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13/04/2007

 De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l'extrême droite - Ecologie et marxisme: une encontre nécessaire mais ... - La Grande-Bretagne s'oppose aux projets de ressusciter... - La mort d'un tyran superlatif - Une visite dans une ardoisière

De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l’extrême droite

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben

vermine-faciste

 

Le cordon sanitaire a été rompu par le PS... israélien. Comme ce fut déjà le cas, il y a quelques années, pour équilibrer et stabiliser son gouvernement d’union nationale, le premier ministre israélien y intègre désormais l’une des pires formations d’extrême droite de l’Etat hébreu.

Dans ce même gouvernement, les travaillistes (les socialistes locaux) siègent. Un problème ? Une preuve encore que les idées d’extrême droite influencent - de plus en plus - les partisans de la démocratie musclée. Y compris dans les rangs socialistes.

La présence des travaillistes dans le gouvernement israélien conduit par Ehoud Olmert (du parti Kadima, droite nationaliste, ex-Likoud) et leur participation à la guerre du Liban ne semblent pas avoir ému outre mesure l’Internationale socialiste. Celle-ci rassemble la majorité des formations politiques d’obédience social-démocrate du monde entier. Le parti travailliste israélien est membre de cette internationale, tout comme les deux partis socialistes belges (le PS d’ Elio Di Rupo et le SP.A de Johan Vande Lanotte). Pourtant, la guerre menée, cet été, par l’Etat hébreu au Liban avait suscité beaucoup d’interrogations et de réactions de la part des organisations de gauche.

Sans éprouver la moindre sympathie pour le Hezbollah, beaucoup se sont en effet questionnés sur l’opportunité et les objectifs réels de cette guerre qui a durement touché, en premier lieu, la population civile libanaise et a eu, pour principale conséquence, de renforcer la popularité du parti nationaliste islamiste et d’affaiblir l’Etat libanais, dans son ensemble.

Aujourd’hui, un nouveau cap est franchi en Israël. Le parti russophone d’extrême droite Israël Beitenou, d’Avigdor Lieberman, rejoint la coalition gouvernementale israélienne. Aux dernières élections, il faut le savoir, ce parti a réalisé une réelle percée, avec l’élection de onze députés à la Knesset (le Parlement national). Israël Beitenou est une formation raciste : elle revendique clairement des mesures ségrégationnistes visant à séparer les Israéliens : d’un côté, les Juifs, de l’autre, les Arabes du pays. Elle propose également d’isoler et d’enclaver plus encore les Palestiniens, ainsi que de redéfinir les frontières d’Israël visant à son élargisement par l’annexion de colonies en Cisjordanie. Israël Beitenou, c’est un peu, au niveau politique, le Hamas israélien !

L’intégration de l’extrême droite dans l’actuel gouvernement d’Ehoud Olmert est symptomatique d’un mouvement plus général. Partout dans le monde, les partis et organisations antidémocratiques bénéficient d’un flux favorable. Parfois même avec la complicité de formations social-démocrates, dont l’histoire politique démontre pourtant leur attachement à l’antifascisme. Chez nous, lors des récentes élections communales, des conseillers communaux d’origine immigrée et d’extrême droite ont été élus sur plusieurs listes de partis dits démocratiques (dont la liste PS menée par la vice-Première ministre Laurette Onkelinx dans la commune bruxelloise de Schaerbeek). En Slovaquie, en juin, un nouveau gouvernement s’est constitué autour du parti de ’’gauche’’ Smer (également membre de l’Internationale socialiste) avec l’appui de deux formations d’extrême droite (le Parti national slovaque, SNS, et le Mouvement pour une Slovaquie démocratique, HZDS). En Bulgarie, le leader ultranationaliste Volen Siderov, ouvertement xénophobe, sera présent au second tour de l’élection présidentielle. En France, dans quelques mois, c’est Jean-Marie Le Pen qui pourrait à nouveau incarner, comme en avril 2002, la surprise du premier tour des présidentielles... Ces quatre exemples européens révélent à nouveau la dangereuse recrudescence de l’extrême droite ainsi que sa banalisation (les deux problématiques étant intimement liées).

