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  •  Nouvelles n° 109: "Tutti cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité - Une vie de mineur: interview de Richard Henne - Le Parti communiste en deuil - Ecologie: Vers la libération...verte? -

    "Tutti Cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité…

     

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    Tutti cadaveri est un livre, une œuvre, fruit d'innombrables heures de recherches et de travail. Trois personnes sont à la base du projet. Marie-louise de Roeck qui est professeur, Julie Urbain, licencié en histoire et Paul Lootens, secrétaire fédéral à la Centrale Générale de la FGTB.

    L'histoire de la conception du livre à commencé il y a 10 ans (lors du cinquantième anniversaire commémoratif de la catastrophe du Bois du Cazier). Marie-Louise de Roeck avait décidé de créer une pièce de théâtre ayant pour thème la catastrophe minière. Pour perfectionner ses connaissances elle demanda de plus amples informations sur la catastrophe. A sa grande surprise, on lui fournit 20.000 pages de papiers pelures d'époque relatant du Bois du Cazier. L'aventure commence. Les pages regorgent d'informations dont beaucoup en ignoraient l'existence. Afin d'être aidée dans sa tâche, elle fait appel à Julie Urbain étudiante en histoire. Ensemble, elles commencent à décortiquer et à classer les informations. Plus elles avancent dans leurs recherches plus elle se rendent compte que la plupart des textes sont ceux du procès du Bois du Cazier, un aspect de la catastrophe très peu développé.

    Malgré tout, les textes sont très nombreux et traitent de faits techniques. C'est alors que l'aide de Mr Lootens est sollicitée vu ses responsabilités et ses fonctions. Qui mieux que lui aurait pu le faire? Maintenant ils sont trois à mettre leurs sciences en commun et à travailler sur la question du procès et tout ce qui s'y rapporte de près comme de loin.

    Au fur et à mesure que les recherches avancent, plusieurs constats sont effectués : la sécurité catastrophique du site minier qui est due à la recherche de profit maximum par les patrons,  le fait que ce soit la police du charbonnage qui fasse l'enquête sur la catastrophe et que les juges en charge de l'affaire ne se basent que sur le rapport fait "maison", que d'année en année les tonnes de charbon extraites augmentent de façon quasi exponentielles au détriment de la réalisation de nouvelles installations moins dangereuses.

    Ce sont donc toutes les anomalies du procès qui poussent nos trois auteurs à concevoir un livre sur le côté obscur de l'après 8 août 1956.

    Durant l'apéritif rencontre organisé le 26 novembre dernier, une petite vingtaine de personne étaient présentes dans le local courcellois de l'Asbl Progrès et Culture. De très jeunes ou moins jeunes. Mr Paul Lootens retraça le parcours de la création du livre à l'aide d'anecdotes et d'expériences personnelles. Il relata également les conditions de vie des mineurs, les causes de l'accident ainsi que ses conséquences. L'ambiance était en général à l'écoute, par moment à l'indignation mais aussi par moments, à la révolte car toutes les personnes présentes dans la salle avaient perdues un proche ou un ami lors de la tragédie du Bois du Cazier.

    Beth Thomas

     


     

    Une vie de mineur : interview de Richard Henne

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    Né le 31 octobre 1927, Richard Henne est fils de mineur. Il a deux frères et une sœur et toute la famille vit dans un coron. Alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, son père vient à décéder après 27 ans de travail minier. Pour subvenir au manque d'argent causé par le décès, Richard et ses deux frères, partent travailler à la mine eux aussi.Sa carrière débute ainsi le 29 juillet 1942, aux Houyères-Unies situées à Anderlues au puits n° 2 de la société. Il  y travaille jusqu' au 15 avril 1949. Il rencontre alors et marie une fille de Souvret, notre amie Alfréda Her. Pour la circonstance, il arrêtera le travail quatre jours pour le reprendre aux Charbonnages de la Société de Monceau-Fontaine de Souvret. Là, on l'affecte au puits 6 Perrier. Il y travaille jusqu'au du 23 septembre 1950. Il décide alors de quitter l'exploitation de son plein gré, vu les conditions intolérables de travail qui y étaient appliquées.

    Après cela, il se dirige vers la mine de Nay-à-Bois, située à Roux, là où se trouve actuellement la centrale électrique. Il y travaille du 15 novembre 1950 au 9 février 1953. Il fut licencié à cette date comme il n'avait pas  rendu en temps et en heure un justificatif d'arrêt de maladie. Les patrons de l'exploitation, sachant qu'il était syndiqué et militant communiste, sautèrent sur l'occasion pour le mettre à la porte.

     

    Richard est alors revenu au siège n°3 du puits de Monceau-Fontaine du 10 mars 1953 au 7 mars 1954. Malheureusement, les puits ferment au fur et à mesure et notre mineur est transféré à Goutroux, au puits n° 14 du 9 août 1954 jusque fin octobre de la même année.

    1953 est une année d'élections syndicales. Richard Henne fait partie du syndicat unique des mineurs. Il fait sa "petite propagande", comme il l'appelle, afin de faire adhérer les autres mineurs au Syndicat Unique.

    Il organise ainsi un meeting dans les douches de la mine. Huit jours plus tard, il se voit convoqué par le directeur qui lui donne son préavis et le licencie sur le champ sans lui donner le moindre motif car, en effet, à cette époque il n'en fallait pas. Pour couronner le tout, le Syndicat Unique ne put se présenter aux élections.

     

    Ne se laissant nullement abattre par son licenciement et l'échec syndical, Richard Henne reprend du service fin novembre 1954 au Sacré-Français à Dampremy (une société du Mambourg installée à Charleroi) jusqu'au 22 janvier 1955. Cette fois-ci, il quitte la société minière pour  cause d'insalubrité des douches.

    Il se dirige alors vers le puits n°5 de la Société de Mariemont Bascourt du 24 janvier 1955 au 17 janvier 1956. Durant cette période Richard Henne apprend la fermeture prochaine des charbonnages et décide de partir travailler à Liège au St Arthur du 19 janvier 1956 au 5 mars 1960.

    En décembre 1960, commence la grande grève. Durant cette période, et avec le caractère de l'home engagé qui lui est le sien, Richard s'allie aux militants FGTB et CSC devant les grilles du St Arthur pour expliquer à ses compagnons de travail qu'une solidarité entre tous les mineurs est indispensable afin de lutter contre la Loi Unique.

    Là, encore une fois, il est remarqué parmi la centaine de manifestants présents et la direction lui "met un billet à sa médaille" signe qu'il venait encore d'être licencié sans motif.

    Il continue le mouvement de grève malgré tout, se rendant quotidiennement à la Maison du Peuple de Roux où se rassemblaient d'autres mineurs.

    Quant la grève fut finie, il décida de se rendre aux bureaux de chômage de Charleroi en expliquant qu'il ne savait plus où aller travailler. Au guichet, l'employé l'oriente alors vers le Vieux-Campinaire. Il y travaille du 8 mars 1961 jusqu'au 31 août 1963 et comme le métier est harassant et comme son état de santé se dégrade à cause de la silicose, Mr Henne introduit une demande de pension d'invalide. Comme il remplissait toutes les conditions, notre mineur l'obtient et met fin à sa carrière en 1963.

     

    Souvenirs de guerre.

