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  • Nouvelles n° 108: Quel avenir pour les services publics? - Le terrorisme à la sauce belge - Vraiment, vous ne voyez pas? - La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales - Pas de solution au problème israélo-libanais sans une solution..

    Quel avenir pour les services publics ?
    servicepublic

     

     

     

    Les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont suspendues sine die depuis juillet 2006. Et il en va de même pour les négociations relatives à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS). Ce qui pourrait donc passer pour une bonne nouvelle aux yeux de ceux qui jugent particulièrement dangereuse l'ouverture au marché pour quantité de services, ne les rassure, au contraire,  pas du tout. Car la libéralisation des services continue à avoir le vent en poupe, même si l'expérience nous montre qu'elle conduit immanquablement une frange de plus en plus importante de la population à ne plus y accéder.

    Le bon sens populaire a bien compris que quand les personnes deviennent des clients d'une institution chargée de leur assurer les services essentiels à leur devenir, c'est le portefeuille qui règle la nature du contrat, et non plus leur qualité de citoyen.

    De plus en plus de démocraties prennent conscience que la crise que traverse l'OMC ne remet aucunement en question la philosophie qui sous-entend les objectifs qu'elle poursuit.

    L'arrêt des négociations nous offre une opportunité à saisir, celle d'ouvrir un large débat public sur les conséquences déjà tangibles des politiques menées jusqu'ici par l'OMC.

    En région wallonne, ce débat a commencé.

    Une soixantaine de villes et de communes se sont déjà prononcées "Villes hors AGCS». En octobre 2005, la ville de Liège a été le théâtre d'une importante Convention internationale pour la promotion des services publics. Convention qui a élaboré la " Résolution de Liège " qui reprenait à la fois une analyse et des alternatives à promouvoir. Un des grands intérêts de cette Convention a été de mettre fortement en avant l'importance d'un travail de défense et de promotion des services publics, réalisé ensemble avec des élus locaux, les organisations syndicales et des associations citoyennes.

    Ce travail en commun initié à Liège, s'est concrétisé ensuite par d'autres initiatives intéressantes, comme un débat très ouvert en février 2006 à Charleroi. En mai de cette année, c'est l'Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) qui a mis au point une motion au sujet de l'AGCS, motion particulièrement bien motivée et porteuse de demandes claires adressées aux gouvernements fédéral et wallon.

    Sur la base de cette motion, et en appui, les villes de Liège et de Charleroi, avec la collaboration de l'UVCW, ont invité l'ensemble des élus des villes et des communes de Wallonie, les responsables wallons de la FGTB, de la CSC, et les Forums sociaux en vue, d’interpeller le gouvernement wallon. Le président de l'Association des Provinces Wallonnes a tenu à apporter son soutien à cette initiative. Celle-ci a pu manifester la richesse du débat quand différents niveaux de pouvoir se mettent ensemble pour analyser des choix politiques aussi essentiels que ceux qui sont pris dans une instance comme celle de l'OMC, ainsi que l'intérêt d'y associer étroitement les forces démocratiques actives dans le mouvement alter mondialiste.

    L'arrêt des négociations à l'OMC devrait être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance.

    Cette rencontre a eu lieu le 12 septembre à l'hôtel de ville de Liège. Elle a permis de faire un pas important. Les ministres Courard et Marcourt se sont engagés à soutenir deux avancées proposées par l'ensemble des participants, à savoir : l'organisation d'un débat public au sein du parlement wallon, ainsi qu'une prise  de position du gouvernement wallon de déclarer la Région wallonne zone non AGCS. Ce serait une première en Europe, en sachant qu'aux Etats-Unis, les Etats du Maine et de l'Oregon ont officiellement déjà fait une démarche dans ce sens. Étant donné le pouvoir d'intervention du gouvernement wallon dans ce dossier, ce serait bien plus qu'un geste symbolique. Ce serait la manifestation d'un engagement politique fort aux côtés de nombreux démocrates qui assument leur condition de citoyens à d'autres niveaux de responsabilité, en espérant que la Région wallonne assurera le relais.

    En prononçant la Région wallonne " zone hors AGCS ", le gouvernement ne mettrait pas en cause le nécessité d'une organisation mondiale du commerce, mais s'engagerait à soutenir et à appuyer une orientation toute différente pour l'avenir des services , qui ne devraient plus être considérés comme des marchandises livrées aux règles de la concurrence, mais comme des biens correspondant à des droits inaliénables et inséparables, permettant à chacun de nous de vivre et de se développer en conformité avec la dignité humaine.

    Les villes et les communes, qui sont en première ligne pour assumer cette mission, ont bien compris que l'orientation prise actuellement par l'AGCS ne leur permettait pas d'y répondre. L'arrêt des négociations à l'OMC devrait donc être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance. En Wallonie, le débat est ouvert.

     

    Willy Taminiaux – Président de l'Union des Villes et des Communes, Bourgmestre de La Louvière.

    Willy Demeyer – Bourgmestre de Liège.

    Claude Emonts – Président du CPAS de Liège, membre du bureau de l'UVCW.

    Jacques Van Gompel – Bourgmestre de Charleroi.

    Benoît Bennils – secrétaire communal adjoint de la Ville de Charleroi.

    Anne Demelenne – Présidente de la FGTB wallonne.

    Jean-Claude Vandermeeren – Secrétaire général de la FGTB wallonne.

    Claude Raulin – Secrétaire général de la CSC.

    Marc Becker – Secrétaire national de la CSC.

    Francis De Walque – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

    Jos Ovenbuch – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

     

    Extrait du journal Le Soir

     


     

    Le terrorisme à la sauce belge.

     

    Ecofin-2006-04-002

    Petite histoire : En 2001, la Belgique préside aux destinées européennes et organise donc comme il se doit une série de sommets européens sur son territoire. Reynders, déjà ministre des finances, en profite pour situer en terre liégeoise un "ECOFIN" (sommets des ministres de l'économie et des finances), au palais des congrès de Liège. Cela se passera les samedi 22 et dimanche 23 septembre 2001...