A nouveau, il est du devoir de tous les démocrates de réaffirmer - avec force - qu’il n’existe pas d’extrême droite acceptable, que le devoir des formations démocratiques (et a fortiori de celles de gauche) est de conserver un solide cordon sanitaire pour isoler l’extrême droite dans le paysage politique. Qu’il faut aussi – et surtout – refuser que les idées nauséabondes des VB, des FN, des néofascistes des Loups gris turcs ou des intégristes islamiques revendiquant un Ordre nouveau religieux contaminent le monde politique. Un monde aujourd’hui essentiellement aux mains de gestionnaires imperturbables. Des gestionnaires, hélas, de plus en plus enclins – dans le seul but de rester au pouvoir ! - à accepter la transformation des démocraties parlementaires en démocraties musclées. Le réflexe de la forteresse assiégée ne peut conduire qu’aux pires dérives. En Israël comme en Slovaquie, en passant par la Bulgarie, la France et la Belgique... aussi.

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben Respectivement auteur du ’’Guide des RésistanceS à l’extrême droite’’ (éditions Labor) et porte parole du collectif liégeois A Contre Courant (www.acontrecourant.be)

 

Ecologie et marxisme : une rencontre nécessaire mais pas toujours évidente.

par Pierre Eyben

ecologie

 

Marxisme rime malheureusement encore trop pour certains communistes avec productivisme. Or, l’évolution économique de ces dernières années a démontré de façon éclatante que la course au productivisme et à la croissance n’était pas forcément synonyme d’une quelconque amélioration des conditions de vie pour les populations du Sud mais également du Nord. Les indices de mesure du bien-être sont en baisse depuis les années 70 quasi partout sur la planète. Les inégalités s’accroissent et ce sont toujours davantage les plus nantis qui ont accès aux ressources. Les luttes pour le contrôle des ressources s’aiguisent au même rythme que celles-ci sont consommées. Cette impasse productiviste est intimement liée au capitalisme mais elle n’a jusqu’ici pas vraiment (voire pas du tout) été prise en compte dans les tentatives d’alternatives au capitalisme.

L’irruption des mouvements écologistes (essentiellement ces 30 dernières années) se base sur une constatation simple : il convient de prendre en compte un nouveau paramètre : la planète. Il y a eu une prise de conscience du fait que nos choix de vie et de consommation ne sont pas sans conséquence sur notre hôte, la Terre, et sans hôte, plus de vie possible. Avec le réchauffement climatique, la pollution de l’air, l’épuisement des ressources fossiles ou la raréfaction de l’eau potable, c’est donc la question de la survie de l’humanité sur cette planète qui est posée. Mais très souvent, le pas qui consiste à lier la démolition de la biosphère et le système économique dans lequel nous (sur)vivons n’est pas franchi par certains écologistes qui préfèrent tenter d’aplanir les conséquences des ravages capitalistes plutôt que d’arracher le mal à la racine.

Le but de ce texte assez synthétique est de montrer combien marxisme et écologie sont complémentaires et non opposés pour peu que l’un et l’autre prennent la peine de regarder en face leurs insuffisances et erreurs passées pour franchir certains rubicons idéologiques. Si l’on prend la peine d’y regarder sereinement, on se rend compte en effet que ces courants de pensée se réclament tous deux de valeurs qualitatives : la valeur d’usage, la satisfaction des besoins, l’égalité sociale pour l’un, la sauvegarde de la nature, l’équilibre écologique pour l’autre. Tous deux conçoivent l’économie comme "encastrée" dans l’environnement : social pour l’un, naturel pour l’autre.

Marxisme = productivisme ?