    Pendant la guerre, les rationnements de nourriture pour la population étaient de 7 kilos de pain par mois soit 225 grammes par jour et par personne, ce qui fait qu'au bout de 15 jours, il fallait trouver quelque chose à manger pour les deux semaines restantes. Comme échappatoire, les mineurs du coron se cotisent pour acheter un bon paquet de tabac. Avec ce paquet, Richard et son frère allaient dans un champ de pommes de terre surveillé par un garde. Une fois le paquet de tabac dans les mains du garde, une envie pressante d'aller faire un tour d'environ un quart d'heure s'emparait de celui-ci. Un quart d'heure juste,  au retour du garde, plus personne ne pouvait se trouver sur le champ. De leur côté Richard et son frère se débrouillaient pour prendre l'équivalent d'une centaine de kilos de pommes de terre. Cela permettait de continuer à vivre jusqu'à la fin du mois en accommodant les pommes de terre en frites margarine. On travaillait aussi le dimanche, et en prime les mineurs avaient droit à un bon de charbon qu'ils revendaient pour se faire un peu d'argent. On allait sur les talus des fours à coke également, ramasser les "scrabies". Ce sont des morceaux de charbon pas tout à fait consumés que l'on revendait ou que l'on réutilisait pour son usage propre.

    Mais la guerre c'est aussi l'entraide et la solidarité. Les Russes capturés par les Allemands étaient forcés de travailler à la mine. Si déjà en temps de guerre, les mineurs belges avaient un niveau de vie frisant la précarité, les Russes captifs, eux, étaient parqués dans des baraques insalubres (Remarque: c'est dans ces mêmes baraques que seront logés les Italiens qui débarqueront en Belgique quelques années plus tard). Ils n'avaient rien ou presque pour vivre et quand les mineurs cassaient la croûte, ils en donnaient une partie à leurs

    camarades russes. La joie qu'on pouvait lire dans leurs yeux était intense. En guise de remerciement et de reconnaissance, quelques jours plus tard, les prisonniers offraient aux autres mineurs comme cadeau une superbe figurine très détaillée d'aigle ou d'ours taillée dans le bois. Une petite chose, mais qui faisait à la fois plaisir aux uns et aux autres.

    Je n'ai pas simplement fait l'interview d'un mineur, j'ai eu droit à un bout d'histoire sur ma région, quelque chose qu'on m' a expliqué en face, une histoire sortant tout droit de la bouche d'un homme qui a vécu certaines périodes importantes de l'histoire, et qui me permet d’en laisser une trace au travers de mes écrits.

    Lors de ses récits, je voyais dans les yeux de mon interlocuteur qu'il revivait ses moments de vie. Il les revoyait défiler tour à tour  en souriant ou sur un ton  grave.

    Beth Thomas

     

    Le Parti communiste en deuil.

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    Le camarade Albert De Coninck, ancien secrétaire national du PCB-KPB, vient de décéder dans sa 92 ème année. Les funérailles ont eu lieu à Wilrijk, le samedi 16 décembre dernier.

     

    Albert De Coninck est né en 1915, à Manchester (GB). En 1932, il adhère, à Mechelen,  à la Jeunesse Communiste, mouvement qu’il représente au Congrès mondial de 1934. Secrétaire régional de la JC en 1935, il devient volontaire dans les Brigades internationales parties au secours de la République Espagnole (1937). Après cinq mois, de retour en Belgique, il participe à la coordination de l’aide à l’Espagne républicaine, tout en passant au Parti Communiste, où il assume les fonctions de secrétaire politique à Mechelen. Mobilisé en 1939, il fait la campagne des 18 jours, à l’issue de laquelle il rentre chez lui et reprend contact avec la direction clandestine du Parti Communiste Flamand (VKP). Il contribue à la réorganisation du parti et plonge dans l’illégalité à l’été 1941. Envoyé en Flandre occidentale, il y assume successivement diverses fonctions et organise notamment une importante grève paysanne en 1942 dans la région de Diksmuide. Fin 1942, il devient Responsable National Paysan et passe, en 1944, aux Partisans Armés. Au moment de la Libération, il est Commandant de secteur P.A. pour les provinces flamandes. Pour son rôle dans la Résistance à l’occupation nazie, Albert De Coninck sera fait chevalier des Ordres de Léopold II et de la Couronne et titulaires de plusieurs décorations civiles et militaires. Il sera également cité à l’Ordre de la Reine par le Premier Ministre britannique W. Churchill en 1953.

    Albert De Coninck aura été permanent du parti à partir de 1944, membre du secrétariat national d’organisation, puis successivement secrétaire politique des fédérations de Kortrijk et d’Antwerpen. En 1951, il fut élu membre du Comité Central du parti et entra aussitôt au Bureau Politique. Il y siégea jusqu’en 1982, tout comme au Secrétariat National dont il était devenu membre en 1957, s’occupant plus particulièrement des Relations internationales. Le Congrès national de 1986 l’avait nommé membre honoraire du Comité Central.

    Milou RIKIR

     

     

    ECOLOGIE

     

    Vive la libéralisation…verte?

     

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    Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Ecolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

    La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Ecolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

    Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Ecolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

    Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Evacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés, ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

    Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.


    (1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
    (2) Le Soir, 20/8/99
    (3) Le Matin, 23/10/99
    (4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
    (5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

    Léon Taniau

    Extrait du Journal du Mardi

     

  • Nouvelles n° 108: "Société": Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire - La solidarité est la tendresse des peuples -

    DOSSIER "SOCIETE "

    Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire …

    intcatho

    Le pape vient d’accomplir un voyage en Turquie, risqué semblait-il. Tout s’est relativement bien déroulé après ses déclarations anti-islamiques faites à Ratisbonne en Bavière (Regensburg).          Le « Saint » Père aurait-il été visité par l’Esprit saint  et touché par la grâce ? Reste à voir : avortement, homosexualité, sida … la messe est dite !

    Dans tous les domaines, Benoît XVI renforce le virage à droite de son prédécesseur, et lance des clins d’œil aux intégristes.

    Vatican II est décidément bien loin.

    Faisons le tour de quelques églises catholiques au travers du monde.

     

    ESPAGNE

     

    « Saint Franco, priez pour nous ! »

    par Diane Cambon

     

    Prédicateur furibond de la Cope, la deuxième station de radio espagnole, Federico Jimenez Losantos se considère en guerre contre le gouvernement socialiste. « Le cabinet Zapatero, éructe-t-il, s’est allié  aux Chavez, Castro et Mohammed ». Ce n’est pas tout … Discrètement approuvé par le Parti populaire, la « radio des évêques » dénonce, en vrac, les autonomismes catalans, les mères célibataires, les adeptes de la « fureur laïque », mais aussi la légalisation du mariage homosexuel, l’abolition du catéchisme obligatoire à l’école et, surtout, les menaces contre les énormes privilèges fiscaux dont bénéficie l’Eglise catholique. Une véritable contre-offensive aux accents néo-franquistes, orchestrée par le Vatican, où les évêques espagnols occupent des postes clés.

     

    Sans compromis

     

    « L’Espagne est pour Rome le problème numéro un parmi les pays occidentaux », explique la revue catholique Ecclesia. En janvier dernier, le défunt Jean-Paul II avait fustigé José Zapatero pour ses mesures « contre la liberté religieuse ». Et son successeur, Benoît XVI, dénonçait récemment « la destruction en Espagne, d’un système de droit ».