    Depuis Seattle, les grands sommets sont accompagnés de contre-mobilisations sociales, syndicales et associatives. Pour se "prémunir" contre cela, et d’autres choses, le ministre de la justice de l'époque, Marc Verwilgen, a fait promulguer une nouvelle loi, dite de lutte contre les organisations maffieuses et le crime organisé, qui permet aux forces de l' ordre de mener des enquêtes "pro-actives".

    Deux événements marqueront cet été 2001 : en juillet le G8 à Gènes et les féroces répressions orchestrées par le gouvernement Berlusconi qui ont conduit, notamment, à l'assassinat de Carlo Guilliani par la police ; et le fameux" 11 septembre à New-York...

    Contre cette "ECOFIN", suite à ces événements, les organisations syndicales et les ONG n'osent pas organiser une mobilisation durant le sommet lui-même, elles manifesteront donc la veille, le 21 septembre.

    Une série de militants liégeois, politiques et associatifs, n'accepteront ni la pression des autorités pour éviter toute manifestation simultanée au sommet, ni l'instauration d'un zone rouge extrêmement large autour du lieu où il se passera. Ils créent donc un collectif, "S22 vers D14", qui aura pour objet l'organisation d'une manifestation "régionale" le samedi 22 septembre, comme pré-mobilisation en vue de la manif internationale à Bruxelles le 14 décembre.

    Ce collectif se dote de trois portes-parole : Raoul Hedebouw, Arnaud Leblanc et moi-même. Le collectif rédige donc des communiqués de presse, des tracts,  des affiches, des courriers au Bourgmestre, etc. signés de nos trois noms. Le samedi 22, la manifestation a lieu, avec l'autorisation préalable du Bourgmestre, elle réunit 3000 participants, elle se déroule dans le calme et sans le moindre incident....

    Début 2002, nous recevons tous les trois (plus une 4ème personne que seul Arnaud connaît à peine et qui avait animé une soirée "dance" en promotion de la manif du 22) une convocation devant la Chambre du conseil sous le chef d’inculpation d'association de malfaiteurs et de constitution d'organisation criminelle... Nous découvrons dans le dossier que cette "dénomination", collée à nos activités politiques publiques et respectueuses des lois, permis aux forces de l'ordre d'instaurer filatures, écoutes téléphoniques, introductions de demandes pour accéder à nos messages e-mails...

    Heureusement pour nous, la Chambre du conseil a rendu un jugement de non-lieu en notre faveur le 8 septembre 2003.

    Dont acte, je crois donc l'affaire classée...

    Voici quelques jours, je reçois un avis de recommandé... Il concerne à nouveau cette affaire. La Chambre des mises en accusation de la cours d’appel de Liège examinera le 6 novembre 2006 un appel de l'ordonnance de non-lieu rendue par la chambre du conseil du tribunal correctionnel le 8 septembre 2003...

    Ce matin, j'ai téléphoné au greffe...

    Et le seul élément que j'ai appris, c'est que c'est le parquet qui avait interjeté appel de la décision première. Je vais essayer d'en apprendre plus dans les prochains jours...

    Le message se terminait par l'appel suivant!

    "Le carrousel a redémarré, on est repartit pour un tour..."

    "Bref, si vous ne savez quoi faire le 6 novembre et que vous n'avez jamais eut l'occasion de visiter l'architecture néogothique du palais de justice de Liège, peut-être trouverez-vous là une occasion de venir me dire bonjour, ainsi qu'à mes trois co-accusés (N.B. il ne sera pas encore utile cette fois-là de déjà m'apporter des oranges)".

    Didier Brissa

     


     

    Coup de gueule : Vraiment, vous ne voyez pas?

     

    sharonbush

    Amira Hass publié le samedi 2 septembre 2006." En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété."Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de " Tu nous as élu (parmi toutes les nations) " Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants. Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août). Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens, citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ? Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication " Nous ne savions pas ", nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau. Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers, que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de

    Médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4 millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner en file des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heure après heure, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35 ans ou moins : Yalla! retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem, il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement. Le site de  Machsom Watch est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris. En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.

     

    Amira Hass dans Haaretz

     

     

    Bolivie, La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales.

    Morales1

     

    Les dix transnationales qui exploitent les hydrocarbures boliviens ont accepté de nouveaux contrats beaucoup  plus favorables à l’État. La Paz prend le contrôle de la  commercialisation et voit ses revenus exploser. Il y a peu, à peine quelques heures après l’échéance fixée par le gouvernement, la dixième transnationale pétrolière active en Bolivie posait à son tour son paraphe. La “nationalisation soft” des hydrocarbures annoncée par Evo Morales le 1er mai dernier devenait réalité. Dès la ratification parlementaire, la société d’État YPFB reprendra à son compte leur commercialisation et cogérera l’exploitation des 54 gisements boliviens avec les transnationales devenues “prestataires de service” pour le compte de la puissance publique. Financièrement, la Bolivie annonce une multiplication par huit de ses revenus d’ici 2011. Pour le président bolivien, qui a besoin de ces pétrodollars pour financer son projet socio-économique, c’est un succès incontestable. Au point d’être célébré jusque dans les rangs de l’opposition ! Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de se souvenir qu’il y a quatre ans exactement, le gouvernement néolibéral de Gonzalo Sanchez de Lozada faisait donner la troupe contre les mouvements sociaux mobilisés en faveur de la nationalisation des hydrocarbures. La fameuse “Guerre du gaz” allait coûter la vie à une septantaine de manifestants et pousser “Goni” à l’exil. Elle marquait aussi un tournant historique pour ce pays comptant deux tiers de pauvres, malgré les deuxièmes réserves continentales de gaz naturel. Confiée aux transnationales cinq ans plus tôt, la principale richesse bolivienne rapportait alors à peine 300 millions de francs par an aux caisses de l’Etat.

     

    Cogestion Etat-privé.

