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25/01/2007

Nouvelles n° 108: Quel avenir pour les services publics? - Le terrorisme à la sauce belge - Vraiment, vous ne voyez pas? - La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales - Pas de solution au problème israélo-libanais sans une solution..

Quel avenir pour les services publics ?
servicepublic

 

 

 

Les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont suspendues sine die depuis juillet 2006. Et il en va de même pour les négociations relatives à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS). Ce qui pourrait donc passer pour une bonne nouvelle aux yeux de ceux qui jugent particulièrement dangereuse l'ouverture au marché pour quantité de services, ne les rassure, au contraire,  pas du tout. Car la libéralisation des services continue à avoir le vent en poupe, même si l'expérience nous montre qu'elle conduit immanquablement une frange de plus en plus importante de la population à ne plus y accéder.

Le bon sens populaire a bien compris que quand les personnes deviennent des clients d'une institution chargée de leur assurer les services essentiels à leur devenir, c'est le portefeuille qui règle la nature du contrat, et non plus leur qualité de citoyen.

De plus en plus de démocraties prennent conscience que la crise que traverse l'OMC ne remet aucunement en question la philosophie qui sous-entend les objectifs qu'elle poursuit.

L'arrêt des négociations nous offre une opportunité à saisir, celle d'ouvrir un large débat public sur les conséquences déjà tangibles des politiques menées jusqu'ici par l'OMC.

En région wallonne, ce débat a commencé.

Une soixantaine de villes et de communes se sont déjà prononcées "Villes hors AGCS». En octobre 2005, la ville de Liège a été le théâtre d'une importante Convention internationale pour la promotion des services publics. Convention qui a élaboré la " Résolution de Liège " qui reprenait à la fois une analyse et des alternatives à promouvoir. Un des grands intérêts de cette Convention a été de mettre fortement en avant l'importance d'un travail de défense et de promotion des services publics, réalisé ensemble avec des élus locaux, les organisations syndicales et des associations citoyennes.

Ce travail en commun initié à Liège, s'est concrétisé ensuite par d'autres initiatives intéressantes, comme un débat très ouvert en février 2006 à Charleroi. En mai de cette année, c'est l'Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) qui a mis au point une motion au sujet de l'AGCS, motion particulièrement bien motivée et porteuse de demandes claires adressées aux gouvernements fédéral et wallon.

Sur la base de cette motion, et en appui, les villes de Liège et de Charleroi, avec la collaboration de l'UVCW, ont invité l'ensemble des élus des villes et des communes de Wallonie, les responsables wallons de la FGTB, de la CSC, et les Forums sociaux en vue, d’interpeller le gouvernement wallon. Le président de l'Association des Provinces Wallonnes a tenu à apporter son soutien à cette initiative. Celle-ci a pu manifester la richesse du débat quand différents niveaux de pouvoir se mettent ensemble pour analyser des choix politiques aussi essentiels que ceux qui sont pris dans une instance comme celle de l'OMC, ainsi que l'intérêt d'y associer étroitement les forces démocratiques actives dans le mouvement alter mondialiste.

L'arrêt des négociations à l'OMC devrait être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance.

Cette rencontre a eu lieu le 12 septembre à l'hôtel de ville de Liège. Elle a permis de faire un pas important. Les ministres Courard et Marcourt se sont engagés à soutenir deux avancées proposées par l'ensemble des participants, à savoir : l'organisation d'un débat public au sein du parlement wallon, ainsi qu'une prise  de position du gouvernement wallon de déclarer la Région wallonne zone non AGCS. Ce serait une première en Europe, en sachant qu'aux Etats-Unis, les Etats du Maine et de l'Oregon ont officiellement déjà fait une démarche dans ce sens. Étant donné le pouvoir d'intervention du gouvernement wallon dans ce dossier, ce serait bien plus qu'un geste symbolique. Ce serait la manifestation d'un engagement politique fort aux côtés de nombreux démocrates qui assument leur condition de citoyens à d'autres niveaux de responsabilité, en espérant que la Région wallonne assurera le relais.