    Quant au Parti populaire, trop content de caresser les 10 millions de catholiques pratiquants dans le sens du poil, il encourage l’Eglise espagnole à rejeter tout compromis. Quitte à réveiller les fantômes de la guerre civile, déjà agités lors de l’adoption par les socialistes des lois sur le divorce et l’avortement, à la fin des années 80. En juin, ils étaient 1,5 million à descendre dans les rues de Madrid pour s'opposer à la loi sur le mariage homosexuel. Sur les 78 évêques espagnols, une vingtaine avait fait le déplacement pour dénoncer cette « atteinte aux fondements de la famille ». Le clergé avait alors appelé les fonctionnaires catholiques à boycotter le texte impie, et à refuser de prononcer l'union civique des couples gays. La réaction du gouvernement fut cinglante : «Je ne suis pas disposé à accepter la doctrine selon laquelle ( … ) le royaume des cieux n’appartient pas aux homosexuels ». « Comment oublier que l’Eglise les a traînés devant l’inquisition et envoyés au bûcher ? », a riposté le ministre de la Défense, José Bono, seul catholique déclaré de l’équipe au pouvoir. Dopée par le succès de sa manifestation, l’Eglise a redoublé de hargne. Nonnes, curés en soutanes et évêques ont de nouveau battu le pavé pour dénoncer, cette fois, le projet socialiste d’abroger les dispositions du texte voté par le Parti populaire, qui faisait du catéchisme une matière obligatoire dans les écoles et lycées publics . Quant au refus de ces éminences, de faire le deuil  de leurs avantages fiscaux, héritage du franquisme … Les institutions catholiques continuent en effet de jouir d’une exemption fiscale sur leur patrimoine, et d’une aide annuelle de l’Etat de 3 milliards d’euros. Sans ce traitement de faveur, l’Eglise estime qu’elle n’aurait pas les moyens de joindre les deux bouts. S’appuyant sur l’article 16 de la Constitution de 1978, qui proclame la « non-confessionalité » de l’Etat espagnol, le gouvernement envisage de renégocier ce traitement de faveur. « L’Eglise n’a pas atteint son objectif d’autofinancement, et nous sommes parvenus à un point où l’apport (de l’Etat) est très important, mais ne peut augmenter, et va devoir diminuer », avertissait récemment Maria Teresa Fernandez de la Vega, vice-présidente du gouvernement.

    Mauvaise image

     

    Pour autant, le clergé espagnol est loin d’être menacé par la banqueroute : investissements en bourse, patrimoine immobilier (280 musées, 103 cathédrales, 107 centres hospitaliers, 7 universités … ), sans parler des subventions européennes. Des privilèges d’autant plus exorbitants que le nombre de pratiquants est passé, en vingt ans, de 55 % à 33 %. Depuis 2001, le pourcentage des jeunes qui fréquentent les églises a chuté de 28 % à 14 %. Pis encore, une enquête d’octobre 2004 du Centre de recherche sociologique indique que, de toutes les institutions, l’Eglise est la plus mal vue des Espagnols, loin devant l’armée, la police ou le gouvernement. Et ce ne sont pas ses prises de positions réactionnaires qui risquent de redresser son image de marque.

     

    Extrait du Journal du Mardi

     

    CHILI

     

    Enfante, et tais-toi

    par Maria Poblete

     

    « Avec la capote, je m’amuse ! », sourit une jeune lycéenne. Les affiches de la campagne de prévention contre le sida s’étalent sur les murs du métro de Santiago du Chili et les écrans de toutes les télés. Enfin, presque, car deux chaînes font de la résistance, deux chaînes dont le propriétaire n’est autre que … l’Eglise catholique. Leur direction a purement et simplement refusé de diffuser ces spots, jugés « vulgaires et de mauvais goût » ; ces éminences se sont même étranglées à l’idée de « promouvoir le libertinage ». A la place, des clips « faits maison » ont été duffusés, proposant un message plus en phase avec la morale vaticanesque : pour lutter contre le sida, rien de tel que … l’amour ! De quoi creuser le grand écart entre la hiérarchie catholique et les Chiliens, dont 80 % approuvent la campagne gouvernementale. Mais l’Eglise n’est pas à ça près. Elle se targue de vouloir reprendre en main la formation spirituelle de la nation, qui a pourtant eu son compte d’ordre moral. Il aura fallu ainsi plus de dix ans de joutes parlementaires pour que la loi sur le divorce soit votée, il y a seulement … un an ! La pression conservatrice est telle, que la probable future présidente du pays, Michelle Bachelet, en lice pour le second tour sous les couleurs de la gauche, n’a même pas osé s’aventurer sur le thème de l’avortement durant la campagne . Même thérapeutique, l’IVG demeure aujourd’hui illégale dans un pays qui continue à avoir, dans ce domaine, l’appareil le plus répressif du continent latino-américain. Et ce n’est pas fini, car, en cas de victoire de la gauche à la présidentielle, on sait déjà que les principaux chefs de l’opposition appartiendront tous à … l’Opus Dei.

     

    Extrait du Journal du Mardi (à suivre)

     


     

    ECONOMIE

     

    La solidarité est la tendresse des peuples

     

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    Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des entreprises faisant appel à l’épargne publique à travers l’adoption d’une législation interdisant à toute société multinationale faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des.  (Déposée par M. Pierre Galand et consorts).

     

    DÉVELOPPEMENTS

     

    L’année écoulée a une nouvelle fois démontré que le recours à ce qu’il est convenu d’appeler les paradis fiscaux constitue  une pratique courante des sociétés multinationales ou non  faisant appel à l’épargne publique. Or le recours à ces paradis fiscaux, notamment en raison de l’opacité qu’ils  offrent à leurs utilisateurs, est au cœur de nombreux scandales financiers récents qui ont touché de grands groupes internationaux et semblent ne devoir plus s’arrêter . Les chutes vertigineuses de cours et les faillites de sociétés ayant fait appel à l’épargne publique ont fait perdre beaucoup d’argent cette année aux petits épargnants qui, en toute confiance, ont placé leur argent auprès d’elles. Des économies souvent accumulées pendant une vie entière. Que ces  gigantesques scandales mettent en lumière des éléments strictement frauduleux ou simplement une gestion et un contrôle défaillants, on constate que les entreprises concernées utilisaient le recours à un système de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux pour brouiller le  contrôle et l’information des petits épargnants.

     

    Lancé il y a quelques années par sept magistrats européens –dont le belge, Benoît Dejemeppe – l’appel de Genève dénonce l’impunité dont jouissent les trafiquants internationaux et  l’impuissance de la justice face à la criminalité organisée. Il dénonce également l’économie souterraine qui prend sa source dans la mondialisation des échanges et dévoile le jeu  des mécanismes financiers complexes bénéficiant de la complaisance des paradis fiscaux. La portée de cet appel ne se limite donc pas à des difficultés spécifiquement judiciaires et vise à s’attaquer à l’ensemble des problèmes soulevés par la mondialisation des échanges financiers dans le cadre des pratiques commerciales et financières internationales actuelles. L’objectif de l’appel de Genève consistait à tirer la sonnette d’alarme et pour le dire avec Renaud Van Ruymbeke « au-delà, se situe le champ d’action de l’homme politique, pas celui du magistrat. La balle est dans le camp des  législateurs qui ont le pouvoir de changer les choses ». Si cet appel n’avait pas suffi, au grand regret de ses signataires, l’actualité récente démontre aujourd’hui à suffisance qu’il est désormais indispensable et urgent de s’engager sur le plan du droit dans le sens d’une régulation étatique des pratiques financières internationales, de la sauvegarde de la sécurité des petits épargnants et de la transparence des entreprises faisant appel à l’épargne   publique.

