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02/02/2007

Nouvelles n° 108: Agressions extérieures des USA - Israël: un ultra à un poste-clef - Ecologie: Vive la libéralisation...verte? - Histoire: l'autre 11 septembre - Portrait: un maître-espion disparaît

Liste (non exhaustive) des agressions extérieures des USA.

1°) Sur le territoire nord-américain

usa

-1783 : Annexion de tout le territoire jusqu’à la rive gauche du Mississippi, et ce, dès la fin de la guerre d’indépendance, soit un territoire d’une superficie quasi égale aux 13 états initiaux. Les USA doublent ainsi de superficie dès leur naissance.
-1803 : Annexion de la Louisiane achetée à la France, immense territoire sur la rive droite.
-1812 : Annexion du dernier état boucanier du pirate Laffitte dans les bayous près de La Nouvelle-Orléans. Les sociétés flibustières (du XVIème-XVIIème siècle), puis boucanières (XVIIIème siècle) furent les seules sociétés modernes d’hommes libres (avec les états boers). Elles accueillaient toute la lie de l’humanité, droits communs, esclaves noirs en fuite, français, anglais, irlandais, écossais, espagnols, portugais, hollandais, protestants, catholiques, hommes, femmes, etc... dans une société totalement égalitaire. Il est curieux que les marxistes aient totalement passé sous silence ces sociétés, alors qu’ils se souviennent d’épisodes plus anciens et qui ont échoué, faute de projet politique, tel Spartacus. Seul inconvénient des « pirates » : la violence. Ces sociétés rappellent un peu nos cités de « non droit » ou les communautés roms.
-1812-14 : 2ème (et dernière) guerre avec l’Angleterre. Échec de l’annexion du Canada, les Anglais rasent Washington.
-1818 : Paix « éternelle » avec l’Angleterre : partage moitié-moitié des grands lacs sauf le lac Michigan qui revient en totalité aux USA et frontière du 49 ème parallèle vers l’ouest 
-1819 : Annexion de la Floride achetée à l’Espagne et garantie des frontières avec la Nouvelle Espagne (Mexique à partir de 1821).
-1836 : Les colons américains installés au Texas proclament l’indépendance de cet état.
-1842 : Annexion du Maine sur le Québec (avec l’accord des Anglais).
-1845 : Annexion du Texas en violation de l’accord de 1819.

-1846 : Avenant au traité de 1818 avec l’Angleterre et poursuite de la frontière du 49 ème parallèle jusqu’au Pacifique (sauf Vancouver), ce qui permet aux USA de prolonger le territoire acheté aux Français jusqu’au Pacifique (futurs Oregon et Washington) et de s’installer entre les Anglais (an nord) et les espagnols (au sud) et de virer les Russes descendant de l’Alaska qui avaient profiter de l’occupation de l’Espagne par Napoléon pour installer un comptoir à San Francisco avec l’aide de gouverneurs corrompus (épisode de Zorro). 
-1848 : Guerre avec le Mexique et annexion de la Californie, du Nevada, de l’Arizona, de l’Utah et du Colorado.
-1853 : Achat du Nouveau-Mexique au Mexique.
-1862 : « Homestead Act », permet aux colons de s’emparer des terres des indiens en toute légalité et impunité... en violation des traités signés avec eux.
-1861-65 : Guerre de Sécession où les Français en profitent pour annexer le Mexique. La guerre terminée, la menace d’une intervention suffira à les faire partir.
-1867 : Achat de l’Alaska à la Russie, au moment même ou se crée le Dominion du Canada.
-1871 : La Colombie britannique se rattache au Dominion pour échapper à de nouvelles visées expansionnistes américaines.
-1891 : Fin du « Homestead Act » par l’annexion du dernier territoire indien qui devient l’Oklahoma. C’est le dernier acte des 109 traités signés avec les indiens dont strictement aucun n’a été respecté.
-1903 : fixation de la frontière entre l’Alaska et le

 

Canada. Conséquence du dernier « gold rush », les citoyens américains se trouvaient majoritaire dans la vallée du Yukon qui fut ainsi presque entièrement annexée à l’Alaska sans jamais avoir été russe. C’est ainsi que ce qui n’était à l’origine qu’une bande côtière liée aux chapelets d’îles Aléoutiennes et Kodiak, devint le 49ème et plus vaste état de l’Union.
-1994 : Création de l’ALENA et intégration économique du Mexique et du Canada.

