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  • Nouvelles n° 105: spécial Moyen Orient (suite et fin)

    « Etat juif » ou « Etat de tous ses citoyens ? »

    Le traumatisme persistant des Arabes israéliens.

     

    Quand, le 4 août 2005, le déserteur Eden Nathan Zada assassina quatre Arabes israéliens à Shfaram, le premier ministre Ariel Sharon condamna « l’acte vil d’un terroriste juif assoiffé de sang ». Le ministère de la défense rétorqua qu’aux yeux de la loi Zada n’était pas un « terroriste », puisqu’il n’appartenait pas à une organisation « hostile à Israël ». Cette décision, souligna le député Mohamed Barakeh, « dégage un fort parfum de racisme ». Jusque dans la mort, les Palestiniens d’Israël demeurent des citoyens de seconde zone...

    Par Joseph Algazy

    Journaliste, Tel-Aviv.

    Tout au long du mois d’août, les médias du monde entier ont rendu compte de la retenue de l’armée et de la police israéliennes durant l’évacuation des vingt et une colonies de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie. Il n’en était pas allé ainsi il y a cinq ans, lorsque les Palestiniens d’Israël manifestèrent leur solidarité avec leurs frères des territoires occupés tombés à Jérusalem, après la visite du général Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées, le 28 septembre 2000, qui déclencha la seconde Intifada. Cette répression sanglante a laissé de profonds stigmates parmi les citoyens arabes de l’Etat juif.

    En quelques jours, au début d’octobre 2000, les unités de choc de la police, les snipers et les participants au pogrom anti-arabe de Nazareth durant la nuit de Kippour tuèrent treize Arabes, dont douze citoyens israéliens et un habitant des territoires occupés, et blessèrent plusieurs dizaines de personnes. Le premier ministre Ehoud Barak, son ministre de la police Shlomo Ben-Ami et son ministre de l’intérieur Haïm Ramon, tous trois dirigeants du Parti travailliste au pouvoir et « colombes » supposées, justifièrent légalement la tuerie : l’Etat d’Israël ne pouvait, expliquèrent-ils, tolérer le blocage d’une grande route (1).

    Trois ans après les événements, le 1er septembre 2003, une commission gouvernementale présidée par M. Theodore Or, membre de la Cour suprême, publia un rapport de 831 pages sur cette tragédie. Celui-ci réaffirmait le principe selon lequel l’Etat a le droit d’intervenir pour débloquer, s’il le faut par la force, les grandes routes du pays, mais soulignait que le tir à balles réelles et a fortiori l’usage de snipers ne constituent pas un moyen approprié pour disperser des foules.

    Le texte allait plus loin : il appelait la police à se libérer de la culture du mensonge et à convaincre ses troupes que la population arabe d’Israël ne devait pas être traitée en ennemie ; il affirmait que les gouvernements successifs n’avaient pas résolu les graves problèmes créés par la politique de discrimination à l’égard de la grande minorité arabe. Et il demandait aux autorités de promouvoir une amélioration de la qualité de vie de celle-ci.

    Mais la commission Or n’a mis en cause ni le premier ministre ni son ministre de la police, au grand dam des porte-parole de la population arabe comme des milieux démocratiques juifs (2). Le comble : le rapport n’a même pas été publié en arabe, seconde langue officielle de l’Etat !

    Souscrivant en paroles aux avis de la commission, le gouvernement Sharon constitua, le 14 septembre 2003, un comité interministériel, présidé par M. Yossef Lapid, alors ministre de la justice. les représentants arabes boycottèrent toutefois cette instance, car elle comprenait des ministres favorables au « transfert » – c’est-à-dire à l’expulsion des Palestiniens. Le comité Lapid recommanda « la création d’un organisme gouvernemental pour l’avancement des minorités non juives », et préconisa « l’intégration des jeunes du secteur arabe qui ne font pas de service militaire dans le cadre d’un service national gouvernemental civil (3) ».

    Les Arabes d’Israël ne furent pas les seuls à critiquer vertement ces propositions : le juge Theodore Or lui-même, à plusieurs reprises, accusa l’Etat de ne pas avoir assez fait pour appliquer les recommandations de sa commission en vue de mettre un terme aux discriminations. Il reprocha de surcroît à la « police des polices » de n’avoir pas établi les responsabilités des dirigeants impliqués dans les tirs meurtriers d’octobre 2000 (4). En outre, le 19 septembre 2005, la « police des polices » a annoncé qu’elle ne disposait pas de « preuves suffisantes pour justifier l’inculpation » de policiers, n’ayant pu « identifier » ceux qui avaient tiré...

    La suggestion la plus controversée est l’instauration d’un service civil alternatif pour les jeunes Arabes n’effectuant pas de service militaire. Il faut savoir qu’Israël, depuis sa création, suspecte les Arabes de déloyauté et donc les exclut du service militaire obligatoire, étape fondamentale de la reconnaissance sociale. La plupart d’entre eux refusent d’ailleurs de faire la guerre à leurs frères de l’autre côté de la frontière. Mais ceux qui sont appelés sous les drapeaux n’en subissent pas moins les discriminations visant les Arabes – qu’il s’agisse de Druzes, de jeunes d’origine circassienne, de Bédouins ou d’Arabes chrétiens. La création d’un service civil national n’y changera rien, estiment les porte-parole des Arabes, qui préfèrent un système de « service civil communautaire ou local ». Pas question en tout cas, ajoutent-ils, de rendre l’égalité entre citoyens conditionnelle.

    Outre le service national, d’autres questions ont suscité des polémiques, à commencer par l’identité nationale des citoyens arabes. Car l’establishment exige des Arabes une totale « fidélité » à l’égard de l’Etat d’Israël, qu’il définit comme « Etat juif », « Etat des juifs », « Etat juif ou sioniste » ou – conformément au texte de la Loi fondamentale – comme « Etat juif et démocratique ». Autant de formulations qui ignorent l’existence d’une large communauté arabe, minorité représentant près de 20 % de la population d’Israël, qu’on réduit ainsi au statut de « minorité non juive ».Pour les citoyens arabes et leurs représentants, Israël doit être un « Etat de tous ses citoyens » ou « de toutes ses nations », définitions qu’exclut catégoriquement l’establishment. L’argument selon lequel la situation est similaire dans les pays arabes paraît étrange : il compare un Etat qui se veut démocratique à des Etats autoritaires.

     

    S’il faut en croire les enquêtes sociologiques les plus récentes, pour 63,1 % des intéressés, la définition de leur identité comme « Arabes palestiniens en Israël » paraît la plus appropriée. Et ils sont plus nombreux encore à prôner la formation d’un Etat palestinien indépendant et la transformation d’Israël en un Etat binational dans lequel ils bénéficieraient d’un statut égal à celui des citoyens juifs. Mais ce positionnement suscite aussi des réserves. Nombre de jeunes Arabes de 25 ans rechignent à se présenter comme « Palestiniens israéliens » depuis la seconde Intifada. Il en allait de même de la génération de leurs parents, qui invoquaient, eux, la « journée de la terre » – ce 30 mars 1976 où l’armée israélienne tua six manifestants pacifiques. Quant à leurs grands-parents, ils citaient la Nakba (la « catastrophe ») et l’expulsion de 1948.

    Jeune journaliste, Mona Abu Bakr « refuse d’accepter l’Etat sioniste pour une seule raison : son déni total de l’existence de la personne arabe palestinienne dans ce pays. (...) Comment entériner un principe qui nie mon existence comme personne enracinée dans une culture élaborée au long des siècles dans cette patrie qui est la mienne, la Palestine ? (...) Mon identité, je la définis en me réveillant et en écoutant les nouvelles sur [la radio d’Etat] Kol Israël ; en marchant dans la rue et en écoutant les gens autour de moi ; en montant dans le train pour me rendre à mon travail et en m’asseyant entre des soldats armés de fusils comme s’ils étaient des gens ordinaires ; en entendant des appels à la haine contre les miens ; en voyant qu’on exige plus d’efforts de moi que d’une juive pour être acceptée à l’université. (...) Je n’irai pas vivre dans l’Etat palestinien lorsqu’il sera créé, mais cela ne veut pas dire que je renonce à la Palestine : elle est vivante dans notre cœur et nous accompagne où nous allons (5) ».

    Un autre thème suscite de fortes polémiques : la revendication d’une « autonomie culturelle arabe ». L’Etat et la majorité des juifs rejettent totalement ce qu’ils considèrent comme un préalable à l’exigence d’une « autonomie politique » alimentant des sentiments séparatistes, voire irrédentistes. Professeur à l’université de Haïfa et grand connaisseur depuis des années des opinions juive et arabe, le sociologue (juif) Sami Samouha pense, lui, que « les avantages de l’autonomie culturelle arabe sont beaucoup plus grands que ses désavantages ». Pourquoi ? « Parce que l’autonomie culturelle représente un pas important vers le multiculturalisme. Et ce dernier n’aurait aucun sens si les minorités qui refusent de s’assimiler ne jouissaient pas d’une autonomie culturelle. Si elle bénéficie des budgets adéquats, celle-ci renforcera les Arabes, améliorera leur image, reconnaîtra la valeur qualitative de leur culture et de leurs symboles nationaux, et leur permettra d’étudier l’histoire, la littérature et la culture palestiniennes. »

    Professeur à l’université de Tel-Aviv, le psychologue Shafiq Masalhah nuance le propos. Insistant sur l’essence pluriculturelle de la société israélienne, il s’inquiète des sentiments de frustration et d’exaspération des citoyens arabes face à un Etat – et notamment à une éducation nationale – qui gomme systématiquement l’appartenance de la jeunesse arabe à sa culture spécifique. « L’existence de plusieurs cultures dans une société, ajoute-t-il, n’est pas une malédiction, mais une bénédiction. » Ce sera le cas en Israël aussi si cet Etat « abandonne la conception d’hégémonie culturelle actuellement dominante au profit d’une conception qui reconnaisse l’identité particulière de chaque culture et privilégie l’ouverture et l’interaction entre toutes ». Et, s’adressant à ses compatriotes, il les met en garde : « L’autonomie d’une culture, dans une société qui en compte plusieurs, est susceptible de devenir un aller sans retour vers son exclusion totale, et vers la rupture de ses liens avec les autres cultures, même si ces liens sont fragiles. Or toute séparation entre les cultures (...) mènera automatiquement à un renforcement de l’attitude chauvine à l’égard de la culture bénéficiant de l’autonomie. »