     

    Lorsqu’il prend le pouvoir en janvier 2006, Evo Morales est bien conscient de ce risque, d’autant que les principaux investisseurs étrangers proviennent de l’incontournable voisin brésilien. Le nouveau chef de l’Etat sait également que la petite société publique YPFB serait incapable d’exploiter seule, du jour au lendemain, les cinquante-quatre puits du pays. Sous l’influence de son vice-président Alvaro García Linera, M.Morales opte alors pour une stratégie de cogestion qu’il présente le 1er mai : l’Etat nationalise le commerce et le raffinage de l’or noir et augmente sa part des recettes, tout en garantissant à ses « partenaires » privés un retour sur investissement suffisant pour éviter leur départ du pays. Une nationalisation partielle –“sans expropriation”- qui doit prévenir la multiplication de contentieux entre la Bolivie et ses concessionnaires devant les tribunaux. Décidé à mettre les transnationales sous pression, M. Morales leur donne 180 jours pour se conformer aux nouvelles règles du jeu ou abandonner leurs puits.

     

    Autorité et souplesse.

     

    Cet audacieux pari -que nombre d’analystes jugèrent alors comme téméraire-, la Bolivie est en passe de le remporter (la question des raffineries n’est pas encore réglée). Non seulement les revenus fiscaux de La Paz vont prendre l’ascenseur -1,25 milliard de francs annoncés en 2007 ou 23% du PIB – mais les dix compagnies transnationales ont promis quelque 2,5 milliards de francs d’investissements durant les prochaines années ! Un miracle? Bien plus le fruit d’une analyse lucide de la situation et d’une méthode éprouvée de longue date : la carotte et le bâton. Par son décret de “nationalisation” prononcé -militaires à l’appui- depuis un champ gazier, M.Morales a su marquer l’autorité nouvelle de l’Etat bolivien. A des compagnies soudainement conscientes qu’elles pouvaient tout perdre, il a fait ensuite miroiter trois marchés captifs -le bolivien, l’argentin et le brésilien-, des contrats de dix à  trente ans et une rentabilité assurée (le chiffre de 15% est avancé contre 40% environ aujourd’hui).

     

    Encourager l’investissement.

     

    En outre, La Paz a proposé un système d’encouragement à l’investissement qui garantit des gains exponentiels selon la manne dévolue par la transnationale au développement de “ses” installations. A contrario, un forage déjà rentabilisé sera surtaxé. Voire, cette fois, réellement nationalisé. Outre ce système dit de “contrat d’exploration et d’exploitation avec risques”, les derniers doutes ont été levés grâce à un barème d’impôt adapté à la taille de l’exploitation et à la perte globale subie par l’entreprise lors de la “nationalisation”. Selon des chiffres non officiels, les prélèvements s’étaleraient entre 50% (pour les plus petits gisements) et 82% (taux le plus fréquemment appliqué).

     

    Questions en suspens.

     

    Bien sûr, le triomphalisme d’Evo Morales -qui célèbre sa “nationalisation sans indemnisation”- doit être observé avec circonspection. Il faudra d’abord connaître le détail des contrats et jauger de la bonne foi des signataires pour savoir si le gouvernement d’Evo Morales a réellement trouvé la bonne formule. L’inexpérimentée YPFB saura-t-elle contrôler réellement les opérations de ses partenaires sans se faire gruger? Combien coûtera à l’Etat la nationalisation manquante des raffineries et du système de transport des hydrocarbures? Celle-ci permettra-t-elle d’industrialiser davantage le gaz en Bolivie, afin d’apporter emplois et valeur ajoutée? Brasilia acceptera-t-elle de revoir à la hausse son prix d’achat du gaz bolivien? On le voit, les 5 milliards de francs de recettes annuelles annoncées par Evo Morales pour 2010 demeurent encore théoriques.

     

    Où sont les réalistes?

     

    Mais au-delà des interrogations qui subsistent, quelques leçons peuvent déjà être tirées. En premier lieu, la confirmation est donnée que les gouvernements néolibéraux des années 1990 -qui ont soldé les ressources naturelles boliviennes au nom du “réalisme économique”- étaient composés de fieffés escrocs. Sinon comment expliquer que les multinationales qui ont vu leurs impôts passer de 18% à 82% annoncent unanimement leur intention de poursuivre leurs investissements en Bolivie? En second lieu, on constate avec plaisir qu’un gouvernement sachant allier fermeté et souplesse peut faire plier les multinationales les plus puissantes de la planète. Même lorsqu’on est à la tête du pays le plus démuni d’Amérique du sud.

    Benito Perez, Le Courrier

     


     

    Pas de solution au conflit israélo-libanais sans une résolution du conflit israélo-palestinien.

     

    guerre liban

    Le débat sur la situation au Moyen Orient était très attendu hier au Parlement européen de Strasbourg, où les députés européens s'étaient réunis pour écouter le Conseil et la Commission européenne sur l'attitude à adopter par l'Europe dans cette région du Monde. Je vous propose de trouver ci dessous l'intervention de Véronique De Keyser, Députée européenne belge et coordinatrice PSE des affaires étrangères.

     

    "Nous avons assisté cet été à un scénario incroyable, qui s'est terminé dans un bain de sang : plus de 1OOO Libanais tués, pour la plupart des civils, un pays totalement détruit, des infrastructures en ruine, une mer polluée, une agriculture empoisonnée, et des armes prohibées qui continuent à tuer aujourd'hui.  Un désastre pour le Liban et bien des blessures pour Israël où les dégâts heureusement ont été moindres.  Et durant cette tragédie: un scandale: l'ONU, paralysée par les États-Unis, incapable d'obtenir un cessez le feu immédiat, car il fallait laisser à Israël le temps de "terminer le travail sur le terrain".  Les mots ont été travestis: un massacre de civils s'appelle désormais- une riposte disproportionnée et indiscriminée.  Envahir un pays c'est repousser une milice.  Nettoyer un mouvement de résistance, c'est- rechercher un soldat kidnappé. Mais personne n'est dupe.  La guerre était planifiée, elle impliquait de multiples acteurs comme la Syrie et l'Iran, mais aussi à travers Israël, les États-Unis qui  expérimentent encore leur concept désastreux de "déséquilibre constructif pour redessiner le Moyen Orient".  Il a une fois de plus montré ses limites.  Car le conflit a des racines profondes.  Elles sont en Palestine, toujours sous occupation, toujours en attente d'un État, dont la moitié du gouvernement et du Conseil législatif élus démocratiquement sont en prison. Il faut, là aussi un cessez le feu et une force d'interposition.  Tandis que les Libanais mouraient presque sous les caméras, 25O Palestiniens perdaient la vie discrètement sous l'occupation.  On ne résoudra rien au Moyen Orient si on ne solutionne pas ce conflit avec le soutien de toute la communauté internationale, y compris les pays arabes, y compris les Palestiniens, Israël et les États-Unis.  Merci à la France et à l'Italie de l'avoir rappelé, merci à la présidence finlandaise d'avoir repris ce chantier et d'ouvrir les négociations avec tous les acteurs y compris la Syrie et l'Iran.  Nous appelons à une Conférence Internationale sur la Paix.  C'est la réponse européenne au concept de déséquilibre constructif américain.  C'est d'ailleurs la seule réponse possible.

