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20/07/2007

 

Parlement européen: L’arbre fasciste qui cache la forêt d’extrême droite

Non

Le groupe «Identité, Tradition, Souveraineté» voit le jour et met en valeur quelques personnages pitoyables. A vingt, ils se qualifient pour constituer un groupe parlementaire.
La constitution de la fraction d’extrême droite «Identité, Tradition, Souveraineté» au parlement européen est un non-événement par excellence. Les parlementaires
fascisants, nationalistes, régionalistes, souverainistes, ultra cléricaux, anticommunistes, antieuropéens, populistes, de la droite dure, de la droite nationale, de la droite extrême foisonnent au Parlement Européen, au sein du groupe «Indépendance et Démocratie», ou parmi les députés de l’«Union pour l’Europe des Nations». C’est le cas des élus polonais de «Droit et Justice» et de la «Ligue des familles polonaises», des français du «Mouvement pour la France», des Britanniques du «Parti indépendant»… Il en restait quelques-uns, interdits de séjour dans les fractions constituées parce que trop mal élevés ou

trop … trop. Ce sont ces «bêtes de scène» qui forment désormais leur petit club, comme ce fut déjà le cas entre 1984 et 1994 sous la houlette de Jean-Marie Le Pen. Profitant de l’intégration des eurodéputés roumains et bulgares, Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen, récemment condamné pour ses propos négationnistes, préside une sinistre équipe de «bras cassés» dont la principale qualité pourrait être de ne pas s’aimer beaucoup. Quoi qu’il en soit, autour des sept élus du Front National français qui n’apprécient pas les gens de l’est qui «déferlent» sur le France, s’agglomèrent un Britannique antiroumain, trois Belges régionalistes flamands, deux Italiens dont Alessandra Mussolini, un Autrichien déjà nostalgique de Jörg Haïder et les nouveaux venus, cinq Roumains et un Bulgare. Si Marine Le Pen était à la recherche d’une respectabilité quelconque, ses nouveaux petits camarades à Bruxelles et Strasbourg vont grandement participer à la rendre plus sympathique encore auprès des modérés hésitants à la considérer comme «moins pire» que son père. Ses cinq confrères roumains sont issus du Parti de la Grande Roumanie, «Romania Mare», dont le chef incontesté Corneliu Vadim Tudor réclame la Bucovie ukrainienne et la Moldavie pour reconstituer la Grande Roumanie de ses rêves. Accessoirement il dénonce le péril magyar et considère que les juifs sont la source de tous les maux: «L’Occident capitaliste juif veut voler la Roumanie et l’a contaminée par des mœurs dissolues et le sida». Le seul représentant bulgare vient du parti nationaliste et populiste Ataka, fondé par un journaliste anticommuniste, Volen Siderov, xénophobe particulièrement antiturc, antirom, antigitan.

Ne pas se tromper d’adversaire

C’est la haine des autres qui unit ces vingt députés. Sur les 785 élus qui peuplent le parlement européen, ils pourraient n’être qu’un moindre mal. Ils ne constituent pas un danger immédiat, ils servent une droite dite modérée, plus arrogante que jamais, dont l’aile la plus réactionnaire n’est guère éloignée de ces excessifs qui dérangent sans doute, mais dont le fonds de commerce ne pose pas de problème: l’extrême droite ne remet pas en question l’ultralibéralisme qui prévaut chez les conservateurs, même si elle en conteste la vision européenne ou mondiale. Après tout, la fraction «Identité, Tradition, Souveraineté» est opposée à une Europe unitaire, bureaucratique et à un super état européen et s’engage en faveur de la famille traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société.
Combattre l’extrême droite est la moindre des obligations pour les progressistes, mais pas au risque de se tromper d’adversaire: il y a vingt ans déjà, le chasseur de nazis Simon Wiesenthal mettait en garde contre le danger de laisser diffuser la discours de la droite extrême dans les milieux conservateurs et modérés. Il n'est pas superflu de reconsidérer l’avertissement. Dans les milieux dirigeants, partout en Europe, en Suisse aussi, au nom d’une gestion «responsable», les discours et les engagements les plus contestables s’actualisent: la remise en question des lois les plus solidaires, l’insistance pesante des préférences nationales, la limitation des services publics réunissent les conditions d’une société dont l’individualisme est le cheval de bataille. Entre ceux qui hurlent avec les loups de Roumanie, de Bulgarie ou de Flandre et ceux qui sapent les acquis sociaux et recréent d’autres frontières parce qu’ils disent le droit en divisant les citoyens, il existe une communauté idéologique.

Dan Rajtberger

Gauchebdo, Suisse, février 2007


Pourquoi les partis socialistes ont-ils failli?

 

éléphants-socialistes

Très souvent, on me demande comment j'explique que les partis socialistes, eux dont c’était le premier devoir, n'ont pas, depuis le début des années quatre-vingt, résisté à la mondialisation néolibérale. En Belgique comme en France, où le mouvement ouvrier a été imprégné par un idéal socialiste très longtemps soucieux de se démarquer de la social-démocratie, cette question est lancinante.

Une première réponse me semble évidente : le poids grandissant qu’ont pris les experts auprès des politiques à un moment où la mondialisation voulue par le patronat requerrait de la part des politiques une plus grande capacité à faire des choix. Le plus souvent les socialistes s’en sont remis à leurs experts. Ceux-ci, au nom d’une science économique qui n’a de science que le nom, étaient tout disposés à fournir les alibis techniques à des choix présentés comme inéluctables. Les experts ont rationalisé un slogan irrationnel : « Il n’y a pas d’alternative ». L’effacement socialiste, c’est d’abord le triomphe de la technocratie sur la démocratie.

Une deuxième réponse est tout aussi manifeste : l’extrême difficulté qu’ont eu les élus socialistes, crispés sur les problèmes de leurs circonscriptions ravagées par la crise charbonnière puis sidérurgique, à s’investir dans l’européen et l’international. Pour s’en convaincre, il était flagrant de constater, par exemple dans les travaux parlementaires, la différence d’intérêt pour ces matières entre les élus de droite, relais zélés d’un patronat qui a occupé d’emblée l’espace supranational, et ceux de gauche.