    Reste que les événements d’octobre 2000 ont miné en profondeur la confiance des citoyens arabes envers l’Etat hébreu. Et envers les médias en hébreu : selon un récent sondage réalisé par le centre arabe d’information Elam, la plupart des Arabes israéliens croient davantage aux nouvelles des médias arabes qu’à celles des médias israéliens. Ainsi 64,4 % se fient à la chaîne de télévision Al-Jazira, contre 4,3 % à la deuxième chaîne israélienne ; et 56,9 % ont a priori confiance dans un journaliste arabe, contre 5,5 % dans un journaliste juif. Responsable de cette enquête, Amal Jammal, de l’université de Tel-Aviv, commente : « Pour satisfaire ses besoins d’identité, le public arabe en Israël regarde les chaînes arabes, mais il se sert des médias en hébreu pour ses besoins d’information au quotidien. »

    Le mal-être des Arabes d’Israël s’explique : ils continuent de subir, dans tous les domaines, les discriminations qui les frappent depuis la création de l’Etat (voir l’encadré ci-dessous). La pire concerne l’accès au marché du travail : les villes et les villages arabes sont les plus touchés par le chômage, qui frappe en particulier les jeunes – l’âge moyen des Palestiniens d’Israël est de 19 ans. Officiellement, pour 13,3 % la population active arabe chôme, contre 10,4 % des actifs juifs, mais ces pourcentages ne correspondent qu’au nombre des inscrits dans les bureaux de travail (6). Or le gouvernement contraint les chômeurs à accepter l’emploi qui leur est proposé : quiconque refuse est rayé des statistiques et privé d’allocations-chômage.

    Comme dans bien des pays occidentaux, l’aide sociale est réduite, sous prétexte de pousser les « exclus » à redevenir « productifs » – une orientation dont le résultat, déclarait récemment le directeur de l’Institut national d’assurance, M. Igal Ben-Shalom, « est non pas “moins d’allocations et plus de travail”, mais “moins d’allocations et plus de misère” (7) ». De fait, le pourcentage des actifs parmi les pauvres est passé de 33,5 % en 1990 à 43,1 % en 2003, et celui des pauvres parmi les actifs de 13,6 % en 1990 à 20,3 % en 2003 (8).

    Ici, le workfare s’appelle « plan Wisconsin » – du nom de l’Etat américain qui l’expérimenta le premier. La grande ville palestinienne de Nazareth, sa voisine à majorité juive Nazareth Ilit et leurs 4 500 chômeurs servent, depuis août, de cobayes, sous l’égide de deux compagnies, l’une israélienne et l’autre hollandaise. Dans une brochure publiée récemment, l’association Saout al-Amal (La voix du travail) dénonce « une déclaration de guerre, non contre le chômage mais contre les chômeurs, avec pour but de les priver d’allocations sociales ». Si bien que, le 27 juillet dernier, des chômeurs indignés ont saccagé les bureaux des compagnies chargées de « Wisconsin » à Nazareth. Et, le 24 août, ils furent à nouveau des centaines à manifester contre le plan...

    Dans les villes mixtes aussi, les Palestiniens n’échappent pas aux discriminations. Lod, par exemple, compte 21 000 habitants arabes (28 %) et 53 000 habitants juifs (72 %). Les premiers se concentrent au nord et à l’ouest, les seconds au sud et à l’est : une simple visite suffit à mesurer la différence de traitement des quartiers. Ainsi, explique une militante locale, Mme Boutayna Dabit, 60 % des 2 930 familles arabes de Lod vivent dans des logements insalubres – elle estime à 1 600 le nombre de logements neufs qu’il faudrait construire immédiatement. Mais on ne voit pas une grue. En revanche, les autorités continuent à détruire des habitations construites – sans permis – pour faire face à la pénurie de logements.

    Les 8 000 habitants arabes du centre d’Acre ne sont pas mieux lotis. Joyau architectural unique, le vieux quartier – avec ses vestiges cananéens, phéniciens, byzantins, croisés, islamiques et ottomans – attire des milliers de touristes. Mais ils ne voient pas la désolation qui règne derrière les façades. Membre du conseil municipal, M. Ahmed Ouda s’indigne : « Les autorités ne s’intéressent qu’aux pierres et négligent les enfants, les femmes et les hommes qui vivent ici. La plupart des maisons ont plus de deux cents ans, mais elles n’ont pas été entretenues et menacent de s’effondrer sur leurs habitants – il a même fallu en sceller plusieurs. Or la plupart des familles sont très pauvres et y vivent à six ou sept personnes par chambre. La misère et l’abandon ont fait de la vieille ville un haut lieu de drogue, de prostitution, de délinquance et de criminalité. »

    Il faut aller dans le Néguev, le désert qui s’étend dans le sud d’Israël, pour rencontrer les véritables parias du pays : les Bédouins. A la veille de la création de l’Etat, en 1948, il étaient 60 000, dont seuls 11 000 échappèrent à l’expulsion. Malgré une mortalité record de 14,6 pour 1 000 (trois fois plus que chez les juifs), leur nombre a été multiplié par quatorze : on l’estime actuellement entre 140 000 et 165 000. La ville bédouine de Rahat, par exemple, compte 60 % de moins de 17 ans – et 1,5 % seulement de plus de 65 ans. La polygamie contribue aussi à cette démographie : un Bédouin sur cinq serait marié à deux femmes...

    L’Etat d’Israël a rassemblé – le plus souvent de force – les deux tiers des Bédouins du Néguev dans sept agglomérations qui ressemblent à des réserves. Les autres vivent dans quarante-cinq villages non reconnus : les cartes ne les signalent pas ; ils sont exclus du bénéfice de nombreux services publics ; leurs habitants n’ont pas le droit de construire, et les habitations, même les plus précaires, peuvent être détruites manu militari. Plus généralement, l’Etat ne reconnaît pas leur droit de propriété sur les terres et, en conséquence, détruit souvent les cultures, y compris avec des avions qui épandent des produits toxiques.

    Les agglomérations bédouines arrivent en tête des statistiques sur le chômage et en queue de celles sur le niveau de vie. Ainsi le revenu mensuel minimum par tête dans l’agglomération juive d’Omer est dix fois plus élevé que dans sa voisine bédouine d’Arara (7 627 shekels, contre 730). Il faut dire que trois fois plus d’habitants de la première que de la seconde touchent une allocation- chômage (9) – et pourtant bien plus de Bédouins n’ont pas d’emploi...

    Paradoxalement, l’annonce du retrait israélien de Gaza a suscité des craintes dans la population arabe : c’est que celui-ci s’accompagnait de l’idée de réimplanter une partie des colons en Galilée et dans le Néguev. En avril 2005, l’Etat et l’Agence juive organisèrent une conférence d’étude intitulée « Le développement du nord du pays et de la Galilée », à laquelle furent invités plusieurs ministres, des hauts fonctionnaires des autorités centrales et locales, et... un seul représentant de la population arabe. Pour l’ancien maire de la commune arabe d’Eilaboun, M. Hana Sweid, il s’agit de relancer le projet de « judaïsation » de la Galilée, autrement dit d’inverser la réalité démographique de cette région dont 51 % de la population est arabe, mais où celle-ci ne contrôle que 12 % des terres.

    Victimes de discriminations, les Arabes le sont même en matière de droit familial (10). Fin juillet, à l’instigation du Shabak, le service de sécurité intérieure, le parlement a ratifié à une large majorité – ministres et députés travaillistes compris – une loi restreignant rigoureusement le regroupement familial entre Palestiniens d’Israël et des territoires occupés. Désormais, seuls des hommes de plus de 35 ans et des femmes de plus de 25 ans pourront demander la citoyenneté israélienne au ministère de l’intérieur (11). Cette mesure s’applique aussi à d’anciens couples, car, depuis mars 2003, les autorités ont gelé toutes les requêtes lorsqu’un des demandeurs n’est pas israélien (12)...

    Les organisations de défense des droits humains ont critiqué d’autant plus vivement cette loi qu’elle a fait l’objet d’une campagne de presse anti-arabe d’une rare violence. A en croire les porte-parole du gouvernement et des médias, les mariages entre Palestiniens d’Israël et des territoires occupés constitueraient une menace démographique et donc un danger potentiel pour la sécurité de l’Etat juif. Et des ministres, dont le ministre de l’intérieur travailliste Ophir Pines, ont fait entendre leur voix dans ce concert. De quoi alimenter, s’il en était besoin, le climat chauvin et raciste répandu dans de larges secteurs de la société juive, lequel nourrit en retour des sentiments antijuifs parmi les citoyens arabes. Même le football en pâtit : dans les stades des villes juives, lorsque deux équipes, l’une juive et l’autre arabe, s’affrontent, on entend souvent la formule « Mort aux Arabes ! » – dans l’impunité la plus totale.

    C’est dire que l’attentat terroriste du 4 août, à Shfaram, n’avait rien d’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Sympathisant du parti raciste Kach, interdit mais pas démantelé, le déserteur en uniforme Eden Nathan Zada qui a ouvert le feu dans un autobus et tué quatre passagers peut-il être simplement qualifié de « fou » ? Non, répond M. Elias Jabour, ancien membre du conseil municipal de cette ville de Galilée où cohabitent des Arabes de diverses confessions (musulmans, chrétiens et druzes) : « Nous espérons que l’affaire ne sera pas enterrée sous prétexte que l’assassin serait dérangé. Si ce prétexte était utilisé, nous penserions que l’on veut minimiser ce crime horrible et nous cacher quelque chose. Or cet attentat pose beaucoup de questions, et nous exigeons de savoir toute la vérité. Selon moi, Shfaram a été victime du racisme qui sévit dans le pays. Et l’assassin a fait ses classes dans l’armée d’occupation, qui organise quotidiennement de terribles représailles dans les territoires occupés. C’est à cette situation qu’il faut mettre fin pour que de tels crimes ne se reproduisent plus. » Autrement dit, résume le journaliste Rafiq Halabi, cet attentat a anéanti « le calme de cette ville de Shfaram, considérée jusque-là comme un symbole de modération, fait sortir des milliers de gens dans les rues et resserré le lien entre la Galilée et Gaza ».

