robert1943 robert1943 robert1943

 

DOSSIER  

Relance de la guerre froide ?

Bouclier spatial et course à l’armement : relance de la guerre froide ?  

suprbush


L’installation d’éléments du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque suscite toujours l’opposition farouche de la Russie. Ce projet s’insère dans une stratégie globale qui risque de relancer la course aux armements en Europe et dans le monde.Bush, on le sait, a trois amours. Lui, la guerre. Et Dieu. Du moins, un dieu à sa mesure, déterministe et plein de courroux. Donc implacable et qui aime jouer du bâton contre les mécréants. A la manière dont le président, évangéliste de carton pâte, envoie ses armées contre l’esprit du mal incarné dans le terrorisme universel et les Etats voyous. Les visions bibliques, façon ancien testament, du président en ont fait un dangereux croisé. Et un fameux fardeau pour notre univers. A voyou, voyou et demi ? Un exemple. Depuis 2001, et avant même les attentats du 11 septembre et les aventures perdues en Irak et en Afghanistan, l’administration Bush avait engagé les États-Unis dans une course à l’armement sans précédent depuis le programme « guerre des étoiles » de Reagan. Le système antimissile en est l’un des axes prioritaires, pour un coût colossal : 10 milliards d’euros pour l’année 2005. Un projet transcontinental. Trois régions du monde sont directement concernées. D’abord, le territoire américain, qui accueille une vingtaine de sites fixes, doublés d’autant d’intercepteurs montés sur des navires.Ensuite, l’Europe. Enfin, l’Asie, et notamment le Japon. Mais c’est l’ensemble de la terre que la Maison blanche veut quadriller. Sans s’émouvoir le moins du monde de la relance de la course aux armements qui accompagne cette lamentable et incontrôlée fuite en avant.En Asie ? Depuis le survol d’un missile nord-coréen au-dessus du territoire nippon en 1998, Tokyo et Washington coopèrent en matière balistique. Une nouvelle étape pourrait être franchie dans les prochains mois si le gouvernement Abe - qui souhaite lier un « partenariat stratégique » avec l’OTAN - accepte les propositions de George Bush. Celui-ci a déjà déployé trois croiseurs antimissiles dans l’archipel équipés du dernier cri des intercepteurs de missiles, le SM3, après l’envoi peu convaincant d’un missile Teapodong-2 par Pyongyang en juillet et l’essai nucléaire nord-coréen d’octobre. Il a envoyé à Okinawa un régiment équipé de la dernière version de missiles Patriot et a demandé à installer des radars fixes d’alerte et de trajectographie, officiellement pour prévenir une attaque venue de Pyongyang dont les relations internationales sont, pourtant, désormais en voie de normalisation, y compris avec Washington. Parallèlement, Tokyo a annoncé l’accélération de ses projets d’acquisition de missiles Patriot PAC-3.   

La Chine en point de mire   

Il s’agit donc bien pour le Japon d’intégrer davantage son système dans celui des Etats-Unis. Mais il n’échappe à personne qu’il s’agit aussi de contrer ce que des cercles stratégiques japonais et américains, et pas seulement issus des milieux conservateurs, appellent désormais ouvertement la « menace chinoise ». Pékin, autre grande puissance atomique, a marqué spectaculairement son entrée dans le club des puissances capables de mettre le feu au ciel en ciblant récemment un satellite au rayon laser.Dans un autre ordre d’idées, mais sur le même continent asiatique, il y a l’Iran, présumé coupable, sans preuves tangibles et malgré les dénégations du principal intéressé, de préparer l’apocalypse nucléaire.Certes, M. Ahmadinejad fait des pieds et des mains pour présenter une image antipathique d’un régime aux abois. Et peut-être ses vociférations ne tiennent-telles pas seulement de la provocation rhétorique.Mais, vu de Washington, tout cela ne manque pas d’utilité. Les ambitions atomiques de Téhéran sont en première ligne pour étendre l’ombre du bouclier spatial en Europe. Mais, fait tout aussi inquiétant, 1 Analyse parue dans le N° 317 du Journal du mardi, 30 avril 2007. Washington encourage au Proche-Orient une prolifération nucléaire dont risquent d’hériter les générations futures. Le 19 septembre 2006, Gamal Moubarak, le fils du président égyptien, appelait son pays à développer l’énergie nucléaire. Civile, certes, mais avec des prolongements militaires face aux capacités d’Israël et, peut-être, de l’Iran. Très vite, l’ambassadeur des Etats-Unis au Caire, Francis Ricciardone, a assuré l’Egypte du soutien de son pays alors que celui-ci avait pourtant imposé un gel du programme nucléaire égyptien durant deux décennies en raison des liens de Washington avec Israël.Du coup, c’est l’idée de l’instauration d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen- Orient qui bat de l’aile alors que, déjà, l’Etat hébreu, mais aussi l’Inde et le Pakistan, possèdent l’arme suprême. Et c’est le roi Abdallah II de Jordanie qui, répétant son souhait de « voir une zone, dénucléarisée », estime toutefois que « depuis l’été 2006 (ndlr, l’entrée israélienne au Liban et la montée en puissance des chiites), les règles ont changé. » Et les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, semblent prêts à payer une partie des coûts liés au programme égyptien.   

