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22/12/2006

Nouvelles n° 107:

 

UNE NECRO ENTREPRISE : MONSANTO.

L'AGENT ORANGE ET LES GUERRES AMERICAINES

 

agent-orange

Les nécro technologies ne sont pas une nouveauté chez Monsanto. Avec six autres firmes américaines, cette entreprise a fabriqué une des plus terribles armes chimiques : l’agent orange.

 

VIES BRISEES

 

Liên, Hông et Nga. Trois Vietnamiennes qui ne prononceront jamais leur nom. Pas davantage que leurs frères, Hung et Manh. Tous les cinq sont nés entre 1971 et 1985. Tous les cinq sont congénitalement sourds-muets et frappés de déficiences mentales. Long, leur mère, et But, leur père, étaient des combattants pendant la guerre. Elle désamorçait les mines. Il faisait partie d'une unité régulière. Tous deux ont été exposés aux herbicides déversés par l’aviation américaine. A l'hôpital Tu Du d'Ho Chi Minh Ville, depuis 1988, 30 % des nouveaux nés souffrent de malformations : bras ou jambes atrophiés ou déformés, palais fendu, spina bifida, enfants trisomiques. 1988, 17 ans après l'arrêt des largages de défoliants, les substances toxiques se retrouvent désormais dans les fruits et les légumes cultivés dans des sols gorgés de la dioxine produite chez Monsanto. Une deuxième génération née après la guerre est victime des armes chimiques utilisées par les Américains. « Ce ne sont pas des bébés qui naissent, ce sont des monstres » s’indigne le Dr Le Diem Huong après avoir donné naissance à un garçon dont les organes génitaux émergent du visage. Le Capitaine Tom Nesbitt pilotait un des hélicoptères Bell Huey de la 114e Compagnie d'Assaut basée à Vinh Long, dans le delta du Mékong. Au début de 1971, il partit en mission pulvériser du défoliant au-dessus de la forêt de U Minh. Après chaque passage, lorsqu'il faisait demi-tour, des centaines de gouttelettes pénétraient l'intérieur de l'appareil. Nesbitt comme ses co-équipiers ne portaient aucune protection particulière. Vingt ans plus tard, il souffre de troubles psychologiques et physiques. Son médecin lui déconseille fortement d'avoir des enfants, car ceux-ci pourraient être gravement handicapés. Beaucoup de soldats, exposés comme lui, ont souffert bien davantage encore. Beaucoup sont morts depuis la fin de la guerre.

 

AGENT ORANGE

 

Pendant la deuxième guerre mondiale, alors que les forces américaines repoussent difficilement l'armée japonaise, l'idée est avancée d'affamer le Japon en détruisant les récoltes de riz au moyen d'un herbicide puissant. Des recherches sont financées par le gouvernement. Elles débouchent sur une combinaison de deux herbicides : le 2,4-D et le 2,4,5-T. Cette combinaison restera dans l’histoire sous le nom d’agent orange. Lors de la fabrication du second herbicide, qui entre pour 48,75% dans la composition de ce défoliant, un produit dérivé apparaît : le TCDD, mieux connu sous le nom de « dioxine ». Selon les fabricants, cette « impureté » ne peut être éliminée. Plus le taux de l’herbicide 2, 4 ,5-T est élevé dans la composition du défoliant, plus le taux de dioxine est important. L'agent orange est testé sur un atoll du Pacifique. Sa nocivité est telle que le président Roosevelt décide d'y renoncer et interdit à l'armée américaine de s'en servir. Ses successeurs n’ont pas les mêmes scrupules. Le Président Eisenhower autorise en 1959 la mise au point de la technologie aérienne permettant l’épandage du défoliant. Début des années soixante, Monsanto et six autres firmes américaines (Dow Chemicals, Diamond Shamrock Corporation, Hercules Inc, Uniroyal Inc, T-H Agricultuial & Nutrition Company et Thomson Chemical Corporation) produisent des herbicides contenant du TCDD alors que les recherches médicales établissent de manière incontestable son triple caractère : il provoque le cancer, il cause des malformations congénitales chez le fœtus et il est à l’origine de modifications génétiques.

 

PENDANT LA DEUXIEME GUERRE D'INDOCHINE

 

Le 30 novembre 1961, le président John F. Kennedy donne le feu vert à des actions aériennes en vue de défolier la forêt vietnamienne. Quelques mois plus tard, il signe l'ordre d'utiliser les mêmes moyens pour détruire les récoltes agricoles. L'opération «Ranch Hand» est lancée. Le 12 janvier 1962, un bimoteur Hercules C-123 décolle pour la première mission de la plus grande guerre chimique jamais menée dans l'histoire de l'humanité. Pour la première fois, la destruction de l'environnement devient un objectif de guerre. Il faut empêcher que la forêt et le maquis puissent dissimuler l'adversaire, ses caches et ses déplacements. Il faut détruire les récoltes qui servent à nourrir des populations mal contrôlées et inciter les paysans à fuir les campagnes infiltrées par la guérilla. Pendant dix ans, l'aviation américaine a déversé 72 millions de litres d’herbicides dont 41.635.000 litres d’agent orange sur une superficie totalisant, dans les trois pays touchés, près de 2 millions d’hectares de forêts et de rizières dont 34 % ont été arrosés plus d’une fois et 12%, au moins, l’ont été à trois reprises. Les territoires ciblés s’étendent sur les 16.000 km de la piste Ho Chi Minh au Laos et au Cambodge, sur la zone qui s’étend dans le delta du Mékong jusqu’à la péninsule de Camau, au Sud-Vietnam, sur les zones en bordure du Cambodge et du Laos, sur la zone spéciale baptisée Rung Sat, qui contrôle toutes les rivières conduisant à Saigon, et sur la zone démilitarisée au sud du 17e parallèle, frontière entre les deux Vietnam. Bilan humain impossible à chiffrer de manière précise. Des dizaines de milliers de paysans ont été exposés aux herbicides. Des milliers de combattants vietnamiens et américains également. Au Vietnam, le taux de concentration en dioxine détecté chez les adultes, mais aussi chez les enfants nés après la guerre est anormalement élevé dans les régions où fut déversé l’agent orange. Alors que dans le reste de l’Asie du Sud-Est, la fréquence du choriocarcinome – une variété de cancer de l’utérus – est de 1 à 2 pour mille, au Vietnam du Sud elle est de 6 pour cent. Après la guerre, des milliers de soldats américains, australiens, coréens, néo-zélandais ayant servi au Vietnam ont été et sont encore victimes de maladies de la peau, de tumeurs, de différentes formes de la maladie d’Hodgkins, de cancers du poumon, du larynx, de la trachée, de la prostate. Le taux des enfants malformés physiquement ou mentalement, nés d’un père ayant servi au Vietnam, est anormalement élevé. La mort subite chez les bébés de soldats exposés à l’agent orange est quatre fois plus fréquente que chez les autres nourrissons. Le taux de mortalité prématurée est beaucoup plus élevé chez les vétérans du Vietnam exposés aux défoliants que chez les autres anciens combattants. Il n’y a aucune raison de penser que ces caractéristiques plus aisément décelées dans les pays riches ne se retrouvent pas dans les trois pays indochinois victimes de l’agent orange. Bilan écologique et agricole du fait des seuls herbicides (auxquels il faut ajouter les dégâts provoqués par les bombardements, au napalm en particulier) : - 43% des régions cultivées sont empoisonnés. - 60 % des plantations d’hévéas sont détruits- 44% de la forêt sont détruits- 36% des forêts de palétuviers sont détruits et il faudra plus de cent ans pour les reconstituer- 6.250 km², dans le Sud du Vietnam, restent impropres à la culture 30 ans après.- au Cambodge, 150.000 ha de forêts et de plantations d’hévéas sont détruits- au Laos, 160.000 ha de forêts sont détruits- pollution massive des eaux (en 1995, une rivière du centre du Vietnam contient un taux de dioxine un milliard de fois plus élevé qu’une rivière du Canada en zone industrielle) et des sols provoquant pour de nombreuses décennies un empoisonnement de l’ensemble de la chaîne alimentaire. Pendant ces mêmes années soixante, 75.700 litres d’agent orange ont été également déversés sur la zone démilitarisée qui borde la frontière entre les deux Corée.

 

UN DES PLUS GRANDS CRIMES CONTRE L’HUMANITE

 

Pendant la première guerre mondiale, une trentaine d’agents chimiques avaient été employés, dont les gaz utilisés par les troupes allemandes en avril 1915 dans la région d’Ypres (Belgique). Les risques que de telles armes faisaient courir aux soldats des deux camps et aux populations civiles incita les gouvernements à adopter ce qui est devenu « le Protocole de Genève de 1925 ».Celui-ci interdit l’usage de substances solides, liquides ou gazeuses susceptibles d’avoir un effet toxique sur les plantes, les animaux et les êtres humains. Le Protocole prohibe en outre l’usage comme arme de guerre de toute substance dont les effets ne sont pas connus. L’herbicide employé à des fins militaires entre dans la catégorie des armes chimiques Le Protocole de 1925 constitue le droit international en vigueur en ce qui concerne les armes chimiques lorsque commence l’intervention américaine au Vietnam. En autorisant l’usage de l’agent orange pour détruire les forêts et les rizières, le président des Etats-Unis l’a délibérément violé. L’agent orange comme tous les autres défoliants contenant du TCDD provoque des malformations physiques et/ou mentales chez le nouveau-né et, chez l’adulte, des dysfonctionnements physiques et/ou mentaux pouvant entraîner la mort. C’est une arme chimique d’une nocivité extrême. Pour avoir fabriqué un herbicide à forte teneur en dioxine et pour l’avoir massivement utilisé comme arme chimique, sept firmes américaines - dont Monsanto - et le gouvernement des Etats-Unis partagent la responsabilité d’un des plus grands crimes contre l’humanité. Un crime qui produit aujourd’hui encore ses effets. Un crime resté impuni.

 

Raoul Marc JENNAR chercheur URFIG/Fondation CopernicSources : - Cecil B. Currey, Residual Dioxin in Viet Nam, Charlottesville, University of Virginia, The Sixties Project, 1992.- Croix Rouge du Vietnam – Fonds des victimes de l’agent orange, Hanoi, 1999.- Hutchinson Encyclopedia, Chemical Warfare, Washington DC, Helicon Publishing, 1999.- Institute of Medecine, Veterans and Agent Orange, Washington DC, National Academy Press, 1999.- Pepall Jennifer, Comment reboiser le Vietnam?, Québec, CRDI Explore, Centre de Recherches pour le Développement International, 1995.- Solomon Kane & Franck Altobelli, Les nouvelles générations sacrifiées de la guerre américaine au Vietnam, Bruxelles, De Morgen, 27 novembre 1998.- US Department of Veterans Affairs, Agent Orange and related issues, Washington DC, 1997. - William A. Buckingham Jr, Ph.D., Operation Ranch Hand. Herbicides in Southeast Asia, 1961-1971. Washington DC, US Government Printing Office, 1982.à lire dansNourrir le monde ou l’agrobusiness. Enquête sur Monsanto, par Isabelle Delforge. Publié à Bruxelles par Les Magasins du Monde Oxfam et Oxfam-Solidarité, à Poitiers par Orcades et à Lausanne par la Déclaration de Berne, mai 2000, 110 pages.