 

A suivre…

 


Un ultra à un poste-clé.

lieberman

 

Le chef du parti nationaliste Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a fait son entrée officielle lundi dans la coalition d'Ehud Olmert.

Après le vote favorable du cabinet, lundi matin, la Knesset devait officiellement investir Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, ministre des Affaires stratégiques, en charge de la «menace nucléaire iranienne». Son mouvement, fort de onze députés, vient renforcer la coalition du Premier ministre, Ehud Olmert, malmené dans les sondages, impliqué dans plusieurs affaires de corruption et fragilisé par la guerre au Liban. L’arrivée de ce dirigeant controversé marque un tournant à droite du gouvernement formé en mai dernier, même si son programme reste officiellement inchangé. Avigdor Lieberman devrait en profiter pour peaufiner une image d’homme politique responsable, en vue des prochaines élections.

C’est une personnalité aux positions extrémistes et aux déclarations fracassantes qui fait son entrée au gouvernement israélien. Le 21 janvier 2001, Avigdor Lieberman menaçait, en cas d’attaque palestinienne, de « bombarder Beit Jala (un faubourg de Bethléem – Cisjordanie), Téhéran, Le Caire et le barrage d’Assouan ». Dans son livre Ma vérité, le chef du parti Israël Beitenou (Israël est notre maison) se fait le champion de la colonisation et préconise, notamment, « de placer la plupart des Arabes sous autorité palestinienne en excluant les villages arabes des territoires sous souveraineté israélienne », de façon à créer « deux États ethniquement homogènes ».

Cet homme de 48 ans, originaire de Moldavie et dont l’électorat vient principalement de l’ancienne Union soviétique, n’est pas avare de solutions radicales et musclées, ce qui lui vaut l’hostilité farouche des partis de gauche et des Arabes israéliens (1,3 millions de personnes). Ahmed Tibi, président du parti Raam-Taal, voit ainsi en Avigdor Lieberman l’expression du « fascisme et du racisme ». Dans un entretien au quotidien Haaretz (gauche), le député arabe israélien a déclaré que Lieberman était « l’équivalent israélien de Jean-Marie Le Pen et Joerg Haider », deux extrémistes de droite français et autrichien.

Ce n’est pas la première fois qu’Avigdor Lieberman obtient un portefeuille ministériel. Ancien haut dirigeant du Likoud (droite), il fut, notamment, en 2001, ministre des Infrastructures nationales dans le cabinet d’union dirigé par Ariel Sharon. Il démissionnera dès 2002, estimant que les mesures prises ne sont pas assez fermes à l’égard des Palestiniens. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer le nouveau gouvernement Sharon en février 2003, en tant que ministre des Transports. Puis de s’en faire exclure en juillet 2004, après avoir critiqué le plan Sharon de retrait unilatéral de la bande de Gaza.

 

« Je suis heureux de ce ralliement »

 

Aujourd’hui, c’est au moment où la popularité de sa formation monte fortement qu’il rejoint la coalition menée par le Premier ministre Ehud Olmert (parti Kadima, centre) et soutenue par le parti travailliste (gauche) du ministre de la Défense Amir Peretz. Une récente enquête d’opinion indique que le parti russophone obtiendrait pas moins de vingt députés, contre onze actuellement. Lundi, lors du vote du cabinet, vingt-deux ministres sauf un – le travailliste Ophir Pines-Paz, qui a ensuite démissionné – ont voté pour le ralliement d’Avigdor Lieberman, qui devient ministre des Affaires stratégiques, poste créé à son intention où il sera en charge du dossier nucléaire iranien.