     

    Nous sommes soulagés aujourd'hui mais on ne peut dire- la page est tournée. L'Europe va certes, aider à la reconstruction du Liban mais jusque à quand allons nous passer au tiroir caisse, sans demander des comptes à ceux qui détruisent? On estime la reconstruction du Liban à près de 15 milliards d'euros! Je propose d'introduire le concept de destructeur payeur- sur le modèle du pollueur payeur. Qui casse paie, c'est le minimum.  Pour les morts hélas, la page est définitivement tournée. "

     

    Véronique De Keyser, députée européenne belge (PS)

     

  •  Nouvelles n° 107: Liberté d'expression - Le prix à payer - Libres propos (Freddy Guide et Benoît Flandre)

    L'autocensure décidée sous la pression n'est pas réservée au débat européen touchant à l'islam, en témoigne l'affaire qui agite depuis quelques jours les intellectuels américains.

     

    Liberté d'expression.

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    L'historien Tony Judt, éminent professeur à l'université de New York, devait donner au consulat polonais une conférence sur le lobby pro israélien aux Etats-Unis. Quelques heures avant le début de la conférence, le consul général, Krzysztof Kasprzyk, décide d'annuler la

    conférence. Après avoir parlé au président de l'Anti-Defamation League (ADL) association de lutte contre l'antisémitisme, il a pris peur d'une campagne contre son pays. Scandalisé, Judt considère que l'affaire pose la question de la liberté d'expression aux Etats-Unis : «Il y a des similarités avec les récents problèmes que vous avez eus en Europe. Nous avons ici des imams juifs, mais non religieux», nous déclarait-il hier.

    L'affaire émeut le monde universitaire, au-delà des frontières américaines. Une pétition circule. Car Tony Judt, Britannique de 58 ans, juif, n'a pas vraiment le profil d'un antisémite. Militant sioniste dans sa jeunesse, il est depuis devenu très critique de l'occupation des Territoires palestiniens

    Très indépendant d'esprit, c'est aussi un ancien élève de l'Ecole normale supérieure, ami de nombreux intellectuels français.

    Le directeur de l'ADL, Abe Foxman, dément avoir exercé une quelconque «pression», et le Consul affirme qu'il a pris sa décision «de lui-même» après avoir entendu les «préoccupations» de l'ADL. Selon Judt, pourtant, l’ADL l'aurait menacé d'une campagne de presse.

    L'affaire vient s'ajouter à d'autres récents incidents similaires. Plusieurs universitaires sont dans le collimateur des lobbies pro israéliens. Le professeur Juan Cole (université du Michigan) s'est vu fermer la porte de Yale, et son collègue Joseph Massad (Columbia), à la suite de protestations, a fait l'objet d'une enquête pour antisémitisme (qui l'a blanchi). A New York, une pièce de théâtre consacrée à la militante américaine pro palestinienne Rachel Corrie, écrasée par un bulldozer israélien, a été déprogrammée sous la pression, et un architecte réputé, Richard Rogers, a été menacé de perdre des chantiers s'il ne coupait pas les liens avec un groupe appelant au boycott d'Israël.

     

    Pas d'éditeur.

    Enfin, deux auteurs, John Mearsheimer, de l'université de Chicago, et Steven Walt, doyen de la prestigieuse Harvard Kennedy School of Government, n'ont pas réussi à trouver d'éditeur américain pour leur étude consacrée au lobby pro israélien. Leur travail a finalement été publié par The London Review of Books.

     

     Extrait de  Libération

     

     

    Vraiment, vous ne voyez pas ?

     

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    En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété."Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de " Tu nous as élu [parmi toutes les nations] " Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants. Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les

    Dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août).Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ? Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de

    Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication " Nous ne savions pas " ? Nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau. Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers,que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de

    Médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner enfile des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heures après heures, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35ans ou moins : yalla, retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem,il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement. Le site de " Machsom Watch " est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris. En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.

     

    Amira Hass (Extrait de Haaretz "

     


     

    LIBRES PROPOS

     

    Comment Israël compte-t-il dessiner ?

     

    Quand Monsieur Olmert propose d’évacuer les juifs des implantations, il s’agit d’enlever les petites implantations pour les renforcer les gros blocs de colonies. Que dire de Jérusalem-Est ? Israël a littéralement isolé ses habitants de la Cisjordanie en dépit de toute référence aux lois internationales et a ordonné la démolition de 88 maisons qui abritent les1.000 habitants de Swilan, quartier palestinien de Jérusalem-Est.

    Je vous conseille vivement de consulter la carte  de la Cisjordanie actuelle visible sur le site de l’Association Belgo-Palestinienne. Et Enfin, je pourrais énumérer les incohérences successives de l’Etat d’Israël qui tient un discours de paix pour promouvoir une bonne image au sein de la Communauté internationale mais qui pratique une politique brutale et unilatérale à l’égard de ce qu’il reste de la Palestine. Cette lettre serait interminable.

