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  • Dossier: fermeture de la brasserie de l'Union de Jumet

    Chèr(e) Ami(e)

    Chère Lectrice, cher Lecteur,

    Accaparés par un surcroît de travail, nous avons abandonné depuis deux mois l'alimentation régulière de notre blog.

    Rappelons que celui-ci reprend les textes qui paraissent régulièrement dans Nouvelles*, le périodique mensuel de l'asbl Le Progrès.

    Aujourd'hui, nous mettons en ligne un dossier qu'un jeune stagiaire, David, Mercier, avait rédigé lors de le fermeture de la brasserie de l'Union à Jumet ( Charleroi).

    Bonne lecture

    La rédaction

     

    * Vous pouvez obtenir la version "papier" en versant 8 € sur le compte de 068-2013811-21 de l'asbl Le Progrès, rue Jules Destrée à 6020 Dampremy en mentionnant comme référence "Abonnement à Nouvelles".


    Dossier

    Une dernière Cuvée de l’Union

     

    bieres

    Biernaux et Deposson fondent en 1864 une brasserie à Jumet près de Charleroi. Jumet était en effet, à ce moment-là une des villes les plus industrialisées de Wallonie (charbonnages, verreries, carrières de pierres et de sable, métallurgie,…), ce qui en faisait l’endroit idéal pour y implanter une brasserie.

     

    Mais assez rapidement avec la crise de l’industrie minière en 1886 et la mort de Deposson, la famille Biernaux n’a plus d’autre choix pour sauver son entreprise que de faire appel à des capitaux étrangers. C’est ainsi que la brasserie Biernaux-Deposson devient en 1889 la SA Brasserie de Jumet. Mais les actionnaires n’étaient à ce moment-là que les fils de Biernaux et la brasserie restait donc en possession de la famille.

     

    La Brasserie de Jumet ou Brasserie de l’Union va grandir et rester aux mains des Biernaux jusqu’en 1945. Ce succès était en grande partie dû à l’arrivée de l’ingénieur Duquesnoy engagé en 1927 lequel lui insuffle son énergie et ses idées. Il est à l'origine de la « Cuvée de l’Ermitage » qui ne verra pourtant le jour que des années plus tard. Ce fut une période de prospérité pour l’entreprise qui monta même jusqu’à la troisième place des meilleures brasseries de la province du Hainaut alors qu’en ce temps-là, la concurrence ne manquait pas. En 1900, la Belgique compte 2576 brasseries sur l’étendue de son territoire.

     

    Pendant la seconde guerre mondiale, les ventes diminuèrent considérablement. Malgré cela, en 1946 d’importants travaux furent entrepris et la très appréciée « Cuvée de l’Ermitage » fut enfin lancée en 1953.

    Avec le début de la crise financière, la brasserie doit sacrifier son indépendance en 1978 en vendant une grande part de ses actions à la SA Brasserie Maes, brasserie d’envergure nationale. Suite à ce rachat, deux des Grimbergen (la double et la triple) furent produites à Jumet alors qu’elles l’étaient auparavant à Waarloos, dans les environs d'Anvers. Et on entama alors pour 95 millions de travaux.

     

    brasserie-de-jumet

     

    Avec le temps, la production de la Brasserie de l’Union s’est étoffée. Elle est même devenue une des principales brasseries belges de bières à haute fermentation.

     

    Lors de l'annonce de sa fermeture, elle préparait trois sortes de Ciney (brune/blonde/spéciale), quatre sortes de Grimbergen (blonde/double, triple et optimo bruno), la Judas, la Cuvée de l’Ermitage, la Watney Scotch et la Hapkin.

     

    Finalement, dernière page de son histoire riche, la brasserie devrait fermer définitivement ses portes en mars. Avec elle, c’est une page entière de l’histoire de la ville de Jumet et des ses habitants qui se ferme.

     

    Mercier David


    Je t’achète,  je te jette

    alkenmaes

     

    La brasserie de Jumet va fermer ses portes dans le courant du courant du mois de mars. Cette décision a été prise par le groupe brassicole belge Alken-Maes qui possède le site. Cela va entraîner le licenciement de 19 personnes et la fermeture d’une entreprise importante dans la région.

     

    Cette fermeture met fin à une longue histoire de la bière à Jumet. « Encore une entreprise de la région qui disparaît ! Bientôt, on n’aura plus rien dans les environs », se plaint un habitant du quartier. La brasserie est spécialisée dans la production de bières à haute fermentation (Grimbergen, Ciney,…) et celles-ci vont maintenant être brassées à Alken.