Contradictions européennes   
otan


Enfin, si l’on ose dire, il y a l’Europe. Le gouvernement américain met une nouvelle fois à l’épreuve les nerfs des Européens avec sa volonté d’installer une extension de son boucler en République tchèque et en Pologne, voire dans le Caucase. Le président russe Vladimir Poutine – considérant qu’il s’agit en réalité de pointer son pays - a très vertement critiqué cette initiative lors de la traditionnelle conférence sur la sécurité de Munich, voici quelques mois. Là encore, la justification officielle d’un tel déploiement est la menace potentielle représentée par un éventuel accès de l’Iran à l’armement atomique.Hypothèse que rejette Téhéran. Mais il n’empêche que certains gouvernements de l’Union européenne approuvent la démarche américaine. Le secrétaire général de l’OTAN, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, a même proposé que le bouclier antimissile soit complété par un système européen et étendu au sud-est de l’Europe, en Turquie et en Grèce. Du même coup, une telle coopération entre l’Alliance atlantique et l’UE ne manquerait pas de fragiliser encore toute perspective d’une politique étrangère européenne plus indépendante des Etats-Unis. La relation étroite entre l’OTAN et l’Union ne suffit plus, a d’ailleurs expliqué en substance le vice-président de l’Alliance, Martin Erdmann au sein de la commission Sécurité et défense du parlement européen.Les jeux ne sont pourtant pas faits et l’Europe peut encore échapper à une totale « otanisation ». Mais l’Union européenne peine, une fois de plus, à dégager une ligne claire : « L’UE n’est pas une alliance militaire mais elle a une politique extérieure et de sécurité et elle peut et doit débattre de ce sujet » a réagi mollement le Monsieur « Politique étrangère », Javier Solana, en rappelant que « les intérêts souverains des Etats membres doivent être compatibles avec l’intérêt général de l’Union. « Un tel système (le bouclier) peut affecter nos relations avec un pays tiers, la Russie. »   

Lignes brouillées
   

Le fait est que la controverse aux allures de guerre froide réveille les divisions d’un « vieux continent » déjà éprouvées lors du déclenchement de la guerre en Irak. Au point de voir resurgir le clivage entre « vieux » et « nouveaux » européens ? En 2003, l’Europe ex-communiste avait pris fait et cause pour l’oncle Sam, lui manifestant une solidarité sans faille. Mais, changement notable, le débat fait rage aujourd’hui dans les deux pays directement concernés, la Pologne et la République tchèque. En Pologne, des experts s’interrogent sur les conditions que le pays devrait poser pour rendre acceptable l’accord sur une base américaine, s’inquiètent, comme l’opposition, d’un abandon important de souveraineté. Et l’image d’infaillibilité dont jouissait l’Amérique s’est fortement ternie avec les déboires au Moyen-Orient.Des pays comme la France ou l’Allemagne, plus soucieux de ménager la Russie, font preuve d’une grande prudence. Mais, comme partout, les lignes sont largement brouillées. A Berlin, par exemple, la droite démocrate-chrétienne redoute que les réticences de la Russie ne ralentissent ce que le ministre de la défense, Franz Josef Jung, considère comme "un type de protection pertinent" à l'aune de l'annonce, par l'Iran, de son entrée dans une phase industrielle d'enrichissement d'uranium. "Des précautions doivent être prises contre l'augmentation prévisible de la portée des missiles de certains Etats qui posent problème", a-t-il déclaré. Mais le ministre des Affaires étrangères, le social démocrate, Frank-Walter Steinmeier a estimé par contre qu’il fallait « discuter calmement (du projet de bouclier) au sein de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne, et parler aux Russes. » Le même avait déjà mis en garde contre « une nouvelle course aux armements. »   

