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Nouvelles 104 - International: l'"autre gauche" en recherche. - Le Venezuela accroît son contrôle sur le pétrole

INTERNATIONAL

 

Europe: L’ « autre gauche » en recherche

 

 

 

La montée en puissance des luttes sociales en Europe, le bouleversement des rapports de force au niveau mondial, les impasses dans lesquelles se trouvent aujourd’hui la social-démocratie "gestionnaire", aiguillonnent la recherche d’alternatives politiques à gauche.

Faire bouger les lignes ? Il y a 17 ans, la chute du Mur de Berlin sonnait le glas d’une conception du communisme antidémocratique et incapable de répondre aux aspirations des individus et des peuples. L’effondrement du « socialisme réel » et le déclin des partis communistes occidentaux ont constitué un des éléments de la crise politique actuelle. Le néolibéralisme s’engouffrait dans la brèche. Certains décrétaient la « fin de l’histoire ». De nombreux partis socialistes et social-démocrates semblaient abdiquer toute velléité de réforme. La gauche, toute la gauche, était mal en point. Mais voilà que « le réel » revient au galop. L’Amérique latine se cherche de nouveaux horizons, libérés de la tutelle nord-américaine. De nouveaux rapports de forces mondiaux se mettent en place avec la montée en puissance de grandes puissances asiatiques, Chine et Inde en tête. Les cartes sont rebattues. En Europe, de puissants conflits sociaux rendent vigueur à l’idée d’alternative au modèle dominant. De nouveaux sujets politiques apparaissent qu’il devient difficile d’ignorer. Ainsi, le Parti de la gauche européenne, un nouveau venu qui se donne pour objectif de contribuer à l’action politique de la gauche démocratique et alternative dans les Etats membres ainsi qu’au niveau européen, (condition) essentielle pour transformer les sociétés et vaincre le capitalisme d’aujourd’hui». Le 1er congrès du PGE l’an dernier, a imaginé « le rôle de la gauche politique en Europe » comme visant à « former une large alliance sociale et politique, pour un changement radical de politique, en développant des alternatives et des propositions concrètes pour la transformation des sociétés capitalistes actuelles» .

C’est à cette perspective que travaillent la plupart des partis européens de la gauche non social-démocrate, qu’il s’agisse du PCF, de Refondation communiste en Italie, du Linkspartei d’Allemagne, d’Izquierda Unida, du Socialistische Partij aux Pays-Bas ou d’autres. Mouvement de longue haleine, certes, et qui n’a rien d’un « long fleuve tranquille ». Mais tous disent partager cette conviction qu’il serait dramatique d’éluder, en s’ancrant dans une perspective d’opposition et de condamnation systématique, la question du rapport au pouvoir et aux institutions. Cette question ne peut être de simple principe mais conditionnée, considèrent-ils, par la nécessité de rénover l’intervention citoyenne directe dans les lieux de décisions publics et privés.
La montée actuelle des luttes sociales est une chance pour la gauche. Mais elle est aussi exigeante. Comment créer les conditions pour que les citoyens s’approprient la politique, se repolitisent ?  Au risque, faute de réponse, que les exigences sociales, aujourd’hui largement ancrées dans le « refus », se muent en exigences sécuritaires, favorisent le repli sur soi et encouragent les tentations néo-conservatrices. Et la montée en puissance des partis d’extrême-droite.

De profonds bouleversements


Les restructurations menées au pas de charge par les multinationales, la mise en concurrence des peuples au nom de la « concurrence » intra-capitaliste, les conflits ouverts dans plusieurs régions du monde pour contrôler les matières premières sont autant d’éléments pris en compte par les partis fondateurs du PGE pour tenter une rénovation de la pratique politique. Non sans raisons objectives. Récemment, en réaction aux jeux boursiers dans la sidérurgie, on a entendu deux évêques belges appeler les responsables politiques à légiférer contre le capitalisme prédateur. Au même moment, le ministre régional socialiste Marcourt s’est clairement indigné des pratiques purement financières à l’œuvre dans le groupe Inbev. Mais si de telles prises de position en restaient au stade d’une juste indignation, ne témoigneraient-elles pas surtout de l’impuissance des élus à agir ?

Dans le même temps, l’Europe et le monde sont le théâtre de profonds bouleversements. La première puissance mondiale, les Etats-Unis, voit sa position monopolaire contestée par des tendances lourdes, traversées, il est vrai, de puissantes contradictions : processus d’élargissement chaotique d’une Europe en crise, montée en puissance de l’Asie du Sud et de l’Est – et singulièrement de la Chine, désormais une des cinq plus grandes puissances économiques mondiales, puissant virage à gauche à travers l’Amérique latine.