« Je suis heureux de ce ralliement, s'est félicité Ehud Olmert. Et j'apprécie l'attitude des travaillistes (...) Ces développements vont renforcer notre coopération et donner une large assise au gouvernement ». Son cabinet peut en effet, désormais, compter sur 78 députés sur 120 à la Chambre, majorité confortable qui devrait lui permettre d’achever son mandat. Réuni dimanche soir dans un grand hôtel de Tel Aviv, le Comité central du parti travailliste avait voté, à une forte majorité, la motion défendue par Amir Peretz, partisan de rester dans le gouvernement malgré l’arrivée de l’extrême droite. Du reste, le parti de gauche avait déjà participé au gouvernement Sharon en 2001, aux côtés d’Israël Beteinou.

Si les pragmatiques travaillistes l’ont emporté sur les partisans d’un retrait, c’est que leur parti est actuellement en chute libre dans l’opinion. En se retirant, le parti de gauche se serait mis dans l’obligation de voter contre le budget 2007, ce qui aurait entraîné la chute du gouvernement, donc de nouvelles élections et une déroute quasi assurée. Amir Peretz, très critiqué, en tant que ministre de la Défense, pour les ratés de la guerre au Liban, a tenté de faire diversion : « Il faut faire preuve de responsabilité vis-à-vis de l’État d’Israël. En restant au gouvernement, nous empêcherons les vues extrémistes de Lieberman de devenir réalité ».

 

Un projet pour stabiliser la vie politique israélienne

 

Ehud Olmert n’est guère en meilleure posture. Malmené, lui aussi, dans les sondages, il se voit devancé, dans les intentions de vote, par le chef de l'opposition de droite, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu. Olmert est jugé responsable, lui aussi, de l’infructueux conflit contre le Hezbollah, cet été. Il est, en outre, impliqué, dans plusieurs affaires de corruption. Dimanche encore, la justice a ordonné l’ouverture d’une « enquête préliminaire » sur son éventuelle implication dans les délits liés à la privatisation d’une banque.

Politiquement fragilisé par un allié travailliste en proie à des divisions, le Premier ministre cherche donc à sécuriser son assise et à élargir sa coalition. En échange du ralliement des onze députés d’Avigdor Lieberman, Ehud Olmert lui a accordé, outre le poste ministériel, l’adoption d’un projet de réforme institutionnel défendu par le chef d’extrême droite et visant à stabiliser la vie politique israélienne. Le texte, qui prévoit notamment que le Premier ministre soit élu au suffrage universel afin d’empêcher son renversement par la Knesset, devra être soumis prochainement aux députés.

Selon le Jérusalem Post, Ehud Olmert cherche, à présent, à rallier également les six députés du Judaïsme unifié de la Torah (religieux orthodoxe). Le Premier ministre « envisage de tout mettre en œuvre dans les prochaines semaines (…) et estime avoir toutes ses chances de parvenir à un accord », écrit le quotidien.

En attendant, Avigdor Lieberman trouve l’occasion de polir son discours et de s’afficher en homme politique responsable, soucieux de l’avenir de son pays. Il dit vouloir travailler « pour le bien d’Israël ». Avec ses onze députés, il aurait pu exiger davantage d’Ehud Olmert. Mais il trouve là l’occasion de mettre en place sa stratégie en vue des prochaines élections et de disputer à Benjamin Netanyahu, dont il a été chef de cabinet, la première place à la droite de l’échiquier politique.

par Philippe Quillerier

 


 

Ecologie: Vive la libéralisation … verte?

écologie2

 

Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Écolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Écolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Écolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Évacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.

 

Par  Léon Taniau, Extrait du Journal du Mardi.