Mises en garde russes   

Le 10 février à Munich, M. Poutine avait résumé sans détour les griefs russes vis-à-vis de l’Amérique.« Des actions unilatérales et souvent illégitimes ont provoqué de nouvelles tragédies humaines et créé de nouveaux pôles de tension. » « Le monde », avait-il ajouté, assiste à « une hyper-utilisation de la force presque sans limites (…) les Etats-Unis débordent de leurs frontières nationales dans tous les domaines » L’année dernière, le président russe avait usé d’une métaphore limpide à propos des Etats-Unis : « Le camarade loup sait qui manger, et il mange sans écouter personne » Peu après, le commandant en chef des forces stratégiques russes, Nikolaï Solotsov, prévenait que « si les gouvernements polonais et tchèque prennent une telle décision (de recevoir le système antimissile), nos forces seront en mesures de pointer (des missiles) sur ces installations. » Et Moscou menaçait de se retirer unilatéralement du traité russo-américain FNI de 1987 sur les missiles de portée intermédiaire.Discours de guerre froide ? Face au danger de renforcement de l’OTAN et à un possible bouleversement de la donne stratégique, la Russie élabore une nouvelle doctrine militaire et a menacé de réagir à « une troisième zone de positionnement pour le système antimissile américain. » Le général Iouri Balouevski, chef d’état-major, a qualifié l’expansion multiforme des Etats-Unis dans la zone traditionnelle d’influence de la Russie de « véritable menace nationale. » Et un de ses collègues a estimé que la Russie devait se préparer à de futures guerres dans l’espace. Le 27 février, le vice-Premier ministre Sergueï Ivanov, candidat potentiel à la succession de Poutine, a annoncé le lancement d’un programme d’armement de « cinquième génération » dans le domaine des antimissiles et de la défense spatiale.   

Face à face stérile   

poutine
Depuis lors, Washington essaie d’arrondir les angles. Fin mars, il est vrai, M. Poutine a pu faire part directement, au cours d’une conversation téléphonique, à George Bush, de l’ « inquiétude de la Russie face aux projets des Etats-Unis de créer une base de défense antimissile en Europe centrale.« L’échange a été franc » a commenté le Kremlin. M. Bush a répété que « les systèmes de défense antimissile en Europe étaient destinés à parer la menace en pleine évolution des missiles balistiques venus du Moyen-Orient, une menace qui nous est commune avec l’Europe et la Russie. » Sans convaincre. La semaine dernière à Moscou, le secrétaire d'Etat américain adjoint à la sécurité internationale, John Rood, a présenté de "nouvelles idées" de coopération dans les systèmes de défense antimissile. « Nous avons clairement dit que nous étions ouverts à une coopération avec la Russie dans un large spectre d'activités de défense antimissile », a déclaré M. Rood. Toutefois, il a refusé de préciser la nature exacte de ces "nouvelles idées", expliquant seulement qu'elles comprenaient des projets de recherche et de développement ainsi que des "activités liées à l'exploration de nouvelles technologies". En dépit de ce geste, le secrétaire russe du Conseil de sécurité, Igor Ivanov, a indiqué qu'il n'était « pas optimiste ». « Si Washington décide de suivre son chemin sans tenir compte des préoccupations de la Russie et d'autres pays, nous analyserons cette situation du point de vue de la sécurité de la Russie et de nos alliés et partenaires », a-t-il ajouté. Ces discussions bilatérales se déroulaient deux jours avant un Conseil OTAN-Russie, où, à la demande de Moscou, a eu lieu, pour la première fois, une discussion entre les parties. Un face à face à l’issue duquel les offres de coopération américaines n'ont visiblement pas fait mouche en Russie. Celle-ci voit dans l'installation d'une dizaine d'intercepteurs et d'un radar en Europe de l'Est le premier pas vers un système à portée mondiale, une ultime tentative de défendre au prix du réarmement un leadership de moins en moins en phase avec la nouvelle réalité mondiale.  