 


 

Angela Davis rejoint le « Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York » (CIS)

 

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Angela Yvonne Davis est née le 26 janvier 1944 au « Deep South », dans les bas-fonds de Birmingham, quartier surnommé « Dynamite Hill », état de l’Alabama. C’est l’époque des grands troubles et du racisme exacerbé dans une société ségrégationniste. Ses parents sont communistes activistes. La petite Angela, élevée dans la contestation et la résistance, reçoit les influences de ses futures convictions politiques et conceptions philosophiques. A 12 ans, elle participe au boycott d’une compagnie de bus pratiquant la ségrégation.

En 1958, elle obtient une bourse pour étudier à l’ « Elisabeth Irwin High School » de New York où existe un programme d’aide aux élèves noirs du Sud pour continuer leur scolarité. Ce lycée privé est surnommé « Little Red Scholl House » à cause de sa sensibilité aux mouvements sociaux et politiques de gauche. Angela y rencontre les enfants des leaders communistes, Bettina Aptheker qui, plus tard, en 1975 écrira un livre sur elle. Angela est recrutée par les Jeunesses Communistes, « Youth Communist Group ».

Angela obtient son baccalauréat. En 1961, elle rentre à l’Université de Brandeis dans le Massachusetts où elle rencontre le philosophe Herbert Marcuse, son guide. Puis elle étudie en France de 1963 à 1964. Elle rencontre le racisme, traîne de l’empire colonial français. Elle se trouve à Biarritz quand elle apprend l’attaque à la bombe dans l’église de sa ville natale : quatre enfants qu’elle connaît personnellement sont tués. Fait divers routinier dans le Sud profond des Etats-Unis où la vie d’une personne noire ne vaut rien.

Après la Sorbonne, elle va en Allemagne à l’Université Goethe de Francfort et suit les cours de Théodore Adorno. Ces séjours à l’étranger enrichissent son expérience de vie, militantisme avec les Algériens en France et avec les jeunesses socialistes en Allemagne, et ses connaissances philosophiques marxistes.

Maintenant, Angela est forte. Elle décide de rentrer aux Etats-Unis pour mettre son savoir en pratique et mener le combat de son peuple, le peuple noir.

En 1968, doctorat en poche, Angela Davis devient enseignante à l’Université de San Diego. Elle milite à l’intérieur du parti communiste et des Black Panthers totalement immergée dans la communauté noire qui endure les rafles en permanence et l’oppression de la police raciste, lynchages, supplices et exécutions sommaires sont le quotidien. Dans ce contexte, revendiquer des droits civiques c’est risquer sa vie à chaque instant et être à l’index. Témoin de l’assassinat de trois de ses amis sur le campus, puis dénoncée comme communiste par un de ses étudiants, Angela est renvoyée par la direction de l’université, incitée par le gouverneur d’alors, Ronald Reagan. Désormais, Angela est surveillée de près par le gouvernement.

C’est dans cet environnement que se produisent les circonstances qui vont façonner le destin d’Angela Davis. On est le 7 août 1970, une prise d’otages visant à libérer George Jackson, membre des Black Panthers condamné à la prison à vie à l’âge de dix-huit ans pour un vol de 70 $ (dans une station-service, je crois), tourne mal. Quatre personnes sont abattues et trois autres sont grièvement blessées. Angela est membre du comité de soutien de George Jackson, elle est accusée par le FBI d’avoir procuré les armes qui ont permis ce coup de force. Certes, elle est noire, mais en plus elle est une femme. Angela est la troisième femme de l’Histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchée par le FBI, la célèbre « Most Wanted List ». Mais Angela est introuvable. Durant deux mois, la panthère noire déjoue la poursuite du FBI. Pendant cette traque à travers les Etats-Unis, sa renommée se façonne, grandit, et de nombreuses pancartes fleurissent sur les murs et les portes: « Angela notre sœur, tu es la bienvenue dans cette maison ».

Angela Davis est arrêtée le 13 octobre 1970, dans un hôtel. Accusée de meurtres et de séquestrations... c’est la peine de mort.

Angela est placée en détention provisoire pendant seize mois au « Women’s Detension Center » de New York. L’opinion publique internationale se mobilise pour la supporter, John Lenon et Yoko Ono chantent la chanson « Angela », les Rolling Stones écrivent et composent pour elle « Sweet Black Angel ». Prévert lui écrit un poème. Des manifestations monstres grondent dans les capitales. A Paris, 100 000 personnes demandent sa libération avec en tête de la foule, Aragon et Sartre.

Grâce à la pression internationale, elle est acquittée de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury composé uniquement de blancs, au cours d’un procès hyper médiatisé qui met à jour une machination du FBI. Angela est libérée sous caution. Un monstre sacré est né, une grande figure pour la justice et l’égalité. Elle multiplie ses combats, pour la paix au Vietnam, pour l’égalité des femmes, contre le racisme et l’oppression.

Aujourd’hui, Angela a 62 ans, toujours rebelle. Elle lutte pour l’abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et contre le système carcéro-industriel. Cette industrie pénitentiaire devenue une manne inépuisable pour le gouvernement et les sociétés privées qui la contrôlent. Angela donne des cours sur l’éveil de la conscience à l’université de Santa Cruz en Californie, encourage l’esprit critique face au prêt à penser.

André Bouny, père adoptif d’enfants vietnamiens, préside le « Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York » (CIS)

 


 

Euronext-NYSE pèserait : 19 000 milliards d'euros

euronext

 

La Bourse de New York (New York Stock Exchange, NYSE) a annoncé, lundi 22 mai dans un communiqué, avoir proposé une fusion avec le groupe boursier paneuropéen Euronext pour créer un groupe d'une valeur de 21 milliards de dollars (16 milliards d'euros).

Le NYSE propose aux actionnaires d'Euronext l'équivalent de 8 milliards d'euros (soit 10,2 milliards de dollars), en titres et en numéraire pour racheter la plate-forme boursière européenne. Selon les termes de l'échange, les actionnaires d'Euronext recevraient 0,98 action du NYSE plus 21,32 euros en numéraire, soit un total de quelque 70,94 euros par action Euronext, un montant inférieur de 4,91 % au dernier cours de clôture du groupe paneuropéen (74,60 euros) vendredi.

La Bourse de New York évalue à 293 millions d'euros (375 millions de dollars) les synergies générées par la fusion. Le nouveau groupe, dénommé tout simplement NYSE Euronext, serait coté à New York et sur les marchés actuels d'Euronext (dont la Bourse de Paris), et les postes de direction partagés entre les dirigeants actuels d'Euronext et du NYSE : le patron de la Bourse de New York, John Thain, serait le PDG du nouvel ensemble et celui d'Euronext, Jean-François Théodore, deviendrait son adjoint. Le conseil d'administration serait composé de onze représentants du NYSE et neuf d'Euronext.

Selon toute vraisemblance, Euronext devrait répondre favorablement à l'offre du NYSE, le groupe ayant confirmé la semaine dernière qu'il était en train de peaufiner un accord stratégique en vue d' "une transaction de grande ampleur", à la suite des informations de presse faisant état de discussions très avancées avec la Bourse de New York.

Euronext a indiqué dans un communiqué que son conseil de surveillance allait se réunir lundi après-midi pour étudier les propositions du NYSE, ainsi qu'une offre de rapprochement émanant de son concurrent allemand Deutsche Börse, et d'autres "marques d'intérêt".

Euronext rassemble les Bourses de Paris, Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne, ainsi que le marché à terme britannique Liffe. Il tente depuis plusieurs mois de s'agrandir et fait l'objet d'une offre de fusion de la part de la Bourse de Francfort.

La combinaison Euronext-NYSE serait forte de 3 800 sociétés cotées, pesant au total une capitalisation de 19 000 milliards d'euros. Elle offrirait un contrepoids au rapprochement attendu entre le marché américain des valeurs high-tech, le Nasdaq, et la Bourse de Londres.

Parallèlement, le Nasdaq, principal concurrent du NYSE, est devenu depuis un mois le premier actionnaire du London Stock Exchange, la Bourse de Londres. Vendredi, il a annoncé avoir dépassé le seuil de blocage de 25 % qui permet d'empêcher toute décision importante.

 

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15/12/2006

Nouvelles n° 106: Débat sur la libéralisation des services - Il y a 100 ans, la catastrophe de Courrières - Les limites du droit à l'information - La montéedu mouvement pour le droit au logement en Russie

DEBAT

 

« L'objectif est le meilleur service au meilleur prix »

 

libéralisation des services

 

L'avis d'un partisan de la libéralisation : Baudouin Velge, directeur du département économie à la Fédération  des entreprises belges.

 

Par rapport à ce projet de directive européenne sur la libéralisation des services, vous êtes … ?

 

En principe favorable. Le marché unique doit fonctionner au mieux. Aujourd’hui, les services font face à un ensemble de règles nationales qui freinent leur circulation d’un pays à un autre. Or, ils représentent près de 70 % du PIB européen. Améliorer la situation est donc un objectif important. Pour les entreprises, mais aussi pour les consommateurs, qui pourront voir les prix baisser, du fait d’une concurrence plus élevée.

 

Tout de même, bien des secteurs économiques appréhendent une telle libéralisation …

 

Quand on envisage une ouverture, il se pose toujours des problèmes de transition. C’est évident. Pour certains secteurs, comme l'intérim ou la construction, les conséquences pourraient être délicates. C'est pourquoi il faut prendre le temps d'examiner les choses, de mettre des garde-fous nécessaires. Nous comprenons ces craintes. Cependant, notre signal de base, c'est de dire « oui » à un meilleur échange, en ce qui concerne les services.

 

Qu'entendez-vous par « garde-fous » ?

 

Prenons l’exemple de l’accès à des professions : dans certains cas, les conditions sont plus drastiques dans un pays que dans un autre .Nous plaidons pour que l’on mette à plat toutes ces réglementations, et que l’on regarde s’il n’y a pas moyen de les simplifier . Si des barrières ont été instaurées pour garantir la sécurité ou la qualité, c’est une chose. Mais si elles n’ont pas de raison objective, alors, il faut pouvoir les lever. Je me souviens d’un exemple, lorsque les biens ont été libéralisés à la fin des années 80 : l’Allemagne  imposait des normes, sur les téléviseurs, qui étaient différentes de tous les autres pays. Après un examen, on s’est rendu compte qu’elles n’avaient pas de raison : elles visaient, sans le dire, à protéger l’industrie électronique du pays.

 

Aujourd’hui, peut-on évaluer le degré d’ouverture du marché des services ?