 

(1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
(2) Le Soir, 20/8/99
(3) Le Matin, 23/10/99
(4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
(5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

 



HISTOIRE

 

L'autre 11 septembre

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Le 11 septembre 1973, le président Allende était renversé par un coup d’État dirigé par le général Pinochet, épaulé par la CIA américaine. Dix-sept années de dictature sanglante se sont abattues sur le peuple chilien. Dix-sept années dont l’héritage pèse très lourd sur un pays parcourant depuis 1990 le difficile chemin d’une démocratie verrouillée par l’ancien dictateur.

La victoire de l’Unité Populaire et le coup d’État militaire qui a mis fin à cette expérience ont suscité un grand intérêt dans le monde entier : « L’expérience Allende »   fut une période marquée par de profondes réformes de structures. Pendant trois ans. Le président Allende, « combattant social, marxiste, socialiste et franc-maçon », comme il aimait à se définir, a mené un combat pour la construction d’un socialisme dans la légalité et la démocratie, bien avant toute perestroïka.
Le programme d’Allende reposait sur trois piliers : la force et la clarté de ses idées, la beauté d’un programme en faveur des secteurs les plus défavorisés du pays et la sagesse de la démarche sous le principe que le socialisme ne s’impose pas par un décret car il est l’affaire de tout un peuple.
La dictature militaire est devenue elle aussi un modèle du genre. L’ère Pinochet ouvre ainsi, sur le plan économique, un laboratoire aux économistes de l’école de Chicago de Milton Friedman. Ceux-ci et leur bras armé, le gouvernement militaire, s’en donnent à cœur joie dans un pays où les partis politiques et les syndicats (fortement implantés au Chili) sont pratiquement interdits, où toute défense de législation sociale apparaît comme « subversive » et mise sur le compte du communisme international. La lutte contre la dictature de Pinochet devient alors un symbole du combat international pour la démocratie et les droits de l’homme.

Une pensée tournée vers l’action.

Homme d’action avant tout, Allende s’est toujours défendu d’être un théoricien. S’il ne refusait pas le débat idéologique, il préférait de loin l’engagement direct et ses idées se forgeaient et se développaient dans la pratique quotidienne. Cela étant, l’un des traits fondamentaux de sa pensée demeure l’anti-impérialisme. Sous l’influence des événements internationaux et dans sa lutte quotidienne, il s’est convaincu que l’impérialisme était le principal ennemi et qu’il fallait par conséquent donner la priorité à la libération nationale.

Marxiste, Allende l’était sans doute, mais il était le contraire d’un sectaire. Jamais il ne s’est laissé emprisonner par la théorie ou les schématisations simplistes. Son sens de l’honnêteté intellectuelle lui permettait de rester ferme dans ses principes tout en demeurant souple dans leur application.
Pour Allende, le marxisme était plus une méthode d’interprétation de l’histoire qu’une méthode de gouvernement. Ce n’était pas un dogme, c’était une manière de voir les choses, une manière de concevoir le monde. Et jamais il ne s’est départi d’un humanisme, dans le sens noble du terme, qu’il prétendait indissociable du socialisme. Jusqu’au bout, il s’est battu pour une vie meilleure et plus juste, passant par un épanouissement véritable de l’être humain

« Affronter le monde tel qu’il est »
  
Passer en revue la pensée d’Allende à travers ses discours, est une tâche de longue haleine. Pour faire court, posons la question comme suit : que reste-il en vigueur de la pensée d’Allende ? Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons ses principales lignes et domaines d’analyse.

Lors d’une intervention à la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, en avril 1972, il affirmait : «  Il faut affronter le monde tel qu’il est, en nous défendant des illusions et des mystifications, tout en ouvrant l’imagination et la créativité à de nouvelles solutions pour nos vieux problèmes ».

« Les investissements directs de capitaux étrangers, fréquemment présentés comme un mécanisme de progrès, se sont toujours révélés négatifs. Ainsi, selon l’OEA, entre 1950 et 1967, l’Amérique latine a reçu 3900 millions de dollars et en a rapporté 12800 millions. Nous payons 4 dollars par dollar reçu ».