     

    L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement  Économiques) ne s’est que très récemment mêlée au débat relatif aux paradis fiscaux. En juin 2000, elle a dressé une liste des paradis fiscaux. Ce rapport a du reste encore légèrement été adapté à la mi-novembre 2001. Il s’agit en fait de 2 listes (régimes fiscaux avantageux appliqués dans plusieurs pays & répertoire des paradis fiscaux) dont la  publication a pour principal objectif de demander aux pays visés de mettre un terme aux régimes en vigueur. Dans ce contexte, l’OCDE encourage ses membres à réagir, de quelque manière que ce soit, face à de tels régimes spéciaux. L’adoption par la Belgique, membre de l’OCDE, d’une loi  interdisant à toute société faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal répondrait en partie mais très utilement à cette invitation de l’OCDE.

     

    La proposition de loi sur le recours aux paradis fiscaux peut également s’inscrire dans le cadre des travaux menés par le G7 et le GAFI (Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux) qui ont entrepris une véritable croisade visant à accroître la transparence des flux de capitaux et à mieux contrôler les places financières des paradis fiscaux. Regroupant actuellement 29 pays, la Commission européenne et le Conseil de coopération des pays du Golfe, le GAFI opte désormais pour des mesures coercitives tel le refus d’ouverture d’un compte en provenance des pays non coopératifs ou simplement géré par un intermédiaire domicilié dans ces pays, pour combattre la fraude fiscale et le crime financier.

     

     L’Union européenne a dressé une liste de pays contenue dans le rapport Primarolo de novembre 1999. La Commission y a répertorié les mesures « dommageables » des pays membres de l’Union et des territoires dépendants. Il ne s’agit que d’une liste des régimes fiscaux avantageux.

     

      L’administration fiscale belge dispose d’une série d’articles de loi pour barrer la route à l’évasion fiscale par le biais des paradis fiscaux. Tout comme l’Union européenne et l’ OCDE, l’administration fiscale belge a par ailleurs dressé une liste  des régimes fiscaux complaisants à l’égard de pratiques condamnables, liste officiellement publiée au MB du 24 août 1991. L’interdiction faite aux multinationales faisant appel à l’épargne publique complèterait utilement cet arsenal juridique encore très imparfait en raison notamment de l’inventivité et la rapidité des techniques employées pour échapper à tout contrôle.

     

    Comme le souligne simplement Jean-Marie Messier, « il faut bien comprendre qu’aujourd’hui le nerf de la guerre pour une  entreprise, c’est sa capitalisation boursière […] Plus un  titre vaut cher, plus on a d’argent dans son portefeuille pour  faire son marché. S’il baisse, non seulement on ne peut plus rien acheter, mais on peut vous reprendre pour pas cher ! […]

    C’est le carnet de chèque. Les vrais banquiers, aujourd’hui, ce sont les actionnaires ». Cette conception de plus en plus répandue de l’entreprise consiste à la considérer comme un objet financier dont il s’agit d’accroître la valeur boursière  par tous les moyens : rachats d’actions, fusions-acquisitions, ventes des unités les moins rentables, montages financiers.

    Ainsi, l’apogée puis la faillite d’Enron n’ont rien à voir avec son activité industrielle – le négoce du gaz et l’électricité – mais proviennent uniquement de ses activités financières. De même, Vivendi-Universal est devenu un holding financier, constitué d’un empilement d’actifs financiers sans cohérence industrielle, et destiné à créer de la valeur pour les actionnaires. Pour que les cours de l’action, qui  commandent la valeur de leurs options, continuent à progresser, les dirigeants d’entreprises sont tentés de manipuler les résultats pour les faire apparaître plus beaux qu’ils ne le sont en réalité. Dans le système actuel, le recours aux filiales et sous filiales dans les paradis fiscaux permet d’y arriver et de truquer plus ou moins facilement les comptes pour afficher à tout prix les résultats attendus. Au  détriment de millions de petits épargnants n’ayant aucun moyen d’opérer des choix éclairés par la situation réelle de l’entreprise à laquelle ils ont en toute confiance confié leurs économies. Les désastres en chaîne auxquels nous assistons aujourd’hui révèlent ainsi des dysfonctionnements graves, pour ne pas dire la faillite du capitalisme boursier, porté aux nues il y a peu par la plupart des professionnels des médias. Professionnels parfois eux-mêmes complices des manipulations comptables et financières malhonnêtes qu’ils sont sensés dénoncer (cabinets d’audit et autorités de contrôle mis en cause dans de nombreuses affaires), où plus simplement et à l’instar des épargnants, grugés par les discours officiels d’entreprises masquant une réalité parfois catastrophique.

    Notamment dans le cadre de l’application du concept de  responsabilité sociale de l’entreprise, un mouvement se développe soit chez les actionnaires, soit dans les entreprises elles-mêmes qui tend à ce que ces dernières respectent une certaine éthique. Dans ce cadre, deux voies s’offrent aux actionnaires:

     

    1) la sélection en fonction de critères sociaux et   environnementaux des titres entrant dans la composition de leur portefeuille.

     

     2) exercer le droit de vote aux assemblées générales en fonction de ces mêmes critères.

     

    Il reste que la règle du profit maximum est, dans sa brutalité, fort claire et « les méfaits associés au nouveau visage du capitalisme ne doivent rien à une soudaine poussée d’immoralité. Ils résultent avant tout de l’explosion des opportunités de profits rapides, légaux ou illégaux, engendrés par la libéralisation des marchés financiers et une gouvernance d’entreprise obsédée par la montée des cours boursiers ». Certes intéressantes et méritant d’être soutenues, les pratiques issues du concept de responsabilité sociale des entreprises ne peuvent à elles seules répondre à tous les problèmes posés dans la mesure où l’éthique n’est  efficace que lorsqu’elle s’adresse aux individus de bonne volonté soucieux de respecter les impératifs de la morale.

    L’éthique ne sauvera donc malheureusement pas seule le monde et il serait illusoire de ne s’en remettre qu’à sa seule force  de conviction. Elle constitue un instrument parmi d’autres dans les solutions à apporter aux dérives de la finance déréglementée.

     

     Les pouvoirs publics nationaux et supranationaux doivent être  les régulateurs de la volonté de puissance des firmes privées. Les règles qui gouvernent les échanges et les investissements mondiaux doivent être modifiées et mises au service de l’intérêt public. En effet, le système financier international sur lequel reposent les pratiques révélées par ces derniers  scandales d’ampleur inédite, permet d’autant plus difficilement de dégager des responsabilités individuelles qu’il jouit d’une prétendue capacité à

     

    L’autorégulation.

     

    L’État doit prendre ses responsabilités en assurant la sécurité des épargnants et en jouant son rôle de régulateur du système financier. Actuellement, le système mise sur une autorégulation du marché qui ne parvient cependant pas à assurer cette sécurité. L’intérêt général est gravement mis en cause par l’absence d’intervention régulatrice de l’État en la matière. Le rôle de l’État est de sauvegarder l’intérêt de tous et en particulier les plus faibles (épargnants peu ou mal informés) et l’intérêt général. Réguler, c’est s’attaquer à « la machine », au système. Mettre des mécanismes en place, arbitrer, fonder un projet de société qui rétablit le droit et la loi au service de l’intérêt général.

    L’utilisation de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux a trop souvent clairement pour objectifs :

      - de brouiller les pistes de l’information dans le but d’optimiser des profits au dépend de l’intérêt des petits épargnants

     - et d’assurer une absence de transparence favorisant la fraude fiscale (réduction du taux de fiscalité moyen du groupe, transmission d’un patrimoine à des héritiers, détournements de fonds à des fins sans rapport avec l’objet social de la société, financement de tentatives de corruption…), ce qui nuit à l’intérêt collectif c'est-à-dire  l’ensemble des personnes physiques et morales concernées qui doivent compenser le manque fiscal.