Le communisme dit réalisé, de Staline à Mao en passant par bien d’autres avatars supposés d’inspiration marxistes, a quasi toujours rimé avec productivisme. Il est vrai que l’on pouvait difficilement demander à la Russie du début de 19 ème siècle, sortant à peine de la paysannerie d’avoir des préoccupations environnementalistes. Même si une analyse plus fine serait utile, cette logique productiviste a toutefois persisté et est toujours souvent présente dans les expériences actuelles se réclamant du communisme.

Mais ce productivisme est-il intimement lié au modèle économique marxiste de 1848 ? Marx ne pouvait en son siècle présumer des catastrophes majeures que l’hyper-productivisme et l’hyper-consumérisme capitalistes causeraient aujourd’hui |1|. Il a toutefois, au travers de divers textes, exprimé son souci écologique. Dans Le Capital, il s’inquiétait déjà de l’agriculture intensive et écrivait « Dans l’agriculture moderne, de même que dans l’industrie des villes, l’accroissement de la productivité et le rendement supérieur du travail s’achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. » En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement [...]. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur » |2| . Il a aussi et avant tout introduit la distinction essentielle entre valeur d’usage et valeur d’échange, distinction qui est la clé pour comprendre tout le mécanisme de marchandisation de l’économie mais est aussi l’essence même de la vraie valeur des objets/marchandises pour un communiste, à savoir leur usage |3|. Ce concept qualitatif est sans doute un des fondements essentiels de toute vision écologique. Les sociétés humaines ont d’abord échangé et fixé la valeur des objets en fonction de l’usage. Aujourd’hui, les publicitaires tentent de nous imposer artificiellement le besoin pour un produit mais leur objectif comme celui des entreprises pour lesquelles ils œuvrent est bien le profit au travers de la plus-value qu’ils peuvent réaliser par la vente de celui-ci et/ou de la quantité vendue.

Certains aspects ont été peu developpés par Marx comme le fait que par sa dynamique expansionniste, le capital met en danger ou détruit les propres conditions de sa survie, à commencer par l’environnement naturel - une possibilité que Marx n’avait pas pris suffisamment prise en considération |4|.

Ecologie = capitalisme ?

Partout en Europe, la plupart des mouvements écologistes ont fait le deuil de toute remise en question fondamentale du système capitaliste et des bases de l’économie de marché, ils font le pari de la possible « canalisation » du capitalisme. Acceptant le déficit de contrôle démocratique de l’activité économique, ils basent également leur action sur une modification des habitudes de la consommation individuelle. Pourtant, au-delà de l’écologie « institutionnalisée » qui a renoncé à toute modification en profondeur de la société, de nombreux mouvements écologistes plus radicaux fleurissent encore. Conscients de l’incompatibilité entre une préservation à long terme de la planète dont nous sommes les hôtes et la recherche à court terme de profit dans une société capitaliste de plus en plus libéralisée (c.-à-d., soyons clairs, non démocratiquement contrôlée), des groupes alter-écologistes se développent. Le mouvement dit « de la décroissance » qui se base sur une affirmation d’une éclatante limpidité « le système de croissance éternelle dans lequel nous vivons est incompatible avec la planète finie sur laquelle nous vivons » mais est encore assez hétéroclite quant à sa traduction politique a jeté un pavé dans la mare qui ne finit pas de créer réactions épidermiques ou prises de conscience dans tout le mouvement altermondialiste. Une société qui refuse le progrès scientifique aurait-elle plus de sens que la nôtre qui l’intègre (ou plutôt laisse au secteur privé la liberté de le faire) sans prendre le temps de l’assimiler et/ou d’en mesurer les conséquences (OGM contrôlés par Monsanto,…) ? Une société qui remplace les multinationales gérées en bourses par des PME locales gérées de façon aussi inégalitaire par des petits patrons serait-elle un progrès ? Le repli complet sur une économie locale ne serait-il pas sur certains aspects un choix anti-écologique car moins effectif ? L’interprétation dogmatique faite par certains de la « décroissance soutenable » apporte parfois de mauvaises réponses |5| (entre autre en niant certains apports essentiels dus au courant marxiste) mais le concept de décroissance pose de bonnes questions et ouvre souvent des pistes utiles.