 

C’est difficile à dire, car les services sont, en eux-mêmes, très diversifiés. Et puis, il ne faut pas oublier que, de plus en plus, les entreprises proposent à la fois un bien et un service dans la même démarche. On vend ainsi une installation informatique avec la formation du personnel qui va avec.

Continuer à avoir des règles différentes pour les deux aspects, c’est absurde.

 

Tout de même, comprenez-vous les craintes qui sont émises ?

 

Il faut savoir raison garder. Cette directive ne signifie pas la révolution. Les changements en ce domaine prennent plus de temps qu’on l’imagine. A la FEB, nous avons une attitude positive par rapport à ce projet, tout en reconnaissant qu’il faut mener une analyse détaillée des conséquences, secteur par secteur.

 

Comment jugez-vous la position prise par le gouvernement belge sur ce dossier ?

 

Mauvaise. Elle est trop frileuse .Pourtant, le premier ministre ne cesse de dire que le processus du sommet de Lisbonne doit être réalisé. Or, ce projet y est directement lié.

 

Qu’est-ce qui ne vous plaît pas ? Le fait de demander à exclure de la libéralisation certains secteurs, comme la santé ?

 

Vouloir exclure tout le secteur de la santé paraît excessif. Il existe chez nous une pénurie d’infirmières. Pourquoi ne pas imaginer que ce type de services puisse être ouvert ? Cela rencontrerait des besoins. L’objectif ultime, c’est d’avoir le meilleur service au meilleur prix.

 

 REACTIONS

 

« Une sourde inquiétude »

 

Le projet de directive concerne de nombreux secteurs économiques. Certains d’entre eux sont inquiets. S’il devait être adopté tel quel, ce projet pourrait bien, dans la pratique, causer de grosses distorsions de concurrence.

Qui est concerné par ce projet de libéralisation ? La distribution, la construction, les professions libérales (médecins, architectes … ), la publicité, l’immobilier, le gardiennage, l’audiovisuel, l’intérim, les agences de voyage, les services aux entreprises, les centres de loisirs, les hôpitaux … Les services gratuits délivrés par les Etats en seraient exclus (donc l'enseignement primaire et secondaire) . De même que les secteurs qui font déjà l'objet d'une procédure de libéralisation par ailleurs (et engagée depuis quelques années) : transport aérien, rail, électricité, gaz, postes, télécoms, banques. En Belgique, des craintes sont émises un peu partout.

 

Echantillon :

 

La distribution : Nathalie Pinte, conseillère à la FEDIS (Fédération des entreprises de distribution) : « Nous sommes mitigés face à ce projet. Il y a des points positifs et négatifs. Nous sommes satisfaits de la suppression de certaines exigences pour l’accès à des professions, comme les bouchers. Idem pour la simplification administrative. Par contre, nous redoutons que cette libéralisation supprime les critères réglementant les implantations de surfaces commerciales. Une liberté d’établissement fausserait la concurrence pour les entreprises belges ».

 

La construction : David Lanove, responsable d’études de la Confédération de la construction : « Ce projet pourrait poser des problèmes à notre secteur, plus qu’à d’autres. En effet, nos entreprises emploient beaucoup de main-d’œuvre. Or, le projet veut faciliter le détachement d’ouvriers étrangers. En soi, cette ouverture ne nous dérange pas, mais, il faut bien dire que, actuellement, les règles d’embauche diffèrent grandement entre les Etats et surtout avec les pays de l’Est. Des distorsions de concurrence risquent d’apparaître. Et puis, quid du contrôle ? Par exemple, les entreprises étrangères seront-elles soumises à la réglementation belge sur le travail au noir ? » .

 

L’intérim : Herwig Muyldermans, directeur général de Federgon (Fédération des entreprises d’intérim) : « Depuis 1976, les entreprises de travail intérimaire sont soumises à un système d’agrément par les autorités. Cela fonctionne assez bien, et permet de prévenir les abus. Nous ne voulons pas qu’on supprime ce système. Mais ce n’est pas la seule question : si une entreprise étrangère vient exercer chez nous, sans être soumise à cet agrément, il y aura distorsion de concurrence. Nous sommes en faveur de l’ouverture, mais ça, cela ne va pas. C’est pourquoi nous réclamons que notre secteur soit exclu de la directive. La mise à disposition de travailleurs n’est pas un service comme un autre, il doit bénéficier d’une exception ».

 

Les PME : Pierre Colin, secrétaire général de l’UCM (Union des classes moyennes) : « Pour l’accès aux professions libérales, un dépoussiérage est sans doute nécessaire, mais il ne faut pas faire table rase de tout. En fait, cette libéralisation est valable à condition que les écarts entre les pays ne soient pas trop importants en termes de protection sociale, de coûts salariaux, de protection aux consommateurs, de pression fiscale … sinon, on se dirige tout droit vers des déséquilibres, et, ceux-ci ne permettront pas d’accroître la compétitivité de l’économie européenne, ce qui est l’objectif ultime. Or, ce projet a l’air de considérer que les situations sont égales entre les pays. C’est un peu facile de raisonner en ces termes. C’est de la pure théorie ».

 

Extrait du JDM


 

HISTOIRE SOCIALE

 

courrières

Il y a cent ans : la catastrophe de Courrières

 

 Il y a un siècle exactement qu’a eu lieu la catastrophe de Courrières (Pas-de-Calais), la plus grande catastrophe minière de l’histoire des houillères françaises, puisqu’elle fut à l’origine, officiellement, de 1099 morts.

Ce drame est entré dans l’Histoire sous le nom de « catastrophe de Courrières », bien qu’aucune des victimes ne résidait dans cette commune. Mais elles travaillaient pour une compagnie dont le siège se situait dans la ville de Courrières. A l’époque, c’était l’une des plus importantes compagnies minières de France

 

Le drame

 

Le 7 mars 1906, un feu est découvert dans l’une des veines de la fosse de Méricourt. Les ingénieurs et les chefs porions décident d’édifier des barrages pour l’étouffer. Pierre Simon, un délégué mineur, demande à ce que personne ne descende tant que le feu ne sera pas éteint. Mais la direction refuse. Au travail ! Les profits n’ont pas un jour à perdre.

Trois jours plus tard, le 10 mars, le feu campe toujours à Méricourt, dans la Veine Cécile, et vers 6 h 40, c’est l’explosion. Des kilomètres de galeries sont balayés. Il est impossible de remonter la cage du fond ou de descendre : tout à été ravagé par l’explosion. Le chaos règne sur les carreaux des fosses. Les familles qui se massent devant les puits vivent une insoutenable attente …. des heures, puis des jours.

Face à la catastrophe, la solidarité ouvrière se met en marche. Des mineurs allemands, équipés de matériel spécifique, rejoignent les sauveteurs et permettent de remonter de nombreux corps que les familles identifieront avec beaucoup de difficultés, tant ils sont calcinés.

Les obsèques des premières victimes ont lieu, le 13 mars, dans la souffrance et le déchirement des familles. C’est ce jour que, devant la fosse commune de Billy-Montigny, la foule réclame justice et scande : « Vive la révolution! Vive la grève ! »

 60.000 grévistes

 

Le lendemain des obsèques, les mineurs refusent de redescendre. Les deux syndicats de mineurs constituent un comité de grève. La grève, solide, s’étend très vite aux exploitations voisines. Le 16 mars, on recense 25.000 grévistes, et   60.000 à l’apogée du mouvement. Congrès et réunions se multiplient pendant que Clemenceau, ministre de l’intérieur, envoie des soldats    «cantonnés dans les carreaux et employés à leur garde » .

 Le 30 mars, vingt jours après la catastrophe, 13 rescapés ressortent encore vivants de la fosse numéro 2. Ils ont vécu plus de deux semaines sous le sol pendant qu’en surface on bouchait les puits… Le 3 avril, à la fosse 4 de Sallaumines, un mineur remonte vivant. C’en est trop : la population soupçonne la Compagnie de Courrières d’avoir laissé mourir ses ouvriers au fond. La grève se durcit ; des confrontations avec les forces de l’ordre ont lieu presque chaque jour. Dans les rues de tout le bassin minier résonne l’Internationale, et la grève continue de se durcir. Le 23 avril, suite au décès d’un officier, tué par un projectile, treize trains de renforts militaires arrivent dans la région. Les soldats patrouillent jour et nuit ; la répression sévit. On ne compte plus le nombre d’arrestations.

Fin avril, les patrons cèdent sur une partie des revendications – notamment sur l’augmentation des salaires. A cela s’ajoute la faim des familles et une implacable répression. Au début du mois de mai, les mineurs reprennent le travail, mettant un terme à plusieurs semaines d’une abnégation et d’une combativité exemplaires. Nous devons nous souvenir de ces hommes, de ces mineurs qui, chaque jour, dans l’obscurité de nos sous-sols, risquaient leur vie pour extraire le charbon. Le sang de ces travailleurs a écrit l’histoire des houillères.

L’exploitation capitaliste était particulièrement dure dans le secteur minier. Les « gueules noires », qui ont toujours revendiqué de meilleures conditions de travail, resteront un modèle de courage dans la lutte des classes.

 

Le bassin minier aujourd’hui

 

La vie d’une grande partie du Nord-Pas de Calais tournait autour de la mine. On n’était pas de telle ville, on était de la fosse 7 ou de la 2… Les mineurs et leurs familles étaient logés dans des maisons de corons (cités

réservées aux ouvriers). Une partie des villes telles que Lens, Bruay-la-Buissière ou Noeux-les-Mines étaient structurées autour de l’exploitation du charbon. L’arrêt de cette industrie a eu des conséquences sociales dramatiques. La fermeture, au début des années 90, des dernières mines du Nord-Pas de Calais, ainsi que de nombreuses usines (Dim, Metaleurop….) a laissé une région en proie au chômage – 13% de la population active – et à la précarité.

La fierté de classe et les traditions de lutte sont toujours présentes au « pays du charbon », y compris dans la jeunesse. Cependant, les politiques pro capitalistes menées par les gouvernements de gauche, depuis 1981, ont écœuré de nombreux travailleurs, et même poussé une partie d’entre eux à voter pour le Front National. Ainsi, un futur gouvernement de gauche trouvera de solides appuis et une formidable combativité dans la classe ouvrière de cette région – à une condition : que le réformisme sans réformes proposé par Hollande, Strauss-Khan et consorts cède la place à un programme véritablement socialiste.

 

Mathieu Monoky (MJC Béthune)

Extrait de La Riposte

 

 

OPINIONS

 

Les limites du droit à l’information.

clearstream-lyonnais

 

Denis Robert est, une fois de plus, inculpé pour injure, calomnie et diffamation. Qui est Denis Robert ?  Un ancien journaliste de Libération qui, en 1996, avait réuni sept grands magistrats anti-corruption (dont Eva Joly, en charge du dossier Elf) pour lancer l'Appel de Genève en faveur d'un espace judiciaire européen. Il effectue pendant deux ans une enquête sur Clearstream, une chambre de compensation qui s'avère être un des points névralgiques des échanges financiers mondiaux.

