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 Nous continuons la publication du reportage paru dans le JDM sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l'Eglise catholique.

SOCIETE

 

Nous continuons la publication du reportage paru dans le Journal du Mardi sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l’Eglise catholique

 

Pologne : Le bréviaire de la haine

par Krzysztof Zakrzewski

 

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Les ennemis sont clairement définis : ce sont le Juif, l’homosexuel, le maçon, l’étranger, le communiste, l’Européen, le libéral . Sans oublier le militant pro-IVG. Ils n’ont qu’un but : détruire la frêle Pologne et l’Eglise catholique.

Qui porte ces accusations venimeuses, racistes et xénophobes ? Radio Maryja, une station intégriste écoutée par près de 6 millions de Polonais. Créée il y a 14 ans par le père rédemptoriste Tadeusz Rydzyk, le prédicateur à la parole ardente, la « voix catholique dans ta maison » distille la haine à longueur d’ondes.

Exemple : « Depuis que l’histoire de l’Holocauste est inscrite au programme scolaire, tout le monde croit qu'Auschwitz était un camp d'extermination, et non un camp de travail normal ». Le pire, c'est que la grande majorité des auditeurs, originaires des zones rurales (60 ans de moyenne d'âge), prennent pour parole d'Evangile ce réquisitoire antisémite. Ils ne sont pas les seuls … Les partis politiques de droite et de la droite extrême ne jurent que par Radio Maryja où leurs dirigeants sont souvent invités. C'est en partie grâce à son soutien que le parti conservateur et ultra catholique Droit et Justice (PIS) des frères jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski a remporté les trois consultations électorales – législatives, sénatoriales et présidentielle – devançant, à chaque fois la Plate-forme citoyenne (PO), formation libérale, de droite également . Immédiatement après ce triple succès, les vainqueurs sont allés en pèlerinage au siège de Radio Maryja, à Torun (nord de la Pologne), pour remercier le père Rydzyk, lequel leur a rendu la politesse en les retrouvant au Parlement. Il en a profité pour bénir les députés, et s’assurer du soutien politique à son entreprise. Grâce à d’énormes collectes de fonds qui échappent totalement à l’Eglise polonaise, le prêtre, toujours muni de deux portables enfouis dans les poches de sa soutane, est parvenu à construire une véritable PME, dont le chiffre d’affaires ne cesse de croître. En plus de quelque 47 stations locales, il contrôle en effet, le journal Nasz Dziennik, qui tire à 250.000 exemplaires, trois fondations, ainsi que l’Ecole supérieure de Culture sociale de Torun. Ses détracteurs prétendent qu’en 2002, il aurait touché 3,4 millions d’euros de revenus. Voilà pour les deniers du culte.

Contre le progrès

 

« Personne dans l’Eglise polonaise, ni dans la vie publique, n’a mieux réussi à remplir le vide laissé par la disparition de Jean-Paul II, que le père Rydzyk … C’est lui qui a pris le rôle de faiseur de roi au cours de ces derniers mois », reconnaît l’hebdomadaire Wptost . Pas moins. « Même si le père Rydzyk ne souffle pas au Premier ministre les noms des personnalités qu’il verrait bien entrer au gouvernement, il fait savoir aux élites ce que pensent ses auditeurs », explique, navré, Slawmir Sierakowski, le rédacteur en chef de la revue Krytyka poliyczna. Et ses discrets rapports sont tout aussi efficaces que s’il attribuait lui-même les portefeuilles. Tout récemment, ces mêmes auditeurs ont fortement protesté contre la nomination de Joanna Kluzik-Rostkowska au secrétariat à la Famille et aux Femmes. Son crime ? Malgré sa profession de foi, elle a osé se prononcer en faveur de l’aide de l’Etat à la fécondation in vitro. Intolérable !