Les écologistes se trompent s’ils pensent pouvoir faire l’économie de la critique marxienne du capitalisme : une écologie qui ne se rend pas compte du rapport entre "productivisme capitaliste" |6| et "logique du profit" est vouée à l’échec - ou pire, à la récupération par le système.

Un point de rencontre

Le mode de production et de consommation actuel des pays capitalistes avancés, fondé sur une logique d’accumulation illimitée (du capital, des profits, des marchandises), de gaspillage des ressources, de consommation ostentatoire, et de destruction accélérée de l’environnement, n’est pas viable à moyen terme. Il peut encore moins être étendu à l’ensemble de la planète, sous peine de crise écologique majeure, et est donc intimement lié au maintien (et dans les faits au renforcement) des inégalités. Selon des calculs récents, si l’on généralisait à l’ensemble de la population mondiale la consommation moyenne d’énergie des USA, les réserves connues de pétrole seraient épuisées en dix neuf jours |7|.

Une économie démocratiquement planifiée avec décentralisation (partout où cela est possible et utile) est la voie à suivre. Il n’existe pas au sein de la société capitaliste d’alternative écologique conséquente |8| . La planification permet de produire en fonction de besoins réels et des ressources disponibles et non en supposant que par un miracle que seul les économistes peuvent comprendre (et encore, pas tous) la loi de l’offre et de la demande suffiront à réguler correctement la production. La décentralisation permet de coller aux réalités locales. Les systèmes centralisés rigides outre la mort de toute démocratie réelle, ont souvent conduit à des erreurs catastrophiques (surproductions ou pénuries graves). Les limites de la décentralisation sont uniquement la nécessaire solidarité entre tous et la nécessité de gérer certains aspects à plus grande échelle (comme par exemple les transports en commun). La question de la propriété des ressources épuisables (minerais, fossiles,…) et des éléments essentiels à la vie (eau, air,…) demeure essentielle, tout comme celle de la propriété des moyens de production. Que ce soient une collectivisation au niveau local, national ou mondial, cette question de la propriété des ressources mondiales et des moyens de production est primordiale car elle est la base même de l’exploitation du Sud par le Nord comme des plus précaires au sein de tous les pays de la planète. La question de l’Etat est également centrale. L’Etat aujourd’hui abandonne ses fonctions de redistribution et augmente celles de répression alors même que cet Etat répressif devrait selon Marx et Engels disparaître.

L’avenir est donc à ce que James O’Connor définit comme l’éco-socialisme, à savoir les théories et les mouvements qui aspirent à subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l’environnement. Leur but, un socialisme écologique, serait une société écologiquement rationnelle fondée sur le contrôle démocratique, l’égalité sociale, et la prédominance de la valeur d’usage |9| . En somme, il s’agit de réimbriquer l’économique dans l’écologique, et l’écologique dans le social, c’est-à-dire dans les conflits entre classes.

|1| Le système capitaliste actuel ne (sur)vit qu’au travers d’une croissance aussi artificielle que ravageuse. Les ressources non renouvelables (charbon, pétrole, gaz, minerais) sont consommées à une vitesse toujours plus grande et la pénurie n’est plus un lointain spectre mais le lot direct des générations qui nous suivront

|2| K. Marx, Le Capital, livre premier, T. II, éd. sociales, Paris, 1973, p. 181-82.

|3| K. Marx, Le Capital, livre troisième, T. III, éd. sociales, Paris, 1974, p. 199.