     

    En l’absence de volonté politique internationale suffisamment forte de mettre au pas les paradis fiscaux et ayant parfois eux-mêmes recours à eux, les États se sont jusqu’ici limités à proférer des déclarations d’intention laissées sans suite, en dépit par ailleurs du manque à gagner pour la collectivité du fait du recours à ces pratiques. Cette question nécessitant d’être réglée à un niveau européen pour être pleinement et efficacement appréhendée, il serait pertinent que la Belgique initie le mouvement en se dotant d’une législation exemplaire susceptible d’entraîner un large mouvement de soutien au niveau européen.

    L’action politique qui a été légitimée par le vote du citoyen peut encore et doit s’exercer pour changer la logique nuisible d’une mondialisation des échanges dérégulée, pour promouvoir  le bien commun. Les scandales à répétition auxquels nous assistons aujourd’hui sont une expression caractéristique des mauvais côtés de la mondialisation qui mettent en lumière les  nouvelles responsabilités que chaque État doit assumer vis-à-vis de la collectivité internationale, et l’enjeu que représente l’élaboration de règles mondialement reconnues et appliquées.

     

    Les paradis fiscaux sont devenus des intermédiaires financiers majeurs mais n’assument pas les responsabilités liées à ce nouveau statut. L’endettement démesuré de certaines  entreprises a été caché via le recours à leurs filiales dans ces paradis fiscaux. La mondialisation nous oblige à repenser la réglementation des activités financières, non plus sur une base nationale ou régionale mais européenne et mondiale. Il est indispensable d’imaginer de nouveaux mécanismes incitatifs, voire coercitifs, pour le respect des règles internationales.

     

    Un consensus apparaît sur la nécessité d’élaborer de nouvelles normes internationales, de transparence des personnes morales, de réglementation financière, de contrôle et de coopération, afin d’éliminer autant que possible les effets néfastes de la mondialisation financière.

     

    Conjuguées au flot ininterrompu d’affaires mettant en cause des paradis fiscaux et des sociétés écrans, les pressions politiques ont ôté son aura de respectabilité et de « chic » à la finance offshore. Il est temps aujourd’hui de faire un pas de plus sur la voie de la mise en place d’un système qui débouche sur une véritable transparence du système financier international.

    PROPOSITION DE LOI

     

    CHAPITRE I.

     

    Disposition générale. Article 1-La présente proposition de loi règle une matière visée à l'article 78 de la Constitution.

     

    CHAPITRE II - Articles

     

    1) Toute société faisant appel à l’épargne publique ne pourra détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal.

     

    2) Le Roi est chargé :

     

    - D’établir la liste des paradis fiscaux ;

    - D’établir les règles déterminant les critères relatifs au lien de participation directe ou indirecte ;

     -De définir la notion et d’établir les règles de l’appel à l’épargne publique.

     

    3) La présente loi entre en vigueur le jour de sa publication au Moniteur belge.

     

    Pierre Galand, Sénateur PS

     

     



  • Nouvelles n° 108: Agressions extérieures des USA - Israël: un ultra à un poste-clef - Ecologie: Vive la libéralisation...verte? - Histoire: l'autre 11 septembre - Portrait: un maître-espion disparaît

    Liste (non exhaustive) des agressions extérieures des USA.

    1°) Sur le territoire nord-américain

    usa

    -1783 : Annexion de tout le territoire jusqu’à la rive gauche du Mississippi, et ce, dès la fin de la guerre d’indépendance, soit un territoire d’une superficie quasi égale aux 13 états initiaux. Les USA doublent ainsi de superficie dès leur naissance.
    -1803 : Annexion de la Louisiane achetée à la France, immense territoire sur la rive droite.
    -1812 : Annexion du dernier état boucanier du pirate Laffitte dans les bayous près de La Nouvelle-Orléans. Les sociétés flibustières (du XVIème-XVIIème siècle), puis boucanières (XVIIIème siècle) furent les seules sociétés modernes d’hommes libres (avec les états boers). Elles accueillaient toute la lie de l’humanité, droits communs, esclaves noirs en fuite, français, anglais, irlandais, écossais, espagnols, portugais, hollandais, protestants, catholiques, hommes, femmes, etc... dans une société totalement égalitaire. Il est curieux que les marxistes aient totalement passé sous silence ces sociétés, alors qu’ils se souviennent d’épisodes plus anciens et qui ont échoué, faute de projet politique, tel Spartacus. Seul inconvénient des « pirates » : la violence. Ces sociétés rappellent un peu nos cités de « non droit » ou les communautés roms.
    -1812-14 : 2ème (et dernière) guerre avec l’Angleterre. Échec de l’annexion du Canada, les Anglais rasent Washington.
    -1818 : Paix « éternelle » avec l’Angleterre : partage moitié-moitié des grands lacs sauf le lac Michigan qui revient en totalité aux USA et frontière du 49 ème parallèle vers l’ouest 
    -1819 : Annexion de la Floride achetée à l’Espagne et garantie des frontières avec la Nouvelle Espagne (Mexique à partir de 1821).
    -1836 : Les colons américains installés au Texas proclament l’indépendance de cet état.
    -1842 : Annexion du Maine sur le Québec (avec l’accord des Anglais).
    -1845 : Annexion du Texas en violation de l’accord de 1819.

    -1846 : Avenant au traité de 1818 avec l’Angleterre et poursuite de la frontière du 49 ème parallèle jusqu’au Pacifique (sauf Vancouver), ce qui permet aux USA de prolonger le territoire acheté aux Français jusqu’au Pacifique (futurs Oregon et Washington) et de s’installer entre les Anglais (an nord) et les espagnols (au sud) et de virer les Russes descendant de l’Alaska qui avaient profiter de l’occupation de l’Espagne par Napoléon pour installer un comptoir à San Francisco avec l’aide de gouverneurs corrompus (épisode de Zorro). 
    -1848 : Guerre avec le Mexique et annexion de la Californie, du Nevada, de l’Arizona, de l’Utah et du Colorado.
    -1853 : Achat du Nouveau-Mexique au Mexique.
    -1862 : « Homestead Act », permet aux colons de s’emparer des terres des indiens en toute légalité et impunité... en violation des traités signés avec eux.
    -1861-65 : Guerre de Sécession où les Français en profitent pour annexer le Mexique. La guerre terminée, la menace d’une intervention suffira à les faire partir.
    -1867 : Achat de l’Alaska à la Russie, au moment même ou se crée le Dominion du Canada.
    -1871 : La Colombie britannique se rattache au Dominion pour échapper à de nouvelles visées expansionnistes américaines.
    -1891 : Fin du « Homestead Act » par l’annexion du dernier territoire indien qui devient l’Oklahoma. C’est le dernier acte des 109 traités signés avec les indiens dont strictement aucun n’a été respecté.
    -1903 : fixation de la frontière entre l’Alaska et le

     

    Canada. Conséquence du dernier « gold rush », les citoyens américains se trouvaient majoritaire dans la vallée du Yukon qui fut ainsi presque entièrement annexée à l’Alaska sans jamais avoir été russe. C’est ainsi que ce qui n’était à l’origine qu’une bande côtière liée aux chapelets d’îles Aléoutiennes et Kodiak, devint le 49ème et plus vaste état de l’Union.
    -1994 : Création de l’ALENA et intégration économique du Mexique et du Canada.

     

    A suivre…

     


    Un ultra à un poste-clé.

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    Le chef du parti nationaliste Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a fait son entrée officielle lundi dans la coalition d'Ehud Olmert.