Au-delà de ces constats de portée générale, la réponse n'est pas la même au Nord et au Sud de la frontière franco-belge. En Belgique, les socialistes, après la deuxième guerre mondiale, ont placé tous leurs espoirs dans la construction européenne. Le rôle joué par Spaak, un des « pères fondateurs », a été déterminant. Cette adhésion sans réserve les a désarmés lorsqu’il est devenu manifeste que l’harmonisation économique et commerciale ne s’accompagnait pas d’une harmonisation sociale et que le  primat de la concurrence devenait la machine à détruire les acquis sociaux. En dépit de ses dérives néolibérales, le projet européen, tel qu’il est mis en œuvre, demeure au PS un sujet tabou. Cela se traduit par un refus de s’opposer radicalement aux initiatives de la Commission européenne. Même quand cela signifie la destruction de ce pour quoi des socialistes se sont tant battus au 19ième  siècle et pendant une bonne partie du 20ième.

En France, la dérive vers le social-libéralisme résulte d'une conjonction de deux phénomènes : l'arrivée au pouvoir d'un personnage extrêmement ambigu, François Mitterrand, et la montée en puissance d'un courant dans le PS, mais aussi dans le syndicalisme (la CFDT d’Edmond Maire), baptisé "deuxième gauche" et incarné par des personnalités de conviction chrétienne tels que Jacques Delors et Michel Rocard. La deuxième gauche française, c’est un peu l’équivalent du Mouvement Ouvrier Chrétien belge.

A la différence de chrétiens de gauche comme François Houtart en Belgique ou Jacques Gaillot en France, convaincus que l’opposition entre exploiteurs et exploités demeure la grille d’analyse pertinente, les chrétiens de la "deuxième gauche", clament eux la nécessité de dépasser la lutte des classes pour arriver au "dialogue social" entre "partenaires sociaux" et réaliser des compromis dans le cadre d'un réalisme respectueux des contraintes économiques. Ce qui se traduit par la soumission du politique à l'économique. C'est la capitulation devant un patronat qui a compris qu'il est possible de revenir sur cent cinquante ans de conquêtes démocratiques et sociales en subordonnant les États à des institutions supranationales vouées au libéralisme économique le plus débridé et dotées de pouvoirs contraignants telles que l'Union européenne ou l'Organisation Mondiale du Commerce.

Avec Delors, la deuxième gauche est à l'origine du "tournant de la rigueur" de 1983, de l'Acte unique européen de 1986, du traité de Maastricht négocié en même temps que la création de l'OMC. Les flexibilités, les dérégulations, les libéralisations décidées alors ont créé les inégalités, la précarité et la pauvreté d'aujourd'hui.

Cette victoire de la deuxième gauche au sein du PS rend possible l'émergence d’une Ségolène Royal conseillée par un Pascal Lamy formé par Delors. Aujourd’hui, elle espère faire franchir à la société française une nouvelle mutation : celle qui effacera définitivement l'approche par la lutte des classes et mettra en place un bipartisme à l'américaine. A moins que le peuple français n'en décide autrement. Comme un certain 29 mai.

 

Raoul Marc Jennar                             

Extrait du Journal du Mardi

 


Explosion des budgets publicitaires en 2006.

 

budgets-publicitaires

Selon les données du CIM, les annonceurs ont investi plus de 2,8 milliards d’euros en publicité dans les grands médias en 2006. Sans surprise, la TV arrive en tête des médias ayant « bénéficié » des investissements publicitaires (34,4%), suivie des quotidiens (24,5%), de la radio (11,4%), des magazines (10%), et de l’affichage (7,9%). Ce montant ne concerne que les grands médias. La somme totale consentie pour les dépenses publicitaires est elle plus élevée encore même si elle est difficile à évaluer avec exactitude.

 

En 2004, selon le même organisme, ce montant était de 1,6 milliard d’euros ce qui fait une progression de 75% en 2 ans. Cette somme représente aujourd’hui pour la première fois plus de 1% du PIB, un PIB qui bien évidemment ne progresse pas au même rythme.

 

Le consommateur paye la facture. Ainsi que diverses études l’ont montré, la somme que les industriels consacrent à la publicité de leurs produits est directement répercutée sur le prix de ceux-ci. En d’autres termes, même s’ils en sont peu conscients, ce sont les consommateurs qui payent la facture, forme insidieuse de « cotisation publicitaire ». Et celle-ci n’est pas mince puisqu’à la lumière des derniers chiffres, elle s’élève à environ 300 euros par personne et par an.

 

Un comparatif un peu effrayant.

 

L’adage populaire veut que la comparaison ne soit pas raison. Il est toutefois significatif de comparer cette somme aux budgets de secteurs importants de notre état. Un petit coup d’œil sur le budget fédéral 2006 permet par exemple de se rendre compte que nous cotisons beaucoup moins pour la justice (1,4 milliard d’euros) ou la coopération au développement (1,3 milliard d’euros) que pour cet outil de formatage de nos désirs et de nos besoins.

 

Il est piquant de constater également que nous « cotisons » même d’avantage pour cette armée de la pensée unique que pour la grande muette (2,7 milliards d’euros) ou pour la police fédérale (1,5 milliard d’euro).

 

Un cercle vicieux.

 

Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux : la publicité crée artificiellement l’envie d’acheter chez le consommateur. Elle est payée par celui-ci « à l’insu de son plein-gré ». Elle gonfle ventes et bénéfices des entreprises. Celles-ci utilisent cette manne d’argent pour réinvestir dans encore plus de budgets publicitaires.

 

Les conséquences de cette logique boulimique sont catastrophiques : surproduction, surconsommation, endettement,… Plus le budget publicitaire augmentera, plus les conséquences sociales et écologiques seront importantes, plus également la pression que le monde marchand exerce sur nos médias sera importante, plus enfin la marchandisation de chaque parcelle de notre société s’accentuera.