Il bénéficie de l'aide de Ernest Backes, un ancien dirigeant de Clearstream et de Régis Hempel, un ancien responsable informatique de cette firme. En 2001, il publie les résultats de son enquête sous le titre Révélation$ publié en France par Les Arènes (www.arenes.fr) et réalise un film intitulé Les dissimulateurs diffusé par Canal +.  Denis Robert met en lumière que cette firme, présente dans 107 pays dont plus de 40 paradis fiscaux, dissimule les transactions internationales sensibles à partir d'un système de comptes non publiés. Des sommes colossales sont ainsi défiscalisées. Le scandale éclate. Clearstream menace de procès en cascade. Les journalistes financiers expriment leur incrédulité, voire leur hostilité. Mais en France, une mission parlementaire est constituée pour procéder à une enquête au terme de laquelle les conclusions de Robert seront largement confirmées. Au Luxembourg une information judiciaire est ouverte pour blanchiment, faux, usage de faux et escroquerie fiscale. Toute la direction de Clearstream est mise à pied et la firme est rachetée par la société de bourse allemande Deutsche Börse Clearing. Un an plus tard, Denis Robert raconte les réactions suscitées par son livre et son documentaire dans un nouvel ouvrage : La boîte noire et un second documentaire L'affaire Clearstream lui aussi diffusé par Canal +.

Commence alors un véritable marathon judiciaire. Les plaintes pleuvent. Déposées par Clearstream, mais également par deux des clients de cette firme, la Banque Générale du Luxembourg et la banque russe Menatep (dont un des conseillers juridiques est l'ex-commissaire européen Bolkestein). Les demandes de dommages et intérêts dépassent le chiffre d'affaire annuel de l'éditeur. Procès après procès, Denis Robert, son éditeur et Canal + sont relaxés, en première instance comme en appel. Mais dès que Robert gagne, une nouvelle procédure est introduite contre lui. Soixante plaintes vont ainsi se succéder. Une véritable campagne de harcèlement avec la complicité active de la justice luxembourgeoise. Celle-ci a par ailleurs enterré en grande pompe l'affaire Clearstream en déclarant, en 2004, que les faits étaient "donnés, mais prescrits".
Mais si les banquiers échappent l'un après l'autre à la justice luxembourgeoise, celle-ci s'acharne sur Denis Robert. En janvier de cette année, l'Etat luxembourgeois l'inculpe pour des faits pour lesquels il avait déjà été poursuivi en France et pour lesquels il a gagné ses procès en première instance et en appel. Par contre, en février, le PDG de Clearstream, André Lussi, limogé en 2001 après avoir négocié de confortables indemnités de départ, et poursuivi pour abus de biens sociaux, bénéficie, comme ses collègues inculpés, de la prescription. Comme l'écrit prudemment la journaliste Véronique Pujol dans le Letzenburger Land du 17 février, "le volet abus de bien sociaux vient à son tour de buter contre la prescription, mais aussi contre une certaine démotivation des magistrats qui n'ont peut-être pas été jusqu'au bout de l'enquête. Faute de moyens, de courage, d'indépendance et de détermination ? "

 

Dans un pays où les banquiers sont les maîtres, on peut s'interroger sur l'indépendance des magistrats quand ils blanchissent les banquiers et poursuivent les journalistes. Mais on ne s'étonnera plus quand on appendra que Luc Frieden, le ministre de la Justice, est aussi ministre du Trésor et du Budget. Cette nouvelle inculpation de Denis Robert, cinq ans après la publication de son premier livre, alors que plus de soixante plaintes contre lui ont échoué, montre que les autorités luxembourgeoises entendent intimider tous ceux qui, à l'avenir, voudront savoir comment fonctionne le système financier et la toile d'araignée des paradis fiscaux. Quand on se souvient que Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, est investi de responsabilités particulières dans les questions financières de l'Union européenne, on ne peut que s'inquiéter de voir comment évolue en Europe le droit à l'information sur ces questions.

Denis Robert risque une peine de prison augmentée d'une amende et des frais de justice. Une pétition a été lancée. Elle dit simplement ceci "Nous citoyens européens soutenons Denis Robert et condamnons l'acharnement des autorités luxembourgeoises à son encontre. La liberté de penser et d'écrire est une valeur européenne fondamentale qui prime sur les intérêts bancaires du Grand-Duché

 

Par Raoul Marc Jennar

Extrait du JDM

 

 

LA MONTÉE DU MOUVEMENT POUR LE DROIT AU LOGEMENT EN RUSSIE

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Depuis l’entrée en vigueur du nouveau code du logement, le 1er janvier2006, et l’accélération de la réforme de la politique du logement, les actions de protestation se multiplient et touchent de plus en plus de régions de Russie. Il ne se passe presque pas un jour, et surtout pas un week-end, sans que des manifestations aient lieu dans des villes de Russie. Durant le week-end du 18 et 19 février des rassemblements et des manifestations ont eu lieu dans plus d’une dizaine de villes : à Ekaterinbourg (2000 personnes à l’appel du comité local de coordination des luttes),Vladivostok (5000 personnes à l’initiative de la « Chambre civique »locale), Omsk (2000 personnes à l’appel du Comité des actions de protestation, une coalition qui inclut la plupart des partis d’opposition et des associations), dans la banlieue de Moscou, à Perm,Novossibirsk, Moscou, etc. Certes, le mouvement actuel n’a pas l’ampleur qu’avait connue l’hiver dernier la mobilisation des retraités contre la remise en cause des garanties sociales, mais la dynamique actuelle est celle d’un élargissement constant : d’une part, des catégories toujours plus nombreuses de la population rejoignent le mouvement, d’autre part, les coordinations, apparues pendant le mouvement des retraités, sont très actives et se multiplient à travers tout le pays. De plus, la réforme de la politique du logement ne fait que commencer, et la population n’a pas encore pris pleinement conscience de toutes les conséquences sociales dramatiques d’une politique dont l’objectif central est la privatisation pure et simple du parc immobilier appartenant aux communes, et des flux financiers liés à la gestion des immeubles. Pour comprendre le sens de cette réforme, il faut connaître les conditions de logement de la majorité de la population. Une partie vit dans des logements qu’elle loue à la municipalité en payant des loyers très inférieurs à ceux du marché, l’autre partie vit dans des logements privatisés gratuitement au profit de leurs occupants lors des réformes du début des années 90. Aujourd’hui, cette politique sociale du logement, qui permettait à la majorité de la population de conserver un toit malgré des salaires très bas touche à sa fin. Le pouvoir actuel considère qu’une telle politique coûte trop chère et qu’elle n’est pas assez « efficace ». Il s’agit donc de livrer le secteur du logement aux forces brutales du marché, qui plus est d’un marché « à la russe », où les meilleurs morceaux à privatiser reviennent à des fonctionnaires d’Etat et, en l’occurrence, aux municipalités et aux gros monopoles paraétatiques du gaz et de l’électricité. Une réforme brutale de la politique du logement se développe sur plusieurs plan : montant des charges, accès à la propriété, logement social, gestion des immeubles, entretien des bâtiments. Les mesures adoptées vont toutes dans le sens d’une remise en cause du droit fondamental à un logement. Montant des charges. On assiste à une libération du prix des charges communales (gaz, eau et électricité en premier lieu), sous prétexte de faire payer par la population « 100% » de leur coût. En fait, à cause de la vétusté des équipements et de la mauvaise qualité des services communaux, la population paie depuis longtemps non seulement 100% des dépenses, mais en plus paie la part de l’énergie et de l’eau qui s’évapore par des canalisations et des conduits défectueux et mal isolés.

 Elle a également à sa charge la part des dépenses qui va dans la poche des fonctionnaires municipaux et des dirigeants des sociétés communales. L’année dernière, le prix des services communaux a augmenté en moyenne de plus de 30% (pour une inflation moyenne de 10%). Le 1er janvier 2006, les tarifs ont connu une nouvelle augmentation de 30% en moyenne, ce qui frappe durement le budget des familles. Malgré les subsides versés aux familles aux revenus les plus bas (quand elles parviennent à les toucher !), de plus en plus de personne sont en rupture de paiement, ce qui fait peser sur elles la menace d’une expulsion. Même si le pouvoir essaie de camoufler les choses par des semblants de mesure, la libération complète du montant des charges est désormais une réalité. Quant aux normes maximales fixées par le pouvoir fédéral elles sont purement symboliques. Coup d’arrêt d’accès à la propriété. La politique de privatisation «gratuite » des appartements au profit de leurs occupants s’était imposée aux réformateurs eltsiniens au début des années 90 en l’absence de marché de l’immobilier et face à une population que la libération sauvage des prix de janvier 1991 avait plongé dans la pauvreté, réduisant à néant toute son épargne. A compter du 1er janvier 2007, la possibilité d’accéder gratuitement à la propriété de son logement est supprimée.Vue de l’Occident marchand, une telle mesure peut paraître normale, elle n’en est pas plus humaine. Surtout quand on sait qu’un grand nombre de familles sont inscrites, souvent depuis des dizaines d’années, sur des « listes d’attente » établies par les municipalités. En supposant qu’un jour elles reçoivent effectivement un logement, ces familles ne pourront jamais en devenir propriétaires. L’achat d’un logement au prix du marché reste hors de portée de l’immense majorité, malgré le lancement de programme de prêts hypothécaires, Logement social. Officiellement, le gouvernement a une politique du logement social avec des loyers inférieurs à ceux du marché. Elle s’adresse aux familles qui ont les plus bas revenus, mais aussi à ceux qui choisissent de ne pas devenir propriétaires de leur logement par crainte des impôts et des charges supplémentaires pesant sur les nouveaux propriétaires. Sur ce point encore, vue d’Occident, une telle politique paraît parfaitement légitime. Mais c’est sans compter avec l’augmentation régulière des loyers dits sociaux. Et, surtout, ayant reçu toute liberté de gérer le parc de logements municipaux non privatisés, pourquoi les municipalités feraient-elles du logement social, alors qu’en louant les locaux à une firme ou à une entreprise commerciale, elles s’assurent des bénéfices substantiels ?

Enfin, les bénéficiaires d’un logement social ne sont nullement à l’abri d’une expulsion, pour non-paiement du loyer, mais aussi au nom d’abstraits « besoins de l’Etat ». Et dès l’entrée en vigueur du nouveau code du logement, les expulsions ont commencé.

 

Gestion des immeubles.

