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Nouvelles n° 107: Jaurès est un mythe (Pierre Outteryck)

Jaurès est un mythe.

 

jaurès

Nous reproduisons ci-après le remarquable texte que notre camarade  Pierre OUTTERICK, agrégé d’histoire et responsable de la Maison d’Edition «  Le Geai bleu » nous a fait  parvenir suite à son intervention lors du colloque organisé par l’asbl Le Progrès et l’ACJJ en octobre 2005.   

 

Jaurès est un mythe, et c'est un mythe fondateur, fondant la trame et la chaîne du mouvement ouvrier français. Qu'aurait-il fait au lendemain de la déclaration de guerre? Les exégètes chercheront dans ses discours des bribes de réponse. Pourtant, quelques mois auparavant, il avait prévenu: les jours enthousiastes de la mobilisation passés, le peuple mesurera la tragédie dont il est fait victime. Vision prémonitoire de ce prophète désarmé! La droite, qui le voue aux gémonies, qui salue le bras assassin, cette droite revancharde, cette presse vouée à un patronat prêt à tout, a bien compris quel était son adversaire. Jaurès, qui le savait, ne recula point, ne se tut pas. Il fallait que Raoul Villain l'assassine pour espérer que le mythe s'effondre. Mais la première guerre mondiale, son déroulement, sa tragique apocalypse, donna raison à la prémonition de Jaurès. Que nous importe ce qu'il eût fait, puisqu'il n'eut pas à le faire? L'historien n'a pas à dessiner les hyperboles du "si…", il doit rendre compte le mieux possible, le plus honnêtement possible, de ce qui fut et de ses conséquences.

 

Jean Puissant nous a parlé de la dureté de la vie des travailleurs belges à la fin du 19e siècle. Les salariés français connaissaient la même précarité, des difficultés identiques, un sort aussi peu enviable. Dans la région du Nord, que j'ai appris à connaître, malgré le paternalisme récurrent du patronat, les conditions de vie des ouvriers du textile de l'agglomération lilloise ou de Fourmies, les tisserands de Caudry, les tullistes de Calais, les métallos du Val de Sambre ou du Valenciennois, les mineurs du Pays Noir si proches du Borinage belge, les salarié(e)s des ports, vivaient au bord ou aux franges de la misère. Dans ce sud-ouest que connaît Jaurès, les verriers de Carmaux ou d'Albi et les mineurs vivent les mêmes affres que leurs camarades du Nord - Pas de Calais. Ne parlons pas des petits métayers, des ouvriers agricoles si nombreux dans l'Albigeois, la Montagne Noire ou l'Aveyron, que peut parcourir Jean Jaurès. Face à ces travailleurs, un patronat rural, industriel ou urbain, arrogant, omniprésent, sûr de lui et dominateur, règle leur vie et une société qu'ils voudraient immuable. Dans cette région du Nord, si proche de Charleroi, la richesse accumulée par les mineurs, métallos ou ouvriers du textile, sert avant tout la croissance des profits, plutôt que le développement humain, comme l'indique, dans sa thèse sur le Bassin Minier, l'historien Marcel Gillet. Avant 1914, les villes minières, et particulièrement les corons, sont peu éclairées. Leurs rues sont mal pavées; souvent, ce ne sont que chemins boueux l'hiver, poussiéreux l'été; l'assainissement y est inconnu. Aucun bâtiment public n'y a été créé, si ce n'est l'église, d'où le prêtre surveille le bon comportement des mineurs, et, de-ci de-là, une "Goutte de lait" favorisant le développement de futurs forçats de la mine.

 

Né en 1859 dans une famille aisée, Jaurès est au premier abord un universitaire brillant. Néanmoins, la chose politique l'intéresse. En 1885, le voilà élu député sur une liste centre-gauche: ses convictions républicaines sont fermes et assurées. Très vite, il va aller bien au-delà de ce républicanisme bon teint. Maîtrisant l'allemand, il étudiera la philosophie allemande et sera à la fin du 19e siècle, un des rares français ayant lu dans le texte Karl Marx. Le massacre de Fourmies, lors du 1er mai 1891, et son côtoiement journalier avec la misère et l'engagement des ouvriers de Carmaux et d'Albi finiront par ébranler ses convictions radicales. Dès 1892, il franchit le pas et se retrouve parmi les dirigeants du mouvement socialiste français marqué par les luttes de 1848 et la Commune de Paris, fragmenté autour d'une pléiade de responsables parmi lesquels Jules Guesde, Brousse, Allemane, Edouard Vaillant…Il est de bon ton en France de considérer Jaurès comme un réformiste de bon aloi, d'un commerce acceptable. Parallèlement Jules Guesde, présenté comme sectaire, étroit, Karl marxiste, est stigmatisé. Dans un récent article paru dans L'Express où il se gausse des partisans du "non", Bernard-Henri Lévy les présente comme les derniers avatars rétrogrades et attardés du guesdisme, alors qu'il décrit au contraire les politiciens favorables au "oui" comme des gens d'avenir partisans de Jaurès. Dans son dernier ouvrage, Michel Rocard soutient la même thèse. Nous aimerions, dans cette brève intervention, contredire ces affirmations.