     

    Pas coupable, le capitaine israélien a tiré 17 balles dans le corps d’une fillette palestinienne.

     

    Pas coupable, le capitaine qui a tiré 17 fois sur une écolière palestinienne... L’officier avait ignoré les avertissements selon lesquels la fillette était terrifiée. La défense a déclaré : « confirmer la mort » est une pratique usuelle.


    Un officier israélien qui a vidé en entier le chargeur de son fusil automatique sur une fillette palestinienne de 13 ans et qui a fait savoir qu’il aurait fait la même chose même si elle avait eu trois ans, a été entièrement acquitté par une cour militaire hier. Le soldat, qui a été seulement identifié en tant que « capitaine R », avait été accusé de fautes relativement mineures pour le meurtre d’Iman al-Hams, après qu’il lui ait tiré 17 fois dessus alors qu’elle passait à proximité d’un poste militaire israélien près du camp de réfugié de Rafah dans Gaza il y a de cela un an.

    La façon dont s’est déroulé le meurtre d’Iman, et la révélation d’un enregistrement dans lequel le capitaine est averti qu’il ne s’agissait que d’une enfant qui « était terrifiée », a fait de ce crime un des plus controversés depuis l’éclatement du soulèvement palestinien [Intifada] il y a maintenant cinq ans, bien que des centaines d’autres enfants aient été également tués.

    Après le verdict, le père d’Iman, Samir al-Hams, a déclaré que l’armée n’avait jamais eu l’intention de demander des comptes au soldat.

    « Ils ne l’ont pas mis en accusation pour le meurtre d’Iman, mais seulement pour des fautes mineures, et maintenant ils disent qu’il est innocent alors qu’il a tiré sur ma fille tant de fois », a-t-il dit. « C’était de sang-froid le meurtre d’une fillette. Le soldat l’a assassinée et la cour l’a assassinée une nouvelle fois. Quel est le message ? Ils signifient à leurs soldats qu’ils peuvent tuer les enfants palestiniens. » La cour militaire a blanchi le soldat d’avoir utilisé illégalement son arme et de conduite inconvenante de la part d’un officier voulant fausser le cours de la justice en demandant aux soldats sous son commandement de modifier leurs comptes-rendus de ce qui s’est passé. Les avocats du capitaine « R » ont fait valoir que « confirmer la mort » après que l’on ait tiré sur un suspect était un comportement habituel pour les militaires israéliens afin d’éliminer les menaces terroristes.

    D’après le verdict de la cour, le capitaine « R » a fondu en larmes, puis s’est tourné vers le public en disant : « Je vous le dis, j’étais innocent ».

    Le compte-rendu officiel de l’armée a indiqué qu’Iman avait été abattue pour s’être trouvée dans une zone dite de sécurité et que les soldats craignaient que son sac d’école ne contienne une bombe. On ne sait toujours pas pourquoi la fillette a osé s’aventurer dans ce secteur mais un témoin l’a signalée comme étant à environ 100 mètres du poste militaire qui était de toute façon très protégé.

    Un enregistrement des échanges radio entre le capitaine "R" et ses soldats et obtenu par la télévision israélienne révèle que depuis le début les soldats savaient qu’Iman était une enfant. D’après l’enregistrement, un soldat dans la tour de guet avait tenu informé un autre soldat dans la salle des opérations du poste militaire et décrit Iman en tant que « petite fille » qui « était terrifiée ». Après que les soldats aient ouvert la première fois le feu, elle a laissé tomber son sac d’école qui avait alors été frappé par plusieurs balles, prouvant ainsi qu’il ne contenait pas d’explosif. À ce moment-là elle ne portait plus de sac et, selon l’enregistrement, elle s’éloignait du poste militaire lorsqu’elle a été abattue. Bien que les militaires aient speculé sur le fait qu’Iman pouvait avoir essayé « de tromper » les soldats en les amenant hors de leur poste pour être ensuite attaqués par des complices, le capitaine R a pris la décision de faire sortir certains de ses soldats à découvert. Peu après on peut l’entendre dans la bande d’enregistrement disant qu’il a tiré sur la fillette et, la supposant morte, avait «confirmé la mise à mort».

    « Moi-même et un autre soldat ... nous approchons un peu plus, pour confimer la mort ... Recevez notre point sur la situation ... Nous avons tiré sur elle et nous l’avons tuée... Over », a-t-il encore dit. Les témoins palestiniens ont dit avoir vu le capitaine tirer deux fois à la tête, puis s’éloigner, puis revenir sur ses pas et tirer une rafale dans le corps étendu.

    Sur la bande son, le capitaine "R" a alors « expliqué » aux soldats sous son commandement pourquoi il avait tué Iman : « C’était une nécessité. Quelqu’un qui est mobile, qui se déplace dans [la zone de sécurité], même s’il âgé de trois ans, doit être tué. »

    A aucun moment les soldats israéliens n’avaient été attaqués. L’accusation a été mise à mal quand un soldat qui avait initialement dit avoir vu le capitaine « R » diriger son arme vers le corps de la fillette puis ouvert le

    feu a ensuite indiqué à la cour qu’il avait inventé l’histoire.

    Le capitaine « R » a affirmé n’avoir pas tiré sur la fillette mais à côté d’elle. Cependant, le docteur Mohammed al-Hams qui a inspecté le corps de l’enfant à l’hôpital de Rafah, a compté de nombreuses blessures. « Elle a au moins 17 balles dans plusieurs parties du corps, dans la poitrine, les mains, les bras, les jambes, » a-t-il déclaré au [quotidien britannique] The Guardian peu après. « Les impacts étaient grands et provoqués par des tirs à courte distance. Les blessures les plus sérieuses étaient à la tête. Elle a eu trois balles dans la tête. Une balle a été tirée sur le côté droit du visage près de l’oreille. Elle a eu une grande blessure sur tout le visage. »

    L’enquête préliminaire de l’armée a conclu que le capitaine « n’avait pas agi de façon non éthique ». Mais après que certains des soldats sous son commandement aient donné à la presse une version différente, la police militaire a lancé une enquête séparée, suite à laquelle « R » a été mis en accusation. Le capitaine en question a accusé les soldats sous sont commandements de s’en prendre à lui car ils étaient juifs alors que lui était druze.

    La transcription

    Ci-dessous la transcription d’une conversation à trois entre un soldat dans la tour de guet, un soldat dans la salle de contrôle du poste militaire, et le captaine « R », lequel a tué la fillette.

    Depuis la tour de guet :

    « C’est une fillette. Elle court pour se mettre à l’abri vers l’est »

    « Est-ce que nous parlons d’une fille de moins de 10 ans ? »

    « Une fille d’environ 10 ans, elle est derrière le remblai. Elle a peur de mourir. »

    « Je pense que quelqu’un la eue. » « Moi-même et un autre soldat ... allons voir plus près, vers l’avant, pour confirmer la mort ... Recevez un point de la situation. Nous avons tiré et nous l’avons tuée... Je confirme également la mort. Over. »

    Le capitaine « R » a alors expliqué pourquoi il avait tué Iman. « C’était une nécessité. Quelqu’un qui est mobile, qui se déplace dans [la zone de sécurité], même s’il âgé de trois ans, doit être tué. »

    Chris McGreal - Miftah

    Traduction Claude Zurbach

     

    LIBRES PROPOS

    Comment Israël compte-t-il dessiner ?

     

    Quand Monsieur Olmert propose d’évacuer les juifs des implantations, il s’agit d’enlever les petites implantations pour les renforcer les gros blocs de colonies. Que dire de Jérusalem-Est ? Israël a littéralement isolé ses habitants de la Cisjordanie en dépit de toute référence aux lois internationales et a ordonné la démolition de 88 maisons qui abritent les1.000 habitants de Swilan, quartier palestinien de Jérusalem-Est.

     

    Je vous conseille vivement de consulter la carte  de la Cisjordanie actuelle visible sur le site de l’Association Belgo-Palestinienne. Et Enfin, je pourrais énumérer les incohérences successives de l’Etat d’Israël qui tient un discours de paix pour promouvoir une bonne image au sein de la Communauté internationale mais qui pratique une politique brutale et unilatérale à l’égard de ce qu’il reste de la Palestine. Cette lettre serait interminable.

     

    Chacun connaît le discours de l’état d’Israël prônant la paix. Combien de fois n’a-t-on pas entendu ces mots dans la bouche de responsables politiques israéliens ? Combien de fois n'avons-nous pas déchantés car tout ça « c’était du cinéma » comme on dit chez nous, en vue de donner bonne conscience à la Communauté internationale ? A votre avis qui a encouragé l’implantation du Hamas en Palestine à l ‘époque où l’on essayait d’évincer Yasser Arafat à tout prix ? Qui a demandé à M. Mamoud Abbas que le Hamas puisse prendre part aux élections ? Qui ? Si ce n’est M. WW Bush Im self ?

     

    Savez-vous, Madame, que la résistance des populations occupées sont reconnues par la Convention de Genève comme étant un droit et que « terrorisme» ne figure nulle part dans le droit international ?

     

    De telles lacunes sont impardonnables pour un journal qui s’adresse prioritairement aux jeunes. . Cela s’apparente furieusement à de la propagande…Je pense que je ne renouvellerai pas mon abonnement au journal « Le Soir » qui contribue à la désinformation ambiante des médias.

     

    Freddy Guidé

     


    Organisations terroristes d’hier et d’aujourd’hui

     

    Actuellement, le débat fait rage en France à propos d’un visa accordé par l’état suédois à M. Alef Edwane, Ministre palestinien des réfugiés du Hamas. Ce ministre d’un parti démocratiquement élu ce 25 janvier 2006, se rendait en Suède où il était invité à un colloque sur le droit au retour.

    L’Europe a suspendu toute aide au gouvernement palestinien et par la même occasion affame une population déjà fragilisée sous prétexte qu’elle a mal voté. L’’état d’Israël fait mieux, il ne restitue pas la perception des taxes d’importations, un pactole mensuel de 50 millions de dollars qui revient de droit à l’Autorité palestinienne. Sous d’autres latitudes cela s’appelle du vol (en Belgique on emprisonne les voleurs pour des butins autrement moins importants !). L’Europe joue avec une matière explosive qui risque de lui sauter à la figure.

