien plus dans le devenir de la communauté francophone, qui reste belge pour ne pas choisir entre une indépendance anémique et un rattachement à la France, imaginé comme la phagocytose d'un microbe par une amibe géante.

Pourtant cette alternative n'en est pas une. Il existe une autre solution, à laquelle peu ont encore osé penser: l'entrée de Bruxelles et de la Wallonie dans la Confédération helvétique. Comme vous, les Romands écrivent huitante pour 80, même s'ils ne le prononcent pas de la même manière. Il n'y a pas plus d'idiome suisse que de langue belge. Vous serez donc en pays de connaissance. Votre apport mènera à la parité entre germanophones et francophones dans la Suisse étendue: nous serons près de cinq millions de part et d'autre de la Sarine.

Finie la supériorité mi-condescendante mi-coupable des Alémaniques, terminé le complexe d'infériorité geignard des Romands. En outre la communauté germanophone de Belgique aura elle aussi la possibilité de s'intégrer; ses dialectes franconiens, bien qu'éloignés du schwyzerdütsch, ne pourront que se fondre dans la mosaïque linguistique suisse allemande. Les minorités italophone et romanche se verront revalorisées, dans une position inédite de pivot: en cas de blocage entre Romando-Wallono-Bruxellois et Alémaniques, leurs choix feront la différence.

Les Tessinois retrouveront leur fierté. Votre Salvatore Adamo deviendra, après Mort Schuman, l'idole du lac Majeur. En adoptant en 1993 une forme partiellement fédérale, la monarchie belge n'a fait qu'une partie du chemin. Vous vous étonnez de la superposition des pouvoirs et de la multiplication des ministères sur le sol spongieux du Plat Pays? Prenez de l'altitude en imaginant que vos six régions et provinces deviendront des cantons dotés de pouvoirs étendus en matière de fiscalité, de police, d'aménagement du territoire, de politique sanitaire, sociale ou scolaire.

Bruxelles, Brabant wallon, Hainaut, Liège, Namur et Luxembourg belge deviendront semi autonomes au sein d'une confédération de 32 micros états, tous plus jaloux de leurs prérogatives les uns que les autres, obsessionnellement soucieux d'étendre leurs compétences au détriment de l'Etat central et victimes de l'agressivité de milliers de communes égocentriques et dissimulatrices en matière d'impôts locaux. Ce ne seront pas moins de 9 (au minimum) conseillers fédéraux, 300 conseillers nationaux, 64 conseillers aux Etats, plus de 200 ministres et près de 3000 députés cantonaux, ainsi que des dizaines de milliers d'élus locaux qui s'agiteront dans 33 parlements et autant de pouvoirs judiciaires. Sans oublier une population foncièrement hostile à l'Etat qui s'ingéniera chaque trimestre, lors des consultations populaires, à glisser un «non» vengeur dans l'urne.

L'art du compromis tant vanté en Belgique n'en est qu'à ses premiers pas quand on le compare aux éblouissantes pirouettes des grands artistes de la démocratie semi directe consensuelle. Il vous faudra apprendre le fédéralisme intégral. L'helvétisation de la Wallonie et de Bruxelles résoudra également la question royale qui vous taraude depuis plus de cinquante ans.

La forme républicaine de l'Etat est une condition préalable à l'entrée dans la Confédération. Vous qui avez voté majoritairement contre la monarchie en 1950, vous vivrez enfin en république.

Politiquement, l'apport de vos bataillons d'électeurs socialistes mettra la gauche suisse, une des plus minoritaires d'Europe, en position de contester la domination que la droite exerce sous des formes plus ou moins bien déguisées depuis plus de 150 ans.

Le populisme démagogique d'un Christoph Blocher sera remis à sa place de minorité ronchonne et vieillissante.

Les syndicats y retrouveront également une seconde jeunesse. Une fois la sécurité sociale belge détruite par le séparatisme flamand, vous découvrirez l'absence de sécurité sociale, la restriction des droits sociaux et la lourde ponction des compagnies d'assurance maladie sur la population. Au début, le choc sera rude et l'emploi incertain, mais vous contribuerez sans aucun doute à faire évoluer ce système obsolète. Bien sûr, il faudra quitter simultanément l'OTAN et l'Union européenne.