 

A plusieurs reprises, Jean Jaurès vint dans le Nord et le Pas de Calais. Nous retiendrons deux de ses visites. A chaque fois, Jaurès s'affronta à des situations difficiles et à des débats fondamentaux : en 1900, pendant plus de 90 minutes, sous la présidence du maire de Lille Gustave Delory, Jaurès eut à s'expliquer face à Jules Guesde et à plus de 8000 militants socialistes, c'était le mot de l'époque, plutôt favorables aux thèses guesdistes. Six ans plus tard en 1906, il vint à Lens pour soutenir les mineurs en grève après l'épouvantable catastrophe de Courrières. Le 3 avril, à la Chambre des Députés, il prit, à l'égard du patronat minier, une position intransigeante.

 

Le 16 novembre 1900, à quelques centaines de mètres de la Préfecture, à la salle de l'hippodrome, plus de 8000 ouvriers écoutent, non sans réagir, la controverse Guesde - Jaurès. En dehors de quelques scories conjoncturelles, ce débat nous parle encore aujourd'hui. Au long de ces quelque 90 minutes, deux thèmes majeurs sont abordés. Guesde et Jaurès sont, au tournant du siècle, les figures de proue du socialisme français. Leur parcours est en apparence similaire. Avant de s'engager auprès de la classe ouvrière dont ni l'un ni l'autre ne sont issus, ils furent des républicains "avancés". Guesde, de dix ans l'aîné, fit ses premières armes en s'opposant au Second Empire; Jaurès fut député sur une liste de centre-gauche en 1885. Devenus socialistes, l'un et l'autre cherchèrent à connaître l'œuvre de Marx. En 93, Jaurès et Guesde sont élus députés, le premier à Carmaux grâce au vote des mineurs et des verriers, le second à Roubaix fut l'élu des ouvriers du textile. Cinq ans plus tard, tous deux furent stigmatisés par le patronat: en 1898, Eugène Motte, patron du textile, met tout en œuvre afin que Guesde soit battu: mensonges, intimidation, achat de bulletins de vote, insultes antisémites et xénophobes, tout est bon.  Dans le Tarn, Jaurès est victime d'une campagne tout aussi brutale et violente de la part du marquis de Soulages, propriétaire des mines de Carmaux. Guesde et Jaurès sont battus, ils demeurent cependant les dirigeants prédominants du mouvement ouvrier. Néanmoins, entre eux, les divergences sont nombreuses. L'affaire Dreyfus en 1898, et la participation du socialiste indépendant Alexandre Millerand au Gouvernement Waldeck-Rousseau, vont les attiser. Soyons clairs: Guesde, autant que Jaurès, considère scandaleuse et inique la condamnation de Dreyfus pour haute trahison. Guesde, autant que Jaurès, condamne l'antisémitisme, facteur principal de cette condamnation. Mais Guesde, lui, considère que le mouvement ouvrier n'a pas à se mobiliser pour défendre un officier bourgeois; les travailleurs ont d'autres combats à mener. Jaurès considère au contraire que défendre Dreyfus est une des actions que doit mener le mouvement ouvrier. Pour lui, aider Dreyfus, c'est aider tout citoyen, briser l'hégémonie réactionnaire et antirépublicaine de la caste militaire, défendre les droits de l'homme. La participation de Millerand au gouvernement Waldeck-Rousseau pose pour la première fois la question du rôle et de la place du parti socialiste, qui à l'époque se voulait parti de la révolution sociale, dans la vie politique nationale. Jaurès, considérant la République en danger et sans perdre l'objectif de la révolution socialiste, soutient l'initiative de Millerand. Guesde et l'Internationale Socialiste la condamnent, assimilant le positionnement de Jaurès à celui du révisionniste Berstein qui, lui, a abandonné l'objectif de la révolution socialiste.