L’altermondialisme, notamment à travers les forums sociaux internationaux, a au moins révélé la contestation grandissante que génère la globalisation capitaliste, même si, depuis Seattle, il présente un bilan en demi-teinte et semble manquer de prise sur les événements. Ce qui, soit dit en passant, pose la question de son rapport aux partis et de l’articulation entre mouvement populaire et représentation politique. Le rejet du projet de traité constitutionnel, les résistances marquante à la directive Bolkestein, malgré le battage et les campagnes de culpabilisation des libéraux de tous bords, ont révélé que, potentiellement, un espace politique nouveau s’ouvre aux forces du changement. Et comment ne pas voir ce que révèlent d’exigences de solidarité, d’égalité et de justice les manifestations des mois derniers dans notre pays, les grèves dans la fonction publique allemande contre l’allongement du temps de travail, la mobilisation des métallos pour des augmentations de salaires les mobilisations des salariés italiens, grecs ou norvégiens contre le saccage des acquis sociaux, celles des salariés britanniques contre l’allongement de l’âge de la retraite. Ou la spectaculaire mobilisation en France contre la mise à mal du code du travail. D’où ces commentaires hargneux de la presse de droite. Si éclairants, quand le très conservateur et britannique Daily Telegraph s’emporte contre ces Français qui « consacrent nettement moins de temps au travail – quand ils veulent bien se mettre au travail – que dans n’importe quel autre pays européen », la réduction du temps de travail qui transforme les « travailleurs potentiellement productifs en un bloc d’inertie », qui hurle contre « la difficulté de licencier, notamment dans le secteur public, même ceux qui manquent d’initiative ou ceux qui restent à ne rien faire. »

Des étapes positives

Ces outrances pourraient signifier que le néolibéralisme, avancé comme « pensée unique », idéologie incontestable, pourrait avoir ses plus belles années derrière lui. Ainsi, quand un éditorial du Soir notait, voici quelques semaines : « les sociétés ne pensent plus qu’à la rentabilité à court terme : les profits explosent et l’emploi ne suit pas. » Ainsi, aussi, quand le secrétaire de la Confédération européenne des syndicats, John Monks, hier encore, un allié convaincu de Tony Blair et un défenseur du traité constitutionnel, admet que ce n’est pas « en permettant aux employeurs de maltraiter les gens que l’on crée des emplois. Cela, c’est l’orthodoxie des banquiers centraux. Les yeux de l’Europe sont fixés sur la France, parce que si ce genre de tactique marche en France, elle sera tentée dans beaucoup d’autres pays. »

Le fait est que la machine libérale a subi quelques dommages ces dernières années. En témoigne le coup d’arrêt porté au projet de traité constitutionnel, les puissantes mobilisations contre la directive « Bolkestein. Comme le notait, à ce propos, Francis Wurtz, président du groupe Gauche unitaire européenne au Parlement européen, « dans toute bataille, l’on a intérêt à évaluer correctement chaque étape. Il ne faut ni sous-estimer les points marqués – sans quoi on cultive le défaitisme -, ni surestimer ce que l’on croit acquis – sous peine de préparer des désillusions. »

Il serait tout aussi utile de mesurer combien les résistances populaires, telles qu’elles se manifestent depuis quelques années contre les réformes libérales, commencent à ébranler les confortables certitudes de la social-démocratie gestionnaire. Enfoncent un coin entre les sociaux-démocrates et les libéraux. Contrebalancent l’idée que les rapports de forces contemporains seraient, une fois pour toutes, défavorables au monde du travail.

Un retard à combler


C’est pour regagner en crédibilité et en force d’impact que nombre de partis communistes ou de la gauche alternative en Europe ont entamé, souvent depuis belle lurette, parfois après une dramatique « descente aux enfers », un aggiornamento prenant en compte l’ampleur des mutations contemporaines. En ce qui concerne le PC en Belgique francophone,  membre du PGE, il évoque la « recherche commune d’une voie politique pour aller à contre-libéralisme », une « méthode résolument novatrice » visant à provoquer un débat de fond sur la "force qui manque à la gauche" et à lancer un processus dynamique (d’assises ouvertes) pour la construire  (…) pour élaborer ensemble les réponses qui donneront corps à une force marxiste rénovée, en prise sur les réalités du temps et capables d’ouvrir la voie du changement. »