 

Quelques pistes.

 

On a beau jeu d’arguer de la liberté individuelle, celle-ci est dans les faits bien fragile face à l’armada des publicitaires. Noam Chomsky a parlé de liberté de choisir entre Coca-Cola et Pepsi. Pour sortir de la logique actuelle, il est important que l’Etat s’interpose entre les citoyens et les publicitaires. Il s’agit de libérer le citoyen de la pression publicitaire qu’il subit au quotidien. Il existe pour ce faire deux pistes importantes et complémentaires :

 

Réglementer strictement la publicité :

 

Interdire la publicité dans les lieux publics (voirie,

 

écoles, gares, moyens de transport publics,…), interdire la publicité à destination des plus jeunes et contrôler son contenu grâce à des organismes indépendants. A cela, il faudrait sans doute ajouter l’interdiction pure et simple de la publicité pour certains produits socialement et écologiquement nuisibles (4x4, crédits, vols low-costs,..), au même titre que pour le tabac.

 

-Mutualiser les bénéfices :

 

Une fois le budget qu’ils allouent aujourd’hui à la publicité amputé par des mesures de réglementation sur la publicité, les entreprises choisiront soit de diminuer le prix de leurs produits, soit d’augmenter leur marge bénéficiaire. En raison de la (salutaire) diminution du volume des ventes que de telles mesures devraient causer, il est fort probable qu’ils opteront pour la seconde option. Afin d’éviter ce cas de figure et en vue de réaffecter à des projets utiles cet argent, il est important de prévoir une taxe spéciale sur les bénéfices des entreprises.

 

Les sommes ainsi récoltées pourraient être directement réinvesties dans les médias publics, l’aide à la presse et à l’éducation.

Pierre Eyben


Justice

kimyongur

 

«Ses armes à lui, c’étaient son clavier, son stylo et sa voix...»

Message de Deniz, l' épouse de Bahar

 

Mon époux, Bahar Kimyongür, vient d’être condamné par un tribunal belge à cinq ans d’emprisonnement alors qu’il n’a commis aucun délit, aucun acte violent. La condamnation de mon mari signifie qu’exprimer un point de vue contestataire est passible, aujourd’hui, de plusieurs années de prison. C’est inadmissible !

 

Il est devenu si facile dans ce pays de se faire taxer de terroriste par la justice et de se retrouver derrière les barreaux ! C’est ce qui est arrivé à mon mari.

 

Pourtant, il n’avait fait que s’ériger contre la torture et l’injustice. Le 7 novembre dernier, la Cour d’appel de Gand a d’ailleurs purement et simplement criminalisé son engagement humanitaire sous prétexte qu’il rendait service à une organisation marxiste turque, le DHKP-C. Pendant six ans, mon mari a parcouru le monde pour tenter de sensibiliser des personnalités issues du monde politique, scientifique, associatif ou artistique sur le sort tragique des opposants turcs en grève de la faim. Son unique but fut de les sauver d’une mort certaine. Le malheur pour mon mari est que la quasi totalité de ces prisonniers résistants faisaient partie de la mouvance de DHKP-C.

 

Aux yeux de la justice belge, prendre leur défense équivaut désormais à « assumer un rôle dirigeant dans l’organisation ». Mon mari n’a jamais renié ses sympathies pour le DHKP-C mais son maquis à lui, c’étaient les parlements : le parlement européen, les parlements belge, italien, grec…

 

Ses armes à lui, c’étaient son clavier, son stylo et sa voix. En janvier 2002, lui et moi avions rencontré Javier Solana pour l’appeler à intervenir dans le conflit des prisons turques. La même année, il remit les signatures de 155 000 citoyens turcs et européens exigeant l’arrêt des mauvais traitements dans les prisons, à la présidence du parlement européen. Bahar est un militant chevronné toujours à l’affût d’une occasion pour défendre la cause des prisonniers politiques turcs. Il est ainsi intervenu dans des conférences dans le cadre des Forums sociaux européens à Florence, à Paris et à Londres et lors de meetings internationaux organisés à Alger (2001), à Beyrouth (2002), au Caire et à Caracas (2005).

 

En avril 2005, il organisa une tournée européenne de poètes américains en hommage aux prisonniers politiques turcs.

 

Aucune souffrance humaine ne le laissait ni laisse indifférent : ainsi, en janvier 2003, soit quelques semaines avant l’invasion américaine, il s’était rendu en Irak pour exprimer son opposition à l’occupation de ce pays. Il avait même co-organisé une manifestation à Bagdad devant la représentation des Nations-Unies, aux côtés de délégations pacifistes et anti-impérialistes venues d’Espagne, d’Autriche, des Etats-Unis et d’Italie.

 

A Bruxelles, il organisa plusieurs dizaines de manifestations devant l’ambassade US, pour protester contre l’occupation de l’Afghanistan ou de l’Irak.

 

Et l’été dernier, il marchait aux côtés du peuple libanais victime des bombardements israéliens.

 

Peu après que nous avions fait connaissance, le premier endroit qu’il me fit visiter fut le fort de Breendonk, parce qu’il ressent le martyre du peuple juif dans le plus profond de sa chair et parce que la fraternité, c’est sa religion. Le 19 janvier dernier, à la prison de Gand, lorsque le journaliste arménien Hrant Dink a été assassiné, il s’est, lui aussi senti arménien.

 

Signez l’appel réclamant la liberté pour Bahar, diffusez ce mail à toutes vos connaissances car ce sont les libertés d’expression et d’association qui sont menacées. Avec un peu d’avance, Bahar, c’est nous tous… Agissons pour le principe, avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

 

En juillet 2006, malgré les pressions de l’Etat turc et le jeu trouble de la Belgique qui ont valu 68 jours d’incarcération à mon époux, un tribunal néerlandais a considéré l’action militante de Bahar parfaitement légale.