A l’Est… du nouveau?   Au tour de l’Ukraine ?   

En pleine crise politique, l’Ukraine est toutefois courtisée par le Pentagone. Le mois dernier, une délégation nord-américaine s’est rendu en visite « d’explication » à Kiev. Il s’agissait de séduire le président dit « pro-occidental » Viktor Iouchtchenko des vertus d’un déploiement du bouclier antimissile en territoire ukrainien. Favorable à l’adhésion de son pays à l’OTAN, Iouchtchenko s’est montré ouvert.Contrairement à son rival, le Premier ministre Yanoukovitch qui a beau jeu de rappeler que l’adhésion n’est soutenue que par 15 à 20% de la population et que la loi prévoit qu’une telle question devrait être tranchée par référendum. Les visées américaines ont toutes les raisons d’agacer la Russie. Celle-ci base sa flotte de la Mer noire en Crimée. Et l’Ukraine a hérité d’une bonne part du complexe militaro-industriel soviétique. Sixième exportatrice mondiale d’armements, elle produit toujours les gros porteurs Antonov, des fleurons de l’aviation militaire russe.   

Résistance tchèque…

En République tchèque, la résistance s’organise contre l’installation d’une base américaine d’engins antimissiles. La population ne veut pas d’un retour à la guerre froide. Le 17 mars, le hameau de Jince où Washington veut installer son matériel a défié la puissante Amérique en organisant un référendum où 71 sur 72 participants se sont prononcés contre l’installation du bouclier antimissile. De quoi donner l’idée aux communes voisines d’organiser à leur tour des consultations populaires. De son côté, Jaromir Kohlicek, député de gauche au Parlement européen, explique que « le gouvernement a attendu d’être investi pour annoncer l’installation du bouclier antimissile, sans consulter le Parlement. En fait, je crois que la coalition gouvernementale formée par le Parti démocratique civique, l’Union chrétienne démocrate et les Verts avaient négocié en secret sur cette question avec Washington. » Le Parti communiste, les sociaux-démocrates, des représentants de l’Église et des protestants veulent faire échec à ce projet. Une pétition hostile a déjà recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures à Prague.   …et polonaise   En Pologne, où la droite ultra au pouvoir ne communique pratiquement pas sur le sujet, l’opinion est de plus en plus opposée à l’installation de bases américaines et au bouclier de Bush. Selon un récent sondage, 51% des Polonais sont contre, 30% y sont favorables. Et quelque 65% de la population voudrait un référendum national sur la question (contre 25%). La Hongrie, qui avait été sollicitée par les Américains dès 2002 au même titre que les Polonais et les Tchèques, a refusé d'accueillir des installations.
 Ami de Bush ? Dangereux !   
ami-de-bush