La période actuelle apparaît comme une situation « ouverte ». En France, le PCF tente de donner du sens politique aux récents conflits sociaux et provoquer le débat sur une alternative dans la perspective des prochains rendez-vous électoraux. Au lendemain du congrès de son parti, Marie-George Buffet a lancé un appel public dans lequel elle constate « le gouffre entre ce qu’attendent (les Français) et les politiques menées depuis des décennies (…) La question de 2007 (la présidentielle, ndlr) n’est pas de savoir comment se dénoueront les chocs des ego présidentiels mais plutôt : sera-t-il possible, cette fois-ci, d’élire une politique qui change vraiment la vie ? Y aura-t-il un moyen de se rassembler majoritairement sur un projet vraiment courageux ? (…) Pour cela, il faut que les citoyennes et les citoyens interviennent, disent ce qu’ils souhaitent (…) La politique, la gauche doivent être votre propriété. »

Dans une tribune publiée dans l’Humanité (1), le socialiste français Jean-Luc Mélanchon, tirant les leçons des élections italiennes, a noté que « si la gauche l’a emporté d’un minuscule cheveu alors qu’elle était donnée largement gagnante », c’est que  la ligne centriste n’entraîne pas la société (…) Les électeurs ont montré qu’ils veulent à la fois le rassemblement de la gauche et des choix clairs et assumés (…) Ces élections montrent donc qu’il faut savoir concilier le rassemblement de la gauche sans exclusive et l’affirmation de la gauche des ruptures sans laquelle il s’avère impossible d’entraîner la société. Les électeurs font la différence entre le libéralisme agressif de la droite et la gauche, mais ils ne veulent pas non plus du libéralisme de gauche. »

Besoin de radicalité ?

C’est sans doute ce qui explique que les élections italiennes n’ont pas seulement vu la victoire étriquée du centre-gauche mais surtout un important progrès de la « sinistra radicale ». Le Parti de la Refondation communiste est celui qui a le plus gagné en sièges, passant de 12 à 41 députés, alors que les « modérés » qui ont fait la course au centre (Démocrates de gauche, ex-PCI, la « Marguerite » centriste) ont a peine rogné sur l’électorat de Berlusconi. Ce résultat semble appeler une reconfiguration de la « gauche de gauche ». Refondation est ainsi engagée dans sa transformation en un « nouveau sujet politique », une sorte de section italienne du Parti de la gauche européenne.

En Allemagne, un autre processus refondateur est en cours. Le processus engagé en 2005 pour fusionner les deux partis situés à la gauche de la social-démocratie allemande se poursuit. Lors d'un récent référendum interne, une majorité des membres de l'Alternative électorale pour le travail et la justice sociale (WASG), qui regroupe des socialistes déçus par le SPD, des syndicalistes et des altermondialistes, ont voté pour le rapprochement avec le Parti de gauche, l'ex-Parti du socialisme démocratique (PDS), issu de l'ancien Parti communiste est-allemand. Les deux partis avaient présenté des listes communes aux législatives de septembre 2005. Emmenés par Oskar Lafontaine, ancien président du Parti social-démocrate ayant rejoint la WASG, et l'avocat communiste Gregor Gysi, ils ont emporté 8,7 % des suffrages et 53 députés. Ces deux formations clairement antilibérales visent les électeurs inquiets des effets de  la mondialisation et de  la grande alliance entre le Parti social-démocrate et les Unions chrétiennes de la chancelière Angela Merkel.


1. « Les deux côtés des Alpes », l’Humanité du 14 avril 2006,  Jean-Luc Mélanchon milite pour un  ressourcement à gauche du PS français. Il y a organisé la tendance « Pour la République sociale ».

Le fait est que la machine libérale a subi quelques dommages ces dernières années.

 

Un parti « jeune »

 

 

Le Parti de la gauche européenne (abrégé en « Gauche européenne ») a été créé les 8 et 9 mai 2004 à Rome. Il s’agit, disent les statuts, d’une association de partis et organisations de gauche européens, indépendants et souverains, qui se donnent l’objectif d’agir et de coopérer ensemble pour contribuer, en Europe et dans le monde, aux luttes contre les politiques néolibérales et pour des alternatives politiques réelles, de justice, de solidarité, de liberté, de paix. Il a été ainsi le seul parti européen à s’être prononcé pour un « non » européen et antilibéral au traité constitutionnel.