1. « La première de mes préoccupations, disait-il, est de voir s’effectuer la restructuration des systèmes monétaires et commerciaux internationaux de nouveau sans la participation pleine et effective des pays du Tiers Monde. »
 
2. « Ma deuxième préoccupation a trait à la dette extérieure. Les pays en voie de développement doivent déjà plus de 70000 millions de dollars, bien qu’ils aient contribué à la prospérité des pays riches depuis toujours et surtout au cours de dernières décennies. (Pour le Chili à l’époque, la valeur de exportations était de 1200 millions de dollars par an). Le pays paye 408 millions pour la dette par an. « Il n’est pas possible qu’un pays doive consacrer 34 dollars sur 100 qui entrent dans ses caisses pour payer ses dettes extérieures. »

3. « Ma troisième préoccupation concerne les pressions réelles et potentielles visant à restreindre le droit souverain de peuples à disposer de leurs ressources naturelles dans leur propre intérêt… J’attire également l’attention de l’assemblée sur l’urgence pour le tiers monde d’avoir accès à la science et à la technologie modernes. Les obstacles que nous avons rencontrés jusqu’ici constituent des facteurs déterminants de notre retard ».

4. « L’industrialisation, en tant que partie fondamentale du processus global de développement, est étroitement liée à la capacité nationale de création scientifique et technologique. Il faut qu’elle soit adaptée aux caractéristiques réelles de chaque région, quel que soit son niveau actuel d’évolution… Seul le tiers monde, avec ses immenses nécessités, peut constituer une nouvelle frontière économique pour les pays développés. Seule cette nouvelle frontière économique est capable, mieux encore que l’économie de guerre, de répondre à la capacité productive des grandes entreprises et d’offrir des possibilités à toute la main-d’œuvre. »

« Ce n’est pas là une utopie. Dans ce monde, obligé aujourd’hui de collaborer ou de se détruire, de nouvelles idées inspirées non seulement par la justice, mais aussi par la raison, peuvent déboucher sur des solutions valables pour toute l’humanité. »

Peut-on contester l’actualité dramatique de cette pensée ? N’est-ce pas là le discours que devrait tenir aujourd’hui tout progressiste ?

Sa pensée économique :

 

« Nous ne voyons pas la voie de la révolution (chilienne) dans la destruction violente de l’appareil d’État. Ce que notre peuple a bâti durant plusieurs générations de lutte lui permet d’utiliser les conditions créées  par notre histoire pour remplacer le fondement capitaliste du régime institutionnel en vigueur. En clair, démolir les piliers de base qui soutiennent le régime capitaliste. Construire les fondements d’un autre régime. Nous en  finirons avec les monopoles, qui assurent à quelques douzaines de familles le contrôle de l’économie. Nous en finirons avec un système fiscal au service du profit et qui a toujours imposé davantage les pauvres que les riches ; qui concentre l’épargne nationale aux mains de banquiers.

Nous nationaliserons le crédit pour le mettre au service de la prospérité nationale et populaire.
Nous mettrons un terme à la grande propriété foncière, qui condamne des milliers de paysans à la soumission et à la misère, empêchant les pays de tirer profit de ses terres tous les aliments dont nous avons besoin.

Nous mettrons fin au processus de dénationalisation croissante de nos industries et de nos sources de travail, qui nous assujettit à l’exploitation étrangère.

Nous allons récupérer pour le Chili ses richesses fondamentales. Ce n’est pas par esprit de revanche que nous allons nationaliser le cuivre maintenant, le fer demain, les richesses fondamentales ensuite. Nous le faisons en raison d’une nécessité essentielle et vitale pour le Chili. Pour son destin. Les Américains doivent comprendre que les petits peuples, comme le nôtre, comme Cuba et autres, ont déjà leur propre conscience, et c’est un changement que l’on ne peut ignorer. Il suffit de voir l’exemple du Viêt-nam-

Du point de vue économique, notre programme prévoit trois secteurs bien distincts : le domaine d’État ou social ; le domaine mixte et le domaine privé. Il ne s’agit nullement de socialiser l’économie dans son ensemble ».