    Chacun connaît le discours de l’état d’Israël prônant la paix. Combien de fois n’a-t-on pas entendu ces mots dans la bouche de responsables politiques israéliens ? Combien de fois n'avons-nous pas déchantés car tout ça « c’était du cinéma » comme on dit chez nous, en vue de donner bonne conscience à la Communauté internationale ? A votre avis qui a encouragé l’implantation du Hamas en Palestine à l ‘époque où l’on essayait d’évincer Yasser Arafat à tout prix ? Qui a demandé à M. Mamoud Abbas que le Hamas puisse prendre part aux élections ? Qui ? Si ce n’est M. WW Bush Im self ?

    Savez-vous, Madame, que la résistance des populations occupées sont reconnues par la Convention de Genève comme étant un droit et que « terrorisme» ne figure nulle part dans le droit international ?

    De telles lacunes sont impardonnables pour un journal qui s’adresse prioritairement aux jeunes. . Cela s’apparente furieusement à de la propagande…Je pense que je ne renouvellerai pas mon abonnement au journal « Le Soir » qui contribue à la désinformation ambiante des médias.

     

    Freddy Guidé

     

     

    L'Europe fait le jeu des extrémistes

     

    La suspension des aides financières de l'Europe n'atteindra pas du tout son objectif (contrer le Hamas au profit des partis laïcs tel FATH).  Son point de vue rejoint celui d'autres qui connaissent bien le terrain et notamment celui défendu par Leïla Chahid lors de la conférence tenue dernièrement au Musée de la Photographie.

    La situation catastrophique qui s'annonce fera le jeu des mouvements islamistes intégristes ... pires que la Hamas encore. 

    A croire que nos dirigeants européens sont aveugles ou n'ont aucune notion de stratégie ... à moins que la stratégie ne soit de suivre les positions prises par le "grand frère" d'Outre-atlantique même quand la vie d'une population déjà trop délaissée voire ignorée en dépend.

    L'Europe aurait-elle perdu le courage de prendre des positions qui vont à l'encontre de celles dictées par George W. Bush ?

    Benoît Flandre

     

     

    Organisations terroristes d’hier et d’aujourd’hui

     

    Actuellement, le débat fait rage en France à propos d’un visa accordé par l’état suédois à M. Alef Edwane, Ministre palestinien des réfugiés du Hamas. Ce ministre d’un parti démocratiquement élu ce 25 janvier 2006, se rendait en Suède où il était invité à un colloque sur le droit au retour.

    L’Europe a suspendu toute aide au gouvernement palestinien et par la même occasion affame une population déjà fragilisée sous prétexte qu’elle a mal voté. L’’état d’Israël fait mieux, il ne restitue pas la perception des taxes d’importations, un pactole mensuel de 50 millions de dollars qui revient de droit à l’Autorité palestinienne. Sous d’autres latitudes cela s’appelle du vol (en Belgique on emprisonne les voleurs pour des butins autrement moins importants !). L’Europe joue avec une matière explosive qui risque de lui sauter à la figure.

    Si mes souvenirs sont exacts, l’Europe a été moins scrupuleuse lorsqu’il s’agissait d’absoudre des milices terroristes juives telles que la Hagana, Stern ou Igroun dirigées par M. Ben Gourion. Si ma mémoire est fidèle, ces milices étaient armées par l’Union Soviétique !

    Ces mouvements terroristes n’avaient rien à envier à leurs contemporains. L’Europe a bien vite fermé les yeux devant les exécutions de soldats britanniques, l’explosion de l’Hôtel David à Jérusalem, le massacre de Dier Yassine… Les terroristes d’hier sont devenus maîtres d’un état hautement respectable mais peu regardant quand il s’agit d’appliquer les résolutions de l’ONU. Nous vivons une bien curieuse époque ou l’agresseur devient victime et la victime un agresseur. Il faudra bien un jour que l’on m’explique à quoi rime ces attitudes incohérentes !

    Freddy Guide

  • Nouvelles n° 107: Jaurès est un mythe (Pierre Outteryck)

    Jaurès est un mythe.

     

    jaurès

    Nous reproduisons ci-après le remarquable texte que notre camarade  Pierre OUTTERICK, agrégé d’histoire et responsable de la Maison d’Edition «  Le Geai bleu » nous a fait  parvenir suite à son intervention lors du colloque organisé par l’asbl Le Progrès et l’ACJJ en octobre 2005.   

     

    Jaurès est un mythe, et c'est un mythe fondateur, fondant la trame et la chaîne du mouvement ouvrier français. Qu'aurait-il fait au lendemain de la déclaration de guerre? Les exégètes chercheront dans ses discours des bribes de réponse. Pourtant, quelques mois auparavant, il avait prévenu: les jours enthousiastes de la mobilisation passés, le peuple mesurera la tragédie dont il est fait victime. Vision prémonitoire de ce prophète désarmé! La droite, qui le voue aux gémonies, qui salue le bras assassin, cette droite revancharde, cette presse vouée à un patronat prêt à tout, a bien compris quel était son adversaire. Jaurès, qui le savait, ne recula point, ne se tut pas. Il fallait que Raoul Villain l'assassine pour espérer que le mythe s'effondre. Mais la première guerre mondiale, son déroulement, sa tragique apocalypse, donna raison à la prémonition de Jaurès. Que nous importe ce qu'il eût fait, puisqu'il n'eut pas à le faire? L'historien n'a pas à dessiner les hyperboles du "si…", il doit rendre compte le mieux possible, le plus honnêtement possible, de ce qui fut et de ses conséquences.