     

    Le groupe Alken-Maes explique ces licenciements et cette fermeture par une surcapacité de production. En effet, la brasserie de Jumet ou Brasserie de l’Union est à 73% de son rendement maximum soit 200.000 hl. De plus, la mise en bouteille se fait sur le site d’Alken, augmentent ainsi le coût global de production.

     

    Mais cela n’est qu’une fausse excuse. En effet, la brasserie d’Alken est elle aussi en surcapacité avec 70% de son rendement maximum et 1.200.000/hl. Le transfert des activités ne ferai passer  les 70% actuels qu’à 83%. Pour être parfaitement rentable, une brasserie doit marcher à 90% au moins de sa capacité. Les arguments cachent donc d’autres raisons. Son concurrent direct d’ailleurs, le groupe Inbev, conserve lui ses brasseries même en surcapacité pour empêcher l’implantation d’éventuels concurrents.

     

    Mais alors quelles sont ces raisons ? Clairement la recherche d’un profit plus important. Pourquoi si la surcapacité est le nœud du problème avoir alors supprimé le contrat de fabrication de la pils Cara en canette alors que celle-ci produisait une marge bénéficiaire ? Une marge bénéficiaire mince est mieux que pas de bénéfice du tout.

     

    Malheureusement, cette course aux bénéfices va à l’encontre d’un marché belge de la bière diversifié. La concentration des activités nuit toutefois à cette diversité et cette affaire n’améliorera pas la situation. Mis à part la Grimbergen qui marche particulièrement bien, on se demande quel est l’avenir des autres bières produites à Jumet. Alken étant tellement important, la question est de savoir combien de temps, il continuera à brasser les autres, Cuvée de l’Ermitage, Ciney,…qui se vendent beaucoup moins.

     

    De plus, ce genre de centralisation fait perdre le côté régional de certaines bières. En effet, Alken-Maes faisant partie d’un groupe européen très important (Scottish & Newcastle) a des liens avec des brasseries d’autres pays. Cette alliance amène par exemple la production de la Grimbergen dans chaque pays, la Grimbergen bue en France est ainsi fabriquée en France. Une vraie aberration quand on pense que Jumet est plus proche du nord de la France que la brasserie française qui produit la Grimbergen.

     

    La solution de la surcapacité ne serait-elle pas d’exporter nos bières belges plutôt que de les faire produire à l’étranger, la France faisant de même ?

     

    En ce qui concerne la reprise du site par un autre entrepreneur, la situation est mal embarquée. En effet, Alken-Maes ne veut pas de repreneur concurrent. Cela limite les possibilités vu qu’il est impossible qu’un brasseur artisanal puisse acquérir et utiliser les installations. Cela s’ajoute au fait que la mise en bouteille est impossible sur le site comme d’ailleurs la possibilité d’extension de ses locaux.

     

    Finalement, on peut aussi déplorer le licenciement des 19 employés dont 4 seront mis en pré-pension. Quand donc le capital financier arrêtera-t-il de sacrifier emplois et terroir afin de remplir toujours plus les poches des actionnaires?

     

    Merci à Gerald Scheepmans de la CSC pour les informations qu’il nous a fournies.

     

    Mercier David


    Voyage à l’intérieur d’un groupe.

    maesLe groupe Alken-Maes est né de la fusion de 2 brasseries : la brasserie de Monsieur Maes à Waarloos et la brasserie de Alken dans le Limbourg. Deux brasseries qui au contraire des autres vont prospérer après la guerre grâce à des techniques inventives de brassage.

    En 1969, Maes est rachetée par la firme anglaise : Watneys. Et c’est elle qui en 1978 se porte acquéreuse de la brasserie de Jumet spécialisée dans les bières à fermentation haute. Ce fait va développer sa production. Elle possède à partir de là un éventail de produits plus variés et elle continuera de l’élargir au fur et à mesure de son évolution.

     

    En 1988, les 2 brasseries flamandes de Alken et Waarloos fusionnent.

     

    Malgré ces fusions, la gamme des produits du groupe est encore trop peu variée pour la taille qu’a pris la société. C’est pour cela que le groupe étend sa production aux bières à fermentation spontanée en prenant une participation dans la brasserie De Keersmaeker, brasserie produisant entre autre les « Mort-Subite ». La fermentation spontanée est un système basé sur la fermentation naturelle de la bière qui se crée grâce aux ferments présents en suspension naturellement dans l’atmosphère. Cette méthode est surtout pratiquée dans la région de Bruxelles pour les krieks, les gueuzes et les lambics.