    Si mes souvenirs sont exacts, l’Europe a été moins scrupuleuse lorsqu’il s’agissait d’absoudre des milices terroristes juives telles que la Hagana, Stern ou Igroun dirigées par M. Ben Gourion. Si ma mémoire est fidèle, ces milices étaient armées par l’Union Soviétique !

     

    Ces mouvements terroristes n’avaient rien à envier à leurs contemporains. L’Europe a bien vite fermé les yeux devant les exécutions de soldats britanniques, l’explosion de l’Hôtel David à Jérusalem, le massacre de Dier Yassine… Les terroristes d’hier sont devenus maîtres d’un état hautement respectable mais peu regardant quand il s’agit d’appliquer les résolutions de l’ONU. Nous vivons une bien curieuse époque ou l’agresseur devient victime et la victime un agresseur. Il faudra bien un jour que l’on m’explique à quoi rime ces attitudes incohérentes !

    Freddy Guidé

  •  Nouvelles n° 105: spécial Moyen Orient. Naïm Kader: mon cher frère. Mirvat Salama, réfugiée palestinienne du Liban à Fontaine-l'Evêque. L'intégrisme juif.

    Mon cher frère,

    Bichara KHADER

    Professeur à l'UCL

     

    Voici 25 ans, Naïm Khader, représentant de l'OLP en Belgique, était assassiné. Son frère, qui veut résister aux sirènes de la haine et de la rancune, se souvient et lui raconte.

    Tu n'avais pas accompli ton 42éme printemps. Le 1er juin 1981, tu tombais sous les balles d'un assassin commandité. Fauché dans la fleur de l'âge, toi, dont le vœu le plus cher était de mourir de vieillesse dans ton village natal de Palestine. Tu étais venu chez moi, deux jours auparavant, et ne m'ayant pas trouvé, tu m'as laissé une note griffonnée à la hâte, en langue arabe: «Je suis venu prendre le thé avec toi, je ne puis attendre, je rentre à Bruxelles, on se téléphone.» Le lendemain, un dimanche, je partais en voiture en Angleterre, à l'Université de Durham. Lundi matin, au moment où je m'apprêtais à quitter la chambre d'hôtel, la BBC commence son bulletin d'information par la terrible nouvelle: «Le représentant de l'OLP en Belgique a été assassiné.» J'ai cru que le sol se dérobait sous mes pieds. Atterré, tremblotant, je me traîne jusqu'à l'Université et fais part à mes collègues de la tragédie qui venait de s'abattre sur notre famille.

     

    Faisant fi de leurs conseils, je rebrousse chemin vers la Belgique. Le trajet me paraît interminable. Et je n'ai qu'une envie: être près de notre mère pour la serrer dans mes bras et sécher ses larmes. Naïm, tu avais pour maman un amour infini. Je te revois encore, tes bras autour de son cou. Tu la faisais rire jusqu'aux larmes. Et quand elle s'inquiétait pour toi, tu la sermonnais: «La Palestine a besoin de ses enfants.» Et maman de rétorquer: «C'est moi ta Palestine, mes enfants me sont encore plus chers.»

     

    Le moment le plus douloureux est le voyage entre Bruxelles et Beyrouth. Il avait été décidé, en hauts lieux, qu'une messe de funérailles serait organisée au Liban, après celle d'Ixelles. A l'aéroport, Arafat et ses lieutenants sont visiblement affectés. Mais à la vue de nos frères aînés, Basile et Elia, je me suis effondré. C'était moi, «le dernier de la nichée» comme me surnommait notre mère qui t'avait convaincu de me rejoindre à Louvain pour faire ton doctorat en droit. Et voilà que je te ramène à la famille en cercueil.

     

    Naïm, tu n'avais de cesse de me répéter: «L'été prochain à Zababdeh», notre village natal. Je ricanais de ton optimisme imprudent. Nous n'avons même pas pu t'enterrer au cimetière de notre paroisse. Ce sera fait, je te le promets, lorsque l'aube de la liberté se sera levée sur la Palestine.

    Depuis que tu es parti, cher frère, notre mère s'est éteinte, usée par le chagrin. Puis ce fut le tour de nos trois sœurs. Mais c'est la mort de Basile, notre frère, qui m'a le plus attristé. Ayant senti un malaise cardiaque la nuit du 11 mars 2004, mes neveux ont appelé une ambulance. Retenue à un check-point, elle arrive trop tard pour sauver notre frère. Ce jour-là, un attentat terroriste endeuillait toute l'Espagne.

    Quant à la Palestine que tu chérissais tant et dont tu étais l'apôtre éclairé, elle ploie encore sous le poids de la douleur. Un an après ton départ, en 1982, le Liban est occupé par la même armée qui a réduit notre existence en miettes. L'OLP est arrachée aux entrailles du Liban et forcée à l'exil. Des milliers de Palestiniens sont alors massacrés dans les camps de Sabra et Chatila. Punition exemplaire pour des réfugiés qui ont simplement le «tort d'exister».

    Mais la résistance de notre peuple renaît des cendres de l'oubli et éclate en 1987 à l'intérieur de notre pays occupé. C'est la première «Intifada». Depuis, ce mot arabe s'est invité dans le jargon politique. Les Palestiniens après une longue errance, portent la résistance au coeur de la Palestine, administrant la preuve aux consciences assoupies qu'aucun peuple ne se complaît dans la servitude.

     

    Le prix de notre lutte est exorbitant. Mais la quête de la vie n'a pas de prix. Que reste-t-il aux Palestiniens qu'on a jeté sur les routes de l'exil, qu'on a arraché à leur terre, et à qui, on impose une existence au rabais, sinon de clamer leur palestinité et de résister?

     

    L'Intifada, cher frère, extrait le monde de sa torpeur et lui fait découvrir le visage hideux de l'occupation et de la colonisation. Elle met ainsi fin au carrousel du mensonge orchestré, et révèle combien la force sans la justice est tyrannique.

    Je te passe les péripéties qui émaillent notre histoire. Pour calmer la colère qui gronde dans le monde arabe face à une occupation qui s'éternise dans l'indifférence des prédicateurs des «valeurs universelles», un processus de paix est engagé en 1993. Ton chef, en personne, paraphe l'accord, dit d'Oslo, sur le perron de la Maison-Blanche. L'accord devait déboucher sur le retrait de l'occupant de Cisjordanie et de Gaza et permettre enfin la naissance d'un Etat palestinien souverain sur 22 pc de notre Palestine historique.

     

    J'y avais vu une lueur d'espoir et je me suis mis à rêver d'un retour à Zababdeh pour déposer ton souvenir lumineux aux côtés de nos parents enterrés là-bas. Même ce rêve a été brisé car au lieu d'un retrait de l'occupation, les colonies ont proliféré, comme une insulte à notre humanité. La Palestine a été éventrée, découpée, emmurée. Le processus de paix est vite devenu le souk des promesses creuses.

    Pathétique et touchant, notre peuple continue de se battre contre la solitude de l'abandon, pendant que les vainqueurs de la géopolitique savourent leurs éphémères victoires.

     

    Repose en paix, frère bien aimé. La petite rose de solidarité que tu as plantée avec amour en Belgique, est devenue un rosier vigoureux et éclatant. En ton souvenir, la commune d'Ixelles s'est jumelée avec notre village natal, Zababdeh. Quant à la Belgique, elle conserve de toi, le souvenir d'un cœur sans rides, d'un esprit sans fard, bref, le souvenir d'un intellectuel palestinien jamais à l'aise avec la pensée sédentaire et convenue et toujours prompt à la rencontre d'autrui.

     

    Quant à moi, je poursuis la voie que tu m'as tracée: ne pas céder aux sirènes de la haine et de la rancune et me montrer digne des horizons parfumés de Palestine. Un petit regret m'habite cependant: j'aurais tant aimé que mes enfants Michaël et Yasmine eurent connu leur oncle merveilleux et que ma femme, Claire, eut rencontré son beau-frère. Mais sache que nous n'avons pas fait ton deuil, car nous te portons en nous.

     

    La Libre Belgique


     

    Mirvat Salama, réfugiée palestinienne du Liban à Fontaine-l’Evêque

     

    Cette semaine durant 4 jours, le Comité Palestine de Fontaine, accueillait conjointement avec le Collectif Avionnais Pour la Paix (France), Mirvat Salaman une réfugiée palestinienne du camp de Bourj El Barajneh situé au sud de Beyrouth. Ce vendredi, elle a été reçue par Monsieur Georges Rovillard, Bourgmestre de Fontaine-l’évêque, Président de Cités Unies de Belgique. Il lui a prêté une oreille attentive car il soutient l’action du Comité Palestine de Fontaine qui œuvre pour l’établissement d’une paix juste au Proche-Orient.

     

    Mirvat Salaman a trente-deux ans. Elle est mère deux enfants âgés de 2 et 6 ans. Elle est née dans le camp de Bourj El Barajneh  situé au sud de Beyrouth où ses parents se sont installés lors de la Nakba en 1948. Ils ont été chassés de Jaffa par la milice terroriste juive «Hagana». Depuis, 20.162 Palestiniens (dernier recensement de l’UNRWA, l’agence de l’ONU qui a en charge les réfugiés palestiniens) vivent emmurés sur un espace de 1 Km2 attribué par l’état Libanais. L’application de la résolution 194 et 242 de l’ONU du droit au retour n’a jamais été respecté par l’état israélien.

     

    «Notre vie à l’intérieur du camp de Bourj El Barajneh est une atteinte quotidienne au Droits de l’Homme et à la dignité humaine. Nous appelons la Communauté internationale à se pencher sur le sort que nous endurons depuis 1948…»  Nous confie Mirvat. « Nous vivons à quatre dans une maison constituée de trois petites pièces : la cuisine, la pièce de séjour et une chambre où nous dormons ensemble. Je vous épargne la description du cloaque qui sert de W.C. L’eau est impropre à la consommation. J’ai accompli mes études de droit  international et je suis juriste. Au Liban, il n’est pas question d’exercer mon métier puisque la loi 296 nous interdit l’accès à 72 professions. Je travaille à l’intérieur du camp pour une Fondation Australienne. Je suis chargée d’accueillir la petite enfance et les seniors. Notre jeunesse est sacrifiée sur l’autel de l’indifférence internationale. Nombreux sont ceux qui après leurs études universitaires sombrent dans le désespoir parce qu’on refuse leur droit à l’existence. D’autres travaillent dans l’illégalité totale. C’est le cas de l’une d’entre nous qui  exerce son métier d’institutrice dans un établissement scolaire libanais. Lors d’une inspection, le Directeur est contraint de la cacher dans la cave ! » nous confie Mirvat.