     

    Jean Puissant nous a parlé de la dureté de la vie des travailleurs belges à la fin du 19e siècle. Les salariés français connaissaient la même précarité, des difficultés identiques, un sort aussi peu enviable. Dans la région du Nord, que j'ai appris à connaître, malgré le paternalisme récurrent du patronat, les conditions de vie des ouvriers du textile de l'agglomération lilloise ou de Fourmies, les tisserands de Caudry, les tullistes de Calais, les métallos du Val de Sambre ou du Valenciennois, les mineurs du Pays Noir si proches du Borinage belge, les salarié(e)s des ports, vivaient au bord ou aux franges de la misère. Dans ce sud-ouest que connaît Jaurès, les verriers de Carmaux ou d'Albi et les mineurs vivent les mêmes affres que leurs camarades du Nord - Pas de Calais. Ne parlons pas des petits métayers, des ouvriers agricoles si nombreux dans l'Albigeois, la Montagne Noire ou l'Aveyron, que peut parcourir Jean Jaurès. Face à ces travailleurs, un patronat rural, industriel ou urbain, arrogant, omniprésent, sûr de lui et dominateur, règle leur vie et une société qu'ils voudraient immuable. Dans cette région du Nord, si proche de Charleroi, la richesse accumulée par les mineurs, métallos ou ouvriers du textile, sert avant tout la croissance des profits, plutôt que le développement humain, comme l'indique, dans sa thèse sur le Bassin Minier, l'historien Marcel Gillet. Avant 1914, les villes minières, et particulièrement les corons, sont peu éclairées. Leurs rues sont mal pavées; souvent, ce ne sont que chemins boueux l'hiver, poussiéreux l'été; l'assainissement y est inconnu. Aucun bâtiment public n'y a été créé, si ce n'est l'église, d'où le prêtre surveille le bon comportement des mineurs, et, de-ci de-là, une "Goutte de lait" favorisant le développement de futurs forçats de la mine.

     

    Né en 1859 dans une famille aisée, Jaurès est au premier abord un universitaire brillant. Néanmoins, la chose politique l'intéresse. En 1885, le voilà élu député sur une liste centre-gauche: ses convictions républicaines sont fermes et assurées. Très vite, il va aller bien au-delà de ce républicanisme bon teint. Maîtrisant l'allemand, il étudiera la philosophie allemande et sera à la fin du 19e siècle, un des rares français ayant lu dans le texte Karl Marx. Le massacre de Fourmies, lors du 1er mai 1891, et son côtoiement journalier avec la misère et l'engagement des ouvriers de Carmaux et d'Albi finiront par ébranler ses convictions radicales. Dès 1892, il franchit le pas et se retrouve parmi les dirigeants du mouvement socialiste français marqué par les luttes de 1848 et la Commune de Paris, fragmenté autour d'une pléiade de responsables parmi lesquels Jules Guesde, Brousse, Allemane, Edouard Vaillant…Il est de bon ton en France de considérer Jaurès comme un réformiste de bon aloi, d'un commerce acceptable. Parallèlement Jules Guesde, présenté comme sectaire, étroit, Karl marxiste, est stigmatisé. Dans un récent article paru dans L'Express où il se gausse des partisans du "non", Bernard-Henri Lévy les présente comme les derniers avatars rétrogrades et attardés du guesdisme, alors qu'il décrit au contraire les politiciens favorables au "oui" comme des gens d'avenir partisans de Jaurès. Dans son dernier ouvrage, Michel Rocard soutient la même thèse. Nous aimerions, dans cette brève intervention, contredire ces affirmations.

     

    A plusieurs reprises, Jean Jaurès vint dans le Nord et le Pas de Calais. Nous retiendrons deux de ses visites. A chaque fois, Jaurès s'affronta à des situations difficiles et à des débats fondamentaux : en 1900, pendant plus de 90 minutes, sous la présidence du maire de Lille Gustave Delory, Jaurès eut à s'expliquer face à Jules Guesde et à plus de 8000 militants socialistes, c'était le mot de l'époque, plutôt favorables aux thèses guesdistes. Six ans plus tard en 1906, il vint à Lens pour soutenir les mineurs en grève après l'épouvantable catastrophe de Courrières. Le 3 avril, à la Chambre des Députés, il prit, à l'égard du patronat minier, une position intransigeante.

     

    Le 16 novembre 1900, à quelques centaines de mètres de la Préfecture, à la salle de l'hippodrome, plus de 8000 ouvriers écoutent, non sans réagir, la controverse Guesde - Jaurès. En dehors de quelques scories conjoncturelles, ce débat nous parle encore aujourd'hui. Au long de ces quelque 90 minutes, deux thèmes majeurs sont abordés. Guesde et Jaurès sont, au tournant du siècle, les figures de proue du socialisme français. Leur parcours est en apparence similaire. Avant de s'engager auprès de la classe ouvrière dont ni l'un ni l'autre ne sont issus, ils furent des républicains "avancés". Guesde, de dix ans l'aîné, fit ses premières armes en s'opposant au Second Empire; Jaurès fut député sur une liste de centre-gauche en 1885. Devenus socialistes, l'un et l'autre cherchèrent à connaître l'œuvre de Marx. En 93, Jaurès et Guesde sont élus députés, le premier à Carmaux grâce au vote des mineurs et des verriers, le second à Roubaix fut l'élu des ouvriers du textile. Cinq ans plus tard, tous deux furent stigmatisés par le patronat: en 1898, Eugène Motte, patron du textile, met tout en œuvre afin que Guesde soit battu: mensonges, intimidation, achat de bulletins de vote, insultes antisémites et xénophobes, tout est bon.  Dans le Tarn, Jaurès est victime d'une campagne tout aussi brutale et violente de la part du marquis de Soulages, propriétaire des mines de Carmaux. Guesde et Jaurès sont battus, ils demeurent cependant les dirigeants prédominants du mouvement ouvrier. Néanmoins, entre eux, les divergences sont nombreuses. L'affaire Dreyfus en 1898, et la participation du socialiste indépendant Alexandre Millerand au Gouvernement Waldeck-Rousseau, vont les attiser. Soyons clairs: Guesde, autant que Jaurès, considère scandaleuse et inique la condamnation de Dreyfus pour haute trahison. Guesde, autant que Jaurès, condamne l'antisémitisme, facteur principal de cette condamnation. Mais Guesde, lui, considère que le mouvement ouvrier n'a pas à se mobiliser pour défendre un officier bourgeois; les travailleurs ont d'autres combats à mener. Jaurès considère au contraire que défendre Dreyfus est une des actions que doit mener le mouvement ouvrier. Pour lui, aider Dreyfus, c'est aider tout citoyen, briser l'hégémonie réactionnaire et antirépublicaine de la caste militaire, défendre les droits de l'homme. La participation de Millerand au gouvernement Waldeck-Rousseau pose pour la première fois la question du rôle et de la place du parti socialiste, qui à l'époque se voulait parti de la révolution sociale, dans la vie politique nationale. Jaurès, considérant la République en danger et sans perdre l'objectif de la révolution socialiste, soutient l'initiative de Millerand. Guesde et l'Internationale Socialiste la condamnent, assimilant le positionnement de Jaurès à celui du révisionniste Berstein qui, lui, a abandonné l'objectif de la révolution socialiste.