 

Ces deux questions sont au cœur de la controverse; malgré les expériences du mouvement ouvrier français au 20e siècle, elle continue de susciter débat en cette orée du 21e siècle. Certes, nous pouvons comprendre que le manque d'expérience, la faiblesse, les peurs, des dirigeants de l'Internationale Socialiste, les aient poussés à condamner le choix de Jaurès.

Cependant, en soutenant Alexandre Millerand et en défendant Dreyfus, Jean Jaurès soulève deux problèmes:

 

-          La classe ouvrière ne peut se désintéresser des formes de domination institutionnelle que met en place la bourgeoisie. Jaurès indique en effet que le soutien qu'il apporte à Millerand est lié à ses craintes de voir la Réaction renverser la République opportuniste et mettre en place un régime plus répressif encore. Il est possible qu'il ait surestimé le danger; mais l'appréciation que nous pouvons porter aujourd'hui sur la situation politique des années 1899-1900 n'invalide pas l'argumentation de Jaurès. Plus largement, il pose, comme le fera vingt ans plus tard Lénine, convainquant difficilement ses camarades bolcheviques, le droit et la capacité du mouvement ouvrier à participer à la direction d'une nation.

 

-          En mobilisant la classe ouvrière pour la défense de Dreyfus, Jaurès développe la même idée: la révolution socialiste n'est pas un grand soir, une fracture totale et brutale, même si, selon lui, il existera une transformation radicale du rapport des forces. La société socialiste sera beaucoup plus aisée à construire si, dans le legs laissé par l'ancien régime bourgeois, il existe des éléments utilisables. Toutes les conquêtes morales, sociales, économiques, politiques, faites durant l'ancien régime, seront des points d'appui favorisant l'édification de la nouvelle société.

 

A-Dreyfus

 

Dans la dernière partie de cette soirée, Guesde et Jaurès s'interrogent sur les conditions nécessaires à la révolution socialiste. A aucun moment, Jules Guesde ne dénie à Jaurès le titre de révolutionnaire. Guesde insiste essentiellement sur le rôle du parti, sur le combat de classes et les contradictions existant entre les forces productives et les rapports de production, suivant la terminologie de l'époque. Jaurès, qui connaît Marx aussi bien si ce n'est mieux que Guesde, ne sous-estime pas le rôle des contradictions fondamentales qui peuvent favoriser l'éclosion d'une révolution socialiste. Il ne mésestime ni le combat du mouvement ouvrier ni le rôle du parti, et de sa nécessaire unité. Rappelons qu'en 1905-1906, lors de la construction de la Section Française de l'Internationale Ouvrière (S.F.I.O.), Jaurès minoritaire acceptera sans sourciller des consignes politiques opposées à ses propres thèses, en particulier celles concernant le refus de toute participation de dirigeants socialistes  à des gouvernements bourgeois. Jaurès insiste, durant la fin de cette controverse, sur le rôle fondamental de l'utopie et du rêve: l'utopie et le rêve sont selon lui les leviers indispensables pour permettre aux travailleurs d'envisager comme positive une transformation de la société. Le 20e siècle rendra justice à Jaurès. L'utopie soviétique, quel que soit son devenir connu de nous aujourd'hui, quels que soient les insuffisances et les crimes du régime soviétique, fut un levier considérable pour l'engagement dans le monde entier de plusieurs générations afin de participer au combat pour la transformation sociale et l'émancipation de l'humanité.

 

Au début du printemps 1906, Jaurès revient dans la région du Nord. Le Bassin Minier est en deuil, les mineurs sont en colère. Le 10 mars, à 6h15 du matin, de violentes explosions ont ébranlé les galeries de la Compagnie des Mines de Courrières. Dans les corons, l'inquiétude marque les visages, le désarroi étreint les cœurs. Très vite, la rumeur annonce que plus de 1500 hommes sont prisonniers au fond. Pendant 48 heures, les équipes de sauveteurs ramènent quelques survivants et des corps déchiquetés par l'explosion. Au lendemain du deuxième jour, la direction de la Compagnie et les ingénieurs décident de fermer l'orifice des puits et d'inverser le sens de l'air dans les galeries et les bowettes: selon eux, il n'y a plus aucun survivant possible. Lors de l'enterrement des victimes, la foule gronde, empêchant la prise de parole des ingénieurs. Depuis longtemps, un incendie couvait au fond de la mine; les murs de protection installés à la hâte s'étaient avérés insuffisants; à aucun moment, la direction n'avait arrêté l'exploitation de ce sous-sol aux veines rentables, préférant accroître les profits plutôt que de sécuriser le travail des ouvriers du fond. Tous les avertissements donnés par les délégués mineurs et les porions étaient demeurés sans réponse.