Certes Bruxelles ne sera plus capitale européenne, mais cela représente finalement bien peu de choses en regard des deux sièges qu'elle gagnera au Conseil des Etats, à Berne. La ville de Jacques Brel sera désormais le coeur culturel de la Suisse occidentale, la patrie d'Alain Morisod, un titre qui mérite bien quelques menus sacrifices.

Dernier détail: vous abandonnerez l'euro, mais vous retrouverez le franc. En contrepartie de votre part de la prospérité helvétique, vous nous apporterez des valeurs qui nous manquent: votre ineffable joie de vivre, votre humour irrépressible et vos délicieux chocolats. Zurich se réjouit déjà de n'être plus la seule mégapole du pays. Elle imagine dans l'effervescence et les calculs d'intérêts la fusion de nos compagnies aériennes respectives. Les banques de la Bahnhofstrasse sont de longue date présentes à Bruxelles, on peut compter sur elles pour y rester.

Lausanne se prépare à vous restituer spontanément et gratuitement le Ballet Béjart. Le Temps espère la fusion avec Le Soir, et 24 heures avec La Province de Mons. La télévision romande a dès maintenant décidé de renoncer à son émission Temps présent au profit des reportages admirables de Strip-tease.

Spécialistes en percements de toutes sortes, nos ingénieurs planchent d'ores et déjà sur un projet de tunnel qui, passant sous la colline de Sauvabelin, le Jorat, le Jura, le Ballon d'Alsace et les Ardennes, reliera les deux parties du nouvel Etat. Né à Liège et mort à Lausanne, Simenon, romancier du soupçon, vous montre la voie. Comme Hergé, qui se réfugiait au bord du Léman quand la situation devenait trop lourde pour lui, choisissez la paix de l'âme et les filets de perche. A l'exemple de tant de vos compatriotes chaque hiver, envisagez une nouvelle vie, avec de nouveaux reliefs.

Vous étiez Belges? Devenez Suisses !
 


Libres propos

Etre de gauche au XXI ème siècle, c'est...
marx

Un manifeste pour que ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs, et que ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient plus.

Un peu partout fleurissent les discours proclamant que le clivage gauche droite est dépassé. Il est des écologistes pour penser que la dimension environnementale de l'alternative transcende ce clivage, des sociaux-démocrates tellement rôdés aux politiques néolibérales qu'ils parlent de troisième voie. C'est pour eux l'occasion de ne pas nommer une conversion aux logiques droitières.

Ce discours est aussi tenu par des gens de droite (voire d'extrême droite) qui sèment le trouble comme J-M. Le Pen citant Gramsci ou N. Sarkozy faisant lire le communiste G. Môquet. La vérité est qu'ils exhument des bribes dénaturées de leurs pensées. Mais leur objectif -brouiller les pistes- fonctionne plutôt bien.
Les mots ont vieilli et la terminologie a été dénaturée, pourtant, même au coeur de nos riches sociétés, il y a encore des inégalités, des exploiteurs et des exploités. La lutte des classes existe, même si sa forme et ses caractéristiques ont changé. Cette réalité donne sens à la notion de gauche.

Un clivage existe également entre pays riches et pauvres. Il convient donc de refuser les nationalismes, de cultiver, ici et partout, la fraternité et l'internationalisme. Comme l'écrit R-M. Jennar, "Jamais plus qu'aujourd'hui n'a été pertinent l'appel aux prolétaires de tous les pays à s'unir, même si la définition du prolétariat a quelque peu changé». Il demeure essentiel de ressentir qu'aujourd'hui encore, ceux qui ne possèdent que leur force de travail, physique et/ou intellectuelle, n'ont d'autre patrie que leur propre condition.
Concrètement, au XXI ème siècle, être de gauche c'est...

- Oeuvrer à contrer les inégalités et protéger tous ceux que le système exploite, exclut et précarise. Une politique est de gauche lorsqu'elle s'attache à réduire l'écart entre pauvres et riches, ce qui nécessite une opposition franche à l'économie de marché libre et non faussée.
 