     

    Ces deux questions sont au cœur de la controverse; malgré les expériences du mouvement ouvrier français au 20e siècle, elle continue de susciter débat en cette orée du 21e siècle. Certes, nous pouvons comprendre que le manque d'expérience, la faiblesse, les peurs, des dirigeants de l'Internationale Socialiste, les aient poussés à condamner le choix de Jaurès.

    Cependant, en soutenant Alexandre Millerand et en défendant Dreyfus, Jean Jaurès soulève deux problèmes:

     

    -          La classe ouvrière ne peut se désintéresser des formes de domination institutionnelle que met en place la bourgeoisie. Jaurès indique en effet que le soutien qu'il apporte à Millerand est lié à ses craintes de voir la Réaction renverser la République opportuniste et mettre en place un régime plus répressif encore. Il est possible qu'il ait surestimé le danger; mais l'appréciation que nous pouvons porter aujourd'hui sur la situation politique des années 1899-1900 n'invalide pas l'argumentation de Jaurès. Plus largement, il pose, comme le fera vingt ans plus tard Lénine, convainquant difficilement ses camarades bolcheviques, le droit et la capacité du mouvement ouvrier à participer à la direction d'une nation.

     

    -          En mobilisant la classe ouvrière pour la défense de Dreyfus, Jaurès développe la même idée: la révolution socialiste n'est pas un grand soir, une fracture totale et brutale, même si, selon lui, il existera une transformation radicale du rapport des forces. La société socialiste sera beaucoup plus aisée à construire si, dans le legs laissé par l'ancien régime bourgeois, il existe des éléments utilisables. Toutes les conquêtes morales, sociales, économiques, politiques, faites durant l'ancien régime, seront des points d'appui favorisant l'édification de la nouvelle société.

     

    A-Dreyfus

     

    Dans la dernière partie de cette soirée, Guesde et Jaurès s'interrogent sur les conditions nécessaires à la révolution socialiste. A aucun moment, Jules Guesde ne dénie à Jaurès le titre de révolutionnaire. Guesde insiste essentiellement sur le rôle du parti, sur le combat de classes et les contradictions existant entre les forces productives et les rapports de production, suivant la terminologie de l'époque. Jaurès, qui connaît Marx aussi bien si ce n'est mieux que Guesde, ne sous-estime pas le rôle des contradictions fondamentales qui peuvent favoriser l'éclosion d'une révolution socialiste. Il ne mésestime ni le combat du mouvement ouvrier ni le rôle du parti, et de sa nécessaire unité. Rappelons qu'en 1905-1906, lors de la construction de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (S.F.I.O.), Jaurès minoritaire acceptera sans sourciller des consignes politiques opposées à ses propres thèses, en particulier celles concernant le refus de toute participation de dirigeants socialistes  à des gouvernements bourgeois. Jaurès insiste, durant la fin de cette controverse, sur le rôle fondamental de l'utopie et du rêve: l'utopie et le rêve sont selon lui les leviers indispensables pour permettre aux travailleurs d'envisager comme positive une transformation de la société. Le 20e siècle rendra justice à Jaurès. L'utopie soviétique, quel que soit son devenir connu de nous aujourd'hui, quels que soient les insuffisances et les crimes du régime soviétique, fut un levier considérable pour l'engagement dans le monde entier de plusieurs générations afin de participer au combat pour la transformation sociale et l'émancipation de l'humanité.

     

    Au début du printemps 1906, Jaurès revient dans la région du Nord. Le Bassin Minier est en deuil, les mineurs sont en colère. Le 10 mars, à 6h15 du matin, de violentes explosions ont ébranlé les galeries de la Compagnie des Mines de Courrières. Dans les corons, l'inquiétude marque les visages, le désarroi étreint les cœurs. Très vite, la rumeur annonce que plus de 1500 hommes sont prisonniers au fond. Pendant 48 heures, les équipes de sauveteurs ramènent quelques survivants et des corps déchiquetés par l'explosion. Au lendemain du deuxième jour, la direction de la Compagnie et les ingénieurs décident de fermer l'orifice des puits et d'inverser le sens de l'air dans les galeries et les bowettes: selon eux, il n'y a plus aucun survivant possible. Lors de l'enterrement des victimes, la foule gronde, empêchant la prise de parole des ingénieurs. Depuis longtemps, un incendie couvait au fond de la mine; les murs de protection installés à la hâte s'étaient avérés insuffisants; à aucun moment, la direction n'avait arrêté l'exploitation de ce sous-sol aux veines rentables, préférant accroître les profits plutôt que de sécuriser le travail des ouvriers du fond. Tous les avertissements donnés par les délégués mineurs et les porions étaient demeurés sans réponse.

      

    A cette époque, le Bassin Minier du Nord - Pas de Calais était le principal pourvoyeur de la région parisienne et des industries en pleine activité des deux départements. L'exploitation minière concédée à près d'une vingtaine de compagnies privées, demeurait néanmoins surveillée par l'Etat, grâce aux textes réglementaires de 1810 et de 1838. L'Etat pouvait reprendre une concession en cas de mauvaise gestion; un corps d'ingénieurs d'Etat contrôlait l'exploitation du fond et les installations du jour. Parallèlement, les mineurs avaient à la fin du 19e siècle obtenu le droit d'élire des délégués afin de contrôler la sécurité dans les chantiers.