En prononçant la Région wallonne " zone hors AGCS ", le gouvernement ne mettrait pas en cause le nécessité d'une organisation mondiale du commerce, mais s'engagerait à soutenir et à appuyer une orientation toute différente pour l'avenir des services , qui ne devraient plus être considérés comme des marchandises livrées aux règles de la concurrence, mais comme des biens correspondant à des droits inaliénables et inséparables, permettant à chacun de nous de vivre et de se développer en conformité avec la dignité humaine.

Les villes et les communes, qui sont en première ligne pour assumer cette mission, ont bien compris que l'orientation prise actuellement par l'AGCS ne leur permettait pas d'y répondre. L'arrêt des négociations à l'OMC devrait donc être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance. En Wallonie, le débat est ouvert.

 

Willy Taminiaux – Président de l'Union des Villes et des Communes, Bourgmestre de La Louvière.

Willy Demeyer – Bourgmestre de Liège.

Claude Emonts – Président du CPAS de Liège, membre du bureau de l'UVCW.

Jacques Van Gompel – Bourgmestre de Charleroi.

Benoît Bennils – secrétaire communal adjoint de la Ville de Charleroi.

Anne Demelenne – Présidente de la FGTB wallonne.

Jean-Claude Vandermeeren – Secrétaire général de la FGTB wallonne.

Claude Raulin – Secrétaire général de la CSC.

Marc Becker – Secrétaire national de la CSC.

Francis De Walque – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

Jos Ovenbuch – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

 

Extrait du journal Le Soir

 


 

Le terrorisme à la sauce belge.

 

Ecofin-2006-04-002

Petite histoire : En 2001, la Belgique préside aux destinées européennes et organise donc comme il se doit une série de sommets européens sur son territoire. Reynders, déjà ministre des finances, en profite pour situer en terre liégeoise un "ECOFIN" (sommets des ministres de l'économie et des finances), au palais des congrès de Liège. Cela se passera les samedi 22 et dimanche 23 septembre 2001...

Depuis Seattle, les grands sommets sont accompagnés de contre-mobilisations sociales, syndicales et associatives. Pour se "prémunir" contre cela, et d’autres choses, le ministre de la justice de l'époque, Marc Verwilgen, a fait promulguer une nouvelle loi, dite de lutte contre les organisations maffieuses et le crime organisé, qui permet aux forces de l' ordre de mener des enquêtes "pro-actives".

Deux événements marqueront cet été 2001 : en juillet le G8 à Gènes et les féroces répressions orchestrées par le gouvernement Berlusconi qui ont conduit, notamment, à l'assassinat de Carlo Guilliani par la police ; et le fameux" 11 septembre à New-York...

Contre cette "ECOFIN", suite à ces événements, les organisations syndicales et les ONG n'osent pas organiser une mobilisation durant le sommet lui-même, elles manifesteront donc la veille, le 21 septembre.

Une série de militants liégeois, politiques et associatifs, n'accepteront ni la pression des autorités pour éviter toute manifestation simultanée au sommet, ni l'instauration d'un zone rouge extrêmement large autour du lieu où il se passera. Ils créent donc un collectif, "S22 vers D14", qui aura pour objet l'organisation d'une manifestation "régionale" le samedi 22 septembre, comme pré-mobilisation en vue de la manif internationale à Bruxelles le 14 décembre.

Ce collectif se dote de trois portes-parole : Raoul Hedebouw, Arnaud Leblanc et moi-même. Le collectif rédige donc des communiqués de presse, des tracts,  des affiches, des courriers au Bourgmestre, etc. signés de nos trois noms. Le samedi 22, la manifestation a lieu, avec l'autorisation préalable du Bourgmestre, elle réunit 3000 participants, elle se déroule dans le calme et sans le moindre incident....