Il ne fait pas bon être un proche du président. Cela  semble prédisposer à se trouver mêlé à de sales affaires.Les rangs sont de plus en plus clairsemés dans l’entourage de George Bush. Désormais majoritaires auCongrès depuis la déconfiture électorale des Républicains de novembre dernier, les élus démocrates livrent une véritable guerre de tranchée au locataire de la Maison Blanche et à ses amis. Faute de pouvoir contrer directement l’envoi de nouvelles troupes en Irak, les démocrates jouent à plein de leurs pouvoirs d’investigation pour mettre le président dans ses petits souliers. Commentaire du Washington Post : « Il est clair que ce Congrès va produire plus de révélations que de lois. »Le fait est que, depuis quelques semaines, la Chambre des représentants multiplie les convocations à témoigner. Les auditions se succèdent au rythme des sales affaires. L’ex-espionne de la CIA, Valérie Palme, trahie par le pouvoir pour punir son mari d’avoir fragilisé les affirmations mensongères sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, est venue répéter ses accusations. Suivie par Philip Cooney, le « responsable » chargé de minimiser les effets du changement climatique dans les rapports officiel.L’affaire qui tient aujourd’hui les parlementaires en haleine concerne huit procureurs licenciés voici quelques mois alors qu’ils enquêtaient sur des affaires de corruption. Un cas d’école qui met sur la sellette l’attorney général (ministre de la Justice), Alberto Gonzales lui-même, et deux autres proches du président, l’avocate Harriel Miers, ex-conseillère de Bush, et Karl Rove, cette autre âme damnée qui avait réussi à se tirer sans dommage de l’affaire Palme. Les démocrates affirment qu’il s’agissait de mettre en place des magistrats plus favorables à la cause des républicains.Comme de coutume, M. Bush a ostensiblement apporté son soutien à son ministre. Comme s’il était sourd et aveugle à ce qui se passe. Et il multiplie les bévues pourtant chargées symboliquement. La Maison Blanche a ainsi recruté Fred Fielding pour défendre ses positions. Or, cet avocat fut l’un des conseillers juridiques de Richard Nixon pendant le Watergate. Et Nixon dut démissionner dans l’opprobre général… Pour l’instant, le président invoque le privilège de l’exécutif qui évite à ses collaborateurs de participer aux enquêtes, sauf lorsqu’elles sont criminelles. Au risque de faire l’esquive de trop ? Alberto Gonzales clame haut et fort qu’il n’a rien à cacher. Mais il dit avoir une mémoire défaillante. Sa « brumeuse mémoire n’aide pas à aller au fond des choses » ont commenté des élus du parti présidentiel. D’autant que des courriers électroniques liés au limogeage des procureurs ont opportunément été perdus par les autorités « compétentes ».Les jours de M. Gonzales semblent bel et bien comptés. Et son départ ne ferait qu’allonger la liste interminable des « hommes du président » obligés de rendre les armes. Cela au moment où Paul Wolfowitz, cet autre « néo-conservateur » recyclé à la tête de la Banque mondiale, connaît des jours difficiles. Ancien secrétaire adjoint à la Défense, il avait été imposé par ses amis à la présidence de cette institution malgré les réticences européennes. En guise de programme, il avait déclaré vouloir mener la guerre urbi et orbi contre la corruption. Las, le chevalier blanc a été pris la main dans le sac.Voilà que l’on a appris que sa copine a bénéficié, de ses oeuvres, d’un traitement de choix. « Wolfie » a recasé cette fonctionnaire de la BM au Département d’Etat, avec un salaire mirobolant, à faire pâlir d’envie la ministre Rice elle-même. Comme il se doit, ce bushiste d’élite proteste de sa bonne foi. Mais il est, lui aussi, sur un siège éjectable. Un de plus. Décidément, il ne fait pas bon être un ami du président.

 


 Haute tension en Europe : bras de fer américano-russe, Union divisée   
bush-poutine
Comme une marée lente et têtue, le ton monte entre les Etats-Unis et la Russie. Le dialogue laisse le terrain aux mises en garde, la diplomatie cède devant les faits accomplis. Bien mal placée à tous égards, l’Europe bredouille, divisée et, comme toujours, incapable de peser vraiment sur le cours des choses. Comment calmer le jeu ?A la mi-mai, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, s’est livrée à Moscou à un surprenant exercice de « diplomatie intensive », selon ses termes. Il s’agissait d’arrondir les angles entre les deux capitales dans la perspective de la rencontre entre MM. Bush et Poutine à l’occasion du sommet des membres du G8 qui s’est tenue les 6, 7 et 8 juin à Berlin. Un rendez-vous qui s’annonce difficile au moment où la relation américano-russe est plus que ternie par le projet américain d’installer des éléments de son bouclier antimissile en Europe centrale. A cet égard, en tout cas, Mme Rice n’a pas réussi à calmer les craintes russes. Elle a défendu le bouclier en déniant à quiconque l’ambition « de mettre un veto aux intérêts de la sécurité américaine », tout en réaffirmant que les matériels dont l’installation est annoncée en Pologne et en Tchéquie étaient tournés vers des « Etats voyous » comme l’Iran, et nullement contre la Russie. Sans convaincre. Comme l’ont reconnu des responsables américains, l’avis de Moscou n’a d’ailleurs jamais été véritablement pris en compte dans cette affaire.La semaine dernière, Mme Rice a transmis une invitation de M. Bush à son collègue russe pour des entretiens bilatéraux les 1er et 2 juillet dans sa propriété de Kennebunkport, aux Etats-Unis. Une démarche qui intervient tardivement, alors que les contentieux se sont déjà accumulés. Il a fallu une de ces sorties dont le président russe a le secret, et cela quelques jours avant la venue de Condoleeza Rice, pour que les élites de Washington prennent la mesure de la dégradation de leurs relations avec la Russie. A l’occasion de la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie, M. Poutine a, sans les nommer, ébahi les responsables américains en évoquant « des Etats aux prétentions à l’hégémonie mondiale », comme à « l’époque du troisième Reich. » Le 10 février dernier, déjà, Vladimir Poutine avait vigoureusement accusé les Etats-Unis de vouloir imposer leur loi sur l’ensemble de la planète. Et, dans son discours du 26 avril sur l’état de la nation, il a mis tous les Occidentaux dans le même sac en les qualifiant de « colonisateurs ».   