     

    Le maire de Lens, Emile Basly, était la figure tutélaire des mineurs du Pas de Calais. Lui-même, ancien ouvrier du fond, avait organisé la grève à Denain en 1884; cette lutte avait servi à Emile Zola pour écrire son fameux Germinal. Elu député sur une liste radical-socialiste en 1885, il partira dans le Pas de Calais. En 1890-1891, il organise le combat qui aboutira à la signature à Arras de ce que certains ont appelé les premières conventions collectives signées entre les syndicats des mineurs et les patrons des mines. A cette époque, le charbon tenait une place essentielle dans la vie économique et énergétique. Il était "le pain de l'industrie". Emile Basly avait très bien mesuré l'importance de la houille et le rôle que jouait l'Etat grâce au texte de 1810 et à l'importance que revêtait l'approvisionnement des centres industriels. Lors des conflits avec les compagnies minières, il sollicitait les représentants de l'Etat afin que ceux-ci fassent pression sur les patrons pour les contraindre à négocier. Néanmoins, la stratégie d'Emile Basly avait des limites. Il refusait d'engager les mineurs du Nord et du Pas de Calais, si nombreux et si puissants, dans des grèves d'ampleur nationale. Le syndicat qu'il dirigeait n'avait aucun lien avec la CGT naissante. En 1901, autour de Broutchoux, des mineurs du Pas de Calais décident de construire une autre organisation syndicale; surnommée "le jeune syndicat", elle adhérera très vite à la CGT. Le jeune syndicat va diriger, malgré la répression et l'arrestation de Broutchoux, la grève qui va se développer dans le Bassin Minier du Nord et du Pas de Calais du 13 mars au 30 avril 1906.

       Jaurès viendra à Lens. Il refusera de prendre position dans le conflit syndical qui oppose les partisans de Basly aux amis de Broutchoux, respectant ainsi l'indépendance syndicale et donc, avec quelques mois d'avance, la Charte d'Amiens votée par le congrès de la C.G.T. C'est à la Chambre des Députés, le 3 avril, que Jaurès prendra position sur ce conflit et qu'il s'opposera à Emile Basly. Quelques jours auparavant, le 30 mars, une nouvelle a brutalement rappelé la scandaleuse décision de fermer les puits et d'inverser l'aérage. Le 30 mars, trois semaines après la catastrophe, un événement extraordinaire bouleverse les corons: treize hommes, des réchappés, des rescapés, dira-t-on dans le Nord en créant ainsi un mot nouveau, sortiront de l'enfer. Le surlendemain, un dernier survivant retrouvera le jour. Les accusations redoublent. Si ceux-ci ont pu sortir, combien d'autres l'auraient pu sans la décision scandaleuse de la direction de la Compagnie de Courrières. Pour beaucoup, on préférait la remise en route rapide de l'exploitation afin d'assurer le maximum de profits à la recherche des survivants.

    A la Chambre des Députés, Emile Basly intervient longuement : comme il l'avait fait le 13 mars lors de

    l'enterrement des premières victimes, il ne met jamais en cause la direction de la Compagnie: il évoque la fatalité et attaque les ingénieurs jugés seuls responsables.  Jaurès au contraire, sans négliger le rôle des ingénieurs et en précisant qu'ils sont aux ordres du patronat, met en avant le désir effréné de faire des profits et pour cela de sacrifier la sécurité des mineurs. S'appuyant sur les textes de 1810, il demande au Parlement de voter la déchéance de la Compagnie de Courrières, et que cette déchéance devienne effective dès que l'enquête démontrera la responsabilité de la direction. Le ministre ne peut que s'incliner et doit mettre aux voix la proposition de Jaurès. Personne n'ose s'y opposer; ainsi, pour la première fois en France, un vote presque unanime de la Chambre des Députés admet la possibilité de nationaliser une compagnie des mines. Certes, le gouvernement laissera s'enliser l'enquête parlementaire; les enquêtes gouvernementales et judiciaires dédouaneront en grande partie la direction de la Compagnie de Courrières de sa responsabilité… L'intervention de Jaurès est pourtant riche d'enseignement:

     

    -          Allant au cœur de la question, il souligne la responsabilité du patronat. Selon lui, les ingénieurs ne sont que des exécutants. Ainsi, il laisse percer l'idée d'un dialogue possible entre la classe ouvrière et ces hommes, ingénieurs, techniciens ou employés souvent uniquement perçus comme des suppôts du patronat.

     

    -          Plus important encore: il énonce le droit de la Nation de se réapproprier les richesses nationales. Dans un projet élaboré grâce à sa connaissance des mines de Carmaux, il propose que les mines nationalisées soient gérées de façon tripartite: les salariés de la mine, l'Etat, et les consommateurs; parmi ces derniers, il distingue les industriels, gros consommateurs, et les consommateurs domestiques, tous deux devant être représentés. La solution proposée aux verriers d'Albi, à savoir la création d'une coopérative ouvrière, n'est pas pour Jaurès une panacée.

     

    Laisser croire, comme le disent certains, que Jaurès ne fut qu'un républicain quelque peu teinté de socialisme, un réformateur qui ne se serait attaqué qu'aux marges du capitalisme, et qu'aujourd'hui il serait de ceux qui plaident pour la politique du marché et la déréglementation, fait fi de l'histoire du mouvement ouvrier et de Jaurès lui-même. La droite et la bourgeoisie ne s'y sont pas trompées; en le stigmatisant, en armant la main de son meurtrier, en incitant au crime, elles ont pointé leur adversaire irréductible, le combattant infatigable non seulement pour la paix, mais contre un patronat et un système, le capitalisme, qui selon lui portait en lui la guerre comme les nuées l'orage.

      

    Oui, Jaurès est un mythe. En s'appuyant sur la réalité de son époque, en dénonçant les méfaits du capitalisme, il est capable à la fois de mettre en avant les questions clés qui se posent aujourd'hui encore à tous ceux qui veulent s'engager dans la lutte pour la transformation humaine, et en même temps de repérer, dans la société de son temps, tout ce qui permet au monde salarial d'améliorer ses conditions de vie et de travail.

     

    Mythe, grâce à la prise en compte de ces contradictions fécondes, mythe, car il a eu pour désir et volonté d'organiser de façon autonome le mouvement ouvrier en créant en 1904 le journal L'Humanité, en étant un des organisateurs de la S.F.I.O. Mythe, il le fut au même titre que Lénine en Russie, que Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht en Allemagne, que Gramsci en Italie.