Début 2002, nous recevons tous les trois (plus une 4ème personne que seul Arnaud connaît à peine et qui avait animé une soirée "dance" en promotion de la manif du 22) une convocation devant la Chambre du conseil sous le chef d’inculpation d'association de malfaiteurs et de constitution d'organisation criminelle... Nous découvrons dans le dossier que cette "dénomination", collée à nos activités politiques publiques et respectueuses des lois, permis aux forces de l'ordre d'instaurer filatures, écoutes téléphoniques, introductions de demandes pour accéder à nos messages e-mails...

Heureusement pour nous, la Chambre du conseil a rendu un jugement de non-lieu en notre faveur le 8 septembre 2003.

Dont acte, je crois donc l'affaire classée...

Voici quelques jours, je reçois un avis de recommandé... Il concerne à nouveau cette affaire. La Chambre des mises en accusation de la cours d’appel de Liège examinera le 6 novembre 2006 un appel de l'ordonnance de non-lieu rendue par la chambre du conseil du tribunal correctionnel le 8 septembre 2003...

Ce matin, j'ai téléphoné au greffe...

Et le seul élément que j'ai appris, c'est que c'est le parquet qui avait interjeté appel de la décision première. Je vais essayer d'en apprendre plus dans les prochains jours...

Le message se terminait par l'appel suivant!

"Le carrousel a redémarré, on est repartit pour un tour..."

"Bref, si vous ne savez quoi faire le 6 novembre et que vous n'avez jamais eut l'occasion de visiter l'architecture néogothique du palais de justice de Liège, peut-être trouverez-vous là une occasion de venir me dire bonjour, ainsi qu'à mes trois co-accusés (N.B. il ne sera pas encore utile cette fois-là de déjà m'apporter des oranges)".

Didier Brissa

 


 

Coup de gueule : Vraiment, vous ne voyez pas?

 

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Amira Hass publié le samedi 2 septembre 2006." En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété."Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de " Tu nous as élu (parmi toutes les nations) " Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants. Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août). Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens, citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ? Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication " Nous ne savions pas ", nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau. Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers, que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de

Médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4 millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner en file des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heure après heure, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35 ans ou moins : Yalla! retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem, il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement. Le site de  Machsom Watch est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris. En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.

 

Amira Hass dans Haaretz

 

 

Bolivie, La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales.

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Les dix transnationales qui exploitent les hydrocarbures boliviens ont accepté de nouveaux contrats beaucoup  plus favorables à l’État. La Paz prend le contrôle de la  commercialisation et voit ses revenus exploser. Il y a peu, à peine quelques heures après l’échéance fixée par le gouvernement, la dixième transnationale pétrolière active en Bolivie posait à son tour son paraphe. La “nationalisation soft” des hydrocarbures annoncée par Evo Morales le 1er mai dernier devenait réalité. Dès la ratification parlementaire, la société d’État YPFB reprendra à son compte leur commercialisation et cogérera l’exploitation des 54 gisements boliviens avec les transnationales devenues “prestataires de service” pour le compte de la puissance publique. Financièrement, la Bolivie annonce une multiplication par huit de ses revenus d’ici 2011. Pour le président bolivien, qui a besoin de ces pétrodollars pour financer son projet socio-économique, c’est un succès incontestable. Au point d’être célébré jusque dans les rangs de l’opposition ! Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de se souvenir qu’il y a quatre ans exactement, le gouvernement néolibéral de Gonzalo Sanchez de Lozada faisait donner la troupe contre les mouvements sociaux mobilisés en faveur de la nationalisation des hydrocarbures. La fameuse “Guerre du gaz” allait coûter la vie à une septantaine de manifestants et pousser “Goni” à l’exil. Elle marquait aussi un tournant historique pour ce pays comptant deux tiers de pauvres, malgré les deuxièmes réserves continentales de gaz naturel. Confiée aux transnationales cinq ans plus tôt, la principale richesse bolivienne rapportait alors à peine 300 millions de francs par an aux caisses de l’Etat.

 

Cogestion Etat-privé.