    Après le vote favorable du cabinet, lundi matin, la Knesset devait officiellement investir Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, ministre des Affaires stratégiques, en charge de la «menace nucléaire iranienne». Son mouvement, fort de onze députés, vient renforcer la coalition du Premier ministre, Ehud Olmert, malmené dans les sondages, impliqué dans plusieurs affaires de corruption et fragilisé par la guerre au Liban. L’arrivée de ce dirigeant controversé marque un tournant à droite du gouvernement formé en mai dernier, même si son programme reste officiellement inchangé. Avigdor Lieberman devrait en profiter pour peaufiner une image d’homme politique responsable, en vue des prochaines élections.

    C’est une personnalité aux positions extrémistes et aux déclarations fracassantes qui fait son entrée au gouvernement israélien. Le 21 janvier 2001, Avigdor Lieberman menaçait, en cas d’attaque palestinienne, de « bombarder Beit Jala (un faubourg de Bethléem – Cisjordanie), Téhéran, Le Caire et le barrage d’Assouan ». Dans son livre Ma vérité, le chef du parti Israël Beitenou (Israël est notre maison) se fait le champion de la colonisation et préconise, notamment, « de placer la plupart des Arabes sous autorité palestinienne en excluant les villages arabes des territoires sous souveraineté israélienne », de façon à créer « deux États ethniquement homogènes ».

    Cet homme de 48 ans, originaire de Moldavie et dont l’électorat vient principalement de l’ancienne Union soviétique, n’est pas avare de solutions radicales et musclées, ce qui lui vaut l’hostilité farouche des partis de gauche et des Arabes israéliens (1,3 millions de personnes). Ahmed Tibi, président du parti Raam-Taal, voit ainsi en Avigdor Lieberman l’expression du « fascisme et du racisme ». Dans un entretien au quotidien Haaretz (gauche), le député arabe israélien a déclaré que Lieberman était « l’équivalent israélien de Jean-Marie Le Pen et Joerg Haider », deux extrémistes de droite français et autrichien.

    Ce n’est pas la première fois qu’Avigdor Lieberman obtient un portefeuille ministériel. Ancien haut dirigeant du Likoud (droite), il fut, notamment, en 2001, ministre des Infrastructures nationales dans le cabinet d’union dirigé par Ariel Sharon. Il démissionnera dès 2002, estimant que les mesures prises ne sont pas assez fermes à l’égard des Palestiniens. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer le nouveau gouvernement Sharon en février 2003, en tant que ministre des Transports. Puis de s’en faire exclure en juillet 2004, après avoir critiqué le plan Sharon de retrait unilatéral de la bande de Gaza.

     

    « Je suis heureux de ce ralliement »

     

    Aujourd’hui, c’est au moment où la popularité de sa formation monte fortement qu’il rejoint la coalition menée par le Premier ministre Ehud Olmert (parti Kadima, centre) et soutenue par le parti travailliste (gauche) du ministre de la Défense Amir Peretz. Une récente enquête d’opinion indique que le parti russophone obtiendrait pas moins de vingt députés, contre onze actuellement. Lundi, lors du vote du cabinet, vingt-deux ministres sauf un – le travailliste Ophir Pines-Paz, qui a ensuite démissionné – ont voté pour le ralliement d’Avigdor Lieberman, qui devient ministre des Affaires stratégiques, poste créé à son intention où il sera en charge du dossier nucléaire iranien.

    « Je suis heureux de ce ralliement, s'est félicité Ehud Olmert. Et j'apprécie l'attitude des travaillistes (...) Ces développements vont renforcer notre coopération et donner une large assise au gouvernement ». Son cabinet peut en effet, désormais, compter sur 78 députés sur 120 à la Chambre, majorité confortable qui devrait lui permettre d’achever son mandat. Réuni dimanche soir dans un grand hôtel de Tel Aviv, le Comité central du parti travailliste avait voté, à une forte majorité, la motion défendue par Amir Peretz, partisan de rester dans le gouvernement malgré l’arrivée de l’extrême droite. Du reste, le parti de gauche avait déjà participé au gouvernement Sharon en 2001, aux côtés d’Israël Beteinou.

    Si les pragmatiques travaillistes l’ont emporté sur les partisans d’un retrait, c’est que leur parti est actuellement en chute libre dans l’opinion. En se retirant, le parti de gauche se serait mis dans l’obligation de voter contre le budget 2007, ce qui aurait entraîné la chute du gouvernement, donc de nouvelles élections et une déroute quasi assurée. Amir Peretz, très critiqué, en tant que ministre de la Défense, pour les ratés de la guerre au Liban, a tenté de faire diversion : « Il faut faire preuve de responsabilité vis-à-vis de l’État d’Israël. En restant au gouvernement, nous empêcherons les vues extrémistes de Lieberman de devenir réalité ».

     

    Un projet pour stabiliser la vie politique israélienne

     

    Ehud Olmert n’est guère en meilleure posture. Malmené, lui aussi, dans les sondages, il se voit devancé, dans les intentions de vote, par le chef de l'opposition de droite, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu. Olmert est jugé responsable, lui aussi, de l’infructueux conflit contre le Hezbollah, cet été. Il est, en outre, impliqué, dans plusieurs affaires de corruption. Dimanche encore, la justice a ordonné l’ouverture d’une « enquête préliminaire » sur son éventuelle implication dans les délits liés à la privatisation d’une banque.

    Politiquement fragilisé par un allié travailliste en proie à des divisions, le Premier ministre cherche donc à sécuriser son assise et à élargir sa coalition. En échange du ralliement des onze députés d’Avigdor Lieberman, Ehud Olmert lui a accordé, outre le poste ministériel, l’adoption d’un projet de réforme institutionnel défendu par le chef d’extrême droite et visant à stabiliser la vie politique israélienne. Le texte, qui prévoit notamment que le Premier ministre soit élu au suffrage universel afin d’empêcher son renversement par la Knesset, devra être soumis prochainement aux députés.

    Selon le Jérusalem Post, Ehud Olmert cherche, à présent, à rallier également les six députés du Judaïsme unifié de la Torah (religieux orthodoxe). Le Premier ministre « envisage de tout mettre en œuvre dans les prochaines semaines (…) et estime avoir toutes ses chances de parvenir à un accord », écrit le quotidien.

    En attendant, Avigdor Lieberman trouve l’occasion de polir son discours et de s’afficher en homme politique responsable, soucieux de l’avenir de son pays. Il dit vouloir travailler « pour le bien d’Israël ». Avec ses onze députés, il aurait pu exiger davantage d’Ehud Olmert. Mais il trouve là l’occasion de mettre en place sa stratégie en vue des prochaines élections et de disputer à Benjamin Netanyahu, dont il a été chef de cabinet, la première place à la droite de l’échiquier politique.

    par Philippe Quillerier

     


     

    Ecologie: Vive la libéralisation … verte?

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    Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Écolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

    La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Écolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

    Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Écolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

    Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Évacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

    Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.

     

    Par  Léon Taniau, Extrait du Journal du Mardi.

     

    (1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
    (2) Le Soir, 20/8/99
    (3) Le Matin, 23/10/99
    (4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
    (5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

     



    HISTOIRE

     

    L'autre 11 septembre

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    Le 11 septembre 1973, le président Allende était renversé par un coup d’État dirigé par le général Pinochet, épaulé par la CIA américaine. Dix-sept années de dictature sanglante se sont abattues sur le peuple chilien. Dix-sept années dont l’héritage pèse très lourd sur un pays parcourant depuis 1990 le difficile chemin d’une démocratie verrouillée par l’ancien dictateur.