 

Pour éviter l’extradition de Bahar, citoyen belge, vers le pays d’origine de ses parents où il risquait au moins 15 ans de prison et la torture (puisqu’il consacre tout son temps à dénoncer les violations des droits de l’Homme commises par le régime d’Ankara et en particulier les cas de torture dans les geôles turques), nous avons déjà sollicité avec le Comité pour la liberté d’expression et d’association (le Clea) votre soutien. En quelques semaines, nous avons récolté plus de 7000 signatures en faveur de Bahar.

 

Aujourd’hui, nous nous permettons à nouveau de faire appel à votre sens de la justice. Un simple clic sur le site www.leclea.be peut contribuer à sauver mon mari. Nous n’accepterons jamais sa condamnation car elle signifie que les tribunaux belges sacrifient l’avenir d’un homme en se soumettant aux intérêts des autorités turques et américaines, qu’ils bafouent les libertés inscrites dans la Constitution et les traités internationaux, qu’ils musèlent une voix contestataire.

 

Exiger la liberté pour Bahar, c’est participer au large mouvement d’opinion rappelant que s’exprimer, s’organiser, contester…, ce n’est pas du terrorisme !

 Merci de tout cœur pour votre soutien
Deniz Demirkapi

 

Ondes électromagnétiques: des médecins s’en mêlent

portablesLe 6 février dernier, en commission de l’action sociale et de la santé, le député (MR) Jean-Luc Crucke interpellait la ministre wallonne Christiane Vienne au sujet des possibles conséquences sur la santé des antennes relais pour GSM. L’intervenant disait notamment avoir « reçu la lettre d’un médecin, adressée à tous les médecins wallons (et évoquant) l’existence de patients dans tous les cabinets qui parlent de leur maladie, dont l’apparition est concomitante à l’installation d’une antenne GSM ».

Ayant identifié le praticien en question, Le Journal du Médecin l’a interrogé sur le sens de son initiative. Ces propos méritent d’être rapportés, tant pour leur intérêt intrinsèque que pour la valeur méthodologique de la démarche (1).

Les plaintes de certains patients suite à l’installation d’une antenne relais à proximité de leur domicile portent sur l’apparition de migraines, de troubles du sommeil, d’acouphènes (l’impression d’entendre un bruit), de picotements, de sudation excessive, de difficultés de concentration. Auteur de la lettre aux médecins francophones, le docteur Vanderstraeten explique : « Cette enquête est une démarche provisoire pour réfléchir et s’impliquer dans le débat. Le projet de recherche est l’investigation de l’hypothèse du syndrome
d’hypersensibilité aux micro-ondes des antennes de mobilophonie ». Dans le courrier envoyé à ses confrères, le dr. Vanderstraeten précise : « Bien entendu, seuls sont retenus les symptômes pour lesquels aucune cause précise ou satisfaisante n’a pu être déterminée. Par ailleurs, afin de minimiser le phénomène de l’autosuggestion mais aussi afin de ne pas induire de cas d’hypersensibilité, l’invitation est faite au médecin de ne pas évoquer de lien de causalité entre d’éventuels symptômes et une antenne voisine ».

Quand on lui demande pourquoi il a choisi de s’adresser spécifiquement aux médecins, le dr. Vanderstraeten répond : « Je souhaite que notre approche soit plus rigoureuse scientifiquement. Des études faites directement sur les détenteurs de GSM, il y en a déjà eu. Que peut-on en retenir ? Comment éliminer le caractère psychosomatique ? L’atout du médecin généraliste est qu’il peut voir son patient et assurer un suivi sur le long terme. Il peut analyser son état de santé et ses plaintes éventuelles avant l’installation d’une antenne et après, notamment. Mon idée est d’éviter les interrogatoires directs en passant par l’important travail de proximité du médecin. »

Les effets des ondes GSM sur la santé humaine font l’objet de nombreux débats. Outre les effets généraux sur les êtres vivants, il semble acquis que certains individus sont nettement plus affectés que la moyenne. Dites « électrosensibles », ces personnes pourraient représenter jusqu’à 5% de la population et poser un problème de santé analogue à celui des allergiques. Tout cela reste très mal

connu et cette incertitude s’exprime notamment  dans le fait que les normes légales d’exposition maximale fluctuent considérablement. En Belgique, par exemple, l’arrêté royal du 10 août 2005 fixe une limite différente de celle qui a été adoptée par le Conseil Européen (recommandation du 12 juillet 1999), et ces deux limitations sont supérieures aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé.

L’initiative du docteur Vanderstraeten doit être saluée comme une contribution utile au progrès d’une vérité que certains pourraient être tentés de cacher eu égard aux gigantesques enjeux commerciaux de la mobilophonie. Plus largement, elle pourrait donner des idées à d’autres praticiens dans d’autres domaines où l’on manque cruellement d’enquêtes épidémiologiques. A quand une coordination de généralistes visant à tester l’hypothèse que les populations défavorisées de Marchienne, d’Engis et de Vilvorde sont exposées à un risque spécifique d’allergies, de maladies respiratoires et d’accidents cardiovasculaires résultant de la pollution de l’air ?  
(1) Journal du Médecin, 10/2/2006  

Léon Taniau                                   

 Extrait du Journal du Mardi

23:28 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2007

Du papier, faisons table rase - Explosion des budgets publicitaires en 2006 - EDF-GDF: un bel exemple de duplicité socialiste - Les recettes que préconise la droite: flexibilité, précarité,...

Du papier, faisons table rase.

 

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L’Europe consomme chaque année environ 100 millions de tonnes de papier et carton. Cela représente en moyenne 190 kg par an par habitant et en Belgique près de 340 kg/an par personne ! C’est au total près de 15% de l’exploitation forestière qui est consacrée exclusivement à cette production.

 

Emballages, journaux, prospectus divers et variés, toutes-boîtes,… la pub se taille une bonne part dans cette gabegie consumériste.

 

Une industrie polluante.

 

Et l’industrie du papier, n’est pas une industrie comme les autres. Le papier est encore souvent blanchi au chlore gazeux qui est un produit chimique polluant. La production de papier réclame également énormément d’eau (4m3 par tonne de papier) pour extraire la cellulose des fibres du bois alors que la pénurie d’eau devient de plus en plus criante un peu partout. Enfin, elle réclame beaucoup d’énergie (électricité) pour sécher le papier.