L’autre jour, Lech Walesa, ancien chef de l’Etat, est sorti de ses gonds au cours d’une émission de la chaîne de télévision publique. Ulcéré par les programmes de Radio Maryja, « qui ment à ses auditeurs » et, choqué  d’avoir été accusé sur cette antenne, de figurer parmi les agents des services secrets dans la Pologne communiste, le Prix Nobel de la paix a rétorqué que la radio du père Rydzyk constituait une menace pour la jeune démocratie polonaise. Mais le fulminant prédicateur n’a cure du lamento de Walesa. Il sait bien que l’épiscopat polonais lui est favorable, tout comme l’actuel gouvernement. « Ce n’est pas répréhensible d’être contre le progrès, contre ceux qui veulent renverser l’ordre établi par Dieu », explique Anna, une fidèle auditrice de 65 ans. Début décembre, elle s’est rendue, avec 10.000 fidèles, à Torun pour fêter le 14ème anniversaire de sa station préférée. « Le père Rydzyk, confesse-t-elle, nous a donné la foi, le sentiment que l’on vaut quelque chose ». Anna a promis au père Rydzyk de l’aider à rechristianiser l’Europe entière.

 

Extrait  du Journal du Mardi

 

Afrique : Un continent se meurt,

mais Benoît XVI persiste …

par Patrick Girard

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Mgr Arinze

Au lendemain du décès de Jean-Paul II, plusieurs « papabiles » africains avaient été évoqués : Mgr Arinze, originaire du Nigéria, connu pour sa rigidité doctrinale, tout comme le Béninois Mgr Gantin, autrefois préfet de la Congrégation des évêques . Fort de 126 millions d’âmes, le catholicisme africain n’a guère succombé aux sirènes de la « théologie de la libération », c’est-à-dire l’adaptation des rites catholiques aux traditions africaines. En revanche, les conférences épiscopales africaines ont accepté sans ciller le virage à droite imposé sous le pontificat de Jean-Paul II, notamment concernant la morale sexuelle. Un sujet explosif sur un continent laminé par le sida, et où les interdits papaux ont des conséquences ravageuses. La défense acharnée du célibat des prêtres y décourage, comme ailleurs les vocations, mais, surtout, comment évaluer l'exorbitant coût humain de l'interdiction du préservatif ?

Confronté à la féroce concurrence des Eglises protestantes, en particulier des missions évangélistes financées par les Etats-Unis, le catholicisme africain paraît condamné à une sorte de surenchère conservatrice . Sans parler des effets déplorables de son évidente collusion, au lendemain des indépendances, avec les pouvoirs en place …

Ainsi, au Rwanda, l’archevêque de Kigali était membre de droit du comité central du parti unique, le MRND, et le clergé local ne fut pas le dernier à participer, directement ou non, au génocide de 1994, livrant de gré ou de force, les fidèles tutsis aux militaires hutus . A l’inverse, au Burundi, l’Eglise soutint longtemps le régime minoritaire tutsi. Ce qui explique que ces deux réservoirs humains du catholicisme ont vu bon nombre de leurs fidèles, écoeurés par ces compromissions, se tourner vers les évangélistes protestants. Idem en Côte-d’Ivoire, où le catholicisme fervent de feu Félix Houphouè-Boigny a conduit quelques-uns  de ses opposants, dont Laurent Gbagbo et son épouse, à opter pour la religion réformée. Reste que dans bon nombre de dictatures africaines, l’Eglise catholique fut longtemps le seule force d’opposition, même si les partis d’inspiration démocrate-chrétienne n’ont jamais réussi la moindre percée politique, ne serait-ce qu’à cause de leur allégeance trop visible à certaines ethnies . Le continent noir, lui, continue de souffrir, mais Benoît, visiblement, persiste …

JDM N° 248 – 27/12/2005

 

Belgique : Darwin : « persona non grata »

par Grégoire Pinson

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Il n’y a pas qu’en Caroline du Sud que Darwin fait figure de corrupteur de la jeunesse. En Belgique, Probio, une association de professeurs de biologie, s’inquiète de l’offensive des catholiques ultras, secondés par les sectes protestantes, pour imposer le credo créationniste à leurs élèves. « Deux de mes étudiants ont cessé, sur injonction de leurs parents, témoins de Jéhovah, d’assister à mes cours. Une autre élève, très catholique … m’a expliqué qu’elle refusait catégoriquement d’admettre que le monde n’avait pas été créé en sept jours », raconte Jean-Pierre Oeyen, professeur de biologie au collège Charles-Janssens, à Bruxelles. Ce sont moins, cette fois, les intégristes flamands que leurs homologues wallons, qui sont décidés à chasser les « insanités évolutionnistes » des programmes. Bastions francophones, Namur, Liège et Bruxelles comptent, en effet, nombre d’adeptes de la messe en latin qui suivent les mots d'ordre de l’évêque Léonard, cousin namurois de Mgr Lefebvre.