 

Jusqu’à présent, la majorité des immeubles étaient gérés par des sociétés communales dépendant des municipalités. Le nouveau code du logement laisse désormais moins d’un an - jusqu’au 1erjanvier 2007 - aux propriétaires de logements pour choisir collectivement, en assemblée générale, le mode de gestion de leur immeuble (co-propriété, société de gestion ou « gestion directe »). Si les propriétaires n’ont pas fait de choix d’ici cette date, l’immeuble passe d’office à une société de gestion choisie par la Mairie par « concours ». Sachant ce que sont les « concours » en Russie, il n’est pas difficile de prévoir les suites pratiques de cette mesure - la gestion des immeubles et des terrains adjacents ( et donc des flux monétaires liés au paiement des charges et à la possible exploitation des terrains ou des logements « vacants ») passe à des sociétés privées (la privatisation des sociétés communales est prévue par la loi) étroitement liées aux fonctionnaires municipaux et contrôlables uniquement par la Mairie (les conditions des contrats d’exploitation et de gestion ne sont visées que par la Mairie, les habitants n’ayant que l’obligation designer). Evidemment, les Municipalités attendent avec impatience le 1er janvier 2007 pour s’approprier une telle manne immobilière, espérant s’approprier l’essentiel de la gestion des immeubles. C’est ce qui explique que la population ne reçoive quasiment aucune information sur les différents mode de gestion de leur immeuble : il faut surtout éviter qu’ils décident de la prendre en charge eux mêmes. En février 2006, moins de 3% des habitants ont choisi leur mode de gestion.

 

Entretien et réfection des immeubles.

 

Les frais d’entretien et de réfection des immeubles sont désormais entièrement à la charge des propriétaires et, indirectement (par le biais des loyers perçus par la municipalité) des locataires. Là encore, ce qui peut paraître normal en Occident ne l’est pas en Russie. Pour comprendre l’enjeu de cette mesure, il faut savoir que la plupart des immeubles, n’ont pas été entretenus depuis 20 à 30 ans, alors même que durant toutes ces années les habitants ont payé régulièrement pour l’entretien et la réfection de leur immeuble. Depuis quelque temps déjà, les spécialistes tirent la sonnette d’alarme sur l’état critique de la majorité des immeubles d’habitation, dont bon nombre menacent de s’écrouler. Le nouveau code du logement a pour seule conséquence d’aggraver encore les charges qui frappent les occupants des immeubles. Bien plus, la Municipalité a aujourd’hui le droit de déclarer une habitation « insalubre » (sans critères déterminés) et de demander sa destruction - aux frais des propriétaires des logements ! Argument du pouvoir : l’Etat n’a pas les moyens de remettre en état toutes les habitations, il faut donc faire appel au marché. Mais quel acteur du marché investira dans la réfection d’un immeuble qui menace de s’écrouler, si ce n’est pour le raser et construire à sa place un immeuble plus rentable, après avoir expulsé les anciens occupants ? Cette présentation rapide de la nouvelle politique du logement donne une idée de l’ampleur des réformes et des conséquences dramatiques que celles-ci entraînent pour la majorité de la population. Le manque d’informations sur le contenu des réformes, la complexité des mesures mais aussi leur application progressive, tout concourt à empêcher la population de prendre conscience de ce qui l’attend.

 

Les résistances

 

Au cours des derniers mois, un mouvement de résistance a commencé à se mettre en place, avec des orientations et des enjeux assez diversifiés.

 

Non à la flambée des charges.

 

La brusque augmentation du montant des charges a des répercussions immédiates sur les revenus des familles. La baisse des revenus que cela entraîne constitue une première motivation pour aller grossir les rangs des manifestants. Et déjà des milliers de personnes sont descendues dans la rue, de plus en plus souvent de manière spontanée, avec le slogan « A bas le vol communal ! ». Ces protestations spontanées ne sont pas sans rappeler le début du mouvement des retraités de l’hiver 2005 ; il est raisonnable de penser que ce mouvement, encore limité, va se répandre par vagues successives, à travers toute la Fédération de Russie. Surtout que dans certaines villes, comme à Blagoventchesk (Extrême Orient), les manifestants ont déjà obtenu gain de cause, en forçant les autorités municipales à revenir sur leur décision d’augmenter drastiquement les charges. Non aux expulsions des foyers. Encore aujourd’hui près de 20 millions de personnes vivent dans des conditions précaires dans des foyers de travailleurs : depuis 20 ou 30 ans, elles vivent dans « l’ attente » d’un relogement qui n’est jamais venu. Ces foyers, pour la plupart, ont été privatisés dans les années 90, ce qui signifie que leurs occupants n’auront jamais accès à la  « privatisation gratuite » des logements communaux. Les occupants des foyers restés sous gestion communale ne sont pas mieux lotis : les mairies leur refusent systématiquement le droit de privatiser leur logement. Bien plus, ce sont les résidents en foyers qui ont été les principales victimes des mesures d’expulsion, certaines très musclées. Et beaucoup d’autres occupants ont reçu l’ordre de libérer les locaux. Cette situation particulièrement dramatique explique l’importance de la mobilisation dans ce secteur. Des mouvements de résidents de foyers s’organisent dans de très nombreuses villes. Un mouvement est en passe de se structurer à l’échelle de toute la Fédération et une journée coordonnée de protestation sur le thème de la défense du droit au logement pour les habitants des foyers est prévue le 5 mars.

 

Non aux « pyramides immobilières ».

 

Le mouvement des « floués des pyramides immobilières » est aussi très actif. Il s’agit de familles qui ont répondu à l’appel d’offre de sociétés immobilières proposant de financer la construction d’immeubles avec l’argent des parts avancées par les futurs propriétaires de logements. La plupart de ces opérations ayant obtenu le visa des autorités municipales, beaucoup de gens se sont laissés tenter et ont versé toutes leurs économies à des sociétés qui se sont empressées de disparaître une fois l’argent récolté et le chantier à peine commencé. Le scandale est surtout important à Moscou, où les liens (y compris familiaux) du maire Loujkov avec les sociétés immobilières de la capitale ne sont un secret pour personne. Ces scandales concernent des dizaines de milliers de personnes dans tout le pays. Elles aussi s’organisent en comités. Des dizaines d’actions de protestation, réunissant des milliers de personnes, se sont succédées ces derniers mois, certaines prenant la forme d’un blocage de grands axes routiers.

 

Non à la destruction des espaces verts.

 

La question du contrôle des terrains entourant les immeubles est aussi devenue une question brûlante. Dans toutes les grandes villes, et en particulier à Moscou, la construction immobilière s’intensifie et se densifie , les nouveaux immeubles empiètent de plus sur les espaces réservés aux habitants des immeubles. Les nouvelles lois permettent aux municipalités d’ignorer l’avis des habitants des immeubles avoisinants. Quant aux normes écologiques et de sécurité, elles sont régulièrement transgressées, les pots de vin aidant. Face à l’intensification de ces constructions, les habitants des quartiers menacés se mobilisent et s’organisent en comités à l’échelle du quartier. Certains comités sont allés jusqu’à bloquer les chantiers, notamment dans le quartier de la Taganka à Moscou, pour protester contre la construction d’un centre commercial par General Motors sur un terrain vert protégé. Parfois les habitants obtiennent gain de cause, mais, le plus souvent, c’est la complicité d’une administration municipale corrompue et des sociétés immobilières qui a le dessus. La faiblesse de ce mouvement tient à son caractère très local et morcelé. A part quelques cas de coordination à l’échelle de toute une ville, ces comités ne sont pas coordonnés. Des initiatives sont cependant prises, ici et là, pour enclencher le processus de structuration du mouvement de résistance à ces constructions sauvages.

 

Non à la spéculation immobilière et criminelle.

 

Dans certaines municipalités particulièrement corrompues, des habitants se sont retrouvés à la rue suite à l’incendie criminel de leur habitation. Un phénomène, certes, moins répandu, mais qui n’est pas vraiment exceptionnel. Ainsi à Astrakhan en l’espace de quelques mois, des centaines de personnes - habitant bien sûr le centre historique fortement convoité par les promoteurs immobiliers - se sont retrouvées à la rue. Ils ont mis en place un « comité des brûlés » qui se bat pour obtenir un relogement décent et dénonce la responsabilité de la mairie, accusée de fermer les yeux sur des incendies commandités par des sociétés qui avaient reçu l’assurance

 

Pour l’autogestion des immeubles.

 

La question de la gestion des immeubles et des terrains a également donné naissance à un mouvement avec la création de comités d’immeubles, d’associations de quartier, de comités d’initiatives qui ont pour objectif d’informer la population de ses droits et d’avancer l’idée que c’est aux habitants de prendre en charge le fonctionnement de leur immeuble. Les réunions d’habitants de quartier ou d’immeuble se multiplient, parfois à l’initiative de militants de réseaux associatifs ou de partis politiques, parfois à l’initiative des habitants eux-mêmes. Et les idées d’auto organisation et d’autogestion des immeubles commencent à faire leur chemin dans les esprits : elles apparaissent comme la seule possibilité d’éviter le passage de l’immeuble sous contrôle d’une société de gestion imposée par la Mairie. Certes, ce mouvement ne touche encore qu’une part minoritaire de la population, mais, si ce mouvement se confirme, il marquera une étape dans l’auto-organisation de la population. Ces comités commencent à se structurer et établir des liens, pour échanger expériences et informations. Certains animateurs des comités participent aux actions de protestation contre le nouveau code du logement : pour eux une des revendications prioritaires est la réfection des immeubles aux frais de l’Etat, en reconnaissance de la dette contractée à cet égard depuis des années vers une coordination des initiatives et des luttes Le caractère très diversifié et souvent éclaté du mouvement, véritable constellation d’initiatives et de structures hétéroclites, tient en premier lieu à ce que les motifs de mécontentement sont très divers, débouchant sur des formes de contestation souvent locales et mitées au niveau des objectifs. Cependant, on assiste à un début de coordination, résultat de l’action des membres de différents réseaux déjà existants. Certains partis politiques s’efforcent de rassembler tous ces conflits en un mouvement contestataire plus global et massif, mais avec des résultats très divers selon les régions. Ainsi, le KPRF (parti communiste de la Fédération de Russie) et le RKRP (parti communiste ouvrier de Russie) développent une campagne autour de quelques idées simples : « A bas le nouveau code du logement ! », « A bas les tarifs communaux exorbitants ! ». Mais, les actions de protestation organisées à leur seule initiative, ne rassemblent guère plus de quelques centaines de personnes, en majorité des retraités. Les actions les plus massives sont celles qui démarrent spontanément ou sont co-organisées par une coalition de forces politiques et sociales très diverses. Sur ce plan, l’Union des comités de coordination (SKS) occupe une place importante et joue un rôle clé. SKS est née d’un regroupement des comités régionaux de coordination des luttes créés lors du mouvement des retraités de l’hiver 2005. Bien loin de disparaître avec la retombée du mouvement des retraités, ils ont décidé de se maintenir et de ce coordonner en vue de luttes à venir (sur ce plan, le Forum Social russe d’avril 2005 a été un moment essentiel dans la mise en place de cette coordination). Ils se sont élargis à d’autres villes et se sont adressés à d’autres catégories de la population. Dans les villes les plus actives sur le plan du mouvement social : Ijevsk, Perm, Omsk, Novosibirsk, Vladivostok, Saint-Pétersbourg, la banlieue de Moscou, Samara, Toliatti…. Ces coalitions se développent et se coordonnant grâce au réseau du SKS. Le SKS a lancé un appel pour « un mois d’actions de protestation pour une politique sociale du logement », du 12 février au 18 mars 2006. Une telle initiative contribue largement au dynamisme montant du mouvement. Pour prendre l’exemple d’Ijevsk (république d’Oudmourtie), le Soviet local « de coordination des actions citoyennes » réunit des représentants de l’association des retraités, du RKRP déjà cité, de journalistes indépendants, d’étudiants, de syndicalistes, d’anarchistes, de mouvements politiques d’opposition libérale, d’habitants de foyers de travailleurs, de comités de quartier… Lors de la dernière manifestation du 12 février, plus de 4000 personnes se sont rassemblées à son appel, et ont bloqué la circulation pendant plusieurs heures. Certes, le mouvement est encore éclaté, sans identité ni structure d’ensemble à l’échelle du pays, mais le succès des coordinations actives et ouvertes aux initiatives d’en bas, est riche de perspectives de développement.