 

Du papier imposé.

 

Bien évidemment chacun, par ses choix peut diminuer sa consommation de papier mais c’est avant tout l’industrie qui pousse à cette surconsommation. Si les autorités sensibilisent (culpabilisent ?) les consommateurs, les mesures à l’encontre des producteurs qui multiplient par exemple les emballages sont quasi inexistantes.

Un autre exemple de « papier imposé » est bien évidemment la publicité. En moyenne, quelques 40 kg de publicité non sollicitées sont déversées chaque année par habitation. Dans ce chiffre, les toutes-boîtes occupent une place importante. Ces pseudo-journaux qui sont en fait de simples outils publicitaires (leur surface rédactionnelle étant systématiquement sous les 20%), tirent leurs revenus de la pub et tentent donc d’élargir au maximum leur tirage. Imprimer un exemplaire qui ira de l’imprimeur au hall d’un immeuble et puis directement à la poubelle, cela rapporte ! C’est au nom de cette « logique » que des milliers de tonnes de papier (et de plus en plus de plastique sont gaspillés chaque année.

 

Une goutte d’eau utile.

 

A Bruxelles, un autocollant officiel a été édité par l’IBGE afin de permettre aux citoyens de refuser les publicités et/ou les toutes-boîtes. Cela devrait permettre selon divers experts d’économiser à terme 10.000 tonnes de déchets papier.

 

Après une très (trop) longue léthargie, en Wallonie, les choses semblent bouger un peu. Le ministre Lutgen a lancé une procédure similaire et un autocollant ainsi qu’une législation devrait « débarquer » au cours du premier semestre 2007.

 

On espère évidemment que les divers lobbys de la pub qui ont sur la presse (si importante pour nos élus) un pouvoir énorme ne dénatureront pas le projet.

 

Pierre Eyben

 


Explosion des budgets publicitaires en 2006.

 

invest-boisson-non-alcool

La part des publicités pour les boissons non-alcoolisées en France 

 

Selon les données du CIM, les annonceurs ont investi plus de 2,8 milliards d’euros en publicité dans les grands médias en 2006. Sans surprise, la TV arrive en tête des médias ayant « bénéficié » des investissements publicitaires (34,4%), suivie des quotidiens (24,5%), de la radio (11,4%), des magazines (10%), et de l’affichage (7,9%). Ce montant ne concerne que les grands médias. La somme totale consentie pour les dépenses publicitaires est elle plus élevée encore même si elle est difficile à évaluer avec exactitude.

 

En 2004, selon le même organisme, ce montant était de 1,6 milliard d’euros ce qui fait une progression de 75% en 2 ans. Cette somme représente aujourd’hui pour la première fois plus de 1% du PIB, un PIB qui bien évidemment ne progresse pas au même rythme.

 

Le consommateur paye la facture. Ainsi que diverses études l’ont montré, la somme que les industriels consacrent à la publicité de leurs produits est directement répercutée sur le prix de ceux-ci. En d’autres termes, même s’ils en sont peu conscients, ce sont les consommateurs qui payent la facture, forme insidieuse de « cotisation publicitaire ». Et celle-ci n’est pas mince puisqu’à la lumière des derniers chiffres, elle s’élève à environ 300 euros par personne et par an.

 

Un comparatif un peu effrayant.

 

L’adage populaire veut que la comparaison ne soit pas raison. Il est toutefois significatif de comparer cette somme aux budgets de secteurs importants de notre état. Un petit coup d’œil sur le budget fédéral 2006 permet par exemple de se rendre compte que nous cotisons beaucoup moins pour la justice (1,4 milliard d’euros) ou la coopération au développement (1,3 milliard d’euros) que pour cet outil de formatage de nos désirs et de nos besoins.

 

Il est piquant de constater également que nous « cotisons » même d’avantage pour cette armée de la pensée unique que pour la grande muette (2,7 milliards d’euros) ou pour la police fédérale (1,5 milliard d’euro).

 

Un cercle vicieux.

 

Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux : la publicité crée artificiellement l’envie d’acheter chez le consommateur. Elle est payée par celui-ci « à l’insu de son plein-gré ». Elle gonfle ventes et bénéfices des entreprises. Celles-ci utilisent cette manne d’argent pour réinvestir dans encore plus de budgets publicitaires.

 

Les conséquences de cette logique boulimique sont catastrophiques : surproduction, surconsommation, endettement,… Plus le budget publicitaire augmentera, plus les conséquences sociales et écologiques seront importantes, plus également la pression que le monde marchand exerce sur nos médias sera importante, plus enfin la marchandisation de chaque parcelle de notre société s’accentuera.

 

Quelques pistes.

 

On a beau jeu d’arguer de la liberté individuelle, celle-ci est dans les faits bien fragile face à l’armada des publicitaires. Noam Chomsky a parlé de liberté de choisir entre Coca-Cola et Pepsi. Pour sortir de la logique actuelle, il est important que l’Etat s’interpose entre les citoyens et les publicitaires. Il s’agit de libérer le citoyen de la pression publicitaire qu’il subit au quotidien. Il existe pour ce faire deux pistes importantes et complémentaires :

 

Réglementer strictement la publicité :

 

Interdire la publicité dans les lieux publics (voirie,

 

écoles, gares, moyens de transport publics,…), interdire la publicité à destination des plus jeunes et contrôler son contenu grâce à des organismes indépendants. A cela, il faudrait sans doute ajouter l’interdiction pure et simple de la publicité pour certains produits socialement et écologiquement nuisibles (4x4, crédits, vols low-costs,..), au même titre que pour le tabac.