Créé en 1989, l’association Belgique et Chrétienté se veut à la pointe de la lutte contre le « racisme anti-chrétien et anti-belge ». Elle appelle au boycott des entreprises « qui manquent de respect à la catholicité », et avertit qu’elle rendra coup pour coup. Alain Escada, son fondateur, fustigeait, jadis, dans une feuille d’extrême droite, « la haute finance vagabonde et anonyme », termes codés de la littérature antisémite. Des propos qui n’ont pas empêché le cardinal Joas, ami de Jean-Paul II, de figurer au programme des causeries très orientées de l’aimable confrérie néo-fasciste .

 

Extrait du Journal du Mardi

 

Autriche : La valse des prélats

Par Tanguy Debbaz

 

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Hans Hermann Groer

La scène se passe le 4 novembre dernier, au Vatican. Dans la salle réservée aux visites des prélats, Benoît XVI reçoit une délégation de la conférence des évêques d'Autriche. Le chef de l'Eglise est d'humeur chagrine. Rapidement, le ton monte. Le Pape s’insurge contre « un phénomène significatif et préoccupant de sécularisation » dans la petite république alpine, « fille préférée » de l’Eglise de Rome. Que leur reproche-t-il avec autant de véhémence ? Leur manque d’enthousiasme et de détermination pour enrayer l’exode de leurs ouailles. Les derniers chiffres sont éloquents :

 

50.000 fidèles de moins chaque année, depuis 10 ans. Rude, pour un pays de 8 millions d’habitants, catholiques à 85 % ! Face aux évêques autrichiens abasourdis, le Saint-Père sonne l’heure de la contre-offensive. Deux types de mesures sont préconisées : une « soumission plus claire, plus courageuse et spirituelle à la parole du Christ », et un retour à des actions « missionnaristes », notamment grâce à un catéchisme plus « agressif ».

 

Reluisants secrets

 

Cette explication de texte n’est pas la première adressée à l’Eglise autrichienne. Dans les années 80, Jean-Paul II est, en effet, troublé par la désaffection croissante de la messe dominicale qui résulterait, selon lui, des mesures de Vatican II, et de la  « dilution du message du Pape ». Plus prosaïquement, il s’inquiète de la proximité de vues entre les sociaux-démocrates au pouvoir, et le très populaire archevêque de Vienne, Franz Köning, surnommé « le cardinal rouge ».

Le Saint-Père de Rome exige du changement. En 1986, Köning est remplacé par un obscur moine bénédictin de Basse-Autriche, Hans Hermann Groer. L’année suivante, un certain Kurt Krenn est nommé à la tête du diocèse de Sankt Pötten, fief d’un catholicisme de combat. La reprise en main échouera, car ces deux papistes de choc cachent de peu reluisants secrets. En 1995, Groer est accusé d’avoir abusé de jeunes adolescents d’un pensionnat catholique. En 2004, Krenn, à son tour, est contraint de raccrocher sa crosse pour une sordide affaire de pédophilie. Krenn, plus encore que Groer, incarne le dévoiement d’un clergé autrichien, soutenu par Rome jusque dans ses dérives extrémistes. Célèbre pour ses coups de sang et son penchant pour l’alcool, l’évêque s’est affiché à maintes reprises avec le dirigeant d’extrême droite, Jörg Heider, fustigeant, pêle-mêle, Noirs, Juifs, Arabes et homosexuels .

 

Modérés, vraiment ?

 

Pris de court, le Saint-Père bat le rappel pour se défendre des prétendus «modérés ». Par exemple, le cardinal Christoph Schönborn, grand chouchou des médias, promu « homme de dialogue », même s’il a signé une tribune dans le New York Times fustigeant le darwinisme . Un progressiste, on vous dit …

 

Extrait du Journal du Mardi

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