  

A cette époque, le Bassin Minier du Nord - Pas de Calais était le principal pourvoyeur de la région parisienne et des industries en pleine activité des deux départements. L'exploitation minière concédée à près d'une vingtaine de compagnies privées, demeurait néanmoins surveillée par l'Etat, grâce aux textes réglementaires de 1810 et de 1838. L'Etat pouvait reprendre une concession en cas de mauvaise gestion; un corps d'ingénieurs d'Etat contrôlait l'exploitation du fond et les installations du jour. Parallèlement, les mineurs avaient à la fin du 19e siècle obtenu le droit d'élire des délégués afin de contrôler la sécurité dans les chantiers.

 

Le maire de Lens, Emile Basly, était la figure tutélaire des mineurs du Pas de Calais. Lui-même, ancien ouvrier du fond, avait organisé la grève à Denain en 1884; cette lutte avait servi à Emile Zola pour écrire son fameux Germinal. Elu député sur une liste radical-socialiste en 1885, il partira dans le Pas de Calais. En 1890-1891, il organise le combat qui aboutira à la signature à Arras de ce que certains ont appelé les premières conventions collectives signées entre les syndicats des mineurs et les patrons des mines. A cette époque, le charbon tenait une place essentielle dans la vie économique et énergétique. Il était "le pain de l'industrie". Emile Basly avait très bien mesuré l'importance de la houille et le rôle que jouait l'Etat grâce au texte de 1810 et à l'importance que revêtait l'approvisionnement des centres industriels. Lors des conflits avec les compagnies minières, il sollicitait les représentants de l'Etat afin que ceux-ci fassent pression sur les patrons pour les contraindre à négocier. Néanmoins, la stratégie d'Emile Basly avait des limites. Il refusait d'engager les mineurs du Nord et du Pas de Calais, si nombreux et si puissants, dans des grèves d'ampleur nationale. Le syndicat qu'il dirigeait n'avait aucun lien avec la CGT naissante. En 1901, autour de Broutchoux, des mineurs du Pas de Calais décident de construire une autre organisation syndicale; surnommée "le jeune syndicat", elle adhérera très vite à la CGT. Le jeune syndicat va diriger, malgré la répression et l'arrestation de Broutchoux, la grève qui va se développer dans le Bassin Minier du Nord et du Pas de Calais du 13 mars au 30 avril 1906.

   Jaurès viendra à Lens. Il refusera de prendre position dans le conflit syndical qui oppose les partisans de Basly aux amis de Broutchoux, respectant ainsi l'indépendance syndicale et donc, avec quelques mois d'avance, la Charte d'Amiens votée par le congrès de la C.G.T. C'est à la Chambre des Députés, le 3 avril, que Jaurès prendra position sur ce conflit et qu'il s'opposera à Emile Basly. Quelques jours auparavant, le 30 mars, une nouvelle a brutalement rappelé la scandaleuse décision de fermer les puits et d'inverser l'aérage. Le 30 mars, trois semaines après la catastrophe, un événement extraordinaire bouleverse les corons: treize hommes, des réchappés, des rescapés, dira-t-on dans le Nord en créant ainsi un mot nouveau, sortiront de l'enfer. Le surlendemain, un dernier survivant retrouvera le jour. Les accusations redoublent. Si ceux-ci ont pu sortir, combien d'autres l'auraient pu sans la décision scandaleuse de la direction de la Compagnie de Courrières. Pour beaucoup, on préférait la remise en route rapide de l'exploitation afin d'assurer le maximum de profits à la recherche des survivants.