 

-Mutualiser les bénéfices :

 

Une fois le budget qu’ils allouent aujourd’hui à la publicité amputé par des mesures de réglementation sur la publicité, les entreprises choisiront soit de diminuer le prix de leurs produits, soit d’augmenter leur marge bénéficiaire. En raison de la (salutaire) diminution du volume des ventes que de telles mesures devraient causer, il est fort probable qu’ils opteront pour la seconde option. Afin d’éviter ce cas de figure et en vue de réaffecter à des projets utiles cet argent, il est important de prévoir une taxe spéciale sur les bénéfices des entreprises.

 

Les sommes ainsi récoltées pourraient être directement réinvesties dans les médias publics, l’aide à la presse et à l’éducation.

 

Pierre Eyben

 


 

EDF-GDF: un bel exemple de duplicité socialiste.

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Il est du devoir de toute société organisée de garantir et donc de contrôler son approvisionnement énergétique et d’en assurer la distribution au coût le plus faible en particulier pour les catégories sociales les moins favorisées. C’est la raison pour laquelle, le statut de la production et de la distribution du gaz et de l’électricité provoque un véritable débat. La droite française vient de détruire ce qu’avait fait le Général de Gaulle à la Libération et, en privatisant GDF après avoir privatisé EDF, de permettre aux fonds de pension américains de s’approprier le contrôle de l’approvisionnement énergétique du pays.

La gauche dite gouvernementale, c’est-à-dire le PS, a hurlé. La gauche radicale – celle qui a dit non l’an passé au Traité Constitutionnel Européen – aussi. Mais qui est dans la cohérence ?
Voyons de plus près ce qu’il en est.
 « Je ne laisserai pas privatiser EDF et GDF » promettait Lionel Jospin, candidat à l’élection présidentielle en 1995, dans une lettre au personnel des deux entreprises publiques. Devenu premier ministre en 1997, il donne un an plus tard son accord à une directive européenne sur le gaz qui prévoit la suppression des monopoles nationaux et la libéralisation du marché du gaz. Cette directive doit être transposée dans le droit national de chaque État
membre. Mais, dans le gouvernement Jospin, les communistes et les écologistes s’y opposent. N’osant pas affronter un Parlement où ils risquent d’être battus, les socialistes décident d’appliquer la directive sans la transposer dans le droit français, obligeant ainsi le PCF et les Verts à se soumettre ou à se démettre. On connaît la suite…
En mars 2000, lors du sommet européen de Lisbonne, Jospin accepte, « sans hésitation » (selon son ami Tony Blair) l’accélération de la libéralisation de l’électricité, du gaz, de la poste et des transports réclamée avec insistance par la Table Ronde des Industriels Européens, un des plus puissants lobbies du business européen. Par le biais de la loi de finances de décembre 2001, le gouvernement Jospin décide que l’État vendra à GDF les 29.000 km de gazoducs qu’utilise l’entreprise publique. Cette opération la rend attractive et donc privatisable.
En mars 2002, lors d’un autre sommet européen, à Barcelone cette fois, alors que les lobbies expriment leur impatience et leur « frustration  devant le peu de progrès réalisés dans la mise en œuvre des admirables objectifs de Lisbonne », le même Jospin approuve, avec ses collègues, la proposition de la Commission européenne de lancer « la phase finale de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz ».
Un mois plus tard, Jospin est écarté du deuxième tour du scrutin présidentiel par son propre électorat.
Comment dès lors prendre au sérieux un PS qui dépose 30.950 amendements contre la privatisation de GDF et affirme dans son programme électoral pour 2007 « nous réintroduirons le contrôle public à 100% d’EDF et mettrons en place un pôle public de l’énergie entre EDF et GDF dont nous refusons la privatisation » ? Comment qualifier cette gesticulation préélectorale alors que rien, dans le programme de ce parti comme dans les discours de ses candidats, n’annonce l’intention de revoir les accords européens existants en la matière ?
A l’exception de Laurent Fabius, aucun dirigeant du PS français n’a fait l’effort de comprendre ce qui s’est passé le 21 avril 2002 quand Le Pen est passé devant Jospin. Aucun n’a eu le courage d’analyser les raisons de la victoire du « non » lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre l’élection présidentielle de 1995 et celle de 2002, l’ensemble de la gauche plurielle a perdu 1,5 millions de voix et l’extrême gauche en a gagné 1,35 millions. Lors du référendum de l’an passé, sur les 15 millions de « non » au traité européen, 12 millions sont attribués par tous les analystes (de droite comme de gauche) à des électrices et des électeurs de gauche, dont 56% de socialistes.
Cela n’empêche pas le PS de proposer pour 2007 le programme le plus néolibéral qu’il ait jamais présenté. Cela n’empêche pas François Hollande de « lancer un appel aux électeurs pour qu’ils fassent un vote utile dès le premier tour ». Mais une question reste à poser : voter PS, c’est utile pour qui ?

 

Raoul Marc Jennar - Extrait du Journal du Mardi

 


 

Les recettes que préconise la droite : flexibilité, précarité…

 

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Les responsables européens font assaut de propositions libérales au nom de la mobilisation pour l’emploi. Partout, cela se traduit par plus de flexibilité. Et, souvent, de précarité. Ce qui explique pourquoi les mouvements sociaux se multiplient. Et prennent, en France, valeur d’exemple. Au même moment, dans une « convention sociale », l’UMP se montrait claire. Sa « priorité » : « Permettre la création de richesses en libérant l’initiative, en desserrant les contraintes, en réduisant les prélèvements obligatoires, en réformant les structures administratives ». « Le droit du travail n’est pas un tabou », expliquait la résolution finale de cette convention. Avec comme objectif, déjà, le contrat de travail unique préparé par le contrat premier embauche (CPE) et le contrat nouvelle embauche (CNE) qui jettent des millions de Français dans la rue, parce que « la réglementation actuelle de la protection de l’emploi est un frein à la création d’emplois ». C’est ce que Nicolas Sarkozy, qui fait aujourd’hui des pieds et des mains pour se distancier d’un de Villepin engagé dans un combat douteux, justifiait pourtant en assurant que « les entreprises veulent pouvoir adapter plus rapidement leurs effectifs aux évolutions de l’économie. Elles hésitent à embaucher pour ne pas être enfermées dans des rigidités et des coûts en cas de baisse d’activité ».