     

    Mais le groupe comble un vide dans sa production, celui de la blanche. C’est pour cela qu'Alken-Maes achète la bière Brugs brassée en Flandre occidentale et la Ciney.

     

    mcewans11aAvec une production aussi importante et variée, le groupe est maintenant un des leaders du marché en Belgique et aux Pays-Bas mais aussi sur le marché international. Cela en fait un groupe très attrayant qui se fait acheter en 2000 par le brasseur anglais Scottish & Newcastle.

     

    Alken-Maes veille à progresser en permanence pour garder son rôle de challenger. En effet, sur le marché belge de la bière, il est en deuxième position derrière un leader fort incontesté, Inbev, producteur entre autre de la très connue Jupiler. Pour remplir cet objectif, Alken-Maes va encore acheter la brasserie Louwaege de Kortemark qui produit la bière blonde forte Hapkin.

     

    Les  différentes activités d'Alken-Maes :

     

    Le groupe Alken-Maes diversifie aussi ces activités dans :

     

    -la brasserie : une trentaine de variétés et près de 2.000.000/hl de bière par an.

     

    -le domaine bancaire : Alken-Maes propose des services bancaires avantageux à ses clients de l’Horeca en échange de leur fidélité et d’une bonne gestion commerciale (la version moderne de l’otage consentant, ndlr).

     

    -immobilier : la brasserie loue des immeubles aux exploitants de l’Horeca et leur prodigue également des conseils d’exploitation.

     

    Les différents sites du groupe Alken-Maes :

     

    Waarloos : centre administratif de Alken-Maes

     

    Alken : production de la Maes et de la Cristal (bières de basse fermentation)

     

    Kobbegem : production de la Mort Subite

     

    Jumet : production des bières à haute fermentation (ce site va fermer dans le courant du courant du mois de mars)

    Mercier David


    Un géant de la bière: le groupe Scottish & Newcastle :

     

    scottish et newcastle

     Le groupe Scottish & Newcastle est le groupe brassicole à qui appartient le groupe Alken-Maes depuis l’année 2000. Il est le leader du marché anglais mais aussi du marché russe et français.

     

    Il emploie dans le monde entier 16 000 personnes. Cela lui permet d'être en position forte dans 14 pays et d'exporter ses produits dans 60 pays différents. C'est un des quatre plus importants groupes brassicoles d'Europe et le n°7 du marché mondial qui réalise un chiffre d'affaires de 7,3 milliards d'euros.

     

    -n°1 en Grande-Bretagne avec 28 % du marché

    -n°1 en Finlande avec Hartwall et 42 % du marché

    -n°1 en Inde avec 50 % du marché

    -n°2 en Belgique avec Alken-Maes et 15 % du marché

    -n°2 en Grèce avec la Mythos

     

    Scottish & Newcastle possède un large éventail de marques dont les plus connues sont la Baltika, la Kronenbourg 1664, la Foster’s, la Mythos, la Strongbow, la John Smith’s,… et les bières d’Alken-Maes.

     

    Qu'est-ce qu'un joint venture ?

     

    On parle de joint venture quand une société est détenue par au moins 2 actionnaires. Le but est de mettre leurs moyens en commun mais certains actionnaires particulièrement malins dirigent ainsi l’entreprise avec une part restreinte des actions mais néanmoins la plus grande.

     

    personnel-occupé

    Scottish   &

     Newcastle

     

     

    Grande-Bretagne

     

                   France

     

    Scottish Courage:

                          brasserie de Kronenbourg

     

    Caledonian brewery

     

     

    John Smith's Brewery

     

     

    McCowans Brewhouse

     

     

    T & R Theakstone

     

     

    Tyne Brewery

     

     

    Dunston Brewery

     

     

     

    Grande Europe/Etats-Unis

    Asie

     

    Russie:

     

    Baltika beverages holding

     

    Inde:

    joint venture Millenium

     

    joint venture avec Carlsberg

    Chine:

    joint venture Chongqing

     

    Belgique: Alken-maes

     

     

    Finlande: Hartwall

     

     

    Grèce: joint venture Mythos

     

     

    Portugal: Central de Cerveza

     

     

     

    venture markets (Allemagne, Espagne, Suède, Suisse, pays de l'est)

     

     

    Mercier David