La Gauche européenne a tenu son 1er Congrès à Athènes les 29 et 30 octobre 2005. Des thèses politiques (« Oui, nous pouvons changer l’Europe ! ») y ont été adoptées ainsi qu’une « Déclaration d’Athènes » présentant de grands axes d’actions. Le PGE se donne pour « responsabilité de s’adresser à tous ceux qui agissent pour une société plus équitable (…)  Les partis conservateurs et de droite ont redessiné leur stratégie politique qui associe l’ultralibéralisme, l’autoritarisme et le populisme. L’hégémonie politique des néo-conservateurs menace toujours plus la liberté, la paix et la sécurité des peuples (…) Le but commun des partis et organisations du PGE est de définir et mettre en pratique une politique visant à reconquérir un véritable espace public européen dans lequel les citoyens, les mouvements sociaux et les organisations démocratiques sont les acteurs principaux (…) La question d’une transformation de la société est posée subjectivement (et résumée) dans ce slogan: ‘Un autre monde est possible’. Le problème a été exprimé clairement mais pas résolu (…) Notre tâche est de contribuer à produire une majorité populaire sociale et de gauche qui doit être plus grande que nous : avec d’autres partis politiques, avec le Forum social européen et les mouvements sociaux, avec les féministes, les syndicats, les associations populaires et les individus. »

 

 

Les membres du parti de la gauche européenne


 

 


Il y avait quatorze partis membres et quatre partis observateurs lors du Congrès fondateur de Rome ; ils sont aujourd’hui dix-sept à être membres et neuf à être observateurs

 

Allemagne : le Parti de la gauche (Linkspartei).
Autriche : le Parti communiste d’Autriche (KPÖ).
Belgique (Bruxelles-Wallonie) : le Parti communiste (PC).
Catalogne : la Gauche unie et alternative (IUiA).
Espagne : la Gauche unie (IU).
Espagne : le Parti communiste d’Espagne (PCE).
Estonie : le Parti de gauche d’Estonie (EVP).
France : le Parti communiste français (PCF).
Grèce : la Coalition de la gauche, des mouvements et de l’écologie (Synaspismos).
Hongrie : le Parti ouvrier (Munkaspart).
Italie : le Parti de la Refondation communiste (PRC).
Luxembourg : La Gauche (Déi Lénk-La Gauche).
Portugal : le Bloc de gauche (BE).
Roumanie : le Parti de l’alliance socialiste (PAS).
Saint-Marin : Refondation communiste de Saint-Marin (RCS).
Suisse : le Parti suisse du travail (PST/POP).
République tchèque : le Parti du socialisme démocratique (SDS).

Les partis observateurs :

Allemagne : le Parti communiste allemand (DKP).
Chypre : le Parti progressiste du peuple travailleur (AKEL).
Danemark :l’Alliance rouge-verte (RGA).
Finlande : le Parti communiste de Finlande (SKP).
Grèce : la Gauche communiste et écologiste (AKOA).
Italie : le Parti des communistes italiens (PdCI).
Slovaquie : le Parti communiste de Slovaquie (KSS).
République tchèque : le Parti communiste de Bohème-Moravie (KS_M).
Turquie : le Parti de la liberté et de la solidarité (ÖDP).

L’Alliance gauche-verte nordique (Parti socialiste populaire du Danemark, Alliance des gauches de Finlande, Alliance rouge-verte d’Islande, Parti socialiste de gauche de Norvège, Parti de gauche de Suède) et la Gauche européenne sont invitées réciproquement à leurs réunions.

La Gauche européenne a son siège à Bruxelles et son site Internet : http://www.european-left.org/.

 

Maurice Magis ( Association Culturelle Joseph Jacquemotte)

Extrait du Journal du Mardi

 

Le Venezuela accroît son contrôle sur le pétrole


 

 

Le président Hugo Chavez a annoncé que 17 compagnies vénézuéliennes et étrangères avaient accepté la transformation de champs pétroliers privés en sociétés communes sous contrôle de la société publique nationale. Petroleos de Venezuela (PDVSA) détiendra ainsi un minimum de 60% de ces partenariats et partagera les bénéfices avec les sociétés privées, a précisé le chef de l'Etat. Ces nouveaux pactes, qui font de 32 gisements privés 30 joint ventures, remplacent les anciens accords par lesquels les compagnies privées disposaient d'une part supérieure. "C'est une alliance stratégique, nous en sortirons tous gagnants", a déclaré M. Chavez lors de la cérémonie de signature au palais présidentiel de Caracas vendredi soir. L'Américain Exxon Mobil, qui a vendu sa part dans le champ de Quiamare-La Ceiba en décembre, et l'Italien Eni, sous le coup d'arriérés d'impôts au Venezuela, n'ont pas conclu d'accord.
Avec la flambée des prix du pétrole, l'instabilité au Moyen-Orient et au Nigeria, et l'arrivée de nouveaux acheteurs asiatiques (Chine, Inde), le Venezuela, cinquième pays exportateur du monde, se retrouve dans une position favorable de négociation. "Petroleos de Venezuela ne sera jamais privatisée", a lancé Hugo Chavez.

 

CARACAS, Venezuela (AP)

 

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