Démagogie populiste ?   

Rhétorique martiale à usage interne de la part d’un chef d’Etat « passé maître dans l’art de fustiger l’Occident, un genre qui plaît à Moscou » ? Poutine, alors, dans la foulée de ses prédécesseurs de l’époque soviétique, ne ferait qu’ « agiter l’épouvantail du ‘complot occidental’ et l’obsession de l’ennemi du peuple’. » Il n’y aurait donc pas à s’inquiéter de ce trop-plein de démagogie patriotique et populiste.Au fond, les dirigeants russes joueraient de cette ambiance de forteresse assiégée pour asseoir leur régime et les Américains, sans le vouloir, ne pourraient pas leur faire un plus beau cadeau que leur renforcement militaire en Europe de l’Est. Il suffirait donc de traiter la Russie avec compréhension, de lui donner l’impression qu’elle siège au club des puissants de ce monde, les sautes d’humeur de Moscou face « l’Ouest » s’expliquant par sa fierté blessée.Mais ce type de considérations, en vogue dans la presse occidentale, si elles se veulent rassurantes, sont assurément trop courtes. Essentiellement construites sur les frustrations, réelles ou supposées, de dirigeants qui n’auraient pas digéré la chute de l’empire soviétique, elles faussent le regard qu’il conviendrait de porter sur une situation aussi complexe qu’inquiétante. Car la question n’est pas de savoir si M. Poutine est sympathique ou pas, ni même s’il est sincère, outrancier ou calculateur. Mais bien de porter un oeil lucide sur les enjeux auxquels aujourd’hui nous sommes tous confrontés. De se demander si le retour à l’avant-plan de ce que les stratèges appellent le « primat du militaire » dans la gestion des problèmes internationaux est bénéfique pour qui que ce soit. Et tant qu’à faire, si le président russe n’exprime pas, surtout un éventail de sujets, des inquiétudes légitimes, en particulier concernant le déploiement de systèmes de défense antimissile en Europe de l’Est.   

Le ton monte   

« A mesure que, depuis la fin de la guerre froide, leur influence grandit, les Etats-Unis se veulent sauveurs de la planète, gendarme du monde, émissaires de la paix et de la démocratie…Trop souvent suivis, en dernière analyse, par les Européens », considère le Monde diplomatique. Cela se vérifie-t-il dans la phase nouvelle des rapports avec la Russie ? A Moscou, le quotidien Nezavissimaïa Gazeta notait fin mai : « Les diplomates étrangers affirment que la position de la Russie telle qu'énoncée dans le discours de Vladimir Poutine à Munich [en février dernier] trouve un soutien absolu en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Partout, sauf en Europe et aux Etats-Unis. Détail intéressant, le présidentrusse, dans ce discours, n'a rien dit de neuf sur le fond. De l'élargissement de l'OTAN à la non-prolifération des armes nucléaires, en passant par l'exportation des "révolutions colorées", notre position avait déjà été maintes fois exprimée, sous différentes formes, par des responsables russes de divers niveaux. A Munich, la seule nouveauté a été le ton employé, la brutalité des formules, le martèlement des phrases et l'absence des tournures tempérées ou équivoques habituelles. »En d’autres termes, Moscou aurait décidé de lever le ton pour vaincre la surdité de ses interlocuteurs de première ligne en Europe et outre-Atlantique. Et, sans doute, souhaite-t-il tirer avantage de l’affaiblissement relatif des Etats-Unis pour se redonner une stature perdue sur la scène internationale.Se positionner aux côtés de ceux qui estiment que, de moins en mois, les Etats-Unis sont en mesure d’assurer leur rôle d’unique puissance hégémonique. La guerre d’Irak a peut-être été fatale à cette prétention. Mais dans la capitale bavaroise, M. Poutine a aussi clairement affirmé que, s’il s’agit de prendre en compte les intérêts géostratégiques russes, sa conduite n’est en rien guidée par la nostalgie du rôle tenu naguère par l’URSS dans une configuration mondiale bipolaire.   