A la Chambre des Députés, Emile Basly intervient longuement : comme il l'avait fait le 13 mars lors de

l'enterrement des premières victimes, il ne met jamais en cause la direction de la Compagnie: il évoque la fatalité et attaque les ingénieurs jugés seuls responsables.  Jaurès au contraire, sans négliger le rôle des ingénieurs et en précisant qu'ils sont aux ordres du patronat, met en avant le désir effréné de faire des profits et pour cela de sacrifier la sécurité des mineurs. S'appuyant sur les textes de 1810, il demande au Parlement de voter la déchéance de la Compagnie de Courrières, et que cette déchéance devienne effective dès que l'enquête démontrera la responsabilité de la direction. Le ministre ne peut que s'incliner et doit mettre aux voix la proposition de Jaurès. Personne n'ose s'y opposer; ainsi, pour la première fois en France, un vote presque unanime de la Chambre des Députés admet la possibilité de nationaliser une compagnie des mines. Certes, le gouvernement laissera s'enliser l'enquête parlementaire; les enquêtes gouvernementales et judiciaires dédouaneront en grande partie la direction de la Compagnie de Courrières de sa responsabilité… L'intervention de Jaurès est pourtant riche d'enseignement:

 

-          Allant au cœur de la question, il souligne la responsabilité du patronat. Selon lui, les ingénieurs ne sont que des exécutants. Ainsi, il laisse percer l'idée d'un dialogue possible entre la classe ouvrière et ces hommes, ingénieurs, techniciens ou employés souvent uniquement perçus comme des suppôts du patronat.

 

-          Plus important encore: il énonce le droit de la Nation de se réapproprier les richesses nationales. Dans un projet élaboré grâce à sa connaissance des mines de Carmaux, il propose que les mines nationalisées soient gérées de façon tripartite: les salariés de la mine, l'Etat, et les consommateurs; parmi ces derniers, il distingue les industriels, gros consommateurs, et les consommateurs domestiques, tous deux devant être représentés. La solution proposée aux verriers d'Albi, à savoir la création d'une coopérative ouvrière, n'est pas pour Jaurès une panacée.

 

Laisser croire, comme le disent certains, que Jaurès ne fut qu'un républicain quelque peu teinté de socialisme, un réformateur qui ne se serait attaqué qu'aux marges du capitalisme, et qu'aujourd'hui il serait de ceux qui plaident pour la politique du marché et la déréglementation, fait fi de l'histoire du mouvement ouvrier et de Jaurès lui-même. La droite et la bourgeoisie ne s'y sont pas trompées; en le stigmatisant, en armant la main de son meurtrier, en incitant au crime, elles ont pointé leur adversaire irréductible, le combattant infatigable non seulement pour la paix, mais contre un patronat et un système, le capitalisme, qui selon lui portait en lui la guerre comme les nuées l'orage.

  

Oui, Jaurès est un mythe. En s'appuyant sur la réalité de son époque, en dénonçant les méfaits du capitalisme, il est capable à la fois de mettre en avant les questions clés qui se posent aujourd'hui encore à tous ceux qui veulent s'engager dans la lutte pour la transformation humaine, et en même temps de repérer, dans la société de son temps, tout ce qui permet au monde salarial d'améliorer ses conditions de vie et de travail.

 

Mythe, grâce à la prise en compte de ces contradictions fécondes, mythe, car il a eu pour désir et volonté d'organiser de façon autonome le mouvement ouvrier en créant en 1904 le journal L'Humanité, en étant un des organisateurs de la S.F.I.O. Mythe, il le fut au même titre que Lénine en Russie, que Rosa Luxembourg et Karl Liebnecht en Allemagne, que Gramsci en Italie.

Commentaires

  • Mythologie: ensemble des mythes (légendes) propres à une civilisation ou un peuple. Jaurès de par sa réalité et les traces concrètes qu'il a laissées est loin de n'avoir été qu'un mythe. Quant à son côté visionnaire pour ce qui concernait la guerre, il suffit de relire l'Histoire pour comprendre qu'il était aussi loin d'être le seul à craindre le pire. Enfin, pour le reste... Jolie envolée lyrique. Un cri du coeur, sans doute ;-)

  • J'aime bien votre blogue, nous vous laisse ce commentaire pour vous aidée à le préserver à jour.

  • Bonjour,
    A propos du débat Jaures Guesde, la conférence débat avec Pierre OUTTERICK de ce 25 Novembre 2014 à Lille, peut être écoutée sur Radio Campus Lille. Le lien :

    http://www.campuslille.com/index.php/entry/pierre-outteryck-les-deux-methodes-jean-jaures-jules-guesde-le-26-novembre-1900-a-l-hippodrome-de-lille

    Bonne écoute,
    Chti LP59

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