    Elle poursuit sur l’état de son camp, similaire aux 17 camps du Liban : «Dans le camp, les rues sont incroyablement étroites. Les fils électriques forment un imbroglio impossible. Les canalisations d’eau sont posées sur le sol. Il n’y a pas de lumière, pas d’écoulement, c’est un étouffoir. Les maisons sont en parpaing : elles sont peu à peu surélevées, ce qui fait qu’elles deviennent semblables à la Tour de Pise. Inutile d’ajouter que ces constructions sont illégales car la loi libanaise interdit la construction et l’achat de matériaux… En matière de santé, c’est le règne de la débrouille puisque nous ne possédons pas de structures hospitalières. »

     

    Une embellie cependant, le Collectif Avionnais pour la paix dans le Pas-de-Calais, est jumelé avec son camp depuis 2001 et améliore sensiblement leur sort mais c’est insuffisant. Le Comité Palestine de Fontaine, une dépendance de l’ONG « le Secours Populaire Wallonie/Bruxelles », s‘associerait aux Français et au le Secours Populaire Libanais afin d’obtenir des fonds européens afin de bâtir des projets avec les réfugiés. M. Georges Rovillard a promis de les aider dans  l’élaboration d’un dossier.

    Freddy Guidé

     


     

    L’intégrisme juif.

     

    Intervention à un colloque organisé parle Mrap des Bouches du Rhône par Pierre Stambul

     

    Je tiens à remercier le MRAP (dont je suis adhérent) pour son invitation. Je suis également un des vice-présidents de l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP). S’il y a dans l’UJFP la même diversité ou les mêmes débats parfois vifs sur les questions de laïcité et de communautarisme que dans le MRAP, il y a accord pour participer à tous les débats qui feront progresser les consciences sur les thèmes de la paix et du « vivre ensemble». Il  y a aussi unité de points de vue sur les thèmes que je vais évoquer : l’instrumentalisation de la religion juive par le Sionisme et par les partisans de l’occupation de la Palestine, les conséquences dramatiques de l’arrivée au pouvoir du courant « national religieux » en Israël et le développement d’un communautarisme juif en France encouragé par le CRIF.

     

     Peuple ou religion ?

     

    Les différentes identités juives se sont construites dans la diaspora (dispersion). Pendant plusieurs siècles, les Juifs constituent une minorité religieuse dans les nombreux pays où ils vivent, avec des alternances de périodes où ils sont acceptés et de périodes de persécution. Dans les zones où ils sont confinés (mellah, judérias, ghettos), ce sont les rabbins qui dictent la loi. Différents bouleversements vont modifier cette vie traditionnelle. D’abord le marranisme : de nombreux Juifs espagnols se convertissent au christianisme pour échapper à la persécution ou à l’expulsion. Mais l’antisémitisme devenu racial (avec l’inquisition qui invente la notion de la « pureté » du sang ») perdure et de nombreux marranes reviendront au judaïsme avec l’exil. En Allemagne puis en Autriche, dès le XVIIIe siècle, la sortie du ghetto devient possible même si elle est souvent assortie d’une obligation de conversion. En France, la Révolution donne aux Juifs la citoyenneté et un statut. Dans l’empire Russe où vivent plus de la moitié des Juifs, les mutations économiques du XIXe prolétarisent le Yiddishland, cette grande région qui va de la Baltique à la Mer Noire. Dès lors, l’identité Juive n’est plus confondue avec la religion et les Juifs vont adhérer massivement à des idées d’émancipation : laïcité, universalisme, socialisme. On assiste à une forme de transposition du messianisme.

    Beaucoup de Juifs aspirent à l’émancipation de l’humanité, condition indispensable à leur propre émancipation. Cette désaffection des Juifs pour la religion sera massive en Europe. La moitié des victimes du génocide nazi était peu ou pas du tout croyante. Peut-on parler d’intégrisme à propos de la vie juive traditionnelle qui perdure encore dans un monde en pleine mutation à la fin du XIXe siècle ? La religion juive est bourrée d’interdits, pas seulement alimentaires ou vestimentaires. Comme d’autres religions, elle a des côtés clairement antiféministes, la femme rasant ses cheveux pour ne pas tenter le voisin.

    Dans la prière quotidienne, on bénit Dieu de n’être né ni goy (*), ni femme. Il y a aussi un côté un peu moins rétrograde que dans d’autres religions : s’il faut choisir entre la vie de la femme et celle de l’enfant à naître, celle de la femme est prioritaire. Il n’y a pas de notion de pêché originel.

     

    Comme dans d’autres religions, les mariages sont arrangés et restent à l’intérieur de la communauté. Le juif religieux traditionnel consacre sa vie à l’étude des textes fondateurs et à un dialogue avec son Dieu. Il n’est pas prosélyte. Il n’aspire pas à avoir la moindre influence hors de la petite société dans laquelle il vit. Rien à voir avec le Christianisme ou l’Islam qui sont des religions d’état. La notion de « peuple élu » est essentiellement une notion de résistance à l’environnement hostile. Ce n’est pas une conception « élitiste ». Pour les religieux, le peuple juif a été choisi par Dieu pour exercer sa volonté, mais il peut être aussi puni. La prière « l’an prochain à Jérusalem » est un rappel des origines (supposées) et de l’identité. Dès le XIXe siècle, des Juifs religieux s’installent à Jérusalem où leur installation se fait sans heurts. Ce ne sont pas des colons. Ils fondent le quartier de Mea Sharim à Jérusalem et de nombreuses yeshivas (**) où ils se consacrent à la pratique religieuse.

     

    Sionisme et religion.

     

    Les Juifs religieux vivent très mal les mutations qui se déroulent en Europe à la fin du XIXe siècle. Ils rejettent les Juifs qui s’assimilent et cessent de vivre entre eux. Ils stigmatisent vivement ceux qui s’engagent dans des mouvements révolutionnaires divers et abandonnent la religion. Quand le Bund, parti ouvrier juif révolutionnaire déclenche les premières grèves d’ouvriers juifs et organise des milices d’autodéfense contre les pogromistes, les rabbins prônent à l’inverse la soumission totale à l’autorité tsariste. Le Bund se bat pour l’autonomie culturelle des Juifs sur place et défend ardemment la langue yiddish. Ce n’est pas le cas des autres mouvements révolutionnaires qui prônent l’assimilation.

    Hostiles à ces formes de modernité, les religieux seront également au début hostiles au sionisme. Certes, ils partagent avec eux le refus de l’assimilation et le fait que les Juifs ne doivent vivre qu’entre eux. Les sionistes pensent que l’antisémitisme ne peut pas et ne doit pas être combattu. Leur solution, c’est la construction d’un état juif, avec un « homme juif nouveau » sans mélange. Les sionistes sont très majoritairement laïques voire athées. Théodor Herzl, le « fondateur » est un bourgeois, incarnation moderne du « juif de cour ». L’aile dominante des débuts du sionisme est influencée par des idées socialistes (qui donneront naissance au kibboutz). Les sionistes iront puiser dans la religion le lieu où il faut construire l’état juif (la Palestine, alors sous mandat ottoman) et la nouvelle langue (l’hébreu alors que les Juifs parlent soit la langue du pays où ils vivent, soit des langues juives : ladino, judéo-arabe ou yiddish). Ils interprètent « l’an prochain à Jérusalem » à la lettre.

     

    Le récit biblique est pour eux le prétexte pour prôner la résurrection d’une période mythique antérieure à la destruction du temple. Leur théorie centrale, c’est que la diaspora est une parenthèse qui doit finir avec le «retour» de tous les Juifs dans « leur état ». Ils proclament la «centralité » d’Israël. Mais les Juifs religieux vivent très mal cette intrusion de la modernité.

    L’idée sioniste que l’état juif à construire serait quelque part le Messie tant attendu est considérée comme hérétique. Différentes « sectes » se réent : les Loubavitch, Satmar, Nétouré Karta. Toutes sont fortement antisionistes. Toutes considèrent avec mépris ce qui éloigne le Juif de Dieu ou de l’étude du Talmud. Pour ces courants, le judaïsme ne peut vivre qu’en diaspora, ils refusent le fétichisme de la terre. Les religieux qui vivent en Palestine sont hostiles à la déclaration Balfour. Il est symptomatique que la victime du premier assassinat politique  commis par les sionistes contre un Juif soit un religieux, Jacob de Haan, assassiné en Palestine en 1924 alors qu’il partait à Londres pour essayer de convaincre les Anglais d’abroger la déclaration Balfour. La montée du nazisme provoquera chez les religieux un phénomène de repli. Certains iront jusqu’à dire que le génocide a été une punition de Dieu contre ceux qui avaient pêché en l’abandonnant. Cette thématique a été reprise à plusieurs reprises récemment par le grand rabbin du Shass, un parti religieux au pouvoir en Israël. Les religieux seront étrangers à la résistance juive au nazisme (essentiellement communiste ou bundiste).

     

    Les religieux et l’état d’Israël

     

    Le génocide nazi a permis le succès du projet sioniste. L’Occident a noyé sa culpabilité sur le dos du peuple palestinien qui n’avait aucune responsabilité dans ce génocide. L’Etat d’Israël dont l’indépendance est proclamé en 1948 a un besoin impérieux de la religion bien que la majorité de la population soit laïque et peu ou pas du tout croyante. Dans un état juif non laïque où les Non Juifs (en l’occurrence les Palestiniens) sont massivement expulsés (la Naqba, 800000 expulsés) ou transformés en citoyens de seconde, comment définir qui est Juif ? La définition choisie sera la définition religieuse : on est juif par sa mère ou si on se convertit. Plusieurs traditions juives sont considérées comme non orthodoxes par les rabbins. Les conséquences sociales seront importantes. Ainsi, les Juifs Indiens dont la tradition est antérieure à la destruction du deuxième temple subiront des discriminations sociales. Avant 1967, certains vivaient à Jérusalem sur la ligne de démarcation. Idem pour les Juifs Ethiopiens (Falachas). Si aujourd’hui, l’immigration de chrétiens appartenant à la même tribu est encouragée, ceux-ci subissent de fortes discriminations avec l’accusation d’être des hérétiques et ils constituent en Israël un prolétariat. Le nouvel état impose le respect du shabbat et les interdits alimentaires. Seuls quelques kibboutz essaieront de résister à ces interdits (j’ai connu un kibboutz où on travaillait le samedi et où on mangeait du sanglier) mais cette résistance a fini par disparaître. Seuls les mariages religieux ou les mariages contractés à l’étranger sont reconnus. Pour les laïques, il existe des agences  de voyage à Tel-Aviv ou Haïfa qui organisent des formules complètes : week-end à Chypre avec mariage civil et détente. De la guerre de 1948 à

    celle de 1967, les religieux seront très minoritaires et peu visibles dans la société israélienne.