Double langage   

Le raisonnement mérite au moins d’être entendu. Depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont, à la fois, prôné un « partenariat stratégique et d’amitié » avec la Russie. Et, dans le même temps, profité des faiblesses de l’ancien rival pour tenter de l’encercler militairement, en multipliant les bases militaires dans d’anciennes républiques soviétiques ou en élargissant l’OTAN jusqu’à ses frontières. « On assiste à la mise en place d’un nouveau Rideau de fer, cette fois par les Etats-Unis, et à une remilitarisation des relations américano-russes.    

Nombreux contentieux   

Pour différentes raisons, les relations se sont récemment tendues entre l’Union européenne et la Russie. A la veille du récent sommet Russie-UE qui s’est tenu à la mi-mai à Samara, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeir - son pays assurant la présidence tournante de l’Union - a certes rappelé que « l’Union européenne a besoin de la Russie afin de régler les conflits internationaux (et que) la Russie a besoin de l’Union. Il est donc indispensable que la raison l’emporte dans nos relations. » Mais à ce jour, cette raison semble fort absente. Une série de contentieux, plus ou moins sérieux, enveniment les choses : outre l’épineuse question du bouclier antimissile, il y a en vrac le « conflit de la viande polonaise » que la Russie refuse d’importer, la crise des symboles de l’Armée rouge dans les pays baltes, où vivent d’importantes minorités russes, et en Pologne ou la signature d’un pacte énergétique pour garantir les approvisionnements de l’Europe en gaz. Sans parler d’autres sujets comme le statut du Kosovo, l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce ou le projet de zone de libre-échange (57% des exportations russes vont vers l’UE qui assure plus de 70% des investissements en Russie). Le fait est qu’à Samara, dans un climat de surenchère, il a bien fallu renoncer à négocier un nouvel Accord de partenariat et de coopération entre les deux parties, en remplacement de celui qui, en vigueur depuis 1994, expire à la fin de l’année.   

Le poids de l’OTAN   

Le conseiller pour les Affaires européennes de Vladimir Poutine a eu beau affirmer que « parler d’une crise est une grande exagération », il n’empêche que le torchon brûle. Alors que « si l’Europe veut jouer le rôle auquel elle aspire (…) une forme de coopération avec le bloc Russie-CEI est indispensable. Au lieu de cela, tout ce qui gêne la Russie semble bon pour l’Europe et vice-versa. » En réalité, derrière un apparent consensus, les 27 sont divisés sur la conduite à tenir. L’entrée des pays d’Europe centrale et orientale dans l’Union a relancé le lien transatlantique. Plusieurs d’entre eux, comme la Pologne ou les pays baltes, considèrent que les Etats-Unis et l’Alliance atlantique restent le garant ultime de leur sécurité face au géant de l’Est, renforçant ainsi le camp américain au sein de l’UE (comme on l’a constaté lors du déclenchement de la guerre en Irak). L’heure semble aujourd’hui à renouer le lien transatlantique, affaibli par l’intervention américaine au Moyen-Orient. Angela Merkel s’y emploie.Nicolas Sarkozy également. Et cette tendance ne ferait que se fortifier en cas de retour au pouvoir de la droite en Italie et en Espagne. Cela n’aide guère à la définition d’une politique étrangère et de sécurité commune, plus improbable que jamais. Et, par contrecoup, à la mise en place d’une relation détendue avec la Russie. Bien au contraire. Celle-ci va donc privilégier les négociations avec les « grands » d’Europe en misant sur l’idée que chacun se fait de ses propres intérêts et de ses propres besoins, puisqu’il existe de « réelles différences dans les attitudes et les objectifs des divers Etats-membres », comme le notait récemment une proche de la Commission européenne. Tant que l’Europe n’aura pas défini le modèle de coopération ouverte et indépendante qu’elle entend privilégier, telle est sans doute la seule voix possible. Et l’on risque de voir encore s’accumuler querelles et malentendus. Mais au fond, qui, des Etats-Unis ou de la Russie, réussit le mieux à diviser l’Union ?   