|4| J. O’Connor, "La seconde contradiction du capitalisme : causes et conséquences", Actuel Marx n° 12. "L’écologie, ce matérialisme historique", Paris, 1992, pp. 30, 36

|5| M. Nejszaten, " La décroissance simpliste",

|6| Qu’il soit marxiste ou pas, le mouvement ouvrier traditionnel en Europe - syndicats, partis sociaux-démocrates et communistes - reste encore profondément marqué par l’idéologie du "progrès" et par le productivisme, allant même, dans certains cas, à défendre, sans se poser trop de questions, l’énergie nucléaire ou l’industrie automobile

|7| M.Mies, "Liberacion del consumo o politizacion de la vida cotidiana", Mentras Tanto, n° 48, Barcelone, 1992, p. 73.

|8| La micro-rationalité des actionnaires, le profit à court terme qui l’oriente, est incompatible avec la macro-rationalité écologique, le principe de précaution, la préservation des écosystèmes, le souci des générations futures.

|9| J. O’Connor, Natural Causes. Essays in Ecological Marxism, New York, The Guilford Press, 1998, pp. 278, 331.

 

La Grande--Bretagne s'oppose aux projets de ressusciter la constitution UE .

non-UE

 

Londres voudrait que le projet de constitution soit abandonné ou réduit à une version beaucoup plus mince qui ne comprendrait que des changements techniques sur le mode de vote pour adapter les institutions européennes après l'élargissement à 27 membres, selon un responsable gouvernemental non identifié cité par le journal, le Times.

"L'Europe n'est pas hors service. Des décisions sont prises chaque mois, des lois sont passées, nous venons juste d'assister à l'annonce d'un projet extrêmement ambitieux sur le changement climatique, alors on ne peut pas dire que le futur de l'Europe soit suspendu à une nouvelle période de réforme institutionnelle", a déclaré cette personne.
Le gouvernement britannique est d'autant plus désireux d'enterrer la constitution qu'il est réticent à tenir la promesse de Tony Blair faite en 2004 de procéder à un référendum sur le projet de constitution en Grande-Bretagne, souligne le Times. Le Premier ministre britannique a estimé jeudi soir que la présidence allemande allait mener à "des discussions difficiles à propos des réformes économiques et de la constitution".
Il y a peu, la chancelière allemande Angela Merkel, qui préside l'UE, a averti du risque d'un "échec historique" si les 27 n'arrivent pas à sortir de leur impasse institutionnelle d'ici 2009. Elle qui souhaite ainsi la

tenue d’un nouveau référendum va désormais pouvoir compter sur d’éventuels partenaires sociaux libéraux français. En effet, la candidate du PS français, Ségolène Royal qui a pourtant déclaré vouloir présenter un programme réellement socialiste n’hésite pas à prendre à rebrousse-poil ses éventuels électeurs qui se sont prononcés très majoritairement contre la constitution lors du référendum du 29 mai 2005. Le camouflet donné à l’ensemble de la classe politique française n’a pas suffi. Elle est revancharde. Bêtise ? Aveuglement ? Mais quel électoral la candidate dite de « gauche » veut-elle séduire ?

La mort d'un tyran superlatif

pinochet

 

Les forces progressistes du monde entier se sont fait écho d’un sentiment de soulagement suite à la mort de Pinochet. Toutefois, l’action judiciaire  à son encontre par des multiples procès  concernant les violations systématiques des droits  de l’homme est éteinte. Sans procès et la terreur qu’il a fait peser sur le Chili, entre 1973 et 1990, laisse un goût amer dans le chef de ses principales victimes ainsi que dans la conscience des hommes et des femmes épris de justice de par le monde. En outre, il s’en tire à bon compte des nombreuses accusations de fraude à l’Etat chilien dans une saga sans précédent d’enrichissement personnel et familial.

Des responsabilités politiques sont à signaler, dont celles des gouvernements et  des secteurs politiques de la transition au Chili, faisant preuve d’une faible volonté politique pour aller de l’avant dans ces procès s que les tribunaux ont fait traîner. Une clameur s’impose : non à l’oubli et poursuite des procès des responsables des crimes de cette dictature.