- Viser d'abord à la disparition des inégalités sociales, qui explosent. Il ne s'agit pas d'imposer une égalité "uniformisante", de nier les spécificités ou l'aspiration à des particularismes - qui peuvent nourrir l'individu et enrichir la société - mais de mettre fin à l'inégalité d'accès à tout bien essentiel à la survie, au bien-être et à l'épanouissement. "De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins", selon la formule des révolutionnaires du XIX ème siècle, popularisée par K. Marx. Etre de gauche, c'est abroger fermement les lois iniques imposées à travers la planète, qui approfondissent les inégalités sociales, notamment dans le droit du travail et les retraites, la fiscalité, les politiques migratoires ou encore l'accès aux soins de santé.

- Vouloir rééquilibrer la distribution des richesses entre le capital et le travail. En Belgique comme dans de nombreux pays, la part du capital, par rapport aux salaires, ne cesse de croître dans le PIB sans qu'aucun gouvernement étiqueté "à gauche" ne stoppe cette logique. Simultanément, les politiques menées diminuent la part du capital dans les recettes de l'Etat.

- Privilégier l'intérêt collectif à l'intérêt particulier et en cela reconnaître le nécessaire rôle de l'Etat ou d'une forme d'organisation collective, garant des droits et libertés, redistributeur, régulateur et planificateur au bénéfice de l'intérêt collectif. Il s'agit soit de réguler le marché, soit de le circonscrire et de l'exclure de certains secteurs économiques (eau, énergie, transport,...), soit de simplement viser à sa disparition. Par Etat, nous entendons un outil au service des décisions collectives avec des fonctions administratives, économiques, législatives et exécutives, pas un outil servant la défense de privilèges. Tout en maintenant une volonté d'équité sociale et écologique globale, cette logique inclut aussi la possibilité - et même la nécessité - d'initiatives locales, d'une grande décentralisation dans le fonctionnement et la gestion des outils publics, d'une autogestion des processus de production, en vue de répondre au plus près aux besoins et réalités.

- Ne pas marchander la solidarité au prix d'une liberté sans limite. Cela signifie-t-il que l'on bride la liberté individuelle ? Au contraire. On constate que la liberté individuelle, pour s'épanouir et se généraliser, réclame un contexte où solidarité et intérêt collectif ne sont pas mis en péril. Les choix doivent être faits après un juste débat d'idées, entre tous les citoyens et dans un objectif solidaire, ce qui est aujourd'hui un leurre absolu. Ceux qui se présentent en défenseurs de la liberté, savent pertinemment que, vu le rapport de force, nous ne sommes pas en mesure d'exercer celle-ci. De plus, ils sèment le doute car la liberté qu'ils réclament est avant tout celle du pouvoir économique vis-à-vis d'une tutelle démocratique et non celle des citoyens. D'ailleurs, la plupart des gouvernants "libéraux" - mais aussi sociaux-démocrates - attaquent parallèlement libertés collectives (droit de grève, droit à la lutte sociale, droit des migrants,...). Un arsenal de lois liberticides est mis en place.

- Étendre aussi aux générations futures la notion de solidarité. C'est donc se déclarer opposé à la logique productiviste qui épuise les ressources et pollue la biosphère, et refuser la prépondérance de l'économie sur le social et l'environnemental.

- Prôner un Etat laïc et républicain face à toute logique privilégiant les droits associés à l'identification et à la classification des individus par leur appartenance. Il est ahurissant que des personnes, se réclamant de la gauche, défendent un régime archaïque de privilèges basé sur le sang tel que la monarchie, véritable injure à la démocratie.

- Revendiquer l'absolue égalité de droit entre les humains de toutes origines, appartenances sexuelles, croyances ou coutumes, dans les limites de la loi républicaine et laïque. C'est proclamer l'égalité de droit sans tenir compte des différences apparentes. Le nationalisme s'est aujourd'hui immiscé au coeur même de la social-démocratie. Il en va de même d'une certaine forme de racisme bon teint.

