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 Nouvelles n° 109: "Tutti cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité - Une vie de mineur: interview de Richard Henne - Le Parti communiste en deuil - Ecologie: Vers la libération...verte? -

"Tutti Cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité…

 

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Tutti cadaveri est un livre, une œuvre, fruit d'innombrables heures de recherches et de travail. Trois personnes sont à la base du projet. Marie-louise de Roeck qui est professeur, Julie Urbain, licencié en histoire et Paul Lootens, secrétaire fédéral à la Centrale Générale de la FGTB.

L'histoire de la conception du livre à commencé il y a 10 ans (lors du cinquantième anniversaire commémoratif de la catastrophe du Bois du Cazier). Marie-Louise de Roeck avait décidé de créer une pièce de théâtre ayant pour thème la catastrophe minière. Pour perfectionner ses connaissances elle demanda de plus amples informations sur la catastrophe. A sa grande surprise, on lui fournit 20.000 pages de papiers pelures d'époque relatant du Bois du Cazier. L'aventure commence. Les pages regorgent d'informations dont beaucoup en ignoraient l'existence. Afin d'être aidée dans sa tâche, elle fait appel à Julie Urbain étudiante en histoire. Ensemble, elles commencent à décortiquer et à classer les informations. Plus elles avancent dans leurs recherches plus elle se rendent compte que la plupart des textes sont ceux du procès du Bois du Cazier, un aspect de la catastrophe très peu développé.

Malgré tout, les textes sont très nombreux et traitent de faits techniques. C'est alors que l'aide de Mr Lootens est sollicitée vu ses responsabilités et ses fonctions. Qui mieux que lui aurait pu le faire? Maintenant ils sont trois à mettre leurs sciences en commun et à travailler sur la question du procès et tout ce qui s'y rapporte de près comme de loin.

Au fur et à mesure que les recherches avancent, plusieurs constats sont effectués : la sécurité catastrophique du site minier qui est due à la recherche de profit maximum par les patrons,  le fait que ce soit la police du charbonnage qui fasse l'enquête sur la catastrophe et que les juges en charge de l'affaire ne se basent que sur le rapport fait "maison", que d'année en année les tonnes de charbon extraites augmentent de façon quasi exponentielles au détriment de la réalisation de nouvelles installations moins dangereuses.

Ce sont donc toutes les anomalies du procès qui poussent nos trois auteurs à concevoir un livre sur le côté obscur de l'après 8 août 1956.

Durant l'apéritif rencontre organisé le 26 novembre dernier, une petite vingtaine de personne étaient présentes dans le local courcellois de l'Asbl Progrès et Culture. De très jeunes ou moins jeunes. Mr Paul Lootens retraça le parcours de la création du livre à l'aide d'anecdotes et d'expériences personnelles. Il relata également les conditions de vie des mineurs, les causes de l'accident ainsi que ses conséquences. L'ambiance était en général à l'écoute, par moment à l'indignation mais aussi par moments, à la révolte car toutes les personnes présentes dans la salle avaient perdues un proche ou un ami lors de la tragédie du Bois du Cazier.

Beth Thomas

 


 

Une vie de mineur : interview de Richard Henne

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Né le 31 octobre 1927, Richard Henne est fils de mineur. Il a deux frères et une sœur et toute la famille vit dans un coron. Alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, son père vient à décéder après 27 ans de travail minier. Pour subvenir au manque d'argent causé par le décès, Richard et ses deux frères, partent travailler à la mine eux aussi.Sa carrière débute ainsi le 29 juillet 1942, aux Houyères-Unies situées à Anderlues au puits n° 2 de la société. Il  y travaille jusqu' au 15 avril 1949. Il rencontre alors et marie une fille de Souvret, notre amie Alfréda Her. Pour la circonstance, il arrêtera le travail quatre jours pour le reprendre aux Charbonnages de la Société de Monceau-Fontaine de Souvret. Là, on l'affecte au puits 6 Perrier. Il y travaille jusqu'au du 23 septembre 1950. Il décide alors de quitter l'exploitation de son plein gré, vu les conditions intolérables de travail qui y étaient appliquées.

Après cela, il se dirige vers la mine de Nay-à-Bois, située à Roux, là où se trouve actuellement la centrale électrique. Il y travaille du 15 novembre 1950 au 9 février 1953. Il fut licencié à cette date comme il n'avait pas  rendu en temps et en heure un justificatif d'arrêt de maladie. Les patrons de l'exploitation, sachant qu'il était syndiqué et militant communiste, sautèrent sur l'occasion pour le mettre à la porte.

 

Richard est alors revenu au siège n°3 du puits de Monceau-Fontaine du 10 mars 1953 au 7 mars 1954. Malheureusement, les puits ferment au fur et à mesure et notre mineur est transféré à Goutroux, au puits n° 14 du 9 août 1954 jusque fin octobre de la même année.