    La victoire de l’Unité Populaire et le coup d’État militaire qui a mis fin à cette expérience ont suscité un grand intérêt dans le monde entier : « L’expérience Allende »   fut une période marquée par de profondes réformes de structures. Pendant trois ans. Le président Allende, « combattant social, marxiste, socialiste et franc-maçon », comme il aimait à se définir, a mené un combat pour la construction d’un socialisme dans la légalité et la démocratie, bien avant toute perestroïka.
    Le programme d’Allende reposait sur trois piliers : la force et la clarté de ses idées, la beauté d’un programme en faveur des secteurs les plus défavorisés du pays et la sagesse de la démarche sous le principe que le socialisme ne s’impose pas par un décret car il est l’affaire de tout un peuple.
    La dictature militaire est devenue elle aussi un modèle du genre. L’ère Pinochet ouvre ainsi, sur le plan économique, un laboratoire aux économistes de l’école de Chicago de Milton Friedman. Ceux-ci et leur bras armé, le gouvernement militaire, s’en donnent à cœur joie dans un pays où les partis politiques et les syndicats (fortement implantés au Chili) sont pratiquement interdits, où toute défense de législation sociale apparaît comme « subversive » et mise sur le compte du communisme international. La lutte contre la dictature de Pinochet devient alors un symbole du combat international pour la démocratie et les droits de l’homme.

    Une pensée tournée vers l’action.

    Homme d’action avant tout, Allende s’est toujours défendu d’être un théoricien. S’il ne refusait pas le débat idéologique, il préférait de loin l’engagement direct et ses idées se forgeaient et se développaient dans la pratique quotidienne. Cela étant, l’un des traits fondamentaux de sa pensée demeure l’anti-impérialisme. Sous l’influence des événements internationaux et dans sa lutte quotidienne, il s’est convaincu que l’impérialisme était le principal ennemi et qu’il fallait par conséquent donner la priorité à la libération nationale.

    Marxiste, Allende l’était sans doute, mais il était le contraire d’un sectaire. Jamais il ne s’est laissé emprisonner par la théorie ou les schématisations simplistes. Son sens de l’honnêteté intellectuelle lui permettait de rester ferme dans ses principes tout en demeurant souple dans leur application.
    Pour Allende, le marxisme était plus une méthode d’interprétation de l’histoire qu’une méthode de gouvernement. Ce n’était pas un dogme, c’était une manière de voir les choses, une manière de concevoir le monde. Et jamais il ne s’est départi d’un humanisme, dans le sens noble du terme, qu’il prétendait indissociable du socialisme. Jusqu’au bout, il s’est battu pour une vie meilleure et plus juste, passant par un épanouissement véritable de l’être humain

    « Affronter le monde tel qu’il est »
      
    Passer en revue la pensée d’Allende à travers ses discours, est une tâche de longue haleine. Pour faire court, posons la question comme suit : que reste-il en vigueur de la pensée d’Allende ? Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons ses principales lignes et domaines d’analyse.

    Lors d’une intervention à la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, en avril 1972, il affirmait : «  Il faut affronter le monde tel qu’il est, en nous défendant des illusions et des mystifications, tout en ouvrant l’imagination et la créativité à de nouvelles solutions pour nos vieux problèmes ».

    « Les investissements directs de capitaux étrangers, fréquemment présentés comme un mécanisme de progrès, se sont toujours révélés négatifs. Ainsi, selon l’OEA, entre 1950 et 1967, l’Amérique latine a reçu 3900 millions de dollars et en a rapporté 12800 millions. Nous payons 4 dollars par dollar reçu ».

    1. « La première de mes préoccupations, disait-il, est de voir s’effectuer la restructuration des systèmes monétaires et commerciaux internationaux de nouveau sans la participation pleine et effective des pays du Tiers Monde. »
     
    2. « Ma deuxième préoccupation a trait à la dette extérieure. Les pays en voie de développement doivent déjà plus de 70000 millions de dollars, bien qu’ils aient contribué à la prospérité des pays riches depuis toujours et surtout au cours de dernières décennies. (Pour le Chili à l’époque, la valeur de exportations était de 1200 millions de dollars par an). Le pays paye 408 millions pour la dette par an. « Il n’est pas possible qu’un pays doive consacrer 34 dollars sur 100 qui entrent dans ses caisses pour payer ses dettes extérieures. »

    3. « Ma troisième préoccupation concerne les pressions réelles et potentielles visant à restreindre le droit souverain de peuples à disposer de leurs ressources naturelles dans leur propre intérêt… J’attire également l’attention de l’assemblée sur l’urgence pour le tiers monde d’avoir accès à la science et à la technologie modernes. Les obstacles que nous avons rencontrés jusqu’ici constituent des facteurs déterminants de notre retard ».

    4. « L’industrialisation, en tant que partie fondamentale du processus global de développement, est étroitement liée à la capacité nationale de création scientifique et technologique. Il faut qu’elle soit adaptée aux caractéristiques réelles de chaque région, quel que soit son niveau actuel d’évolution… Seul le tiers monde, avec ses immenses nécessités, peut constituer une nouvelle frontière économique pour les pays développés. Seule cette nouvelle frontière économique est capable, mieux encore que l’économie de guerre, de répondre à la capacité productive des grandes entreprises et d’offrir des possibilités à toute la main-d’œuvre. »

    « Ce n’est pas là une utopie. Dans ce monde, obligé aujourd’hui de collaborer ou de se détruire, de nouvelles idées inspirées non seulement par la justice, mais aussi par la raison, peuvent déboucher sur des solutions valables pour toute l’humanité. »

    Peut-on contester l’actualité dramatique de cette pensée ? N’est-ce pas là le discours que devrait tenir aujourd’hui tout progressiste ?

    Sa pensée économique :

     

    « Nous ne voyons pas la voie de la révolution (chilienne) dans la destruction violente de l’appareil d’État. Ce que notre peuple a bâti durant plusieurs générations de lutte lui permet d’utiliser les conditions créées  par notre histoire pour remplacer le fondement capitaliste du régime institutionnel en vigueur. En clair, démolir les piliers de base qui soutiennent le régime capitaliste. Construire les fondements d’un autre régime. Nous en  finirons avec les monopoles, qui assurent à quelques douzaines de familles le contrôle de l’économie. Nous en finirons avec un système fiscal au service du profit et qui a toujours imposé davantage les pauvres que les riches ; qui concentre l’épargne nationale aux mains de banquiers.

    Nous nationaliserons le crédit pour le mettre au service de la prospérité nationale et populaire.
    Nous mettrons un terme à la grande propriété foncière, qui condamne des milliers de paysans à la soumission et à la misère, empêchant les pays de tirer profit de ses terres tous les aliments dont nous avons besoin.

    Nous mettrons fin au processus de dénationalisation croissante de nos industries et de nos sources de travail, qui nous assujettit à l’exploitation étrangère.

    Nous allons récupérer pour le Chili ses richesses fondamentales. Ce n’est pas par esprit de revanche que nous allons nationaliser le cuivre maintenant, le fer demain, les richesses fondamentales ensuite. Nous le faisons en raison d’une nécessité essentielle et vitale pour le Chili. Pour son destin. Les Américains doivent comprendre que les petits peuples, comme le nôtre, comme Cuba et autres, ont déjà leur propre conscience, et c’est un changement que l’on ne peut ignorer. Il suffit de voir l’exemple du Viêt-nam-

    Du point de vue économique, notre programme prévoit trois secteurs bien distincts : le domaine d’État ou social ; le domaine mixte et le domaine privé. Il ne s’agit nullement de socialiser l’économie dans son ensemble ».

    L’Amérique latine et l’intégration.