L’Amérique latine et l’intégration.

L’Amérique latine souffre d’un état d’assujettissement que ses pays n’ont pas pu modifier par les formes traditionnelles et inopérantes. Les processus d’intégration étaient, pour Allende, une voie vers l’esprit bolivarien. A l’époque, il attache une grande importance au Pacte Andin dont le Chili faisait partie. « Ce Pacte est un exemple vivant des énormes possibilités de collaboration existant entre pays sous-développés quand il existe une solide volonté politique d’agir. Le Pacte andin, authentiquement latino-américain, est important non seulement en raison du pragmatisme technique, mais aussi parce que nous sommes en train de réaliser une expérience autochtone d’intégration, fondée sur le respect absolu du pluralisme idéologique, du droit légitime de chaque pays à adopter les structures internes qu’il estime les plus convenables pour lui. »
« En tant que latino-américain, je tiens à vous dire que nous sommes au bout d’une étape. Nous ne pouvons reculer, mais il est difficile d’aller de l’avant sans conquérir notre indépendance économique, qui est la garantie de notre pleine souveraineté. Comment faire pour que l’Amérique latine trouve une dimension différente, afin qu’elle soit elle-même l’Amérique latine ? Nous ne pouvons accepter de continuer d’être toujours des pays de seconde catégorie. Nous devons nous élever par notre propre effort ».

Allende : son long chemin a été marqué du sceau d’une constance exemplaire. Il rejoint par d’autres voies l’utopie de Che Guevara, de Martin Luther King, de Mandela, alors que nous vivons à l’heure actuelle sous l’emprise de la pensée unique, de la fin de l’histoire et des utopies. Son nom demeure attaché à un combat, à une passion, comme une flamme d’espoir car il avait confiance dans les peuples et leur destin.

 

Par Marcelo Ossandon, Extrait du Journal du Mardi

 


 

PORTRAIT

 

Misha Wolf, un maître espion disparaît

markyswolf

 

La mort de Marcus Wolf, l’ex dirigeant des services de renseignement est-allemands a provoqué dans la presse occidentale une foule de commentaires marqués par les représentations de la Guerre froide. En Russie, celui qu’on appelait amicalement « Misha » Wolf a bien sûr une toute autre image. Par soucis de présenter les différents points de vue, le Réseau Voltaire reproduit l’hommage de Boris Kaïmakov, analyste à RIA Novsti, à celui qu’il présente comme un grand résistant antifasciste.

 

Son père aurait pu être rabbin dans une petite ville provinciale allemande. Mais le destin a voulu qu’il devienne dramaturge, dramaturge antinazi. Le Docteur Mamlock est l’œuvre maîtresse de Friedrich Wolf, elle a été montée sur de nombreuses scènes européennes et portée à l’écran en Union soviétique.

Le fils cadet de Friedrich, Misha, qui avait grandi en immigration en Union soviétique, ne pouvait devenir que ce qu’il est devenu : le patron de l’un des services de renseignement les plus performants au monde, celui de la République démocratique allemande, un pays qui aujourd’hui n’existe plus.

Misha Wolf est décédé dans la nuit du 9 novembre à l’âge de 83 ans. C’est avec beaucoup de respect que la presse allemande a annoncé la disparition de cet homme hors du commun. Les professionnels, on les vénère toujours, même ceux qui toute leur vie durant se sont trouvés de l’autre côté de la barricade. Et encore, est-ce bien le cas ici ? C’est que Misha Wolf n’était pas un ennemi du peuple allemand, non. Son adversaire, c’était le fascisme allemand, l’esprit revanchard allemand. Telle avait été l’histoire européenne qui avait scindé l’Allemagne en deux, chacune d’elle ayant ses idéaux et ses objectifs. Et puis il faisait aussi partie de ces amis dévoués de la Russie, le pays qui avait sauvé la vie de toute la famille Wolf et qui au prix du sacrifice de millions de ses ressortissants avait aussi sauvé l’Europe.