 

Lorsqu’il prend le pouvoir en janvier 2006, Evo Morales est bien conscient de ce risque, d’autant que les principaux investisseurs étrangers proviennent de l’incontournable voisin brésilien. Le nouveau chef de l’Etat sait également que la petite société publique YPFB serait incapable d’exploiter seule, du jour au lendemain, les cinquante-quatre puits du pays. Sous l’influence de son vice-président Alvaro García Linera, M.Morales opte alors pour une stratégie de cogestion qu’il présente le 1er mai : l’Etat nationalise le commerce et le raffinage de l’or noir et augmente sa part des recettes, tout en garantissant à ses « partenaires » privés un retour sur investissement suffisant pour éviter leur départ du pays. Une nationalisation partielle –“sans expropriation”- qui doit prévenir la multiplication de contentieux entre la Bolivie et ses concessionnaires devant les tribunaux. Décidé à mettre les transnationales sous pression, M. Morales leur donne 180 jours pour se conformer aux nouvelles règles du jeu ou abandonner leurs puits.

 

Autorité et souplesse.

 

Cet audacieux pari -que nombre d’analystes jugèrent alors comme téméraire-, la Bolivie est en passe de le remporter (la question des raffineries n’est pas encore réglée). Non seulement les revenus fiscaux de La Paz vont prendre l’ascenseur -1,25 milliard de francs annoncés en 2007 ou 23% du PIB – mais les dix compagnies transnationales ont promis quelque 2,5 milliards de francs d’investissements durant les prochaines années ! Un miracle? Bien plus le fruit d’une analyse lucide de la situation et d’une méthode éprouvée de longue date : la carotte et le bâton. Par son décret de “nationalisation” prononcé -militaires à l’appui- depuis un champ gazier, M.Morales a su marquer l’autorité nouvelle de l’Etat bolivien. A des compagnies soudainement conscientes qu’elles pouvaient tout perdre, il a fait ensuite miroiter trois marchés captifs -le bolivien, l’argentin et le brésilien-, des contrats de dix à  trente ans et une rentabilité assurée (le chiffre de 15% est avancé contre 40% environ aujourd’hui).

 

Encourager l’investissement.

 

En outre, La Paz a proposé un système d’encouragement à l’investissement qui garantit des gains exponentiels selon la manne dévolue par la transnationale au développement de “ses” installations. A contrario, un forage déjà rentabilisé sera surtaxé. Voire, cette fois, réellement nationalisé. Outre ce système dit de “contrat d’exploration et d’exploitation avec risques”, les derniers doutes ont été levés grâce à un barème d’impôt adapté à la taille de l’exploitation et à la perte globale subie par l’entreprise lors de la “nationalisation”. Selon des chiffres non officiels, les prélèvements s’étaleraient entre 50% (pour les plus petits gisements) et 82% (taux le plus fréquemment appliqué).

 

Questions en suspens.

 

Bien sûr, le triomphalisme d’Evo Morales -qui célèbre sa “nationalisation sans indemnisation”- doit être observé avec circonspection. Il faudra d’abord connaître le détail des contrats et jauger de la bonne foi des signataires pour savoir si le gouvernement d’Evo Morales a réellement trouvé la bonne formule. L’inexpérimentée YPFB saura-t-elle contrôler réellement les opérations de ses partenaires sans se faire gruger? Combien coûtera à l’Etat la nationalisation manquante des raffineries et du système de transport des hydrocarbures? Celle-ci permettra-t-elle d’industrialiser davantage le gaz en Bolivie, afin d’apporter emplois et valeur ajoutée? Brasilia acceptera-t-elle de revoir à la hausse son prix d’achat du gaz bolivien? On le voit, les 5 milliards de francs de recettes annuelles annoncées par Evo Morales pour 2010 demeurent encore théoriques.

 

Où sont les réalistes?