- Lutter contre l'uniformisation des médias par des intérêts privés brisant le débat démocratique. C'est promouvoir des médias publics pluralistes et en exclure la publicité, proposer une protection plus grande des journalistes les rendant idéologiquement indépendants des propriétaires des médias. L'actuelle concentration médiatique et la mainmise de grands patrons sur les médias sont une grave menace pour la démocratie.

- Défendre un enseignement public de qualité, correctement financé et préservé de la sphère privée. C'est opter pour un enseignement qui forme des citoyens critiques et autonomes.

- Privilégier le débat d'idées à la politique de l'image et aux coups de force médiatiques qui nivellent vers le bas et rendent lointaine et confuse la politique, ce qui crée les conditions d'une démocratie privée de fond et mise en danger plutôt qu'une démarche d'élaboration collective et d'éducation permanente. Relayé par un clientélisme qui s'installe, le marketing politique prend le pas sur les idées ce qui ne peut que nuire aux aspirations de gauche.

Pour conclure : comme souvent, il est utile de replonger dans les classiques. Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste que "la bourgeoisie [...] ne laisse subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme que le froid intérêt [...]. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange; elle a substitué aux nombreuses libertés si chèrement conquises l'unique et impitoyable liberté du commerce".
Il n'est pas une virgule à changer dans cette analyse. On aimerait dès lors que celles et ceux qui se réclament de la gauche tendent vers ces objectifs et que celles et ceux qui y ont renoncé cessent de revendiquer un qualificatif qui ne leur convient plus.

Ce texte est signé par J. BRAIPSON (Vice-Président. CGSP-RTBF Liège), D. BRISSA (Militant éco-socialiste, UAG, ACC), V. CALLER (Rédacteur au Drapeau Rouge, PC), L. CREMER (Ex-conseiller provincial Ecolo), J. CORNIL (Militant éco-socialiste, ex-sénateur PS), J.-M. DEHOUSSE (Ex-ministre PS, ex-bourgmestre de Liège), C. DELFORGE (Députée à la région bruxelloise, Ecolo), J. DOHET (Historien, e Ressort), P. DURAND (Prof. d'Université), P. EYBEN (Militant éco-socialiste, Secrétaire. Pol. Féd. de Liège du PC, ACC), M. FAYS (Sec. régional FGTB Namur), M. GOBLET (Prés. FGTB L-H-W), N. HARDY (Formatrice au PAC), B. KIMYONGUR (CLEA), J.-P. MICHIELS (Président de l'ACJJ), J. PALMA (Assistant à l'ULg), Chr. PAGNOULLE (Prés. d'ATTAC-Liège, enseignante à l'ULg), J.-F. PONTEGNIE (Membre d'UAG), M. PLOUHMANS (ATTAC Liège), J.-C. RENDA (journaliste, Prés. interrégional wallon CGSP-RTBF), A. RIERA (Secrétaire de rédaction "La Gauche", LCR-B), A. SECONDINI (Ex-président d'ATTAC Verviers), O. STARQUIT (Altermondialiste, e Ressort), A. STEVENS (Prof. de Philosophie, ULg), BernardWESPHAEL (Député à la Région wallonne, Ecolo).

Texte réduit pour publication, texte complet :
http://acontrecourant.be/1998.html;
Contacter les initiateurs : 0477/20.29.53.


Capitalisme

Les méfaits d’une multinationale pharmaceutique       
par Raoul Marc Jennar   

novartis

Novartis, troisième laboratoire pharmaceutique mondial, est l'une des 39 compagnies pharmaceutiques qui avaient intenté un procès au gouvernement sud-africain, il y a 6 ans. Leur but était de faire annuler la loi sud-africaine destinée à diminuer le prix des médicaments. Sous une formidable pression internationale, bel exemple de la capacité citoyenne à agir avec efficacité, ces multinationales, montrées du doigt pour leur rapacité, avaient été contraintes de retirer leur plainte. Aujourd'hui, Novartis se lance dans une action en justice sur le même sujet et, cette fois, la cible c’est le gouvernement indien.