1953 est une année d'élections syndicales. Richard Henne fait partie du syndicat unique des mineurs. Il fait sa "petite propagande", comme il l'appelle, afin de faire adhérer les autres mineurs au Syndicat Unique.

Il organise ainsi un meeting dans les douches de la mine. Huit jours plus tard, il se voit convoqué par le directeur qui lui donne son préavis et le licencie sur le champ sans lui donner le moindre motif car, en effet, à cette époque il n'en fallait pas. Pour couronner le tout, le Syndicat Unique ne put se présenter aux élections.

 

Ne se laissant nullement abattre par son licenciement et l'échec syndical, Richard Henne reprend du service fin novembre 1954 au Sacré-Français à Dampremy (une société du Mambourg installée à Charleroi) jusqu'au 22 janvier 1955. Cette fois-ci, il quitte la société minière pour  cause d'insalubrité des douches.

Il se dirige alors vers le puits n°5 de la Société de Mariemont Bascourt du 24 janvier 1955 au 17 janvier 1956. Durant cette période Richard Henne apprend la fermeture prochaine des charbonnages et décide de partir travailler à Liège au St Arthur du 19 janvier 1956 au 5 mars 1960.

En décembre 1960, commence la grande grève. Durant cette période, et avec le caractère de l'home engagé qui lui est le sien, Richard s'allie aux militants FGTB et CSC devant les grilles du St Arthur pour expliquer à ses compagnons de travail qu'une solidarité entre tous les mineurs est indispensable afin de lutter contre la Loi Unique.

Là, encore une fois, il est remarqué parmi la centaine de manifestants présents et la direction lui "met un billet à sa médaille" signe qu'il venait encore d'être licencié sans motif.

Il continue le mouvement de grève malgré tout, se rendant quotidiennement à la Maison du Peuple de Roux où se rassemblaient d'autres mineurs.

Quant la grève fut finie, il décida de se rendre aux bureaux de chômage de Charleroi en expliquant qu'il ne savait plus où aller travailler. Au guichet, l'employé l'oriente alors vers le Vieux-Campinaire. Il y travaille du 8 mars 1961 jusqu'au 31 août 1963 et comme le métier est harassant et comme son état de santé se dégrade à cause de la silicose, Mr Henne introduit une demande de pension d'invalide. Comme il remplissait toutes les conditions, notre mineur l'obtient et met fin à sa carrière en 1963.

 

Souvenirs de guerre.

Pendant la guerre, les rationnements de nourriture pour la population étaient de 7 kilos de pain par mois soit 225 grammes par jour et par personne, ce qui fait qu'au bout de 15 jours, il fallait trouver quelque chose à manger pour les deux semaines restantes. Comme échappatoire, les mineurs du coron se cotisent pour acheter un bon paquet de tabac. Avec ce paquet, Richard et son frère allaient dans un champ de pommes de terre surveillé par un garde. Une fois le paquet de tabac dans les mains du garde, une envie pressante d'aller faire un tour d'environ un quart d'heure s'emparait de celui-ci. Un quart d'heure juste,  au retour du garde, plus personne ne pouvait se trouver sur le champ. De leur côté Richard et son frère se débrouillaient pour prendre l'équivalent d'une centaine de kilos de pommes de terre. Cela permettait de continuer à vivre jusqu'à la fin du mois en accommodant les pommes de terre en frites margarine. On travaillait aussi le dimanche, et en prime les mineurs avaient droit à un bon de charbon qu'ils revendaient pour se faire un peu d'argent. On allait sur les talus des fours à coke également, ramasser les "scrabies". Ce sont des morceaux de charbon pas tout à fait consumés que l'on revendait ou que l'on réutilisait pour son usage propre.

Mais la guerre c'est aussi l'entraide et la solidarité. Les Russes capturés par les Allemands étaient forcés de travailler à la mine. Si déjà en temps de guerre, les mineurs belges avaient un niveau de vie frisant la précarité, les Russes captifs, eux, étaient parqués dans des baraques insalubres (Remarque: c'est dans ces mêmes baraques que seront logés les Italiens qui débarqueront en Belgique quelques années plus tard). Ils n'avaient rien ou presque pour vivre et quand les mineurs cassaient la croûte, ils en donnaient une partie à leurs

camarades russes. La joie qu'on pouvait lire dans leurs yeux était intense. En guise de remerciement et de reconnaissance, quelques jours plus tard, les prisonniers offraient aux autres mineurs comme cadeau une superbe figurine très détaillée d'aigle ou d'ours taillée dans le bois. Une petite chose, mais qui faisait à la fois plaisir aux uns et aux autres.

Je n'ai pas simplement fait l'interview d'un mineur, j'ai eu droit à un bout d'histoire sur ma région, quelque chose qu'on m' a expliqué en face, une histoire sortant tout droit de la bouche d'un homme qui a vécu certaines périodes importantes de l'histoire, et qui me permet d’en laisser une trace au travers de mes écrits.

Lors de ses récits, je voyais dans les yeux de mon interlocuteur qu'il revivait ses moments de vie. Il les revoyait défiler tour à tour  en souriant ou sur un ton  grave.