 

Donc, air connu, « les demandeurs d’emploi doivent être davantage incités à rechercher un emploi, à suivre une formation, à reprendre une activité ». Une fois de plus, la même litanie que l’on entend partout en Europe au nom des « nécessaires réformes » et qui a trouvé récemment un écho en Belgique avec le « Pacte » sur les fins de carrière, la reprise du débat sur la maîtrise des salaires et, en Wallonie, le Plan Marshall. La Fondapol expliquait que « la France se trouve aujourd’hui dans une situation qui peut lui suggérer de s’inspirer du modèle hollandais [...] dans lequel depuis 1982, (…) plusieurs réformes ont contribué au dynamisme du marché du travail : réduction du salaire minimum, durcissement des conditions d’octroi de l’assurance chômage, renforcement des contrôles et sanctions ». Voilà donc une des expériences menées à l’étranger dont Dominique de Villepin s’inspire. En oubliant un peu vite que les conséquences sociales du « modèle » en question ont pesé lourd lors du « non » néerlandais à la Constitution européenne.

La précarité  normalisée
 

« La société belge est-elle capable de se réformer ? » s’inquiétait tout récemment Le Soir, en suggérant que tout changement ne peut être qu’inspiré par les fondamentaux libéraux et que ceux qui s’y opposent sont « sclérosés ». Ce qui était une exception dans les années 70 est pourtant  aujourd’hui un état de fait : la précarité au travail est devenue une valeur constante de l’économie européenne. « Le sentiment de précarité est très important en France, cela crée du malheur », reconnaît le chercheur - libéral - Francis Kramarz, du Centre de recherche en économie et statistique. Chiffres à l’appui, le constat est effrayant. Le nombre de CDD (contrats à durée déterminée) a doublé entre 1980 et 1990. Ce contrat court est devenu la norme. Mais c’est partout que les chômeurs de longue durée constituent le « noyau dur » du chômage. Que la flexibilité, appelée de toutes ses forces par le patronat, est un fait. « Les transformations de l’économie font que beaucoup d’entreprises ont été rachetées par des groupes qui suivent une stratégie de flexibilité de la main-d’oeuvre : ils engagent des employés pour un temps limité. L’intérêt de l’actionnaire prévaut sur celui de l’employé. Celui-ci est devenu une variable d’ajustement », analyse Évelyne Perrin, qui contribue à des collectifs AC ! (Agir ensemble contre le chômage) et Stop Précarité.

Pour le sociologue Serge Paugam, spécialiste de l’exclusion sociale, interrogé dans l’Humanité, le mouvement social actuel en France reflète les inquiétudes de l’ensemble du monde du travail. « Une large majorité de jeunes considèrent qu’ils ne sont pas à l’abri de l’exclusion. Ils sont effectivement les premiers concernés par l’insécurité de l’emploi. Mais dans d’autres catégories, en particulier les 25-35 ans, et jusqu’à 50 ans, la crainte d’être un jour exclu est également très forte. ». Une grande partie des salariés se sent aujourd’hui menacé dans les qualifications elles-mêmes. « Nous sommes dans un monde économique en proie à des mutations accélérées, qui impliquent une adaptation rapide des salariés. Or il existe de graves carences dans le système de formation continue. On ne permet pas véritablement aux personnes ayant un emploi de continuer à se former tout au long de la carrière. Les programmes de formation continue existants sont très insuffisants au regard des besoins. des salariés et des nécessités de l’économie. Si l’on veut que les salariés se sentent sécurisés, il faut aussi les sécuriser dans leurs qualifications, leur permettre d’accéder à de nouvelles ou meilleures qualifications. Cela concerne, bien sûr, en premier lieu, les salariés les moins qualifiés, mais le problème se pose d’une manière plus générale. »

« La précarité, qu’elle soit liée au chômage ou à l’incertitude de la vie professionnelle, s’accompagne de problèmes de santé non négligeables. Elle entraîne, directement, des problèmes de santé mentale, de détresse

psychologique. Les personnes angoissées au travail consomment des psychotropes en quantité, rencontrent des problèmes d’insomnie, de perte de confiance en elles-mêmes. Elles sont confrontées à un sentiment d’isolement. Les personnes précaires, au travail, se sentent remises en question dans leur capacité à apporter quelque chose d’utile au fonctionnement de l’entreprise, au fonctionnement social. Cela se traduit par de l’amertume, du ressentiment et de la souffrance psychologique. Donc par une forme de détresse. »

Une exception française ?

Le CPE est-il une exception française ? Si la plupart des États de l’Union européenne ont fait du chômage des jeunes l’un des axes principaux de leur politique de l’emploi, aucun n’a jusqu’à présent créé de contrat spécifique, à l’exception de l’Espagne. Surtout, aucun pays n’a prévu de période d’essai aussi longue (mais l’Allemagne est en train d’y réfléchir) et dans tous les cas la rupture du contrat doit être justifiée. Les États membres préfèrent jouer sur la formation et les baisses de charges pour inciter les entreprises à offrir une chance aux plus jeunes. Côté formation, l’apprentissage est privilégié dans de nombreux pays (Suède, Danemark, Allemagne, Autriche, Italie). D’autres préfèrent les stages rémunérés (Portugal, Finlande), assortis du suivi du jeune par un conseiller. Ce suivi individualisé est aussi en vigueur au Royaume-Uni, où l’accent est mis sur l’aide à la recherche d’emploi et tous ses à-côtés (problèmes de transport, préparation aux entretiens, etc.). L’incitation financière sous forme de baisses de charges ou de subventions existe dans la plupart des pays de l’UE. Dans certains États, cette stratégie découle d’accords nationaux, comme en Allemagne où le patronat s’est engagé à embaucher 30.000 jeunes par an entre 2004 et 2007. La Belgique a contraint les entreprises de plus de 50 salariés à compter 3 % de travailleurs de moins de 26 ans. Au final, seule l’Espagne a, comme la France, mis en place un contrat « discriminant ». Mais là où le CPE fragilise les jeunes par rapport aux autres salariés, le dispositif espagnol, qui concerne aussi les femmes, les handicapés et les seniors, limite la période d’essai à deux mois seulement et prévoit des indemnités de rupture de contrat plus fortes (15 % contre 8 % pour le CPE).