Novartis s'attaque au gouvernement indien à propos de la production de médicaments génériques en dénonçant la loi indienne sur les brevets adoptée début 2005. Cette loi a mis l'Inde en conformité avec les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur la propriété intellectuelle. Il s’agit de l’accord sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC). Conformément à l'accord ADPIC, elle renforce considérablement l'emprise des brevets et leur durée. Toutefois, et notamment grâce à une forte mobilisation des ONG en 2005, elle contient une exception qui permet de ne pas breveter les médicaments ne comportant pas de réelles innovations. C'est le cas du Glivec, médicament contre des formes de cancer que l'Inde refuse de breveter.

La loi indienne comprend des éléments permettant de donner la priorité aux malades par rapport aux brevets. L'Inde produit des médicaments à un coût abordable qui sont vitaux pour un grand nombre de malades dans les pays en développement. Le traitement de millions de malades dans le monde dépend aujourd'hui de médicaments produits en Inde. Plus de la moitié des médicaments utilisés pour le traitement du sida dans les pays en développement sont actuellement fabriqués en Inde. Ainsi, ces médicaments sont utilisés pour 80% des 80.000 patients malades du sida suivis dans les programmes de traitement du sida de Médecins Sans Frontière.

Comme en Afrique du Sud en 2001, les grandes entreprises pharmaceutiques, et dans ce cas-ci Novartis, intentent un procès au gouvernement indien pour qu'il abandonne la fabrication de génériques. Il s'agit pour ces entreprises de pouvoir occuper le marché avec des médicaments de leur marque. Si Novartis gagne ce procès, ce sera la porte ouverte à une généralisation de l'interdiction de fabriquer des génériques en Inde. Or, les génériques indiens soignent des populations nombreuses, qui autrement n'auraient pas accès aux soins : près de 70% des exportations de médicaments indiens se dirigent vers les pays en développement.

Si Novartis gagne son procès cela aura des conséquences sur des millions de personnes dans le monde qui dépendent de médicaments produits en Inde.

Quel est ce système mondial qui autorise une entreprise privée à faire passer le profit avant la santé ? Le droit des malades d'accéder aux médicaments dont ils ont besoin est un droit fondamental consacré par des conventions internationales. Qu’attendent nos gouvernements pour le faire respecter ?

Le droit d'accès aux soins et plus largement le droit à la santé sont des droits fondamentaux de la personne humaine et des droits sociaux qui ne peuvent être subordonnés à des considérations mercantiles. Avec Médecins Sans Frontière, avec de nombreuses associations et mouvements altermondialistes, il faut exiger que les malades passent avant les brevets. La vie de millions de personnes est en jeu. Une pétition exigeant que Novartis abandonne son procès contre le gouvernement indien, pour permettre la fabrication de médicaments génériques est en ligne. Signez-la.

Pour signer la pétition : http://www.msf.org/petition_india/france.html


Le droit au logement frappe à la porte de l’Europe

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A Bruxelles, les premiers Etats généraux européens pour le droit au logement dressent un constat alarmant. (Avec la participation de l’ACJJ)

Bernard Birsinger, feu l’ancien maire communiste de Bobigny, en avait rêvé. Ses amis l’ont fait. Les 5 et 6 novembre 2007 derniers, plus de 130 représentants d’organisations engagées dans la défense des mal logés ou des sans logis, d’ONG, d’associations d’habitants et de locataires, mais aussi des élus locaux, des députés européens, le président du CECODHAS, qui coordonne au niveau européen les gestionnaires des logements sociaux, se sont retrouvés au sein du Parlement européen, à Bruxelles, pour les premiers Etats généraux européens pour le droit au logement (EGEDAL). Coordonné par l’Alliance Internationale des Habitants (AIH), l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), la Plate-forme pour un Logement Digne (Espagne) et le Réseau d’élus et d’autorités locales progressistes d’Europe (REALPE), l’événement est la suite logique des Etats généraux pour le droit au logement initiés en France en 2004. Mais des racines plus anciennes pourraient être repérées dans la Charte Européenne pour le Droit à Habiter et la Lutte contre l'Exclusion Sociale, née à l'issue des premières rencontres informelles des ministres européens du logement au début des années 90. 