 

JUSQU'A  SA MORT, IL A ETE HARCELE :

 

Chercheur au Centre d’études des relations  entre l’UE et l’Amérique latine de l’ULB, Marcelo Ossandon a également été membre du cabinet Allende.

 

A L’HEURE D’EVOQUER PINOCHET, ON PEUT DIRE QUE, DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF, PINOCHET EST, POUR PARLER COMME ROLAND BARTHES- UN « TYRAN SUPERLATIF ».

 

Oui. Et il y a  plusieurs raisons. La première tient tout de même à la dictature qu’il a mis en place : brutale, très violente dès le début , symboliquement , avec le bombardement du Palais présidentiel de la Moneda et la mort d’Allende, poussé au suicide pour ne pas tomber aux mains des assaillants. Et puis, ont suivi les méthodes de répression, les tortures, les disparitions, mises en place , de manière concertée, au Chili, en Argentine, au Brésil et en Uruguay, il faut le rappeler !

La deuxième raison, c’est qu’il s’agissait d’un dictateur qui a renversé un président socialiste légalement installé et qui proposait une voie de changement de la société chilienne assez inédite, puisqu’il parlait d’une voie socialiste dans la légalité.

Un autre élément, c’est qu’Allende lui-même , en ayant confiance dans les institutions démocratiques du pays, avait nommé Pinochet à la tête de l’armée. Jusqu’à sa mort , s’il fut commandant en chef de l’armée chilienne, c’est tout simplement parce qu’il a été nommé par le président lui-même.  Il y a aussi le fait qu’à la différence de l’Argentine, le Chili connaissait une tradition démocratique.. Enfin, on pourrait ajouter un dernier élément. Le Chili a connu un exil massif d’opposants à l’étranger (en commençant par la femme d’Allende) qui, dès les premiers moments, ont suscité un vaste mouvement de sympathie, une solidarité internationale , envers le processus qui avait été déchu et contre la dictature. Ce qui n’a pas été le cas des Argentins par exemple, qui étaient moins bien structurés sur le plan politique. Il existait au Chili, des partis de gauche, dont les militants, malgré la répression, avaient une capacité d’organisation et de contestation.

 

PINOCHET NE SERA JAMAIS JUGE..

 

Certes. Mais, si vous ouvrez la presse aujourd’hui, à l’occasion de son décès, vous ne trouverez pratiquement aucun journal qui parlera du « président  Pinochet » : tout le monde parle du « dictateur ». C’est le jugement de l’Histoire de Pinochet.

 

CERTES.. MAIS IL A BEL ET BIEN REUSSI A SE RIRE DU POUVOIR JUDICIAIRE, CHILIEN ET INTERNATIONAL.  ET IL EST MORT SANS DEVOIR RENDRE DE COMPTES :

 

Tout à fait. Au début du processus de démocratisation, cela s’expliquait par une certaine complaisance du pouvoir judiciaire au Chili., qui était un des derniers bastions du régime Pinochet, avec une tradition assez droitière et même réactionnaire. Celle-ci a changé avec l’arrestation de Pinochet à Londres. Elle a suscité tout un mouvement au Chili, et au premier chef dans une partie de la population elle-même, qui a vécu longtemps sous l’ignorance de beaucoup de choses. La dictature avait en effet mis une chape de plomb sur l’opinion publique, malgré les faits de résistance et de solidarité internationale que j’ai signalés. La chance historique de voir Pinochet jugé a été perdue quand l’Angleterre l’a relâché et qu’il est rentré au Chili.  Au-delà de son cas, un jugement officiel des actes de Pinochet aurait fait avancer la cause de la justice internationale. Cela dit, après cela, dans son pays, on a assisté à toute une série d’actions visant à le traduire en justice. Jusqu’à sa mort, on peut dire qu’il a été harcelé - même s’il n’a jamais été  condamné. La justice  démocratique est lente et contradictoire, puisqu’à chaque reprise, la perspective d’une arrestation a fait l’objet de débats politiques.