Rogne en Allemagne

Le dispositif français se singularise aussi par  une période d’essai d’une longueur inégalée. Même le Royaume-Uni, « champion d’Europe » du travail flexible, a ramené cette durée de 24 à 12 mois. Dans la plupart des autres pays, elle se situe entre 2 et 6 mois. L’Allemagne pourrait cependant suivre l’exemple du CNE-CPE en portant à deux ans la période d’essai pour tous les emplois, quel que soit l’âge du salarié. Une mesure qui rencontre l’hostilité des syndicats : le patron de la confédération DGB a menacé de lancer un mouvement de protestation si le gouvernement Merkel n’abandonne pas « ce projet insensé qui touche la protection contre le licenciement ». Le fait que l’Allemagne puisse imiter, à quelques mois près, la France, justifie la crainte du secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks, pour qui une mesure comme le CPE « installe durablement l’Europe sur le terrain du dumping social ». La CES soutient la demande des syndicats français de retirer du CPE.

« Flexisécurité » danoise

Le modèle danois auquel Dominique de Villepin et d’autres responsables politiques font référence pour lutter contre le chômage, cherche à combiner une approche très anglo-saxonne avec les traditions d’un État providence développé propres aux pays nordiques. « C’est du côté du montant des allocations garanties aux demandeurs d’emploi que le système est sans doute le plus intéressant », souligne Peter Kay Mortensen, dirigeant du syndicat LO du grand Copenhague. Les chômeurs ont droit théoriquement pendant quatre ans à une indemnité qui représente 90 % de leur ancienne rémunération brute. Cette formule concerne toutefois surtout les bas revenus puisqu’elle est plafonnée à 14.000 couronnes (environ 2 000 euros) par mois, le taux d’indemnisation chutant à 45 % ou 50 % pour les salaires plus élevés. « L’autre aspect intéressant,,précise Peter Kay Mortensen,, est le niveau élevé des prestations en termes de formations destinées à faciliter un retour à l’emploi, ce qui permet d’ouvrir des perspectives d’évolution de carrière tout en assurant une sécurité aux salariés ».

Cependant, cette particularité fonctionne de façon imparfaite. Les salariés danois n’ont pu qu’en partie préserver la protection élevée contre le chômage incluse initialement dans leur État providence. Cet acquis a été sapé récemment par les réformes du marché du travail d’inspirations très libérales, C’est l’autre volet de la « flexisécurité » à la danoise dont le financement exclusif par l’État et les assurances chômage des salariés, permet aux entreprises d’échapper totalement à leurs responsabilités sociales. La « flexisécurité » les autorise également à licencier plus facilement et à peser indirectement sur leurs dépenses salariales puisqu’elle inclut une clause obligeant les chômeurs à « accepter toute offre convenable » d’emploi sous peine de perdre leurs droits.

De cette façon, si le niveau du chômage officiel est effectivement relativement bas (5,9 % de la population active), il ne prend pas en compte ces dizaines de milliers de personnes qui pour des raisons diverses ont été poussées hors du circuit. D’où l’émergence d’un phénomène d’exclusion sociale jusque-là inconnu dans le royaume. Et il faut ajouter à ces exclus quelque 180.000 autres salariés, répertoriés comme « inadaptables» et donc écartés de toute offre d’emploi parce que considérés comme trop vieux par les entreprises. Ceux-là sont rejetés vers des préretraites dont le montant est le plus souvent très inférieur à leurs anciens revenus, ce qui constitue pour eux une terrible déclassification sociale. « Si on comptabilisait ces préretraités le taux de chômage atteindrait près de 14 % de la population active », explique-t-on chez LO.

En Suède aussi
  
A l'heure où la révolte contre le contrat première embauche (CPE) fait rage en France, le parlement suédois débat d'une proposition similaire, avancée par la dirigeante du Parti du centre, Maud Olofsson, rapportait récemment le quotidien Aftonbladet.

« En prenant exemple sur la France, Mme Olofsson veut en réalité abolir la sécurité de l'emploi », expliquait le journal social-démocrate, avant de souligner : « En France, les manifestations n'ont pas uniquement lieu au nom de principes, mais au nom d'une injustice quotidienne. En France comme en Suède, un contrat d'embauche est la clé d'accès à des besoins vitaux tels que pouvoir louer un logement ou faire un prêt bancaire pour en acheter un. »

Le journal du soir s’est insurgé contre ce projet présenté comme un « accord pour les jeunes » et qui se moque de « la situation précaire qui touche surtout les moins de 25 ans, et plus particulièrement les femmes. La sécurité de l'emploi, cette plate-forme pour le bien-être dans la vie, est devenue un objet rare, voire un luxe. » .

Mobilisation en Grande-Bretagne

Les syndicats britanniques, avec à leur tête le plus grand d'entre eux, Unison, ont organisé en 2006 une journée massive de grève nationale pour protester contre le projet de réforme des retraites des employés de l'administration locale. « la plus grande manifestation de colère depuis la grève générale de 1926 », a affirmé The Times.

La réforme législative des retraites qui provoque la colère des syndicats remet en cause le système actuel, dit « des 85 ans », en vertu duquel un employé de l'administration locale peut partir à la retraite à taux plein si l'addition de son âge et de la durée de son service atteint les 85 ans. La réforme vise à mettre fin à ce système en 2013 et à fixer l'âge du départ à la retraite à 65 ans pour tous. Pour le journal conservateur britannique, une telle mesure est nécessaire en raison des 39 milliards d'euros de déficit du plan de retraites en question. Mais les syndicats veulent que cette réforme ne soit appliquée qu'aux nouveaux employés.

 

Maurice Magis

Association culturelle Joseph Jacquemotte

 


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