 

Au XXe siècle l’élite intellectuelle de l’Allemagne n’a pas été épargnée par les coups du sort. Le prix Nobel de littérature, Günter Grass, a été un SS fervent. La cinéaste Leni Riefenstahl a tellement mis du sien pour encenser le nazisme qu’aujourd’hui ses films sont perçus comme des chefs-d’œuvre du septième art. Friedrich Wolf et son fils Misha sont passés dans le camp opposé, celui des antifascistes. Alors, à qui l’histoire européenne accorde le plus de valeur ? Peut-être mieux vaut cesser de lancer les pierres quand le temps est venu de les ramasser...

 

La génération allemande d’après-guerre avait réprouvé ses pères. Dans ses œuvres, c’est Günter Grass qui a contribué le plus à la prise de conscience de la nouvelle identité allemande. Seulement les affres de l’homme de lettres allemand, Misha ne les a pas connues parce qu’il avait emprunté une autre voie. Les chemins qu’ils avaient suivis étaient différents, mais ils avaient fini par se croiser. L’histoire européenne a tourné un chapitre et ce n’étaient plus uniquement les Allemands, mais tous les peuples de l’Ancien Monde qui devaient se refaire une identité, une communauté et de nouvelles valeurs. L’exploit civique du chef du renseignement de la RDA consiste en ce qu’il a été l’un des premiers au sein du parti communiste et de la nomenklatura du socialisme aux couleurs de la RDA à avoir compris que l’impasse était inévitable. Et à la différence des dirigeants orthodoxes de son pays, il avait cherché une issue. Il y en avait une et Misha Wolf l’a trouvée. Le général Wolf avait quitté de son plein gré le poste de chef du renseignement d’État, un cas sans précédent nous semble-t-il. Et le pays tout entier avait compris que la crise revêtait un caractère systémique, qu’il ne s’agissait pas de désaccords avec le chef de l’État, Erich Honecker, ou le patron de la Stasi (police politique), Erich Mielke. En tant que militaire authentique, Misha Wolf ne pouvait s’abaisser à des griefs personnels, mais il avait clairement fait comprendre que les réformes entreprises par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique devaient impulser une refonte en RDA. Et après la parution de son livre Die Troïka, qui l’a révélé comme un brillant analyste et un critique déterminé du régime, Misha Wolf s’est retrouvé parmi ceux qui en RDA ont été considérés comme des ennemis. La liberté d’esprit est un luxe qui se paye parfois très cher, surtout si c’est un « ex » qui se le permet...

 

Ensuite il y a eu la réunification de l’Allemagne et Misha Wolf, comme tous les autres agents de la Stasi, a fait l’objet de mandats d’amener comme un vulgaire traître. Alors la Russie est redevenue un havre pour lui. Mais le seul fait de savoir qu’il était recherché en cette qualité était insupportable pour l’ancien général. Et il était rentré en Allemagne pour y défendre son honneur et sa dignité. Un acte hors du commun lui aussi. Le légendaire espion Misha Wolf a été jugé en tant qu’ennemi et assez durement condamné à six années d’emprisonnement. Le verdict aurait peut-être pu être différent, mais Misha Wolf n’avait pas défendu sa seule personne, il avait aussi défendu la dignité de tous ceux qu’il avait eu sous ses ordres. Ses propos selon lesquels

on ne saurait appliquer la formule « haute trahison » à l’égard d’anciens ressortissants de la RDA ayant servi leur pays, ont probablement joué un rôle. La Cour constitutionnelle de l’Allemagne l’a suivi sur ce point et a estimé la formule « haute trahison » juridiquement incorrecte. Lui et des centaines de ses camarades ont ainsi évité la prison.

 

L’un des derniers ouvrages de Misha Wolf a pour titre : « Les amis ne meurent pas ». C’est bien vrai.

 

Boris Kaimakov

 


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