Beth Thomas

 

Le Parti communiste en deuil.

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Le camarade Albert De Coninck, ancien secrétaire national du PCB-KPB, vient de décéder dans sa 92 ème année. Les funérailles ont eu lieu à Wilrijk, le samedi 16 décembre dernier.

 

Albert De Coninck est né en 1915, à Manchester (GB). En 1932, il adhère, à Mechelen,  à la Jeunesse Communiste, mouvement qu’il représente au Congrès mondial de 1934. Secrétaire régional de la JC en 1935, il devient volontaire dans les Brigades internationales parties au secours de la République Espagnole (1937). Après cinq mois, de retour en Belgique, il participe à la coordination de l’aide à l’Espagne républicaine, tout en passant au Parti Communiste, où il assume les fonctions de secrétaire politique à Mechelen. Mobilisé en 1939, il fait la campagne des 18 jours, à l’issue de laquelle il rentre chez lui et reprend contact avec la direction clandestine du Parti Communiste Flamand (VKP). Il contribue à la réorganisation du parti et plonge dans l’illégalité à l’été 1941. Envoyé en Flandre occidentale, il y assume successivement diverses fonctions et organise notamment une importante grève paysanne en 1942 dans la région de Diksmuide. Fin 1942, il devient Responsable National Paysan et passe, en 1944, aux Partisans Armés. Au moment de la Libération, il est Commandant de secteur P.A. pour les provinces flamandes. Pour son rôle dans la Résistance à l’occupation nazie, Albert De Coninck sera fait chevalier des Ordres de Léopold II et de la Couronne et titulaires de plusieurs décorations civiles et militaires. Il sera également cité à l’Ordre de la Reine par le Premier Ministre britannique W. Churchill en 1953.

Albert De Coninck aura été permanent du parti à partir de 1944, membre du secrétariat national d’organisation, puis successivement secrétaire politique des fédérations de Kortrijk et d’Antwerpen. En 1951, il fut élu membre du Comité Central du parti et entra aussitôt au Bureau Politique. Il y siégea jusqu’en 1982, tout comme au Secrétariat National dont il était devenu membre en 1957, s’occupant plus particulièrement des Relations internationales. Le Congrès national de 1986 l’avait nommé membre honoraire du Comité Central.

Milou RIKIR

 

 

ECOLOGIE

 

Vive la libéralisation…verte?

 

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Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Ecolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Ecolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Ecolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Evacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés, ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.


(1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
(2) Le Soir, 20/8/99
(3) Le Matin, 23/10/99
(4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
(5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

Léon Taniau

Extrait du Journal du Mardi

 

Commentaires

  • En lisant lee témoignage de Richard , mes yeux se remplisent de larmes .! je pense a mon pére , né dans les mémes années que richard , mineur , lui aussi , décédés a 44 ans de la silicose , dont ont connais les atroces souffrances . Je revendique haut et fort que SEUL le PARTI COMMUNISTE A DEFENDU CES HOMMES ET FEMMES .MES PENSEES VONT VERS JULIEN LAHAUT ? ET CES COMPAGNONS DE COMBATS . MERCI A VOUS CAMARADES .
    Fadi.
    gsm :0495/229644

  • privatisation de la poste , de la sncb , BIENTOT DE LA SECURITE SOCIAL ? , et le peuple se tais , le symdicat s'endort , et le PS devient pouriture , REVEILLONS -NOUS ,NOUS PERISONS TOUS SAUF LES CAPITALISTES . AVONS NOUS ENCORE DES COUILLES !!!!!!? SI OUI BOUGEONS .......ET VITE .

  • Mon père qui est descendu à la mine dans ses jeunes années vient de décéder, dans ma famille reste encore mon parrain qui était ancien mineur; étant descendant d'une famille de mineurs, je compatis au malheur de la perte du moindre "héros" mineur, ces gars courageux dont le mérite n'a d'égal que leur fierté d'avoir descendu "au fond"!

    Je suis aussi tout à fait d'accord avec "fadi" pour dire qu'il est bien grand temps que cesse ces attaques du GRAND CAPITAL sur les avoirs du peuple. Nous vivons actuellement une régression sociale telle que nous nous retrouverons bientôt dans une impasse (nous fonçons droit dans le mur); IL EST GRAND TEMPS DE REAGIR!!!

    J'en parle aussi sur mes blogs, allez voir sur ceux-ci:
    http://marxiste-leniniste.skynetblogs.be/
    http://socialisme-solidarite-che.skynetblogs.be/
    http://www.solidaire.over-blog.com/
    http://fr.blog.360.yahoo.com/blog-zb0A8zkwd6fmWLhEPXiQPA--?cq=1

    Pourquoi tous ces blogs? ...Pour leur en foutre plein la gueule à ces fachos-capitalo-bourgeois.

    Montrons nos forces, le peuple est majoritaire, les capitalistes-bourgeois ne sont qu'une poignée; prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

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