 

Extrait d'ATTAC France

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02/12/2006

Nouvelles n° 106: Congés payés...et l'utopie devint réalité. La multinationale du XXI ème siècle: Wal-Mart à l'assaut du monde.

Congés payés et l'utopie devint réalité.

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Voici septante ans, les travailleurs belges, après leurs camarades français, arrachaient le droit de se reposer de leur dur labeur, tout en conservant le droit à un salaire. Les congés payés allaient bouleverser la vie des salariés et l’organisation tout entière de la société …

 

Des « salopards en casquette », ces ouvriers qui, dès l’été 1936,  osèrent s’aventurer sur les plages jusque là réservées aux familles bourgeoises et bien pensantes ? L’accusation fit florès parmi les « gens biens » qui, bien sûr, ne manquèrent pas de prophétiser que les congés payés arrachés en Belgique, juste après la France du Front populaire, allaient mettre l’économie par terre. La chanson est connue.

« Toute personne a droit au repos et aux loisirs, et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques », dit pourtant la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Il y a là comme la reconnaissance d’une évidence, d’un droit inaliénable. Pour « universel » qu’il se veuille, ce document reste pourtant du domaine de l’utopie pour des millions d’êtres humains dans plusieurs parties du monde. Et l’idée même de bénéficier de vacances, si elle semble chez nous aujourd’hui bien banale, ne s’imposa qu’au terme d’une longue période de revendications et de luttes syndicales dans nos régions de puissant développement économique.

Les congés payés ont constitué une avancée sociale majeure apparue, ici et là, au début du XXe siècle en Europe. Elle a bouleversé la vie du prolétariat et, au-delà, la société tout entière. Pourtant, en Belgique comme en France, c’est dans la discrétion que  cette conquête sociale a été fêtée, y compris dans les milieux syndicaux. Comme s’il était incongru d’évoquer les grandes luttes du passé à l’ère de la « pensée unique » et de la remise en cause des conquêtes historiques du monde du travail.

 

 Une idée neuve

 

L’idée de « vacances annuelles » ne vient guère à la surface qu’au XIXe siècle avec la montée en puissance de l’industrialisation et la mise en place de structures

ouvrières organisées. Jusque là, les jours de repos des travailleurs salariés s’étaient largement confondus avec les fêtes religieuses. L’apparition de la société capitaliste, au sens contemporain, allait bouleverser les structures sociales en place depuis des siècles. Désormais, dans les zones urbanisées, là où se concentre en masse le prolétariat, l’ouvrier constitue un maillon – le moins coûteux – du processus de production. La bourgeoisie, elle, commence à passer en famille des vacances organisées à la montagne ou sur les plages, voire dans des régions plus exotiques. Le tourisme est né, réservé aux catégories sociales aisées.  Les prolos n’ont ni le temps, ni l’argent pour en profiter.

On observe toutefois des avancées, dans différents pays européens, dès le début du XXe siècle. En Grande-Bretagne, berceau avec la Belgique de l’industrialisation et de l’organisation scientifique du travail, une loi accorde en 1901 six jours de congés aux mineurs d’âge et aux femmes. Dans les faits, elle sera souvent appliquée aux hommes. Les syndicats britanniques, peu avant la Première guerre mondiale, inscrivent les congés payés dans leur programme. C’est souvent par le biais de conventions collectives que les congés payés vont s’étendre, sans que la loi ne sanctionne cette conquête. Des conventions sectorielles du même type étaient apparues dans différents pays, comme l’Allemagne (dès 1905), le Danemark, la France, l’Italie, l’Autriche-Hongrie ou les Pays-Bas. En Allemagne, plus de 86% des salariés bénéficiaient par ce biais de congés payés dès 1921.

Les « accords de Matignon »

 

La France de l’entre-deux guerres, elle, était à la traîne, malgré de nombreux conflits sociaux. En 1900, les employés du métro parisien obtinrent une dizaine de jours de congés. Mais le Parlement refusa d’élargir cet acquis à l’industrie. Des grèves de mineurs et de métallos échouèrent en 1923 et 1924. En 1931, encore, une proposition de loi instaurant les vacances ouvrières payées fut votée à l’Assemblée nationale, mais rejetée par le Sénat. Vint alors, en 1936, l’époque du Front populaire, l’arrivée de la gauche au pouvoir. Et, immédiatement, dans la foulée de la victoire électorale, l’irruption en masse du mouvement populaire dans le débat politique. Ce fut le déclenchement de grèves en série, avec occupation d’usines, en mai et en juin, avec, notamment, au cœur des luttes, des revendications salariales et les congés payés. Le Premier ministre socialiste, Léon Blum, tout en décrétant illégales les occupations, dut céder du terrain. Les fameux « accords de Matignon », signés dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, amenèrent des augmentations salariales, l’abaissement à 40 heures de la durée légale du travail et 15 jours de congés payés par an.

Historiques, ces accords eurent un puissant retentissement dans l’Europe entière. Face aux forces conservatrices et au patronat, le Front populaire avait fait reculer les frontières du possible. Comme l’ont abondamment rappelé des historiens, en 1936, « se conjuguèrent en France une expérience antifasciste, une expérience  gouvernementale inédite et un très puissant mouvement de masse ». Danielle Tartakowski notait récemment que « dans les années 20, faire de la politique, c’était voter, droit réservé aux hommes de plus de 21 ans. Le Front populaire a marqué l’entrée en politique, sous des formes nouvelles – la rue, la grève, la fête – des femmes, des jeunes, des immigrés ». Aux législatives du 3 mai 1936, « on attendait la victoire de la gauche, mais pas l’arrivée en tête des socialistes devant les radicaux, ni la poussée du PCF », relève Michel Marguairaz qui rappelle que « grâce au mouvement social, le gouvernement de Blum ira plus loin que le programme initial du Front ou, entre autres, ne figuraient pas les congés payés. »

Les rapports capital-travail allaient s’en trouver durablement modifiés. Mais, sur un autre plan, le Front populaire fut aussi une grande victoire antifasciste et une victoire politique des forces progressistes coalisées. Il ne faut pas oublier que, deux ans auparavant, en février 1936, en pleine crise économique, les ligues d’extrême droite, encouragées par les victoires de Mussolini en Italie et d’Hitler en Allemagne, étaient montées à l’assaut de la République. La « gueuse » comme l’appelaient les milices fascistes. Les années 1930 avaient aussi été une époque de dur affrontement entre la classe ouvrière – c’est la période des marches de chômeurs - et le patronat, mais aussi avec les ligues. C’est de ces mobilisations qu’allait sortir le Front populaire. Avec ce beau mot d’ordre de « front populaire pour le pain, la paix, la liberté » qui allait donner son nom à ce moment historique. La droite allait toutefois y trouver motif à se radicaliser encore, regardant avec gourmandise du côté de l’Italie et de l’Espagne, profitant des limites de la politique gouvernementale. Car la belle alliance allait buter sur de difficiles contradictions. Si la politique sociale et culturelle du cabinet Blum fut brillante, ses réformes politiques allaient vite se faire timides. Dès 1937, Léon Blum proclamait une « pause » dans les réformes. Face au franquisme, la France et la Grande-Bretagne optaient pour la « non intervention », laissant le champ libre à Hitler. La capitulation à Munich en septembre 1938 sonnait le glas de la coalition antifasciste. Et en novembre 1938, la violente répression, par le radical Edouard Daladier, d’une grève contestant l’abandon de la loi des 40 heures servait d’oraison funèbre…

Réticences belges

 

Mais en Belgique ? Une loi luxembourgeoise de 1926, instaurant des congés payés, contribua à la prise de conscience de la problématique chez nous. De telles lois avaient également été adoptées avant 1936 dans des pays aussi différents que le Chili, l’Espagne, l’Italie, le Mexique, le Portugal, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Chine ou la Suède. En Union soviétique, la loi du 9 novembre 1922 octroyait des congés payés à tous les ouvriers : tous les salariés reçurent 15 jours de congés, les jeunes de moins de 18 ans et les travailleurs occupés à des tâches insalubres, deux semaines supplémentaires.

 

En 1919, le Traité de Versailles signé par les vainqueurs de la boucherie de 14-18 mentionnait que

« le travail de l’homme ne peut être considéré comme une marchandise ». Formidable avancée, au moins sur le plan des principes. Le Traité créait l’Organisation Mondiale du Travail (OIT), mettant ainsi pour la première fois la question sociale au cœur des enjeux internationaux.  La question des congés payés fut déjà évoquée lors de la première conférence internationale sur le travail, à Washington en 1919. Mais… si les syndicalistes belges, notamment, se démenèrent à l’OIT pour faire de cette revendication un enjeu central, il n’en alla pas de même pour le gouvernement. En avril 1930, la Belgique fit partie des pays qui rejetèrent une proposition d’inscrire les congés payés des ouvriers à l’ordre du jour de la Conférence internationale sur le travail. Il en ira ainsi jusqu’en 1935 .

Pourtant, dès 1921, « Le mouvement syndical belge », bulletin syndical socialiste notait avec emphase :

« Quoi qu’en disent les ronchonneurs, la conquête des vacances annuelles pour les ouvriers en général représentera aussi une des réformes qui contribuera à nous faire accomplir un grand pas sur la voie de la révolution sociale ( …) Les patrons, comme pour toutes nos autres revendications vociféreront que le production en souffrira, que l’industrie périclitera (…) Cela est bien connu et cela ne compte plus. Notre prolétariat est assidu et, comme tout autre, il a bien le droit de bénéficier d’un congé annuel. » (1)

A l’époque, « les congés payés constituent encore, en grande partie, un phénomène inconnu dans notre pays. Les ouvriers travaillaient parfois seize heures par jour, et sept jours par semaine. Ils ne bénéficiaient de quelques heures de congé que pour les jours fériés religieux et ce n’est qu’alors qu’ils échappent brièvement à leur misérable environnement. » (2).
Ce sont les mineurs qui, les premiers, ont réclamé des congés annuels, et cela dès le début du XXe siècle. Mais c’est dans les années 1920 que des accords d’entreprises introduisent chez nous le principe des congés payés. Chez le producteur automobile Minerva, puis à la Bell Telephone, chez Gevaerts, dans l’industrie métallurgique d’Anvers, chez Solvay à Couillet ou dans l’industrie diamantaire.