    Exception notable, le quartier de Mea Sharim à Jérusalem a résisté à la modernité. Les femmes ont le crâne rasé et des perruques (comme dans le film Kadosh d’Amos Gitaï) et on lapide celui qui prend des photos ou circule en voiture le samedi. L’antisionisme de certains religieux perdure. Mais il s’est émoussé. La loi électorale israélienne (la proportionnelle intégrale) permet aux partis religieux d’être indispensables pour toute coalition qui veut être majoritaire. Les religieux obtiennent d’énormes avantages : l’exemption du service militaire, d’énormes subventions pour les yeshivas. Petit à petit, le sionisme « achète » l’adhésion des religieux au projet fondateur.

    La colonisation et les intégristes

     

    Dès le départ, le projet sioniste est un projet colonisateur. Avec ce qui caractérise le colonialisme : la négation du peuple autochtone (la fameuse théorie de « la terre sans peuple pour le peuple sans terre ») et les mythes qui l’accompagnent (« du désert, nous avons fait un jardin »). La guerre de 1967 marque un tournant. Dès la fin des hostilités, le gouvernement (alors travailliste) décide de coloniser les territoires conquis. Avec une fois de plus un mensonge à la clé masquant mal le fait accompli et la volonté d’annexion et de purification ethnique: « on rendra ces territoires contre la paix ».

    Qui va partir coloniser les territoires ? Dans le Golan Syrien, ce seront essentiellement des « laïques ». Ils auront la même préoccupation que les religieux. Légitimer l’annexion à l’aide d’une pseudo histoire falsifiée. À côté de Qatzrin, la principale colonie du Golan, on a opportunément retrouvé les vestiges d’une synagogue du IIe siècle. Mais à Gaza et surtout en Cisjordanie, s’il y a de colons attirés par les subventions, les crédits gratuits et les faibles loyers, la grande masse des nouveaux colons sont des religieux. Une très curieuse alliance se noue entre des ministres travaillistes (Igal Allon) et des associations religieuses (la Harav Kouk dirigée par Hanan Porat et le rabbin Levinger) qui préconisent la sainteté de la Terre. L’argent pour les premiers colons viendra de groupes américains ultra orthodoxes et ultra nationalistes. Les colons religieux ont entrepris une lecture littérale de la Bible.

     

    Aujourd’hui archéologues et historiens s’accordent pour dire qu’une grande partie du discours biblique est légendaire. Pour ceux qui ne l’ont pas encore fait et surtout pour tous les professeurs d’histoire, il faut lire « La Bible dévoilée » d’I. Filkenstein et N. A. Silberman, écrite par des archéologues et historiens israéliens (***). Abraham n’a pas existé et les Hébreux ne sont pas venus de Mésopotamie, c’est un peuple autochtone qui apparaît au XIIIe siècle. Moïse, l’esclavage et la sortie d’Egypte sont des légendes. La conquête sanglante de Canaan par Josué et le massacre systématique des autres peuples de la région sont infirmés par l’archéologie. Idem pour l’existence du royaume unifié de David et Salomon. À leur époque, Jérusalem était un village et il semble bien que les royaumes d’Israël (détruit par les Assyriens au VIIIe siècle avant JC) et de Juda (détruit 150 ans plus tard par les Babyloniens) n’aient jamais été unis. Pourtant les colons fondamentalistes rêvent de recréer « le Grand Israël » de la Méditerranée au Jourdain, voire du Nil à l’Euphrate pour les plus fous. Pour eux, La Cisjordanie s’appelle la Judée Samarie et Naplouse s’appelle Sichem.

     

    Les lieux mythiques (le tombeau de Rachel ou le caveau des patriarches à Hébron) sont autant de prétextes pour décréter le droit absolu des Israéliens sur cette terre et il est symbolique que le premier massacre qui a suivi les accords d’Oslo ait eu lieu dans le caveau des patriarches.

    Certains de ces intégristes souhaitent détruire la mosquée El Aqsa et le Dôme du Rocher construits sur l’emplacement du Temple. Une lecture attentive de la Bible montre que des peuples, des religions et des cultures diverses ont constamment cohabité dans la région. Aux côtés des Hébreux, il y avait des Cananéens, des Moabites, des Iduméens, des Philistins et, au côté de Yahvé, on célébrait aussi Baal. Plus tard, il y a eu des Grecs et des Romains et la dispersion des Juifs est antérieure à la destruction du temple. Les Palestiniens sont en grande partie les descendants de tous ces peuples autochtones et des Juifs romanisés qui sont restés dans la région après la destruction du deuxième temple. Hors de toute réalité historique, les fondamentalistes inventent un Israël antique puissant et unifié qu’ils prétendent reconstituer. Ils s’inspirent de la cruauté des guerres légendaires de Josué pour justifier leur négation absolue de tout droit palestinien et pour prôner (comme le fait l’extrême droite « laïque ») le « transfert «  des Palestiniens au-delà du Jourdain.

     

    Le courant national religieux et les Chrétiens sionistes

     

    Les religieux antisionistes existent toujours (notamment Nétouré Karta quia un ministre dans le gouvernement de l’autorité palestinienne) mais ils sont devenus très minoritaires par rapport à l’extrême droite intégriste. Celle-ci représente désormais la grande majorité des religieux. Avec plusieurs partis ou groupes, le Shass, le Parti national religieux, le parti unifié de la Torah, le Goush Emonim (bloc de la foi) ou les fascistes du parti Kach (fondé par le rabbin Meïr Kahane et aujourd’hui interdit), ce courant représente 25% de l’opinion israélienne et une forte politique « nataliste » fait que ce pourcentage s’accroît régulièrement.

    Aucun parti ne peut gouverner sans les religieux. Même le Shinoui (parti de la bourgeoisie anticléricale) a accepté de figurer dans une coalition avec eux. Les nationaux religieux sont omniprésents dans la société.

    Ils dominent des réseaux d’école largement subventionnés et des associations caritatives. Ils attirent par leurs raisonnements ultra simplistes une partie de la population israélienne qui était pourtant étrangère à cette tradition. Ils imposent la loi religieuse dans tous les domaines de la vie quotidienne. Ainsi, le jeu est interdit en Israël, ce qui n’empêche pas le fait que pendant la courte période qui a séparé les accords d’Oslo de la deuxième Intifada, les principaux clients du casino de Jéricho étaient des religieux juifs.

    Pendant longtemps, les religieux évitaient l’armée en étudiant dans des yeshivas. La révolte des premiers refuzniks est venue du refus de « mourir pour eux ». Les nationaux religieux sont aujourd’hui de plus en plus en plus nombreux dans l’armée, et ce phénomène n’a fait qu’aggraver les crimes ou violations des droits de l’homme commis par Tsahal. Il est fréquent au Mur des Lamentations de voir des gens prier, la mitraillette Uzi en bandoulière. Pour eux, le « peuple élu » a tous les droits et surtout celui d’écraser l’autre. Le courant national religieux a fait la synthèse de ce qu’on peut faire de pire entre le projet colonial et la volonté d’imposer la loi religieuse à la société. Pour son principal projet (l’annexion des territoires et le « transfert »), il s’est allié à ses petits cousins américains : les Chrétiens Sionistes. Ceux-ci représentent aussi une fraction notable de l’opinion américaine et ils ont joué un rôle décisif dans les succès électoraux de Bush. Ces fondamentalistes se veulent les héritiers des premiers colons américains.

    Pour eux, la traversée de l’Atlantique a ressemblé à celle de la Mer Rouge par Moïse et la conquête du pays sur les Amérindiens a reproduit les conquêtes de Josué. Ces fondamentalistes sont antisémites et pensent que les Arabes incarnent le mal (Armagedon).

     

    Il faut donc les expulser. Pour ce courant millénariste qui croit à la fin des temps, les Juifs devront au bout du compte se convertir à la vraie foi sous peine de disparition. Aux Etats-Unis, les Chrétiens Sionistes sont 5 fois plus nombreux que les Juifs Sionistes et la manne financière qu’ils apportent à la colonisation est énorme. Il est symptomatique de voir qu’aujourd’hui, les principaux bailleurs de fond des colonies religieuses en Cisjordanie sont des antisémites avérés. Une des plus grandes colonies, Maale Adoumim entre Jérusalem et Jéricho est quasiment exclusivement peuplée de religieux qui ne produisent rien et vivent de subventions diverses. La guerre au Proche-Orient n’est pas une guerre religieuse. En Israël, on trouve des partisans de l’occupation aussi bien chez les religieux que chez les laïques. Sharon est un « laïque » et les pires dirigeants annexionnistes (Eytan, Zeevi aujourd’hui décédés) l’étaient aussi. Parmi la minorité israélienne qui lutte pour l’égalité des droits, pour la reconnaissance de l’égale dignité des Palestiniens et pour une paix juste, la plupart sont laïques mais on y trouve aussi Nétouré Karta ou des associations de Rabbins pour la paix. Malgré tout, il ne fait pas de doute que l’intrusion de l’intégrisme juif dans cette guerre a considérablement compliqué la résolution du conflit et a armé idéologiquement la fuite en avant criminelle des dirigeants israéliens.

     

    Et en France ?