Les nombreux témoignages égrenés au fil de ces deux journées ont permis de dresser un état des lieux inquiétant du mal ou de non logement dans une douzaine d’Etats du vieux continent. Si les situations diffèrent énormément selon les pays, tous les participants ont vivement dénoncé l’abandon par les Etats du secteur du logement. Eva-Britt Stevenson, députée européenne suédoise (GUE/NGL), a ainsi expliqué comment, sous la pression de l’Union européenne et des choix politiques de la majorité de centre-droit, son pays - qui considérait jusqu’alors le logement comme un droit pour tous quels que soient les revenus des ménages - se dirigeait actuellement vers une « privatisation rampante », en réduisant ses dotations pour les aides au logement et en s’apprêtant à mettre en vente 860.000 logements publics. Analyse partagée aussi par l'eurodéputée socialiste Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre française au logement. En Russie, ce sont les réformes « ultra-libérales » du gouvernement de Vladimir Poutine qui fragilisent l’accès au logement. Selon Carine Clément - qui n’a pu faire le voyage depuis Moscou à cause du refus des autorités russes -, ces réformes ont eu pour conséquence de jeter à la rue des milliers de familles au profit de promoteurs véreux, sous la bénédiction de pouvoirs publics locaux corrompus. Le cas des Roms, stigmatisés et partout discriminés, a été évoqué à de nombreuses reprises par les participants. Miroslav Prokes, conseiller municipal de Prague (République Tchèque), a expliqué qu’ils constituaient 90 % des personnes vivant dans les quelque 300 bidonvilles que compte son pays. En Italie, c’est le nouveau décret concernant les ressortissants roumains, qui vient se rajouter à la politique de destruction des bidonvilles sans aucun relogement et à la non approbation d'un décret de protection des locataires expulsables, qui sont dénoncés conjointement par Cesare Ottolini, animateur de l’Alliance Internationale des Habitants, et Paolo Gangemi de Rifondazione comunista.

« Il faut que l’Union européenne prenne au sérieux la question du droit au logement », a estimé Heinrich Niemann, engagé dans LHASA, association de restructuration urbaine à Berlin. Pour autant, a prévenu Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, « ce sont aujourd’hui les marchés financiers qui décident comment se fait la ville. Grâce à leur force de frappe, les fonds d’investissement sont en capacité de déstabiliser les politiques publiques. » Ce fut le cas à Berlin où, « en dix ans, des fonds d’investissement ont pu s’offrir 1,8 million de logements publics », a précisé Barbara Litke, représentante, à Bruxelles, de l’Union internationale des locataires. 

Ces EGEDAL n’auraient-ils été qu’un constat d’impuissance? Non, répond Cesare Ottolini. « Ces Etats généraux sont une étape fondatrice vers la constitution d’un mouvement européen de résistance et d'alternative ». Durant ces deux journée, des dizaines d'intervenants, de Jean-Pierre Giacomo, président de la CNL française, à Paul Trigalet, de Solidarités Nouvelles (Belgique), en passant par Joseph Jones (Thames Valley Gypsy Association, Royaume-Uni), Daniele Porretta (Plate-forme pour un Logement Digne), Knut Unger (Union des Locataires de Witten, Allemagne) ou encore Annie Pourre (réseau No-Vox), ont présenté une grande richesse d'analyses, de propositions, et de luttes.

Dans la déclaration finale des EGEDAL, les participants se sont engagés à organiser des Etats généraux dans leur pays et à agir pour demander « le développement d’un véritable service public du logement et de la ville » pour que le droit au logement soit reconnu au niveau de chaque pays et au niveau européen. En attendant, les membres des EGEDAL seront présents lors du Forum Social Européen (Malmö, 18-27 septembre 2008) et également lors de la rencontre européenne des ministres du logement, programmée à Paris le prochain octobre 2008 sous la présidence française de l'UE.

Cyrille Poy, journaliste à l’Humanité

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