 

Divergences syndicales

 

En 1923, le sénateur socialiste Lombard, dépose une proposition de loi visant à une application générale des congés payés. En 1925, le ministre socialiste des Communications Edward Anseele octroie un congé de huit jours aux cheminots. Lors de son congrès annuel, la même année, la Commission syndicale belge, ancêtre de la FGTB, met la question à son ordre du jour, et demande la création d’une caisse à laquelle tous les employeurs devront s’affilier et qui assurera le paiement du pécule de vacances. Mais le combat syndical en faveur d’un régime légal des congés payés ne se déploiera que tardivement, la revendication salariale restant longtemps prioritaire pour d’évidentes raisons. De plus, les « philosophies» des organisations syndicales, chrétiennes et socialistes divergeront longtemps sur le fond. Les premiers estiment que les jours de congés payés peuvent être répartis sur l’année, congés religieux inclus. Les socialistes estiment qu’une période de vacances digne de ce nom doit s’établir sur plusieurs jours successifs.

 

En octobre 1926, la Commission syndicale lance une pétition pour exiger des congés payés légaux. Les mineurs se mettent en grève pour renforcer la revendication, appuyés par les métallos. Mais une proposition de loi socialiste se trouve une fois de plus reléguée au second plan. « En 1932, ma revendication relative aux congés payés ne figure même plus parmi les mots d’ordre de la fête du 1er mai (…) En 1933,1934 et 1935, le  ‘Mouvement syndical belge’ ne fait plus référence aux congés payés pour les ouvriers dans ses mots d’ordre habituels du 1er mai. » (3)

Comme en France

 

Mais voilà 1936.  Les grèves déferlent sur la France. La fronde sociale passe la frontière attisée chez nous par le chômage, les fermetures d’entreprises, le blocage des salaires, la vie chère…. Les dockers d’Anvers arrêtent le travail le 3 juin, rapidement rejoints par des mineurs liégeois. Plus d’un demi million de travailleurs passent à l’action. Un moment dépassées, les directions syndicales font front pour exiger « la réadaptation générale des salaires, avec fixation d’un minimum de 32 francs par jour et un relèvement des allocations familiales ; la semaine des 40 heures ; l’instauration de mesures légales pour garantir le plein exercice de la liberté ouvrière de vacances payées. » Le 17 juin, le Premier ministre Paul Van Zeeland convainc le patronat d’accepter augmentations de salaires, semaine des 40 heures et congés payés. C’est que les élections législatives du 24 mai ont vu, d’une part,  une percée des communistes et, de l’autre, la montée en puissance de l’extrême droite. Le mouvement syndical a semblé perdre la maîtrise de la base. Le gouvernement veut à tout prix éviter une crise. Enfin, les vacances des ouvriers sont un fait légal. Même si, dans le paternalisme ambiant, beaucoup – tant dans les sphères syndicales qu’au sein du patronat - estimeront que les travailleurs ne sont pas prêts à faire sagement usage de leur temps libéré…
« Cette conquête extrêmement importante est obtenue dans une période, certes riche en acquis sociaux, mais également troublée par la montée des totalitarismes, la dérégularisation des systèmes démocratiques et des marchés économique. Elle est également à resituer dans l’histoire de la réduction du temps de travail (…) Une première étape avait été franchie en 1905 lorsqu’avait été promulguée la    loi portant sur le repos dominical. En 1921, c’est au tour de la loi limitant le temps de travail à 8 heures par jour et à 48 heures par semaine (…) l’obtention de cette semaine de congé va bouleverser la vie quotidienne des familles ouvrières. Une seconde semaine sera obtenue en 1952, une troisième en 1967, une quatrième en 1975. » (4) Il est vrai que des vacances ouvrières étaient déjà organisées avant 1914 en Belgique pour le personnel de certaines administrations communales, dans les banques et les assurances.

 

Comme l’a noté Georges Séguy, l’ancien secrétaire de la CGT française, avec la généralisation des congés payés dans le secteur privé, « c’était comme un rêve qui se concrétisait, la découverte d’une vie nouvelle (…) Ce qui était vu comme une utopie pouvait devenir réel dans des conditions de basculement complet du rapport de force politique (…) C’était impossible d’imaginer qu’un jour les patrons puisent accepter de vous payer pour aller vous reposer. »

Les arguments patronaux opposés aujourd’hui à la réduction du temps de travail sont identiques à ceux que l’on entendait dans les années 1930 contre les congés payés. En Belgique, en France, en Europe en général, le slogan à la mode est « travailler plus pour gagner plus ». Une manière d’aller à contre sens de l’histoire.

1« Les vacances annuelles en Belgique. La genèse et l’évolution ». Par Jean-Pierre Descan, licencié en histoire. Texte écrit en 1994 pour l’Office national des vacances annuelles

 

.2Ibidem3Ib.
4« Les 70 ans de congés payés ». Par Florence Loriaux (Carhop). En Marche, 15 juin 2006

 

Par Maurice Magis

Extrait du JDM


En 1992, le président des Etats-Unis eut cette formule : « Le succès de Wal-Mart est le succès de l’Amérique ». Désormais, la multinationale de la distribution est devenue la plus grosse entreprise du monde. Et le dumping social qu’elle pratique – elle vient d’être condamnée à 172 millions de dollars d’amende pour avoir refusé à ses employés une pause déjeuner – contamine l’économie occidentale. Ainsi, au nom de la lutte contre Toyota, General Motors, qui a déjà annoncé 30.000 suppressions d’emplois, entend imposer à ses ouvriers une baisse des salaires, et à ses fournisseurs, une réduction de prix. Delphi, le plus gros équipementier américain, voudrait carrément payer ses salariés 9,50 dollars de l’heure au lieu de … 28 dollars actuellement.

 

 

La multinationale du XXI ème siècle :

 Wal–Mart à l’assaut du monde

 

wal-mart

« Des haillons de fortune » : cette définition rituelle du « rêve américain » de mobilité sociale doit dénicher en permanence son lot de jolies histoires qui entretiendront l’illusion commune. Ce fut John D. Rockefeller, petit comptable à Cleveland, métamorphosé à 31 ans en patron du pétrole le plus puissant du monde. Ce fut Steve Jobs, quittant l’université sans diplôme pour fonder dans son garage une société, Apple, qui rendit le jeune Californien milliardaire, à l’orée de son trentième anniversaire.

 

Au tour de Wal-Mart à présent, mais en plus grand.

 

Au départ, une petite boutique dans un des Etats (l’Arkansas) les plus pauvres du pays. A l’arrivée, un chiffre d’affaires tournant autour de 310 milliards de dollars en 2005, une famille dont quatre des fils comptent au nombre des dix personnes les plus riches de la planète, une chaîne d’hypermarchés devenue à la fois la plus grosse entreprise du monde – elle a dépassé Exxon Mobil en 2003 – et le premier employeur privé.

Les seules ventes de Wal-Mart représentent 1CD acheté aux Etats-Unis sur 5, 1 tube de dentifrice sur 4, 1 couche-culotte sur 3 .Et, de façon plus significative, 2,5 % de l’ensemble du produit national brut (PNB) américain ! - selon The Wall Street Journal, 3 décembre 2005 – Plus riche et plus influente que cent cinquante pays, l’entreprise doit aux règles qu’ils ont mises en place le pouvoir qu’elle exerce aujourd’hui.

A ce niveau de puissance, inutile en effet, de s’étonner que la plupart des transformations (économiques, sociales et politiques) de la planète aient trouvé leur pendant – parfois aussi leur origine, leur courroie de transmission, leur accélérateur – à Bentonville, dans l’Arkansas, siège de la firme .

Combat contre les syndicats, délocalisations, recours

à une main-d’œuvre surexploitée que la réglementation du travail et les accords de libre-échange rendent chaque année plus prolifique : c’est le modèle de Wallerant.

Pression sur les fournisseurs pour les contraindre à serrer leurs prix en comprimant leurs salaires (ou à s’implanter à l’étranger).

Flou des émissions pour favoriser l’enchaînement des tâches et pourchasser ainsi le moindre temps mort, la moindre pause : c’est le modèle de Wal-Mart.

Construction de bâtiments hideux (les « boites à chaussures ») achalandés par l’armada des 7.100 camions géants de l’entreprise, roulant et polluant 24 h sur 24 afin de bourrer à l’heure dite les coffres des millions de voitures alignées dans les parkings immenses de presque chacune de ses 5.000 grandes surfaces que la multinational exploite : c’est le modèle Wal-Mart.

 

Et puis, quand les syndicats contre-attaquent, quand les écologistes se réveillent, quand les clients enfin mesurent ce que « les prix les plus bas » leur dérobent, quand les artistes oublient un instant de se vendre pour relayer le mouvement populaire, quand des citoyens font barrage à l’installation de nouveaux cubes de béton sur leurs territoires, c’est encore Wal-Mart qui, cette fois, recrute d’anciens  « communicants » de la Maison Blanche, démocrates ou républicains, et leur enjoint de blanchir l’image de l’entreprise, de saturer les médias . Ils diront : désormais, Wal-Mart est « éthique », elle ne cherche qu’à créer des emplois – certes médiocrement payés, mais mieux vaut peu que rien, et les clients aiment tant les prix bas … - Ils ajouteront que la quête obstinée de rendement a permis d’augmenter la productivité nationale. Et que, dorénavant, l’entreprise défendra l’environnement comme elle a secouru les victimes de l’ouragan Katrina. Exploitation, communication : un modèle, encore …

Au fond, comment s’en étonner vraiment ?

 

Profiter du libre échange

 

On ne devient pas la plus grosse entreprise du monde par hasard, uniquement parce que, quarante ans plus tôt, le fondateur, Sam Walton (décédé en avril 1992, quelques jours après avoir reçu des mains de l’ancien président Georges Herbert Bush une des plus hautes distinctions américaines) a eu l’illumination de vendre des pastèques sur le trottoir du magasin, et d’offrir en même temps aux enfants de ses clients des promenades à dos d’âne sur le parking.