    L’Amérique latine souffre d’un état d’assujettissement que ses pays n’ont pas pu modifier par les formes traditionnelles et inopérantes. Les processus d’intégration étaient, pour Allende, une voie vers l’esprit bolivarien. A l’époque, il attache une grande importance au Pacte Andin dont le Chili faisait partie. « Ce Pacte est un exemple vivant des énormes possibilités de collaboration existant entre pays sous-développés quand il existe une solide volonté politique d’agir. Le Pacte andin, authentiquement latino-américain, est important non seulement en raison du pragmatisme technique, mais aussi parce que nous sommes en train de réaliser une expérience autochtone d’intégration, fondée sur le respect absolu du pluralisme idéologique, du droit légitime de chaque pays à adopter les structures internes qu’il estime les plus convenables pour lui. »
    « En tant que latino-américain, je tiens à vous dire que nous sommes au bout d’une étape. Nous ne pouvons reculer, mais il est difficile d’aller de l’avant sans conquérir notre indépendance économique, qui est la garantie de notre pleine souveraineté. Comment faire pour que l’Amérique latine trouve une dimension différente, afin qu’elle soit elle-même l’Amérique latine ? Nous ne pouvons accepter de continuer d’être toujours des pays de seconde catégorie. Nous devons nous élever par notre propre effort ».

    Allende : son long chemin a été marqué du sceau d’une constance exemplaire. Il rejoint par d’autres voies l’utopie de Che Guevara, de Martin Luther King, de Mandela, alors que nous vivons à l’heure actuelle sous l’emprise de la pensée unique, de la fin de l’histoire et des utopies. Son nom demeure attaché à un combat, à une passion, comme une flamme d’espoir car il avait confiance dans les peuples et leur destin.

     

    Par Marcelo Ossandon, Extrait du Journal du Mardi

     


     

    PORTRAIT

     

    Misha Wolf, un maître espion disparaît

    markyswolf

     

    La mort de Marcus Wolf, l’ex dirigeant des services de renseignement est-allemands a provoqué dans la presse occidentale une foule de commentaires marqués par les représentations de la Guerre froide. En Russie, celui qu’on appelait amicalement « Misha » Wolf a bien sûr une toute autre image. Par soucis de présenter les différents points de vue, le Réseau Voltaire reproduit l’hommage de Boris Kaïmakov, analyste à RIA Novsti, à celui qu’il présente comme un grand résistant antifasciste.

     

    Son père aurait pu être rabbin dans une petite ville provinciale allemande. Mais le destin a voulu qu’il devienne dramaturge, dramaturge antinazi. Le Docteur Mamlock est l’œuvre maîtresse de Friedrich Wolf, elle a été montée sur de nombreuses scènes européennes et portée à l’écran en Union soviétique.

    Le fils cadet de Friedrich, Misha, qui avait grandi en immigration en Union soviétique, ne pouvait devenir que ce qu’il est devenu : le patron de l’un des services de renseignement les plus performants au monde, celui de la République démocratique allemande, un pays qui aujourd’hui n’existe plus.

    Misha Wolf est décédé dans la nuit du 9 novembre à l’âge de 83 ans. C’est avec beaucoup de respect que la presse allemande a annoncé la disparition de cet homme hors du commun. Les professionnels, on les vénère toujours, même ceux qui toute leur vie durant se sont trouvés de l’autre côté de la barricade. Et encore, est-ce bien le cas ici ? C’est que Misha Wolf n’était pas un ennemi du peuple allemand, non. Son adversaire, c’était le fascisme allemand, l’esprit revanchard allemand. Telle avait été l’histoire européenne qui avait scindé l’Allemagne en deux, chacune d’elle ayant ses idéaux et ses objectifs. Et puis il faisait aussi partie de ces amis dévoués de la Russie, le pays qui avait sauvé la vie de toute la famille Wolf et qui au prix du sacrifice de millions de ses ressortissants avait aussi sauvé l’Europe.

     

    Au XXe siècle l’élite intellectuelle de l’Allemagne n’a pas été épargnée par les coups du sort. Le prix Nobel de littérature, Günter Grass, a été un SS fervent. La cinéaste Leni Riefenstahl a tellement mis du sien pour encenser le nazisme qu’aujourd’hui ses films sont perçus comme des chefs-d’œuvre du septième art. Friedrich Wolf et son fils Misha sont passés dans le camp opposé, celui des antifascistes. Alors, à qui l’histoire européenne accorde le plus de valeur ? Peut-être mieux vaut cesser de lancer les pierres quand le temps est venu de les ramasser...

     

    La génération allemande d’après-guerre avait réprouvé ses pères. Dans ses œuvres, c’est Günter Grass qui a contribué le plus à la prise de conscience de la nouvelle identité allemande. Seulement les affres de l’homme de lettres allemand, Misha ne les a pas connues parce qu’il avait emprunté une autre voie. Les chemins qu’ils avaient suivis étaient différents, mais ils avaient fini par se croiser. L’histoire européenne a tourné un chapitre et ce n’étaient plus uniquement les Allemands, mais tous les peuples de l’Ancien Monde qui devaient se refaire une identité, une communauté et de nouvelles valeurs. L’exploit civique du chef du renseignement de la RDA consiste en ce qu’il a été l’un des premiers au sein du parti communiste et de la nomenklatura du socialisme aux couleurs de la RDA à avoir compris que l’impasse était inévitable. Et à la différence des dirigeants orthodoxes de son pays, il avait cherché une issue. Il y en avait une et Misha Wolf l’a trouvée. Le général Wolf avait quitté de son plein gré le poste de chef du renseignement d’État, un cas sans précédent nous semble-t-il. Et le pays tout entier avait compris que la crise revêtait un caractère systémique, qu’il ne s’agissait pas de désaccords avec le chef de l’État, Erich Honecker, ou le patron de la Stasi (police politique), Erich Mielke. En tant que militaire authentique, Misha Wolf ne pouvait s’abaisser à des griefs personnels, mais il avait clairement fait comprendre que les réformes entreprises par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique devaient impulser une refonte en RDA. Et après la parution de son livre Die Troïka, qui l’a révélé comme un brillant analyste et un critique déterminé du régime, Misha Wolf s’est retrouvé parmi ceux qui en RDA ont été considérés comme des ennemis. La liberté d’esprit est un luxe qui se paye parfois très cher, surtout si c’est un « ex » qui se le permet...

     

    Ensuite il y a eu la réunification de l’Allemagne et Misha Wolf, comme tous les autres agents de la Stasi, a fait l’objet de mandats d’amener comme un vulgaire traître. Alors la Russie est redevenue un havre pour lui. Mais le seul fait de savoir qu’il était recherché en cette qualité était insupportable pour l’ancien général. Et il était rentré en Allemagne pour y défendre son honneur et sa dignité. Un acte hors du commun lui aussi. Le légendaire espion Misha Wolf a été jugé en tant qu’ennemi et assez durement condamné à six années d’emprisonnement. Le verdict aurait peut-être pu être différent, mais Misha Wolf n’avait pas défendu sa seule personne, il avait aussi défendu la dignité de tous ceux qu’il avait eu sous ses ordres. Ses propos selon lesquels

    on ne saurait appliquer la formule « haute trahison » à l’égard d’anciens ressortissants de la RDA ayant servi leur pays, ont probablement joué un rôle. La Cour constitutionnelle de l’Allemagne l’a suivi sur ce point et a estimé la formule « haute trahison » juridiquement incorrecte. Lui et des centaines de ses camarades ont ainsi évité la prison.

     

    L’un des derniers ouvrages de Misha Wolf a pour titre : « Les amis ne meurent pas ». C’est bien vrai.

     

    Boris Kaimakov