Marcelo Ossandon, propos recueillis par Willian Bourton. Le Soir 


Une visite dans une ardoisière ardennaise

Ardoisiere

 

Nous tenons à vous raconter notre parcours au pays de l’ardoise, entre Bertrix et Herbeumont. Ce parcours, nous l’avons fait en pensant à toi aussi, Robert, à la camaraderie qui nous unit tous les trois. Car l’histoire que je vais raconter te concerne aussi, car elle fait partie de ton patrimoine.

Après notre passage au Bois du Casier, rappel des conditions de vie des mineurs, nous avons voulu visiter une ardoisière qui fait peut-être aussi, dans une moindre mesure, partie du patrimoine ardennais.

Nous sommes descendus au fond d’une mine, munis d’un casque, par mesure de sécurité, à plus de 35 mètres de profondeur, sur des escaliers en fer. Nous sommes passés par les galeries principales d’exploitation où des ouvriers, comme dans les mines de chez nous, faisaient exploser des pierres schisteuses d’un poids étonnant. Un gros nuage de poussière s’en dégageait lors de la mise à feu de la charge explosive. D’autres ouvriers conduisaient les blocs d’ardoise pour la remontée. Le métier le plus pénible était celui du remonteur de plaques : j’ai pu discuter avec Louis, l’un des derniers remonteurs, qui sert de guide actuellement : il remontait des plaques de 150 kg sur le dos protégé par une épaisseur de paille et d’une toile de jute. La remontée s’effectuait sur de vulgaires échelles de pin, échelon par échelon, du fond à la surface sur une distance de 5 mètres, et, cela, 8 heures par jour. L’éclairage était faible, c’était quasi l’obscurité.

 

 

Il n’y avait pas de grisous et peu d’accidents mortels, mais des vertèbres brisées des dos cassés, des membres douloureux. Et beaucoup de mineurs étaient atteints de l’équivalent de la silicose, mais n’ont pas obtenu d’indemnités maladie professionnelle pour autant.

Les remonteurs d’ardoise faisaient parfois des paris sur leur force : c’est ainsi que l’un d’eux a parié un jour qu’il remonterait une plaque de 250 kg en fin de journée. Ce qui lui a coûté la vie, car une des veines de son cou éclata sous l’effet de l’effort décuplé.

Le site que nous avons visité a fermé le 01-09-1990, à cause de la concurrence de l’ardoise espagnole, qui est, certes, de moins bonne qualité, mais plus facilement exploitable.

Contrairement à nos terrils, les galeries sont remplies de pierres de schiste pour soutenir la pression sur les côtés.

A côté du site, il y a un petit bâtiment de bois qui sert de bar pour déguster une petite restauration, pour faire rentrer un peu d’argent. Il n’y a pas de parking, faute de moyens financiers, et les voitures se garent dans la boue.

La visite du site est aussi risquée, faute d’aménagements … Tous les 20 mètres, il y a un bouton d’alarme en cas d’accident lors de la remontée vers la surface.

Louis nous a parlé de son projet : permettre aux touristes de tailler eux-mêmes, avant de quitter le site, un morceau d’ardoise d’Ardennes.

Pour sauvegarder le patrimoine, Louis est actionnaire avec d’autres ouvriers mineurs mais il m’a avoué avoir sollicité les politiques pour les soutenir financièrement … sans résultat.

Il craint, que faute de moyens financiers, le site ne soit fermé , alors que son désir le plus cher est que les jeunes générations n’oublient pas les 1.200 ouvriers qui y ont travaillé, leurs conditions de travail, leurs efforts, leur courage .

Anne-Marie et moi lui avons souhaité bonne réussite dans ses projets, mais nous sommes partis tristes et inquiets, mais heureux aussi.

Le lendemain, nous avons visité le fourneau Saint-Michel, où on extrait le fer.

Anne-Marie Devresse et Simon Mortelette

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Commentaires

En fin ! un blog intelligent !

Écrit par : Candide | 14/04/2007

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