Le premier Wal-Mart ouvre en 1962, à Rogers en Arkansas, dans une zone rurale et délaissée. Neuf ans plus tard, l’entreprise a élargi sa sphère d’influence à cinq Etats. Les premiers marchés qu’elle dessert, de faible densité, sont ignorés des grands distributeurs : Wal-Mart y assoira son monopole, avant de s’étendre ailleurs. Elle privilégie la périphérie des centres urbains pour profiter à la fois de la clientèle des villes et du prix plus bas des terrains. Anticipant en 1991 l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), que le président William Clinton, ancien gouverneur de l’Arkansas, fait ratifier deux ans plus tard, le Petit Poucet de Bentonville s’internationalise et débarque au Mexique. Le Canada suit en 1994. Puis viennent le Brésil et l’Argentine (en 1995), la Chine (en 1996), l’Allemagne (en 1998), le Royaume-Uni (en 1999). En 2001, les recettes de Wal-Mart dépassent le PIB de la plupart des pays, dont la Suède. Carrefour, numéro deux du secteur (72 milliards d’euros en 2004), que Wal-Mart a envisagé de racheter en 2004, est plus présent à l’international. Mais l’entreprise fondée par Sam Walton se prévaut d’un atout maître : les 100 millions d’Américains qui iraient désormais chercher les « everyday low prices » (« les prix chaque jour plus bas ») qu’elle leur propose.

 

Plus bas, ils le sont. En moyenne de 14 %. Mais à quel prix ?

 

C’est toute la question. La réponse diffère selon qu’on se soucie de l’individu client à l’affût des meilleures affaires, ou plutôt des salariés, des fournisseurs d’une entreprise assez puissante pour imposer à chacun de tenir – et de réduire – ses coûts. Pour que le client de Wal-Mart soit comblé, le travailleur doit souffrir … Pour que les prix de Wal-Mart et de ses sous-traitants soient toujours les plus bas, il faut aussi que les conditions sociales se dégradent alentour. Et mieux vaut donc par conséquent que les syndicats n’existent pas. Ou que les produits viennent de Chine …

 

La schizophrénie du client qui économise avec un tel acharnement qu’il contribue, chemin faisant, à appauvrir le producteur qu’il est aussi, peut paraître théorique et lointaine. Mais compte tenu de la puissance que Wal-Mart exerce (8,5 % des ventes de détail des Etats-Unis, hors automobile), la contradiction devient vite réelle et immédiate. Ainsi, la firme de Bentonville se targue des « 2.329 dollars par an » qu’elle « permet d’économiser aux familles qui travaillent » ; elle affirme avoir accru en 2004 le pouvoir d’achat de chaque Américain de 401 dollars en moyenne et, la même année, permis la création, directe ou indirecte, de 210.000 emplois (c’est l’idée que l’argent économisé par ses clients a été affecté à d’autres consommations, et a donc dopé l’activité ailleurs).

 

Les adversaires de la multinationale ont en tête des indicateurs moins affriolants. Les prix bas ne tombent pas du ciel ! Ils s’expliquent pour partie par la baisse de 2,5 % à 4,8 %, du revenu moyen des salariés dans chacun des comtés des Etats-Unis où la multinationale s’est installée. La firme déprime les rémunérations là où elle se déploie. Elle crée les conditions des « everyday low prices ». Au passage, elle multiplie le nombre de clients qui n’auront bientôt d’autre recours que de devoir économiser dans ses rayons.

Car, entre le pot de fer de la distribution et les pots de terre de la sous-traitance, des employés de la multinationale, des grandes surfaces rivales, le « jeu du marché » opère un triple effet de déflation salariale. D’abord, à cause de la domination d’une entreprise peu prodigue envers ses « associés » (le terme d’usage). Ensuite, à cause de la destruction de la plupart de ses concurrents, ou de l’obligation, qui leur est faite pour survivre, de s’aligner sur son moins-disant social. Enfin, et surtout, à cause des oukases que Wal-Mart exerce sur ses fournisseurs, Etats compris, dont elle détermine souvent de fait les prix (en 2002, elle achetait par exemple 14 % des 1,9 milliard de dollars de produits textiles exportés aux Etats-Unis par le Bangladesh) .

Au fil de ses pérégrinations, la firme de Bentonville n’a jamais renoncé à deux de ses caractéristiques d’origine : le paternalisme et l’aversion pour les syndicats. Dans le Sud américain, les Etats les plus pauvres – en particulier l’Arkansas du temps où M. Clinton en était le gouverneur – se sont régulièrement vantés de la médiocrité des rémunérations locales pour attirer les investissements des entreprises. les choses sont tout à fait simples pour les 1.300.000 « associés » de Wal-Mart aux Etats-Unis : il n’y a pas de syndicats !

Mme Mona Williams, porte-parole de l’entreprise, s’en est expliquée : « Notre philosophie est que seuls des associés malheureux voudraient adhérer à un syndicat. Or Wal-Mart fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur offrir ce qu’ils veulent, et ce dont ils ont besoin ». A condition, on l’a compris, de ne pas avoir « besoin » de trop : « est-il vraiment réaliste, interroge Mme Williams, de payer quelqu’un 15 ou 17 dollars de l’heure pour remplir des rayons ? ». Le PDG de l’entreprise, M. Lee Scott Jr, ne remplit pas les rayons. Il a donc reçu 17,5 millions de dollars en 2004.

 

Pour mieux se préserver de syndicats au réalisme incertain, chaque gérant de magasin dispose d’une « boite à outils ». Dès la première sève de mécontentement organisé, il appelle une ligne rouge qui dépêche par avion privé un cadre supérieur de Bentonville. Plusieurs jours de pédagogie maison suivront, infligés aux « associés » pour les purger des mauvaises tentations. En 2000 pourtant, rien n’y fait : le rayon découpe d’une boucherie texane de Wal-Mart s’affilie à une organisation ouvrière. L’entreprise supprime ce service et renvoie les « mutins ». C’est illégal, mais la procédure de recours, qui ne débouche jamais sur grand-chose (la déréglementation est passée par là), est interminable. D’ailleurs, elle dure toujours. L’année dernière, les « associés » d’une succursale québécoise veulent eux aussi être représentés par un syndicat. Wal-Mart ferme la boutique et explique : « Ce magasin n’aurait pas été viable. Nous avons estimé que le syndicat voulait altérer de fond en comble notre système d’opération habituel ».

 

Ce n’est pas faux. Pour réussir, le modèle Wal-Mart lui impose de payer ses « associés » 20 % à 30 % en dessous de ses concurrents du secteur, mais aussi d’être beaucoup plus chiche qu’eux, quand il s’agit de déterminer les protections sociales (maladie, retraite, …) sur lesquelles ses employés peuvent compter . Comme souvent, avec les patrons libéraux, l’Etat ou la charité servent de voiture-balais. Après qu’un rapport du Congrès eut estimé que chaque salarié de Wal-Mart coûtait 2.103 dollars par an à la collectivité, sous forme de compléments d’assistance divers (santé, enfants, logement), une étude interne de l’entreprise a admis : « Notre couverture sociale coûte cher aux familles à bas revenus, et Wal-Mart compte un nombre important d’associés et d’enfants d’associés sur les registres de l’aide publique ».

 

Guerre de supermarchés

 

Moins de 45 % des employés peuvent en effet s’offrir l’assurance médicale que leur propose l’entreprise ; 46% des enfants d’ « associés » sont, soit dépourvus de toute protection, soit couverts par le programme fédéral réservé aux indigents (Medicaid) . Profits privés (10 milliards de dollars en 2004), pertes publiques. Forçant un peu le trait , M. Jesse Jackson, candidat démocrate à la Maison Blanche en 1984 et en 1988, a récemment comparé les rayons de la multinationale à des « plantations » lui rappelant les conditions de travail des champs de coton du Sud .

Mais, cette fois, le Sud est en train de gagner la guerre.

Celle des salaires. En 2002, Wal-Mart annonce qu’elle va s’attaquer au marché californien et installer dans la région de Los Angeles une quarantaine de ses supercenters, où l’on trouve tout, de l’alimentaire à l’accessoire automobile .Réaction des concurrents menacés (Safeway, Albertson) ? Ils exigent illico de leurs employés – représentés par un syndicat, eux – une réduction des rémunérations et des garanties sociales. D’un côté, 13 dollars de l’heure et une bonne couverture médicale ; de l’autre (Wal-Mart), 8,50 dollars et une protection minimale. Le combat était inégal .En octobre 2003, les 70.000 employés des chaînes installées en Californie refusent les concessions qu’on leur réclame, et se mettent en grève. Celle-ci dure cinq mois. Lock-out, recrutement de remplaçants : vingt-cinq ans de déréglementation du droit de travail confortent la riposte patronale. Le syndicat cède.

Quand Wal-Mart arrive, les petits commerces ferment. Depuis que la firme s’est installée en Iowa, au milieu des années 1980, l’Etat a perdu la moitié de ses épiceries, 45 % de ses quincailleries et 70 % de ses confectionneurs pour hommes. Empruntant au registre habituel du "populisme de marché" de la droite américaine, l'entreprise assure néanmoins qu'elle ne fait que défendre des consommateurs désargentés qui, légitimement, réclament "les prix les plus bas" à des corporations grassouillettes de producteurs ou de détaillants nantis de rémunérations indéfendables. La multinationale, amie du président Bush, se prévaut d'être "élue" chaque jour par les dollars de ses clients rangés en files patients devant les caisses enregistreuses de ses magasins.

 

Pour M. Scott, tout le reste ne serait que vision "utopique" et pastorale destinée à des privilégiés, pendant que les sans-grade, eux, «  ne pourraient pas accéder à une vie agréable, uniquement parce que d'autres ont arrêté une image particulière de ce que le monde devrait être, au lieu de se soucier d'abord de la méthode la plus efficiente pour servir le consommateur ». Et M. Scott menace à mots couverts : si une localité refuse Wal-Mart, sa voisine l’accueillera. La rebelle subira alors tous les inconvénients de la soumise (destruction des commerces de proximité, baisse des salaires) sans profiter d’aucun de ses avantages (emplois, recettes de l’impôt foncier).

 

Même liberté surveillée pour les sous-traitants. Tel un Gosplan privé, le plus gros détaillant du monde peut déterminer le prix de ses fournisseurs, les salaires qu’ils versent, leurs délais de livraison. A eux ensuite de se débrouiller, d’employer des clandestins, d’aller se fournir en Chine. Qu’un « accident » survienne, et Wal-Mart pourra toujours prétendre que ce n’est pas directement son affaire, qu’elle est bien sûr outrée d’apprendre ce qui s’est passé … Mais quelle multinationale se comporte différemment ? Aux Etats-Unis, Sanofi Aventis sous-traite par exemple  son nettoyage à une entreprise qui sous-paie ses salariés, ne leur procure aucune assurance-maladie, et combat leur droit syndical. Wal-Mart va juste un peu plus loin que la plupart des autres : « Selon le journal mexicain La Jornada, certains (de ses) fournisseurs sont contraints de laisser leur puissant donneur d’ordres fouiller dans leurs comptes pour traquer les coûts superflus ».

 

 Wal-Mart n’est au fond que le symptôme d’un mal qui va. Chaque fois que le droit syndical est attaqué, que les protections des salariés sont rognées, qu’un accord de libre-échange accroît l’insécurité sociale, que les politiques publiques deviennent l’ombre portée des choix des multinationales, que l’individualisme du consommateur supplante la solidarité des producteurs, alors, chaque fois, Wal-Mart avance …

 

Serge Halimi

Extrait du Monde Diplomatique

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