     

    Un chiffre résume bien la dégradation qui s’est produite chez les Juifs français. Il y a 30 ans, seule une poignée d’entre eux fréquentait les écoles confessionnelles. Il y avait une adhésion de masse à la laïcité et à son école et quasiment aucun élève juif n’aurait songé à s’absenter pour kippour. Il y a aujourd’hui 26%  des enfants juifs dans des écoles privées juives (****). De nombreux Juifs non croyants recherchent une identité religieuse ou nationaliste étrangère à leur histoire et se bricolent une nouvelle identité. La république a donné au CRIF le droit de parler au nom de tous les Juifs. Il en use et il en abuse, en se comportant comme un véritable supplétif de la propagande israélienne dont la politique est défendue de façon inconditionnelle. Le CRIF instrumentalise l’antisémitisme et la mémoire du génocide à des fins partisanes. Il considère toute critique d’Israël comme de l’antisémitisme. Il y a incontestablement un repli communautaire et un regain d’une pratique religieuse sectaire. N’a-t-on pas vu des galas de soutien « au bien-être du soldat israélien » se dérouler dans des synagogues ? Alors que l’intégration des Juifs français est très avancée et qu’ils ont conquis (difficilement) une égalité politique et économique qui est refusée à d’autres Français issus de l’immigration, tout se passe comme si, deux siècles après la sortie du ghetto et un siècle après l’affaire Dreyfus, certains aspiraient à s’enfermer eux-mêmes dans un nouveau ghetto. L’intégrisme n’est pas seul en cause dans ce repli communautaire, mais il joue son rôle et il ne faudrait pas s’aveugler en occultant ce repli.

     

    (*) Goy : non juif. Mais le terme est péjoratif.

    (**) Ce sont des écoles religieuses qui se consacrent à l’étude des textes sacrés.

    (***) La Bible dévoilée, éditions Bayard

    (****) Lire « le Mal-être Juif » de Dominique Vidal

  • Nouvelles n° 105: spécial Moyen-Orient - La condamnation d'Edgard Morin annulée - Sabra et Chatila, les tueurs parlent - Antisémitisme: mode d'emploi - Israël, Etat laïc: tout reste à faire.

     

    La condamnation d’Edgar Morin annulée

    Le 12 juillet dernier, la Cour de cassation a annulé le jugement de la Cour d’appel de Versailles, rendu en mai 2005, qui condamnait le philosophe Edgar Morin pour « diffamation raciale » dans l’une de ses tribunes libres. Ce texte, intitulé « Israël-Palestine : le cancer », publié avec Sami Naïr et Danièle Sallenave dans Le Monde du 4 juin 2002, avait valu à ses auteurs des poursuites engagées par les associations France-Israël et Avocats sans frontières (déjà à l’origine du procès – perdu – contre le journaliste de France Inter Daniel Mermet pour « antisémitisme » en 2002).

    Deux passages étaient incriminés : « On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs, issue du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en "peuple dominateur et sûr de lui" et, à l’exception d’une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier », écrivaient les auteurs, ajoutant : « Les juifs d’Israël, descendants des victimes d’un apartheid nommé ghetto, ghettoïsent les Palestiniens. Les juifs, qui furent humiliés, méprisés, persécutés, humilient, méprisent, persécutent les Palestiniens. »
    En mai 2004, le tribunal de Nanterre avait débouté les plaignants. Mais un an plus tard, la cour d’appel de Versailles avait infirmé ce premier jugement, et considéré que l’article était bel et bien diffamatoire, car il « imputait à l’ensemble des juifs d’Israël le fait précis d’humilier les Palestiniens ».

    Dans son arrêt rendu la semaine dernière, la Cour de cassation estime au contraire que « les propos poursuivis, isolés au sein d’un article critiquant la politique menée par le gouvernement d’Israël à l’égard des Palestiniens, n’imputent aucun fait précis de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération de la communauté juive dans son ensemble en raison de son appartenance à une nation ou à une religion, mais sont l’expression d’une opinion qui relève du seul débat d’idées ». Elle juge également que la cour d’appel de Versailles a violé la loi sur la presse du 29 juillet 1881, ainsi que l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme sur la liberté d’expression.

     

     

    Il y a près d'un quart de siècle...

    Sabra et Chatila : les tueurs parlent

    Jeudi 16 septembre 1982, à Beyrouth, des groupes de miliciens chrétiens attaquent la population des camps palestiniens. C'est le plus grand massacre de civils de la guerre du Liban. Pour la première fois, un film livre le récit des assassins.

    Un document exceptionnel

    http://www.nouvelobs.com/articles/p2159/a299034.html

    «Voilà... c'est le cercle.» Sur un tableau en papier, dans une lumière rouge crépusculaire, une main dessine au feutre un cercle fermé. Tout autour, avec l'application d'un cadre qui expliquerait une méthode de gestion, l'homme place une série de petits points : «Nous étions là.» Le cercle, c'est le camp palestinien de Sabra ; les points, les miliciens qui ont encerclé et investi Sabra et Chatila, où ils ont massacré des civils, hommes, femmes et enfants, pendant deux jours et trois nuits d'affilée. «Notre devise était: les grands, les petits, les nouveau-nés... pas de pitié!» dit l'ancien milicien.

    On reste stupéfait. Pour les reporters arrivés rapidement sur les lieux, Sabra et Chatila est resté un cauchemar et un mystère. On garde le souvenir de rues pétrifiées, de maisons vides, de corps boursouflés, épars, en tas, d'humains mutilés mélangés à des animaux abattus, un camp transformé en abattoir. Le silence et, partout, cette odeur épaisse et écoeurante, l'odeur de la mort, qu'on inhalait. A l'époque, le monde est profondément choqué. Combien de morts ? Neuf cents au moins, mille, plus ? Journalistes, éditorialistes, écrivains noircissent des milliers de pages, dissèquent les détails et accumulent des questions sans réponse. Vingt-trois ans après, ce film sur Sabra et Chatila raconte le crime... par ceux qui l'ont commis !

    Pour comprendre, il faut se rappeler juin 1982, l'invasion du Liban par Israël, qui force des milliers de combattants de l'OLP à fuir le pays. En août 1982, Bachir Gemayel, chef des Forces libanaises, milices chrétiennes pro israéliennes, est élu président du Liban. Le 14 septembre, il est assassiné. Le 16 septembre, au sud de Beyrouth, le massacre commence.

    Les tueurs ont grandi avec la guerre. Au début, en 1975, ce sont des gamins armés de fusils de chasse qui jouent à se battre, vivent de la rue et des armes et se droguent en avalant des cachets de Mandrax et de LSD : «Sorti de mon trip, je ne croyais pas à ce que j'avais fait», dit l'un d'eux. A 15 ans, une balle lui a traversé la cuisse. Son père lui offre un revolver : «Porte-le toujours. N'aie pas

    peur. Retourne te battre.» Ils apprennent la guerre : «Je marchais pieds nus sur les gravats pour déposer ma charge de TNT sous la barricade ennemie. J'aimais ça. Vivre ou mourir... On se foutait de tout.»

    Bachir Gemayel ouvre ses casernes et va transformer ces têtes brûlées en Forces libanaises. L'un des groupes s'appelle « Sadm », le groupe « Choc », avec une devise : «Là où les autre n'osent pas». Une nuit, trois cents d'entre eux sont conduits vers un port de plaisance et une vedette israélienne. Débarquement à Haïfa pour trois mois de stage de survie. Les épreuves d'interrogatoire sont poussées à l'extrême : tabassages, jets d'eau bouillante puis glacée, électricité, supplice du pneu, la torture pour s'endurcir. L'instructeur leur projette un film sur l'Holocauste : «On s'est dit : leur cause est juste.» A Eilat, ils sont accueillis dans un camp, sur la plage, par une jolie femme complètement nue, « Nikha », un général, mitraillette en bandoulière, qui les fait courir et ramper, dévêtus et honteux, jusqu'à vomir de fatigue. De retour au Liban, avec l'élection de Gemayel, les hommes triomphent. Mais la nouvelle de l'assassinat du président - «le chef est mort!» - les transforme en orphelins pleins de haine qui crient vengeance : «Nous étions des bombes à retardement.»

    Ce sont ces « bombes » qui quittent leurs casernes le jeudi 16 septembre à 16 heures. Maroun Machaalani, l'adjoint préféré d'Elie Hobeika, chef de la sécurité, les a réunis : «On va voir les assassins de Gemayel. Ils doivent tous mourir. - Tous, tous, tous? - Tu ne veux pas venger Bachir?- Oui, bien sûr! - Bien. Alors, on y va. Et pas d'états d'âme.» Les groupes et les itinéraires sont différents. Des Forces libanaises partent des casernes de l'est ou du nord de Beyrouth, d'autres viennent du Sud, constituées d'éléments de l'Armée du Liban-Sud. Un groupe se dirige vers Choueifat, prend l'autoroute jusqu'à Khaldé, coupe vers l'aéroport, jusqu'à l'ambassade du Koweït. «On a fait une halte pendant que Hobeika discutait avec des officiers juifs», raconte l'un d'eux. Ces miliciens chrétiens ne disent jamais « Israéliens », mais « juifs », et détestent leurs alliés du moment, qui leur ont fourni des camions militaires, des uniformes de l'armée israélienne et encerclent la zone avec leurs chars. Après l'ambassade, il y a des dunes de sable, le camp de Sabra et une brèche dans la clôture. Maroun, le chef, s'avance : «Allez, suivez-moi!» Ils ont des kalachnikovs, quelques M16, beaucoup de grenades et des lance-roquettes, qu'ils n'auront pas besoin d'utiliser.

    Il est 18 heures, le massacre commence : «On a rencontré quelques hommes de 40 à 50 ans et on a ouvert le feu aussitôt, sans rien dire.» Ils avancent, prudents, en zigzaguant dans les ruelles. On leur a parlé de combattants palestiniens mais, à part quelques sentinelles en bordure du camp, ils ne rencontrent que des civils, les combattants sont partis et les caches d'armes enfouies ou détruites : «Les femmes sortaient en premier, se lamentaient, croyant nous apitoyer. Elles se condamnaient à mourir en premier.» Les miliciens ont des ordres clairs : «Entrez, tirez, tuez tout ce qui respire.» Ils nettoient les maisons : «On entrait dans chaque pièce, on mitraillait, hop! Une grenade et on recommençait.» Il fait nuit et le camp résonne déjà des appels au secours : «Les gens ne criaient pas, ils beuglaient. On entendait : «Où es-tu Dieu? Que nous arrive-t-il? Regarde ma fille, mon mari!» Et ils tombaient, morts.» Quelques- uns renoncent : «Ils disaient qu'on ne pouvait pas faire ça. Et ils se sont barrés.» Tous les autres avancent, méthodiquement. «Moi, je me disais: ce petit va grandir et me tuer, cette jeune fille va faire des enfants, non! Il ne faut pas, je les tue, raconte un assaillant. Le premier, tu hésites, le deuxième est plus facile, après, c'est comme jouer aux billes.»