Escalade   

La Russie a procédé le 29 mai au tir d’essai d’un nouveau type de missile balistique destiné à contrer la menace que représentait pour elle le projet américain de bouclier antimissile. Selon les experts russes, le test – l’envoi de cet engin lourd à tête multiple d’une base mobile vers une cible située à 800 kilomètres a été un succès – s’inscrit dans la « réaction hautement efficace » promise par M. Poutine. Et pourrait « surpasser tout système antimissile présent et à venir. » Poutine a répété ses craintes de voir se « transformer l’Europe en poudrière », le bouclier américain créant « des risques nouveaux et inutiles pour l’ensemble du système des relations internationales et européennes. »Dans le même temps, c’est avec « déception et  amertume » que les défenseurs du projet antimissile àWashington ont enregistré l’échec quelques jours plus tôt d’un nouvel essai d’interception d’un missile à longue portée. Cela au moment où les Etats-Unis s’efforcent de placer 10 intercepteurs en Pologne où, comme en Tchéquie, les opposants à une telle perspective donnent de la voix. A Washington, les démocrates, sans être opposés à la défense antimissile, ont dénoncé son manque de fiabilité et demandé de surseoir à l’installation de sites en Europe. A la Chambre comme au Sénat où ils sont majoritaires, ils viennent de décider des coupes dans les budgets prévus pour ce projet. Quant à l’Europe, dans ce qui ressemble à un retour à un certain bilatéralisme stratégique, elle se trouve un peu plus marginalisée.   

Feu le traité FCE ?   

La Russie a demandé aux Pays-Bas, dépositaire désigné du traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE) la tenue d’une conférence extraordinaire du 12 au 15 juin à Vienne pour le réviser. Elle espère de ses partenaires de la « volonté politique dans la recherche d’une solution acceptable par tous qui permette d’en finir avec la crise (du FCE) ». Le 26 avril, Vladimir Poutine avait annoncé un moratoire sur l’application du traité en riposte au projet américain de bouclier antimissile en Europe et à l’extension de l’OTAN vers l’Est.Le traité FCE, entré en vigueur en 1992, vise à encadrer la réduction des forces conventionnelles en Europe. Il a été adapté en 1999. La Russie avait ratifié cette nouvelle version, mais pas les pays de l’OTAN, en arguant de la présence de troupes russes en Georgie et en Moldavie.
 BM : le clone de Wolfie
   
wolfie
La Maison-Blanche ne connaît ni honte, ni états d’âme. L'administration Bush a donc décidé que Robert Zoellick succédera à Paul Wolfowitz, accusé de conflit d’intérêts et prié de dégager de la présidence de la Banque mondiale pour ses pratiques douteuses. Ex-représentant spécial américain pour le Commerce de 2001 à 2005, puis numéro deux du département d'Etat, il est depuis 2006 conseiller international à la banque d'affaires Goldman Sachs. « Certains observateurs pensaient que la Maison-Blanche aurait fourni à la Banque mondiale une liste de candidats parmi lesquels son conseil d'administration aurait fait son choix », a rappelé The Washington Post. En vain. Néoconservateur, lui aussi, Zoellick est l'un des signataires d'une lettre adressée en 1998 au président Clinton pour réclamer le « renversement de Saddam Hussein ». Avec des faucons comme Donald Rumsfeld,  Richard Perle et… Paul Wolfowitz.Dans la même veine, ajoute The Guardian, ce « grand défenseur des intérêts économiques américains » n'a pas hésité, dans un discours prononcé peu après le 11 septembre 2001, à « lier libéralisme économique et lutte contre le terrorisme. » Plus tard, après l'échec des négociations de l'OMC à Cancun en 2003, il affirmait que « Si les membres de l'OMC temporisent, les Etats-Unis n'attendront pas : nous ferons progresser le libre-échange avec les pays prêts à aller de l'avant. » Voilà qui devrait « fournir des munitions à tous ceux qui voient la Banque mondiale comme un instrument au service de la politique économique américaine », a noté le quotidien britannique. Les Européens, eux, ont fait profil bas devant cette décision qui consacre la mainmise du Nord sur les grandes institutions financières mondiales.

Maurice Magis

Les commentaires sont fermés.