 

Mais au-delà des interrogations qui subsistent, quelques leçons peuvent déjà être tirées. En premier lieu, la confirmation est donnée que les gouvernements néolibéraux des années 1990 -qui ont soldé les ressources naturelles boliviennes au nom du “réalisme économique”- étaient composés de fieffés escrocs. Sinon comment expliquer que les multinationales qui ont vu leurs impôts passer de 18% à 82% annoncent unanimement leur intention de poursuivre leurs investissements en Bolivie? En second lieu, on constate avec plaisir qu’un gouvernement sachant allier fermeté et souplesse peut faire plier les multinationales les plus puissantes de la planète. Même lorsqu’on est à la tête du pays le plus démuni d’Amérique du sud.

Benito Perez, Le Courrier

 


 

Pas de solution au conflit israélo-libanais sans une résolution du conflit israélo-palestinien.

 

guerre liban

Le débat sur la situation au Moyen Orient était très attendu hier au Parlement européen de Strasbourg, où les députés européens s'étaient réunis pour écouter le Conseil et la Commission européenne sur l'attitude à adopter par l'Europe dans cette région du Monde. Je vous propose de trouver ci dessous l'intervention de Véronique De Keyser, Députée européenne belge et coordinatrice PSE des affaires étrangères.

 

"Nous avons assisté cet été à un scénario incroyable, qui s'est terminé dans un bain de sang : plus de 1OOO Libanais tués, pour la plupart des civils, un pays totalement détruit, des infrastructures en ruine, une mer polluée, une agriculture empoisonnée, et des armes prohibées qui continuent à tuer aujourd'hui.  Un désastre pour le Liban et bien des blessures pour Israël où les dégâts heureusement ont été moindres.  Et durant cette tragédie: un scandale: l'ONU, paralysée par les États-Unis, incapable d'obtenir un cessez le feu immédiat, car il fallait laisser à Israël le temps de "terminer le travail sur le terrain".  Les mots ont été travestis: un massacre de civils s'appelle désormais- une riposte disproportionnée et indiscriminée.  Envahir un pays c'est repousser une milice.  Nettoyer un mouvement de résistance, c'est- rechercher un soldat kidnappé. Mais personne n'est dupe.  La guerre était planifiée, elle impliquait de multiples acteurs comme la Syrie et l'Iran, mais aussi à travers Israël, les États-Unis qui  expérimentent encore leur concept désastreux de "déséquilibre constructif pour redessiner le Moyen Orient".  Il a une fois de plus montré ses limites.  Car le conflit a des racines profondes.  Elles sont en Palestine, toujours sous occupation, toujours en attente d'un État, dont la moitié du gouvernement et du Conseil législatif élus démocratiquement sont en prison. Il faut, là aussi un cessez le feu et une force d'interposition.  Tandis que les Libanais mouraient presque sous les caméras, 25O Palestiniens perdaient la vie discrètement sous l'occupation.  On ne résoudra rien au Moyen Orient si on ne solutionne pas ce conflit avec le soutien de toute la communauté internationale, y compris les pays arabes, y compris les Palestiniens, Israël et les États-Unis.  Merci à la France et à l'Italie de l'avoir rappelé, merci à la présidence finlandaise d'avoir repris ce chantier et d'ouvrir les négociations avec tous les acteurs y compris la Syrie et l'Iran.  Nous appelons à une Conférence Internationale sur la Paix.  C'est la réponse européenne au concept de déséquilibre constructif américain.  C'est d'ailleurs la seule réponse possible.

 

Nous sommes soulagés aujourd'hui mais on ne peut dire- la page est tournée. L'Europe va certes, aider à la reconstruction du Liban mais jusque à quand allons nous passer au tiroir caisse, sans demander des comptes à ceux qui détruisent? On estime la reconstruction du Liban à près de 15 milliards d'euros! Je propose d'introduire le concept de destructeur payeur- sur le modèle du pollueur payeur. Qui casse paie, c'est le minimum.  Pour les morts hélas, la page est définitivement tournée. "

 

Véronique De Keyser, députée européenne belge (PS)

 

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