    Les Forces libanaises et l'armée israélienne ont apporté leurs bulldozers, qui, à la moindre résistance, aplatissent les maisons du camp. On rafale tout, les hommes, les chiens, les rats et les chevaux : «Les chevaux morts... Pourquoi? Cette image m'a marqué», dit un milicien. Dans la nuit noire, après une méprise sanglante, les assaillants demandent aux Israéliens d'éclairer le camp et les soldats tirent des fusées éclairantes jusqu'à 5 heures du matin.

    A l'aube, les hommes, épuisés, soufflent, défoncent des épiceries, mangent des biscuits et boivent des jus de fruits. Les renforts arrivent : «Je commandais une grosse unité vers le Chouf. Mes hommes s'entraînaient sur des murs. Mais un mur, ça ne crie pas, ça ne meurt pas. Le secret à la guerre, c'est de voir du sang. J'ai dit à mes hommes : «Allez-y! Exercez-vous !»» Les nouveaux arrivants découvrent l'ampleur du massacre : «Autant de morts en quelques heures, j'étais surpris. Il y avait des femmes nues, mortes, les mains coupées, la cervelle éclatée.» Et ils reprennent la tâche. Meurtres, vols et viols : «Il y avait une jeune Palestinienne, blonde, en foulard. Elle suppliait, criait qu'elle était vierge. Un des nôtres lui a arraché ses vêtements, s'est acharné sur elle, puis il l'a liquidée. Nous, on rigolait.» Avec la fièvre, tuer ne suffit plus, il faut torturer : «J'ai mis un homme contre le mur de sa chambre, les bras écartés et j'ai sorti mon couteau. Je lui ai passé sur la gorge et je lui ai déboîté les bras. Mourir d'une balle, c'est rapide, ce n'est rien. Avec le couteau, il meurt deux ou trois fois.»

    Au deuxième jour, un ordre arrive : «Achevez les blessés. Et débarrassez-vous des cadavres.» Un bulldozer a creusé une grande fosse à l'entrée du camp. On fait défiler les hommes à gauche, les femmes à droite. Chacun doit pousser dans la fosse le cadavre de celui qui le précède, avant d'être exécuté à son tour, par balles ou au couteau : «Un homme égorgeait à la chaîne. Dans la vie, il était boucher. Un boeuf, un homme, pour lui, c'était normal. Moi, j'ai failli vomir.» Les Israéliens ont fourni des bâches en plastique pour transporter et recouvrir les cadavres, devenus encombrants. Certains sont brûlés ou aspergés de produit chimique. Elie Hobeika passe, félicite ses hommes : «Bon travail, les gars!» A la sortie du camp, le groupe « Choc » et des éléments de l'ALS poussent des colonnes de Palestiniens, «comme des moutons», pour les regrouper à la Cité sportive : le massacre continue. A l'image, les témoignages précis se recoupent, mais on ne voit pas le visage de ceux qui racontent. Le regretter, c'est méconnaître le Liban d'hier et d'aujourd'hui. «Si je parle à découvert, je suis mort dans la minute, moi et ma famille», dit l'un d'eux.

    L'enquête a été dure. Les cinq premiers témoins approchés ont été aussitôt arrêtés et dissuadés de parler. Les auteurs du film, un éditeur chiite libanais qui a grandi près de Sabra et une Allemande en voyage à l'époque en Israël, ont dû tout recommencer, dans la clandestinité, et retrouver six nouveaux témoins. L'enquête porte sur les origines du massacre, sur ses objectifs - nettoyer le camp mythique palestinien et le remettre à l'armée libanaise -, mais s'arrête avant les décisions d'état-major. Quant à l'implication israélienne, on sait que les manifestations à Tel-Aviv ont abouti à la démission de Sharon, alors ministre de la Défense responsable de la zone concernée. Reste l'analyse de la « banalité du mal » sur ces miliciens qui n'ont aucun regret, ou si peu. L'un d'eux fait parfois des cauchemars et un autre revoit de temps en temps «l'étreinte de cette famille, un homme et une femme, tenant serrés leurs trois enfants, tous morts». Les autres, pour la plupart, restent indifférents, sans tourments et sans jugement, réinsérés dans le quotidien. L'un d'eux est même prêt à décrire les sévices infligés, en détail et avec un plaisir évident.

    Le Conseil de Sécurité de l'ONU a refusé toute enquête, et le Liban, en 1991, a proclamé l'amnistie générale. Et l'amnésie. Reste ce film, document extraordinaire, extraordinairement maltraité, projeté en catimini dans une poignée de salles en France. A voir d'urgence, si on le peut, avant le retour du grand silence.


    Antisémitisme: mode d’emploi.

     

    L'apogée de l'antisémitisme fut le génocide commis par la dictature nazie, avec la complicité des autorités collaborationnistes de plusieurs pays européens, durant la Deuxième Guerre mondiale. L'antisémitisme est le racisme qui vise exclusivement les Juifs. Il se nourrit aussi parfois d'un anti-judaïsme (hostilité à l'égard de la religion juive). Le rejet des Juifs (peuple à la base de la première religion monothéiste, source également du christianisme et de l'islam) s'est développé après l'invasion de la Palestine antique et la destruction du royaume d'Israël par les armées romaines.

    Depuis lors, l'antisémitisme existe dans le monde entier et a pour caractéristique d'accuser les Juifs de tous les crimes. Au nombre de ceux-ci, il y a, bien sûr, le meurtre de Jésus, un mythe (celui du « peuple déicide ») qui a la vie dure, malgré le fait que le Vatican ait atténué l’accusation. Le premier film de Mel Gibson « La Passion du Christ », sorti sur les écrans belges en avril 2004 et soutenu par les intégristes chrétiens (de l'Opus Dei, de la Fraternité Saint-Pie X, de Belgique et Chrétienté …), s’est fait le relais de la thèse du « peuple déicide ».

    Dans les écrits antisémites d’aujourd’hui, les Juifs – désignés derrière des euphémismes comme « apatrides », « cosmopolites » … - sont toujours accusés de vouloir contrôler le monde. On leur impute d’être les représentants de la « Haute Finance, vagabonde et anonyme ». Au début des années nonante, un tract du Vlaams Blok reprenait cette image du « juif international » visant à détruire l’  « Europe blanche ». Cette image de propagande fut celle des nazis pour justifier les hostilités qui débouchèrent sur le second conflit mondial !

    L’antisémitisme a toujours été exploité à des fins politiques par différents milieux (religieux comme idéologiques). Ainsi, il est aussi bien cultivé dans des organisations d’extrême droite, traditionalistes chrétiennes que des mouvements intégristes musulmans. Après le début de la seconde Intifada, en octobre 2000, dans les territoires palestiniens illégalement occupés par Israël, l'exportation chez nous du conflit israélo-palestinien a donné lieu à l'apparition  d'une nouvelle vague antisémite, essentiellement portée au sein d'une fraction de jeunes maghrébins. Face à cet inquiétant constat, et des actions violentes contre les communautés juives (ratonnades, attaques aux cocktails Molotov contre des synagogues …), des mouvements et des intellectuels progressistes nord-africains se sont opposés publiquement à l’antisémitisme. Sans nier pour autant une présence antisémite de type culturel, des initiatives judéo arabes sont même nées pour contrecarrer la propagande antisémite des fondamentalistes islamiques. Des artistes belgo-maghrébins, comme le chanteur Mousta Largo ou le comédien Sam Touzani, se sont érigés vigoureusement pour dénoncer le racisme anti-juif. Pendant ce temps, au sein de l’extrême droite et des milieux intégristes chrétiens, il va se renforcer et perdurer.

     

    Extrait du « Guide des résistances à l’extrême droite »

     

    de Manuel Abramowicz (Résistances – éditions Labor )

     


     

    Israël, Etat laïc : tout reste à faire

     

    Pendant des décennies, les laïcs israéliens ont eu l’impression de vivre en éternelles victimes. Dans un pays où le cordon ombilical reliant Etat et religion, n’a jamais été tranché, les rabbins contrôlent la vie des habitants de leur naissance à leur mort .La rancœur accumulée atteint un tel point, qu’en 2003, une vraie révolution avait même éclaté . Shinoui, un parti de laïcs purs et durs, emmené par Tomy Lapid, célèbre journaliste connu pour ses coups de gueule anti-religieux, avait réussi une prodigieuse percée . Du jour au lendemain, Shinoui était devenu le troisième parti du pays.

     

    La cause de ce triomphe ?

     

    Un programme clair et net, exigeant, par exemple, que les jeunes ultra orthodoxes effectuent 3 ans de service militaire comme les laïcs .Lapid s’insurgeait aussi contre les allocations accordées sur les fonds publics aux religieux étudiant dans les séminaires. Il revendiquait également l’instauration du mariage civil. Jusqu’à aujourd’hui encore, les couples, dits mixtes, l’un des deux époux n’étant pas juif, ne peuvent pas s’unir en Israël. De même, les candidats au mariage qui refusent, par principe, de demander l’autorisation d se marier à un tribunal rabbinique, doivent, eux aussi, se rendrent à l’étranger .Le Shinoui souhaitait aussi permettre l’importation des produits non kasher : « Les religieux n’ont pas à nous dire ce que nous devons mettre dans notre assiette », clamait Shinoui. Au gouvernement, Lapid n’a pas réussi à faire appliquer ce programme.

    Son seul succès ?

    Avoir permis à Sharon de former un gouvernement qui ne soit pas totalement sous la coupe des rabbins et des partis religieux. Ce maigre bilan explique l’effondrement électoral à venir di Shinoui, au point que ce parti devrait disparaître de la prochaine Knesset, après les élections du 28 mars . Pour les laïcs israéliens, tout reste donc à faire …

     

    JDM N° 257